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vendredi 27 novembre 2020

Ce cher Colum McCann, un lauréat heureux

Colum McCann. (c) Patrice Normand/Opale/Leemage/Belfond.

Dans la riche rentrée littéraire qui nous a été proposée en cette fin d'été, il y a un roman qui s'est distingué entre tous les autres. Il s'agit de "Apeirogon", le nouveau roman de l'Irlandais installé à New York Colum McCann (traduit de l'anglais (Irlande) par Clément Baude, Belfond, 512 pages). Son titre est le nom d'une figure géométrique au nombre infini de côtés. Un bouquin extraordinaire qui mérite amplement le Prix du meilleur livre étranger qu'il a reçu hier en France. Sur la vidéo ci-dessous, l'auteur remercie le jury et ses lecteurs francophones. Un éclair de lumière dans un quotidien que les actualités successives assombrissent terriblement.

 



"Apeirogon" plonge dans le conflit israélo-palestinien, en s'attachant à deux pères de famille réels, Rami Elhanan, l'Israélien, fils d'un rescapé de la Shoah, ancien soldat de la guerre du Kippour, et Bassam Aramin, le Palestinien qui n'a connu que la dépossession, la prison, les humiliations. Ennemis selon la politique, ils ont en commun d'avoir chacun perdu une fille dans le conflit. Smadar Elhanan avait treize ans, Abir Aramin en avait dix. Colum McCann les a longuement rencontrés. Son roman raconte comment après le choc, la douleur, les souvenirs, le deuil, ces deux pères ont eu envie de sauver des vies. Ils ont rejoint le Cercle des Parents, association qui réunit des parents endeuillés, Juifs et Arabes de Cisjordanie.

Ce roman extraordinaire n'est toutefois pas un roman de plus sur le conflit israélo-palestinien. C'est un texte à la forme complètement inédite, deux séries de 500 textes de longueur très variables, numérotés de 1 à 500 et de 500 à 1, qui aboutissent à la notice 1001, centrale. 1001 chapitres comme les 1001 facettes de cet inextricable conflit. 1001 chapitres comme les 1001 nuits de Shéhérazade. Irlandais, le romancier sait ce que sont les conflits fratricides. Il nous fait percevoir le drame de ces deux pères désenfantés d'une façon tellement particulière que l'on en est ébloui et terriblement reconnaissant. Ses fragments sont à la fois personnels, historiques, politiques, philosophiques, religieux, poétiques, cinématographiques. Une liberté d'écrire et de raconter qui restitue de façon stupéfiante cette tragédie qui endeuille le Moyen-Orient et célèbre cette amitié née de deuils. Un livre musical qui interroge la justice et donne malgré tout espoir.

"Apeirogon" est un chef d'œuvre autant sur le fond que sur le forme. Eblouissant, ce livre de mémoire nous permet de rêver à la paix dans cette partie du monde. L'émotion selon Colum McCann est celle qui ne se dit pas mais se perçoit entre les lignes. Son écriture une exigence qui nous porte.


Pour lire en ligne un extrait de "Apeirogon", c'est ici.




mercredi 19 septembre 2018

Murakami se retire du Nobel alternatif


Update. L'écrivain japonais Haruki Murakami, un des quatre finalistes du New  Academy Prize in Literature, Nobel alternatif  (lire ici) , a demandé à être retiré de la sélection, expliquant que "sa préférence est de se concentrer sur son écriture, loin de l'attention des médias". Restent donc en lice Maryse Condé, Neil Gaiman et Kim Thúy. Verdict le 12 octobre.

Le prix a été créé par la journaliste suédoise Alexandra Pascalidou dans le but de décerner un prix international de littérature puisque le prix Nobel de littérature 2018 ne sera pas décerné (lire ici). La Nouvelle Académie prévoit de se dissoudre en décembre 2018.

Le prix est doté d'un million de couronnes suédoises (quasiment 100.000 euros). Le/la lauréat(e) sera présenté(e) lors d'un événement officiel le 9 décembre 2018.

jeudi 30 août 2018

Les 4 finalistes du Nobel alternatif sont connus


Faute de Prix Nobel de littérature 2018, la Nouvelle académie (New Academy) a mis en place un prix littéraire alternatif au début de l'été. Quatre finalistes devaient être choisis sur les 47 écrivains proposés, trois par les votes des internautes (30.332 au total), un par des bibliothécaires (lire ici).

Ces finalistes sont aujourd'hui connus. Il s'agit de deux femmes, francophones toutes les deux, et de deux hommes.

J'ai nommé


Maryse Condé (née en 1937 à Pointe-à-Pitre, Guadeloupe), publiée chez JC Lattès.

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Kim Thúy (née en 1968 à Saigon, Vietnam, arrivée au Canada en tant que réfugiée en 1978), publiée chez Liana Levi.




Haruki Murakami (né en 1949 à Kyoto, Japon), publié chez Belfond.





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Neil Gaiman (né en 1960 à Portchester, Grande-Bretagne), publié au Diable Vauvert.








Maintenant, c'est à un jury de spécialistes de travailler et de choisir le/la lauréat/e dont le nom sera communiqué le 12 octobre et qui sera convié(e) à une réception le 9 décembre. Juste avant la dissolution de l'éphémère académie.




jeudi 12 juillet 2018

Toi aussi, élis ton prix Nobel de littérature


On le sait, il n'y aura pas de Prix Nobel de littérature, créé en 1901, cette année, et peut-être pas l'an prochain non plus. En cause, les discordes au sein de l'Académie suédoise, ébranlée par un scandale de harcèlement sexuel. Un prix alternatif est mis en place par la Nouvelle académie (New Academy), organisation fondée afin qu'un prix littéraire international soit décerné en 2018, et aussi pour rappeler que la littérature doit être associée à la démocratie, l'ouverture, l'empathie et le respect.

Organisation à but non lucratif, politiquement et financièrement indépendante, la Nouvelle académie  se compose d'un large éventail de personnes. Le gagnant de ce prix Nobel alternatif sera annoncé le 14 octobre et présenté lors d'un événement officiel le 10 décembre 2018. La Nouvelle académie sera, elle, dissoute le 11 décembre.

Les bibliothécaires suédois ont pu voter jusqu'au 8 juillet pour les auteurs susceptibles de recevoir le prix. Les critères étant que le prix soit décerné à un écrivain auteur d'une fiction littéraire grâce à laquelle le lecteur entre dans l'histoire de l'humanité et qu'il ait au moins deux œuvres publiées, dont une au cours des dix dernières années.

Aujourd'hui une liste de 47 auteurs est soumise au vote des internautes. Une liste plutôt hétéroclite où se côtoient les noms de J.K. Rowling, Paul Auster et Siri Hustvedt, Haruki Murakami et Patti Smith! Les auteurs nominés proviennent pour un tiers des pays scandinaves (12 de Suède,  2 d'Islande, 1 de Finlande), 13 des USA, 4 du Royaume-Uni, 3 du Canada, 3 de France, 2 d'Italie, 1 du Nigéria, du Japon, d'Israël, d'Inde, de Suisse, de Pologne.

A examiner la liste de près, on découvre des noms familiers, que les livres soient écrits en français ou traduits pour la plupart d'entre eux, garants pour la plupart d'une grande qualité littéraire. Ce sont les éditeurs Gallimard (11 auteurs), Actes Sud (8 auteurs) qui doivent être contents mais on remarque la présence de petites maison comme celle de Liana Levi, Zulma ou le Diable Vauvert.

Les internautes ont jusqu'au 14 août pour choisir trois des quatre finalistes (pour voter, c'est ici), le quatrième finaliste étant  choisi par des bibliothécaires. Un jury composé de Ann Pålsson, présidente, éditrice indépendante, Lisbeth Larsson, professeur de littérature, Marianne Steinsaphir, bibliothécaire et journaliste, Peter Stenson, éditeur et critique et Gunilla Sandin, bibliothécaire, choisira le gagnant.

Les auteurs nominés

  • Chimamanda Ngozi Adichie - Nigeria (Gallimard)
  • Johannes Anyuru - Suède (Actes Sud)
  • Margaret Atwood - Canada (Robert Laffont)
  • Paul Auster - USA (Actes Sud)
  • Silvia Avallone - Italie (Liana Levi)
  • Nina Bouraoui - France (Stock et JC Lattès)
  • Anne Carson - Canada (Seuil)
  • Maryse Condé - France (JC Lattès)
  • Don DeLillo - USA (Actes Sud)
  • Edelfeldt Inger - Suède 
  • Kerstin Ekman - Suède (Actes Sud)
  • Elena Ferrante - Italie (Gallimard) 
  • Neil Gaiman - Royaume-Uni (Au diable vauvert)
  • Jens Ganman - Suède
  • Siri Hustvedt - USA (Actes Sud)
  • Jenny Jägerfeld - Suède (Thierry Magnier)
  • Jonas Hassen Khemiri - Suède (Actes Sud)
  • Jamaica Kincaid - USA (L'Olivier)
  • David Levithan - USA (Gallimard)
  • Édouard Louis - France (Seuil)
  • Ulf Lundell - Suède 
  • Sara Lövestam - Suède (Actes Sud, Robert Laffont)
  • Cormac McCarthy - USA (L'Olivier)
  • Ian McEwan - Royaume-Uni (Gallimard)
  • Haruki Murakami - Japon (Belfond)
  • Joyce Carol Oates - USA (Philippe Rey)
  • Nnedi Okorafor - USA (ActuSF)
  • Sofi Oksanen - Finlande  (Stock)
  • Amos Oz - Israel (Gallimard)
  • Sara Paborn - Suède
  • Agneta Pleijel - Suède (Denoël)
  • Thomas Pynchon- USA (Seuil)
  • Marilynne Robinson - USA (Actes Sud)
  • Meg Rosoff - USA (Albin Michel)
  • J.K. Rowling - Royaume-Uni (Gallimard et Grasset)
  • Arundhati Roy - Inde (Gallimard)
  • Jessica Schiefauer- Suède (Albin Michel)
  • Patti Smith- USA (Denoël et Gallimard)
  • Zadie Smith - Royaume-Uni (Gallimard)
  • Peter Stamm - Suisse (Christian Bourgois)
  • Jón Kalman Stefánsson - Islande (Gallimard)
  • Sara Stridsberg  - Suède (Gallimard et Stock)
  • Donna Tartt - USA (Plon)
  • Kim Thúy- Canada (Liana Levi)
  • Olga Tokarczuk - Pologne (Noir sur Blanc)
  • Ngugi wa Thiong'o - Kenya 
  • Winterson Jeanette -Grande-Bretagne (L'Olivier)








lundi 22 mai 2017

L'Irlandaise Maggie O'Farrell à son meilleur

Maggie O'Farrell. (c) Ben Gold.

Les voies du Seigneur sont impénétrables, dit-on. Celles de l'amour aussi, surtout quand elles sont orchestrées par une orfèvre telle que Maggie O'Farrell. On savait l'Irlandaise diablement forte à construire ses romans, mais le dernier paru, son septième, "Assez de bleu dans le ciel" ("This must be the place", traduit de l'anglais (Irlande) par Sarah Tardy, Belfond, 478 pages), pulvérise sa virtuosité. Des héros formidables et une construction plus qu'habile font de ce livre sur l'amour et ses détours son meilleur - jusqu'à présent.

Il y a longtemps qu'un roman ne m'avait pas emballée de la sorte. Il m'a portée! Bien sûr, je ne lis pas tout ceux qui sortent et j'en ai sans doute raté de très bons. Mais parmi ceux qui me sont passés entre les pattes, "Assez de bleu dans le ciel" me laissera un souvenir impérissable. Par son histoire et par son écriture, travaillée, libre et inventive. Il y est question de Daniel, un Américain habitant en Irlande avec sa deuxième épouse, Claudette, une ancienne star de cinéma qui a tout planté là pour vivre loin de la célébrité. Autour d'eux gravitent une nuée de personnages extrêmement présents lors de leurs interventions, hier, avant-hier ou aujourd'hui. Résumer les choses ainsi serait injuste pour le talent de Maggie O'Farrell qui a choisi de donner la parole à ses différents protagonistes à différents moments de l'histoire, complexe mais toute en nuances - chaque intervention est titrée, signée, localisée et datée. Un ping-pong dans le temps et entre les gens extrêmement captivant où le moindre détail est étudié.

Ah, elle nous gâte, la romancière, et rien n'est à redire dans ces quasi cinq cents pages prenantes, traduites avec fluidité. Qui sont Daniel et Claudette, ces deux que rien n'amenait à se croiser un jour? Quels sont leurs fantômes, leurs secrets, leurs espoirs, leurs rêves? Quelles peines portent-ils chacun, perceptibles par leurs enfants, ceux qu'ils ont eus séparément et ceux qu'ils ont ensemble? Quels démons fuient-ils? Le présent peut-il chasser le passé? Un temps sans doute, jusqu'à ce que ce dernier vienne se rappeler au bon souvenir. C'est ce qui est arrivé à Daniel. En chemin pour l'aéroport et les Etats-Unis où il se rend à l'anniversaire de son père, il apprend par la radio de l'auto le décès de Nicola, son premier amour...

Une scène initiale sur laquelle va se greffer une formidable saga dans le temps et le monde, rendant chaque personnage avec justesse et sans jamais le juger. Orchestrant un chassé-croisé palpitant et émouvant. La radiographie du mariage de Daniel et Claudette s'avère aussi riche de découvertes pour les créatures de Maggie O'Farrell que pour le lecteur lui-même. Pas question de la restreindre à un résumé des faits, surtout qu'ils ne nous sont pas présentés dans l'ordre chronologique. Ce serait retirer la virtuosité d'un texte qui se découvre avec enchantement dans son dédale! Quel talent! La romancière mène son petit monde de main de maître, scrutant la blancheur et la noirceur des êtres sans jamais les juger mais en les accompagnant dans leur chemin, même escarpé. Les voies de l'être humain seraient-elles impénétrables? Elles sont en tout cas habilement démontées dans un roman intense, somptueusement écrit, dont on savoure chaque ligne.


On peut lire le début de "Assez de bleu dans le ciel" ici.


A noter une nouvelle édition du premier roman de Maggie O'Farrell, "Quand tu es parti" (traduit de l'anglais (Irlande) par Marianne Véron, Belfond, 384 pages, 2000, 2017, extrait en ligne ici).





Pour mieux comprendre l'art de la romancière, ce texte, provenant du site des éditions Belfond. C'est exactement ça, et particulièrement vrai pour son dernier roman en date, en lice pour le prix Costa 2017, faire disparaître les échafaudages.

UNE JOURNÉE DANS LA PEAU DE MAGGIE O'FARRELL

La plupart du temps, les écrivains ont des idées quand ils ne sont pas à leurs bureaux, quand ils regardent ailleurs, quand ils sont pris dans le tourbillon du quotidien. La vaisselle, la lessive, les allers-retours pour l'école, les grands débats avec les enfants pour savoir si, oui ou non, il est nécessaire de porter un manteau en décembre…
C'est, en tout cas, ce que j'essaie de me dire. L'idée qu'il y a un "jour d'écriture" me fait rire, et me rend presque hystérique. Vivre avec des enfants empêche une telle routine. La semaine dernière, par exemple, mes "matinées d'écriture" étaient interrompues voire balayées par les déboires de santé de mon chat; ma fille, dessinant sur mes notes; un enfant malade renvoyé de l'école; des allers-retours pour des répétitions.
Les livres sont écrits envers et contre tout… J'écris en marge et je l'ai toujours fait. J'ai rédigé mes deux premiers romans alors que je travaillais à plein temps; le troisième dans un étrange espace-temps, après ma démission et avant l'arrivée de mes enfants. Ensuite, mon fils est né et je me suis découvert des talents cachés, comme jongler avec un stylo et un bloc-notes alors que je donnais le sein, trouver une table de café qui puisse accueillir une poussette et un ordinateur, divertir un bambin tout en donnant un coup de téléphone important.
Ecrire en marge me convient. Je crois vraiment qu'un livre a son propre moteur, toujours en marche, quelque part, dans notre esprit. Alors que j'étais en train de venir à bout de la dernière version de mon nouveau roman, "Assez de bleu dans le ciel", j'ai remarqué que j'avais utilisé le mot "pénombre" deux fois. Très ennuyeux. "Pénombre" est très beau, mais vous ne pouvez pas abuser de ce terme, pas même dans un roman de 130.000 mots. J'ai donc passé mes journées à tenter de trouver des synonymes. "Halo", "crépuscule", "auréole", "voile"? Et puis un de mes enfants a été malade et alors que j'étais en train de nettoyer les dégâts au beau milieu de la nuit, le mot "couronne" m'est apparu. "Couronne", j'ai pensé, avec soulagement, avec joie, et, satisfaite, j'ai fourré tout le linge dans la machine.
Il n'y a rien de plus dangereux pour les bons écrivains que d'avoir trop de temps, trop de liberté. On a besoin de ce système de "filtration", qui nous empêche d'être à notre travail. Vous devez vous mettre à votre clavier avec envie. Il faut s'asseoir à son bureau en souhaitant démêler tout ce à quoi on a réfléchi, toutes ces solutions, tous ces changements.
Les enfants sont de très bons éditeurs, alors, non, ils ne balayent pas un manuscrit stylo rouge à la main, mais ils occupent tellement votre temps et votre esprit, que seuls les mots qui en valent la peine atterriront sur la page…
Ils ont également l'art de vous tirer de votre monde imaginaire, de vous forcer à revenir à la vie. Les enfants n'ont que faire du nombre de mots, des métaphores risquées, des casse-têtes lexicaux, des personnages qui n'en font qu'à leur tête… Peins-moi un nid. Aide-moi à trouver un costume de dragon. Voilà ce qu'ils réclament.
Je réécris très fréquemment mes romans. Je ne fais pas vraiment de plan, mais j'aime façonner  mes textes au fur et à mesure de l'écriture. Dans les années 1990, j'ai assisté à des cours de poésie donnés par le poète irlando-américain Michael Donaghy. Il me livra deux conseils qui me sont très précieux. Le premier: soigner chaque mot. Le second: vous aurez besoin d'"échafaudages" pour bâtir le cœur de votre texte, mais n'oubliez pas de les enlever à la fin.
Quand vous faites des coupes dans votre roman, et que vous considérez certains paragraphes comme des parties nécessaires, mais amovibles d'un tout, c'est une grande source de réconfort. Mais il est difficile de déterminer quels sont les paragraphes qui relèvent de l'"échafaudage" et quels sont ceux qui relèvent des fondations. On peut prendre l'un pour l'autre… Mais je me dis que c'est la raison pour laquelle on écrit plusieurs versions.
Source : https://www.theguardian.com/books/2016/dec/17/my-writing-day-maggie-o-farrell, extraits




vendredi 24 mars 2017

Le Passa Porta Festival est en vue

- Tu viens à Livre Paris? (nouvelle appellation du Salon du livre de Paris)?
- Ben non, moi, j'ai Passa Porta Festival! (sans compter que j'épargne le prix prohibitif des entrées à la porte de Versailles).

Et quel festival! En trois langues principalement et partout dans Bruxelles (lire ici).
Cent auteurs et cent rencontres en deux jours, les samedi 25 et dimanche 26 mars, et une soirée d'ouverture, le vendredi 24 mars...
Surtout que la météo semble vouloir être une alliée de dernière minute.


Vendredi
Changement de programme à propos de la soirée du vendredi: Paul Auster a remis un certificat médical et ne viendra pas à Bruxelles. Septuagénaire - on ne dirait vraiment pas -, il souffre d'un problème aux cordes vocales et doit, sur avis de ses médecins, respecter une période de repos. Mais une nouvelle date pour sa venue à Flagey autour de son œuvre et de son nouveau livre "4321" est à l'étude.

Négar Djavadi. (c) Matsas-Opale-Levi.
Ece Temelkuran.
Pas de panique pour autant.
La soirée d'ouverture change de braquet et se concentrera plutôt sur la relation entre littérature et politique. Comment lire le monde? Un thème qui sera débattu avec trois auteurs du Festival, la Turque Ece Temelkuran, la Franco-Iranienne Négar Djavadi et le Colombien Juan Gabriel Vásquez. Ils ont tous les trois signé des livres retentissants. "A quoi bon la révolution si je ne peux danser" (JC Lattès, 2016) un road-story pour la première, "Désorientale" (Liana Levi, 2016, Prix Première 2017, lire ici) son premier roman pour la deuxième, "Les dénonciateurs" (Seuil, 2015) pour l'auteur de "Le bruit des choses qui tombent" (Seuil, 2012). Ils répondront aux questions d'Annelies Beck et Nathalie Skowronek.
en anglais et en français, Flagey, vendredi 24 mars, 20h15.

Juan Gabriel Vásquez


Ensuite place au Parcours littéraire.
Voici le mien, essentiellement en français, mais l'ensemble des activités possibles est à consulter ici.

Samedi

En mise en jambes, une session de The Quiet Volume.
Suivre à deux participants, amis ou inconnus, les instructions écrites ou murmurées pour venir au bout d'une montagne de livres de manière absolument surprenante. .
Bibliothèque Muntpunt, 1 heure, réservation conseillée via festival@passaporta.be, de 10 heures à 17h40.

Caroline Lamarche. (c) E. Michiels.
📅 Caroline Lamarche,
guide d'exposition
La romancière  propose une visite guidée personnelle de l'exposition "BXL UNIVERSEL", qui présente un portrait subjectif de la capitale bruxelloise et européenne par des artistes contemporains.
Centrale for contemporary art, 14.30-15.30.

📅 La Rimbaudmobile
Sur le toit d'une vieille Citroën, ma voiture préférée, Peter Holvoet-Hanssen a aménagé une installation sonore. Il y présente sa "Cartographie du monde de la poésie", un jeu de piste à travers l'histoire de la poésie. Accompagné du poète Antoine Boute, il déverse un flot de poèmes sur le centre-ville de Bruxelles. Le duo s’arrête un moment au Vieux Marché aux Grains.
devant De Martkten, 15.00-15.30 (ailleurs à d'autres moments).

📅📅📅 Première rencontre, panoplie littéraire et voyage cosmique
J'irai à l'un, mes hologrammes aux autres. Ou, plus classiquement, mes clones.

Marcus Malte. (c) R. Gaillarde.
Jean-Baptiste Del Amo.
📅 Jean-Baptiste Del Amo a écrit "Règne animal" (Gallimard), Marcus Malte "Le garçon" (Zulma). Deux romans unis par la même force vitale, quasi animale. Ils se rencontrent pour la première fois pour un entretien croisé animé par Ysaline Parisis.
La Bellone, 15.30-16.30.


Maylis de Kerangal. (c) Hélie-Gallim.
📅 S'inspirant de la rubrique qu'il a imaginée dans la revue de littérature contemporaine "Décapage", Jean-Baptiste Gendarme demande à Maylis de Kerangal de présenter sa panoplie littéraire au moyen de textes, de photos et de documents.
Beursschouwburg, 15.30-16.30.


Erika Fatland. (c) Reineord.
📅 Si on envoyait une sonde dans les régions les plus éloignées du cosmos avec le meilleur de l'humanité peut à bord, quels seraient les livres, les films, les albums qui mériteraient de faire partie du voyage selon Erika Fatland? Questions posées par Lies Steppe.
Muntpunt, en anglais, 15.30-15.45.





📅 Repos graphique
Les téméraires dessinatrices Flore Balthazar et Judith Vanistendael vont dévoiler les vérités ultimes. Il suffit d'aller à leur rencontre et de leur poser la question qui vous préoccupe le plus. Quelques minutes plus tard, la réponse tant attendue est à portée de main, sur papier.
Beursschouwburg, 16.30-17.30.


Ivan Jablonka.
📅 Littérature et journalisme d'investigation
Dans "Laëtitia, ou la fin des hommes" (Seuil), prix Médicis 2016, Ivan Jablonka dissèque un fait divers survenu en 2011, en même temps qu'il offre une sépulture littéraire d'une femme broyée par les hommes. La littérature peut-elle s'aventurer sur le terrain du journalisme d'investigation? L'écrivain s'entretiendra avec Myriam Leroy.
Beursschouwburg, 17.00-18.00.

📅📅📅 Appel de Dimitri Verhulst, Voyage en Soviétistan et Prix des Cinq continents
Avec appel à mes clones de nouveau.

📅 Les écrivains Fikry El Azzouzi, Thomas Gunzig, Nathalie Skowronek, Christophe Vekeman et Isabelle Wéry sont invités à écrire un nouveau texte, en réponse à l'appel de Dimitri Verhulst: "Répondre à la terreur par la beauté et la littérature". La dessinatrice Judith Vanistendael donnera vie à ces textes en live. La présentation sera faite par Béatrice Delvaux.
Beursschouwburg, 18.30-19.30.

📅 Retrouver l'écrivaine et anthropologue norvégienne Erika Fatland qui avait brillamment ouvert l'édition 2017 du Passa Porta Festival et son livre "Sovietistan" (Gaïa). Elle y emmène le lecteur en voyage à travers le Turkménistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l'Ouzbékistan. Fine observatrice, collectionneuse d'histoires absurdes, elle dévoile un visage jusqu'ici inconnu de cet univers particulier.
De Markten, en anglais, 18.30-19.30

Fawzia Zouari.
📅 Qui est Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne dont le roman "Le corps de ma mère" (Editions Joëlle Losfeld) a remporté l'édition 2016 du Prix des cinq continents de la Francophonie? Entretien avec Vanessa Herzet.
Tuliti, 18.30-19.30.



② Soirée sous le signe du chiffre 2
Duality: dans tout le Beursschouwburg, écrivains, poètes, slammeurs et illustrateurs forment des duos avec d'autres artistes. Exemples.
Bertrand Belin & Max de Radiguès (en français),  un auteur et chanteur français & un dessinateur belge.
Martje Wortel & Randall Casaer (en néerlandais), un écrivain néerlandais & un artiste belge.
Aura Xilonen & Halfdan Pisket (en anglais), une auteur et réalisatrice mexicaine & un dessinateur danois.
Peter Verhelst & Wide Vercnocke (en néerlandais), un auteur belge lit un extrait de son prochain roman en avant-première & un dessinateur belge.
Dimitri Verhulst &  Peter Vandenberghe (en néerlandais), un écrivain belge & un pianiste belge.
Jeroen Olyslaegers & Scale (en néerlandais), un romancier belge & le roi du hip-hop anversois.
Gerard Herman & Milan Warmoeskerken (en néerlandais), un artiste néo-dadaïste belge & un compositeur belge.
Sukina Abdul Noor & Timothy Nouzak (en anglais), une poétesse et slammeuse britannique & un danseur.
(Joy) Gioia Kayaga &  Milady Renoir, (en français),  deux poétesses belges contemporaines.
Négar Djavadi & Eve Bonfanti (en français),  une cinéaste et romancière franco-iranienne & une actrice et metteuse en scène belge sur les lieux de leur jeunesse.
Jean-Baptiste Del Amo &  Olivier Cornil (en français),  un écrivain français & un photographe belge.
In bed with Andy Fierens & Milady Renoir (dans les trois langues), les deux poètes se font et vous font la lecture.

💃💃💃 Et à 22h30, ce sera piste de danse, version littéraire. 
Beursschouwburg, 20.00-00.00.


Dimanche (heure d'été)

Livres de seconde main
Stands de bouquinistes et troc de livres.
Derrière la Bourse, 10.30-18.00.

📅📅📅📅 Read Write Repeat, Littérature jazzy, Retour au pays natal et Lecture intergénérationnelle
Les clones sont priés de se présenter à midi.

José Eduardo Agualusa.
📅 Importante voix littéraire du monde lusophone, José Eduardo Agualusa ("Le Marchand de passés", Métailié) sélectionne un extrait littéraire qui lui donne une envie irrésistible de saisir sa plume. Sven Speybrouck (Radio 1) part à la recherche de ce qui le surprend et l’inspire.
Muntpunt, en anglais, 12.00-12.15.
De 13.30 à 13.45, même programme avec Rosa Montero (Métailié).
De 15.00 à 15.15, même programme avec Juan Gabriel Vásquez (Seuil).

📅 Des extraits du roman "Les harmoniques" (Gallimard, Série noire) de Marcus Malte sont mis en bouche par l'auteur et accompagnés par les musiciens Gérard Maurin et Virginie Teychené. 
Théâtre des Martyrs, 12.00-13.00.

📅 Après des années d'exil forcé, Juan Gabriel Vásquez retrouve son pays natal, la Colombie. Entretien à propos de ce retour et de son nouveau livre, "La forma de las ruinas", avec Catherine Vuylsteke.
Beursschouwburg, en anglais, 12.00-13.00.

Toon Tellegen.
📅 L'épatant écrivain néerlandais Toon Tellegen lit ses histoires d'animaux pleines de rebondissements, accompagné par ses alliés musicaux du Wisselend Toonkwintet. Un programme pour toutes les générations.
La Monnaie, en néerlandais, 12.00-13.00.







📅📅📅📅 Opération à crâne ouvert, Correspondance, Nouvelles voix belges et Lecture musicale
Les clones sont attendus après un rapide déjeuner.

Patrick Declerck. (c) Hélie-Gallimard.
📅 Patrick Declerck raconte dans "Crâne" (Gallimard) l'opération chirurgicale du cerveau qu'il a subie par son auteur. Lucidité et humour abrasif à prévoir pour cet entretien animé par Laurent Moosen.
Théâtre des Martyrs, 13.30-14.30.

📅 L'écrivaine et journaliste politique turque Ece Temelkuran s'est liée d'amitié avec sa consœur belge Annelies Beck lors d'une résidence à Passa Porta. Elles liront des extraits de la correspondance qu'elles entretiennent depuis les attentats de Paris.
Théâtre du Vaudeville, en anglais, 13.30-14.30.


Aiko Solovkine.
Jean-Marc Ceci.
📅 "Rodéo" d'Aiko Solovkine (Filipson, 2014) et "Monsieur Origami" de Jean-Marc Ceci (Gallimard, 2016) ont révélé deux nouvelles voix littéraires en Belgique. Comment ces auteurs sont-ils arrivés en littérature? Réponses croisées aux questions de Lorent Corbeel.
Tropismes Librairie, 13.30-14.30.

📅 On connaissait Bertrand Belin chanteur, le voici écrivain. Après "Requin" (P.O.L.), il signe "Littoral" (même éditeur), dans lequel on retrouve son épatant rapport à l'oralité et la musicalité. Logiquement, il a fait de ce texte un concert littéraire, qu'il présente avec le musicien Thibaut Frisoni.
Librairie Quartiers Latins, 13.30-14.30.

Céline Minard. (c) Lea Crespi.
📅 Solitude
Ecrivaine singulière, Céline Minard surprend sans cesse. "Le grand jeu" (Rivages), dans lequel la narratrice affronte sa solitude, en est la dernière illustration. Rencontre avec cette auteur inclassable, passionnée de montagne et de philosophie, animée par Laurent de Sutter.
Beursschouwburg, 15.00-16.00.



📅📅📅📅 Iran, France, Belgique, Une vie intense, Sofi Oksanen, Lionel Shriver
Pas de goûter pour les clones.

📅 Négar Djavadi, auteure du premier roman "Désorientale" (Liana Levi), a fait une entrée remarquée en littérature. Elle qui adore Bruxelles et y a vécu durant ses études à l'INSAS parlera de son itinéraire atypique, entre l'Iran et la France. 
Théâtre du Vaudeville, 16.30-17.30.

📅 Tristan Garcia et Véronique Bergen débattent de la peur du banal qui gouverne nos vies, de la quête d'intensité sans répit. Cette soif du "fort", de l'intense, assez récente, ne signale-t-elle pas aussi une difficulté à accepter la vie comme elle est? Modération : Laurent de Sutter. 
Beursschouwburg, 16.30-17.30.

Sofi Oksanen (c) Harkonen.
📅 Dans ses romans, la star de la littérature finno-estonienne Sofi Oksanen rend intelligibles des événements historiques. Elle évoque son œuvre et dialogue avec Saskia De Coster sur des thèmes actuels qui sont chers aux deux auteurs tels que la crise des réfugiés et le féminisme contemporain.
Bozar, en anglais, 16.30-17.30.

📅 Le dollar s'effondre, le président plaide l'isolationnisme, un mur est construit… par le Mexique. Dans son roman futuriste "Les Mandibules" (en français en mai 2017 chez Belfond), écrit avant l'élection de Donald Trump, Lionel Shriver dresse un portrait à la fois sombre et comique de l'Amérique. Entretien avec Ruth Joos.
La Monnaie, en anglais, 16.30-17.30.

Annie Ernaux. (c) Catherine Hélie-Gallimard.

📅 Finale magistrale
Figure majeure de la littérature française contemporaine, Annie Ernaux ("Mémoire de fille", Gallimard) a bâti une œuvre essentiellement autobiographique, dans laquelle elle part à la recherche d'elle-même comme d'une étrangère dont elle a la mémoire. Dans une démarche qui n'est pas sans lien avec la sociologie, et avec une écriture dont elle revendique la neutralité, elle évoque ainsi ses parents et leur trajectoire sociale, sa sexualité ou son avortement.
La rencontre animée par Ysaline Parisis sera précédée d'une lecture de "Mémoire de fille" par la comédienne Virginie Efira.
Bozar,  18.00-19.30.


Sans oublier
Le parcours enfant
Les joutes de traduction
Les balades littéraires
Le compte-rendu artistique en images par Halfdan Pisket, Mélanie Ruttern et Wide Vercnocke.



lundi 20 février 2017

Les dix finalistes du Prix Prem1ère 2017


Depuis 2006, le Prix Prem1ère distingue chaque année un premier roman francophone, publié entre les rentrées littéraires de septembre et février. Le livre est choisi par un jury de dix lecteurs parmi une sélection de dix premiers romans proposés par un comité de présélection, constitué de libraires et de journalistes.

Il faut bien reconnaître que si le lauréat, la plupart du temps excellent, déboule dans le public, les autres neuf finalistes en demeurent souvent inconnus. Normal, ce sont des premiers romans. Mais ce ne sera plus le cas cette année! Les dix finalistes 2017 seront présentés par le président du jury du Prix Prem1ère, Laurent Dehossay, du 20 février au 3 mars, en radio (10h50 dans "Entrez sans frapper"), en télévision (20h25, La Trois ) et sur RTBF Auvio (réécoute).

Le Prix Premi1ère 2017 (5.000 €) sera remis par Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, le jeudi 9 mars 2017 à 12h30, à la Foire du Livre de Bruxelles. Il sera annoncé en radio le même jour à 13h30, dans une émission spéciale présentée par Laurent Dehossay.

Les dix romans finalistes

"Désorientale"
Négar Djavadi
Liana Levi

Une quête d’identité dans l'Iran des années septante et la France d'aujourd'hui. Un portrait de famille flamboyant entre la force des traditions et une saine émancipation.

Diffusion le lundi 20/2.


"Monsieur Origami"
Jean-Marc Ceci
Gallimard
lire ici

Un voyage au cœur de l'essentiel. Fragilité et profondeur des choses. Un vieux sage aux allures d'ermite nous emmène dans un rêve éveillé aux sons que fait l'art de plier les papiers.

Diffusion le mardi 21/2.


"Petit Pays"
Gaël Faye
Grasset

Le quotidien d'un gamin de dix ans au cœur d'un Burundi plongé dans la violence de la guerre. Entre les 400 coups de l'enfance et la peur qui s'installe dans les ventres avant l'exil.

Diffusion le mercredi 22/2.


"Je vais m'y mettre"
Florent Oiseau
Allary Editions

Un anti-héros plongé dans une humanité qui se décompose en fanfaronnant. Entre chômage et désert sentimental, les aventures d'un pied nickelé cynique mais pas désespéré.

Diffusion le jeudi 23/2.


"Le Garçon, 
scènes de la vie provinciale"
Olivia Resenterra
Serge Safran Editeur

L'intrusion d'un jeune étranger et c'est toute la relation exclusive entre une mère et sa fille qui se décompose. Les petits riens de la vie créent le mystère de ce huis-clos oppressant avec le naufrage de la vieillesse pour toile de fond.

Diffusion le vendredi 21/2.



"La Correction" 
Elodie Llorca
Rivages

Une seule lettre change et tout est déréglé. Le narrateur l'apprend à ses dépens et tente de recoller les morceaux de sa vie. Une fable sur les curieux chemins de l'inconscient et les pièges du langage.

Diffusion le lundi 27/2.


"Rapatriés"
Néhémy Pierre-Dahomey
Seuil

Subtile et vive exploration de l'exil. Extérieur et intérieur. Hommage lumineux à la force des femmes à travers le portrait d'une Haïtienne et de ses filles. Entre la puissance de l'amour et l'énergie du désespoir.

Diffusion le mardi 28/2.


"Les contes défaits"
Oscar Lalo
Belfond
lire ici

La vie d'une colonie de vacances où des enfants sont confrontés à la cruauté des adules. Un petit garçon abusé va tenter de se reconstruire et tenter de traverser le silence avant la résilience.

Diffusion le mercredi 1/3.


"Celui-là est mon frère"
Marie Barthelet
Buchet-Chastel

Un conte qui nous plonge dans un pays imaginaire au moment des retrouvailles de deux frères devenus ennemis. Ils vont se jouer la comédie du pouvoir au risque de provoquer le chaos. Les liens du souvenir et du sang parviendront-ils à vaincre la haine?

Diffusion le jeudi 2/3.


"Kurt"
Laurent-David Samama
Plon

Exofiction d'une icône grunge. Portrait sensible et désordonné du leader de Nirvana: Kurt Cobain. Entre autodestruction contrôlée et regard lucide sur une Amérique gonflée d'orgueil, le héros filme sa fin programmée.

Diffusion le vendredi 3/3.


Verdict le 9 mars.




vendredi 3 février 2017

Harlan Coben en mars à Bruxelles!

Harlan Coben.

L'écrivain américain Harlan Coben, auteur de dix-sept romans traduits en français chez Belfond (et en poche chez Pocket), sera présent à la Foire du livre de Bruxelles les vendredi 10 et samedi 11 mars prochains.
L'occasion de rencontrer un auteur charmant, géant (1,94 m), père de quatre enfants.

Ses titres


  • Ne le dis à personne (2002)
  • Disparu à jamais (2003)
  • Une chance de trop (2004)
  • Juste un regard (2005)
  • Innocent (2006)
  • Promets-moi (2007)
  • Dans les bois (2008)
  • Sans un mot (2009)
  • Sans laisser d'adresse (2010)
  • Sans un adieu (2010) 
  • Remède mortel (2011)
  • Faute de preuves (2011)
  • Sous haute tension (2012)
  • Ne t'éloigne pas (2013)
  • Six ans déjà (2014)
  • Une chance de trop (2015)
  • Intimidation (2016)



Le dernier livre en date d'Harlan Coben, "Intimidation" ("The stranger", traduit de l'américain par Roxane Azimi, Belfond, 374 pages), est sorti le 1er octobre 2016.
C'est l'histoire d'un couple dans le New York d'aujourd'hui. Adam est avocat et mène une vie agréable et aisée en compagnie de son épouse Corrine et de leurs deux enfants. Jusqu'au jour où un mystérieux individu va lui faire de curieuses révélations sur un pan du passé de sa conjointe qu'il ignorait.

On peut lire le début du roman ici.










lundi 19 décembre 2016

Oscar Lalo, primo-romancier de l'indicible

Il était une fois un avocat qui habitait Genève. Il quitta ensuite le barreau suisse et exerça divers métiers, prof de droit, auteur de chansons, de scénarios de films, auteur-compositeur-interprète. Toujours en rapport avec l'écriture, qu'elle soit juridique ou artistique. Histoire de se "forger la plume".

Car aujourd'hui, cet ex-avocat, Oscar Lalo, est entré en littérature avec un magnifique premier roman, pudique et éloquent, "Les contes défaits" (Belfond, 218 pages), sorti à la rentrée littéraire et pas assez remarqué. La faute au titre, peu clair, aride? La faute à l'obscur incipit de quatre pages qui embrouille le lecteur s'il ne le chasse pas? Ce début de texte n'apporte rien au livre et peut se sauter sans crainte. Car il serait dommage de passer à côté de cette pépite littéraire.

Le mieux de commencer à la première partie, "Le train". "Le home", "Le puzzle" et "Le coma" sont les titres des trois autres. Quatre mots qui donnent une idée de ce qui va suivre. Le livre parle en effet avec pudeur d'un sujet douloureux, celui d'un enfant abusé très jeune dans un home où il passait toutes ses vacances. Avec son frère mais loin de ses parents. Oscar Lalo le raconte sans pathos, sans rien montrer du crime répété qu'on devine avec horreur. Il suit pas à pas l'histoire du narrateur, ce gamin si seul. Des pas d'enfant, qui nous valent les 79 brefs chapitres que compte l'ensemble, adroitement mis en pages. De cette enfance martyrisée presqu'à l'insu du petit garçon à la prise de conscience qu'il en fera l'âge venant, à 65 ans. "J'ai essayé d'écrire de façon pudique et poétique ce qui ne peut pas se dire", me dit l'auteur, de passage à Bruxelles.

Ce n'est pas un sujet drôle, non, mais il est porté par une si belle plume que le texte paraîtra cathartique aux uns et partagera une douleur tue car non comprise aux autres. "Comment libérer la parole,  dire l’indicible?", s'est questionné l'auteur. Il l'a fait, nous menant aux côtés de ce gamin qui est incapable de grandir autrement que physiquement, blessé à jamais par un adulte qui avait autorité sur lui. Ce qui est superbe ici, c'est qu'on comprend pourquoi l'enfant ne dit rien. Il n'a tout simplement pas les mots pour s'exprimer et sans doute personne à qui les confier.

Oscar Lalo.
Sept questions à Oscar Lalo

Comment s'est porté votre choix sur ce thème difficile?
Il est lié à mon premier métier d'avocat, et à la première affaire que j'ai eue à traiter en tant qu'avocat stagiaire. C'était un viol sur mineur. Quel baptême! Tout m'a marqué dans cette affaire. Les faits eux-mêmes mais aussi l'impossibilité pour l'enfant de mettre des mots sur ce qu'il avait subi, et l'appareillage judiciaire. Aujourd’hui, si je devais remettre la robe, je ferais uniquement du pénal.

Romancier n'est pas votre premier métier.
Jusqu'à présent, je me cachais derrière ma plume, prêtée à la justice, aux étudiants, aux acteurs, aux réalisateurs. J'écrivais un produit qui allait être transformé. Pour la première fois, avec ce premier roman, j'ai créé un produit brut. Curieusement, depuis qu'il est publié, je sais que je suis écrivain. Ce sont les lecteurs du livre qui m'ont rendu écrivain. Depuis, je ressens une utilité sociale que je n'éprouvais pas, paradoxalement, quand j'étais avocat.

Comment s'est écrit ce premier roman?
D'une traite. Quand il m'a pris, il ne m'a plus lâché. Il me fallait tous mes dix doigts. L'écriture a été éreintante et j'en suis sorti exsangue. Quand je me couchais, exténué, le livre me reprenait comme un geôlier. Cela a été une mise en abyme. Etait-ce moi qui écrivais ou le livre qui s’écrivait tout seul? A un moment, le narrateur a pris la main.

Votre livre se compose de quatre parties et de très brefs chapitres, souvent d'une seule page.
Les quatre parties suivent une progression chronologique, sauf la troisième qui donne le regard d'un adulte. Le livre est sur la mémoire et la résilience. Toute personne qui a subi un trauma dans sa vie le porte tant qu'elle ne le résout pas. Même si elle invente des rustines pour ne pas l'affronter.
Je voulais écrire sur la façon dont on se réapproprie sa propre enfance pour la mettre à sa juste place. Mon personnage attend ses 65 ans pour le faire. Tant qu'on ne l'a pas fait, chaque fois qu'on y pense, le trauma revient. On ne se rend pas compte qu'on est assigné au silence par un faux ami.
J'ai écrit de petits chapitres car tout devait être ciselé, sans pathos. Il fallait que cela ne déborde pas.
La mise en pages comporte beaucoup de blancs pour que  le lecteur puisse respirer. Et aussi parce que le narrateur est un enfant, que ses mots ont de la peine à sortir.

Vous semblez connaître des enfants abusés.
Mon expérience m'a appris à repérer avec plus d'acuité les enfants abusés. Plus ils sont jeunes, plus c'est compliqué. Il leur faut trouver l'accès à cette mémoire en gruyère, pleine de trous, se la réapproprier. Que l'enfant ait trois ans ou six ans, l'abus touche à l'innocence absolue. J'ai voulu faire un livre sur l'indicible. On a du mal à parler quand on est dans ce cas. Pour un enfant petit, l'abus est inexplicable. Plus le trauma est grand, plus il est difficile à verbaliser.

Avez-vous eu des réactions de lecteurs?
J'ai vécu des moments très forts avec mes lecteurs, et pas seulement avec des lecteurs qui ont été abusés enfants. Ils me disent que c'est un livre cathartique. "Je me comprends mieux", m'a dit l'un d'eux. Pour les enfants, il est difficile de mettre les morceaux du puzzle dans l'ordre.

Allez-vous continuer à écrire?
J'ai un deuxième livre en chantier. On part totalement ailleurs. Il était important pour moi de l'écrire et de l'écrire assez vite après le premier. "Les contes défaits" véhicule beaucoup d'émotion. J'y ai mis beaucoup de moi.


Pour lire un extrait des "Contes défaits", c'est ici.


jeudi 8 septembre 2016

Treize raisons d'aimer Colum McCann


Colum Mc Cann sera à Vincennes ce week-end. (c) Belfond.

  1. Le dixième livre en français de Colum McCann nous parvient cette année: "Treize façons de voir" (un court roman et quatre nouvelles, traduit de l'anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, Belfond, 308 pages) et il est excellent. Il se savoure comme un bon vin malgré les multiples formes de violence qu'il relate.
  2. L'écrivain irlandais né à Dublin en 1965 et installé aux Etats-Unis depuis 1986 est un des soixante invités au Festival America qui se tient de vendredi à dimanche à Vincennes (lire ici). Il parle aussi bien qu'il n'écrit et l'entendre est toujours un bonheur.
  3. Son nouveau livre est atypique, ni un roman comme les six qu'il a déjà écrits ("Le Chant du coyote", "Les Saisons de la nuit", "Danseur", "Zoli", "Et que le vaste monde poursuive sa course folle" lire ici, "Transatlantic", lire ici),  ni un recueil de nouvelles comme il en a déjà publié deux ("La rivière de l'exil" et "Ailleurs en ce pays"), ni un recueil de textes comme l'est "Etre un homme" (lire ici).
  4. "Treize façons de voir", le roman bref qui donne son titre au recueil met en scène un juge à la retraite, M. Mendelssohn, 82 ans, fâché avec la vie (son état de dépendance) et avec sa vie (un fils décevant et une fille qui a déménagé en Israël) et qui va être victime d'une agression brutale en rue.
  5. Dans la nouvelle "Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes?", McCann renoue avec l'Afghanistan et les soldats que l'Amérique y envoie. Mais cette fois-ci, il s'agit d'une femme, imaginée la nuit de Noël.
  6. "Sh'khol" est la terrible histoire de Thomas, 13 ans, et de ses parents séparés qui doivent faire face à la disparition de leur fils adopté après une baignade en mer.
  7. "Traité" nous fait suivre l'angoisse d'une religieuse autrefois violée dans la jungle colombienne et qui reconnaît son agresseur à la télévision.
  8. "Comme s'il y avait des arbres" est l'histoire sordide d'un gamin de 17 ans, Jamie, qui, renvoyé du lieu où il travaillait pour cause de drogue, s'en prend au couteau à un ouvrier roumain.
  9. Ces cinq histoires valent bien plus que leurs résumés qui ne rendent pas compte de la beauté de la langue de Colum McCann. Il faut vraiment les lire pour savourer tout son talent, mis ici au compte de la violence, quotidienne ou à l'échelle du monde. "Ces récits", note l'auteur, "ont leurs propres voix, mais si leur provenance vous intéresse (...), veuillez visiter mon site colummccann.com" (en espérant que le site fonctionne...).
  10. Colum McCann a été lui-même victime d'une lâche agression en juin 2014, alors qu'il avait presque terminé d'écrire ces nouvelles. Ce qui l'a incité à modifier certains passages du livre. "Il me semble", écrit-il, "que parfois nous écrivons notre vie à l'avance, et que, d'autres fois, nous sommes seulement capables de regarder derrière nous. Mais en fin de compte, chaque mot que nous écrivons est autobiographique, peut-être plus encore quand nous essayons d'éviter toute autobiographie".
  11. On peut lire un extrait de "Treize façons de voir" ici.
  12. Tous les livres de Colum McCann sont publiés (et disponibles) chez Belfond et ensuite ils passent en poche chez 10/18.
  13. Ces/ses mots magiques: "Malgré tout ce qu'elle doit à l'imagination, la littérature prend des chemins inimaginables."