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vendredi 12 juillet 2024

Philosophie, philosenfants

"C'est quoi rêver?", thème du numéro de juin. (c) Philéas & Autobule.

Tous ceux qui fréquentent des enfants savent leur goût pour la discussion, pour la réflexion. Et ce dès le plus jeune âge, à partir de la deuxième année de maternelle. Savent-ils qu'ils philosophent? Ce n'est pas le plus important. Ce qui compte, c'est de philosopher avec eux. C'est ce à quoi s'emploie fort bien la revue belge "Philéas & Autobule". Destinée aux 8-13 ans, elle paraît cinq fois par an, centrée chaque fois sur un thème, la solidarité, le passé, l'art... Le dernier en date, dans le numéro 90 de juin, est "C'est quoi rêver?"

Comme à chaque parution, le numéro fourmille de questions: rêve ou cauchemar, rêve ou réalité, rôle du rêve, rêve éveillé, ambition et utopie... Et pour finir: les rêves nous aident-ils à vivre? Ces interrogations sont aussi bien portées par les deux héros récurrents, les petits philosophes Philéas et Autobule, qu'à travers BD, récits, expériences, jeux, etc. Autant de clés tendues aux parents pour ouvrir le dialogue avec leurs enfants. Le numéro comporte aussi un dossier pédagogique à destination des enseignants ou des animateurs jeunesse, à télécharger gratuitement dans l'espace éducation du site (ici).

Ludique et dynamique, accessible et riche de contenus, la revue "Philéas & Autobule" veut inciter les enfants à développer leur esprit critique, leur capacité à s'exprimer, leur confiance en eux, leur imagination, les pousser à échanger, à faire leurs choix personnels, leur révéler leur capacité d'empathie. Elle est portée par deux ASBL du CAL (Centre d'action laïque), Laïcité Brabant Wallon (Centre de réflexion et d'action progressiste en Brabant wallon) et Entre-vues (Pédagogie de la philosophie et de la citoyenneté). Les espaces rédactionnels sont évidemment vus par des enseignants et des animateurs d'ateliers de philosophie.
 
Différents aspects graphiques du numéro en vente.
 
Introspection. (c) Philéas & Autobule.

Récit. (c) Philéas & Autobule.

BD. (c) Philéas & Autobule.

BD historique. (c) Philéas & Autobule.

Créée en septembre 2006 avec comme thème "Penser le temps", la revue entame allègrement sa nouvelle saison, la dix-neuvième, dont voici le programme:
  • Octobre 2024: "C'est quand le bonheur?"
  • Décembre 2024: "Pourquoi s'intéresser à l'Univers?"
  • Février 2025: Choisir (titre à venir)
  • Avril 2025: La technologie (titre à venir)
  • Juin 2025: La magie (titre à venir)
Infos pratiques sur le site de la revue (ici). 
 

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Philéas & Autobule, ce sont aussi des albums jeunesse très réussis. Trois existent actuellement, à lire dès 5 ans.
 
Tout est si grand – Chanson qui s'épanouit
texte d'Isabel Minhós Martins
illustrations de Bernardo P. Carvalho
partie philo de Mélanie Olivier
traduit du portugais par Filomena Fatelo et Carine Simão Pires
Philéas & Autobule
2022, 40 pages
 
Quand un jour de vacances d'été invite à la contemplation et fait naître les émotions, à travers un inventaire joyeux et subjectif de ce qui grandit ou bouge. Les éléments concrets et les idées poétiques sont portés par de magnifiques paysages sur double page aux couleurs intenses.
 

Hé, Big Bang ! (Personne n’a dit que c’était facile)
texte d'Isabel Minhós Martins
illustrations de Bernardo P. Carvalho
partie philo de Mélanie Olivier
traduit du portugais par Filomena Fatelo et Carine Simão Pires
Philéas & Autobule
2022, 40 pages
 
Ce matin-là, le cheval Big Bang se réveille avec une idée sur le bout de la langue… Mais quelle idée? Comment va-t-il arriver à le savoir? Il part à sa recherche mais est sans cesse interrompu par une ribambelle de trouble-fêtes qui apparaissent dans des paysages aux couleurs éclatantes.
 
 
Une table est une table. Vraiment?
texte d'Isabel Minhós Martins
illustrations de Madalena Matoso
partie philo de Mélanie Olivier
traduit du portugais par Filomena Fatelo et Carine Simão Pires
Philéas & Autobule
2023, 40 pages
 
Une table pourrait-elle être plus qu'une table? Ébranlée par les mots de son grand-père qui évoque des souvenirs, Rosa mène l'enquête. La petite fille interroge successivement le menuisier, le poète, la collectionneuse, l'astronome… Chacun a sa réponse... Et elle?



vendredi 1 juillet 2022

Les 64 distinctions 2022 de l'Académie française

EDIT 03-11-2022
Son Grand prix du roman attribué (lire ici), l'Académie française publie son palmarès complet pour l'année 2022, fort donc de 65 lauréats, en version illustrée. Il est à découvrir ici.


L'Académie française.

Pas de Belge au palmarès de l'Académie française pour l'année 2022, mais un Vietnamo-Américain de langue française, Trinh Xuan Thuan, une Suisse, Annick Ettlin, un Ecossais, Neil MacGregor et, pour la première fois, un média, en l'occurrence un journal libanais. Le millésime 2022 comporte 64 distinctions, allant parfois à plusieurs lauréats. On dénombre parmi eux quarante-six messieurs et dix-huit dames. On a le plaisir d'y repérer les noms des poètes Jean-Pierre Siméon, Yvon Le Men, Jean d'Amérique, Florence Trocmé,du cinéaste Arnaud Desplechin, du chanteur Jacques Dutronc, des écrivains Trinh Xuan Thuan, Eric Neuhoff, Anna Moï, Christian Garcin, Claude Habib, Jérôme Attal

Le Grand prix du Roman de l'Académie française sera quant à lui, comme de coutume, décerné à l’automne.


PALMARÈS DE L’ANNÉE 2022


complété des maisons d'édition par mes soins. 


GRANDS PRIX

Grand Prix de la Francophonie
M. Trinh Xuan Thuan (États-Unis)
Grande Médaille de la Francophonie
le journal quotidien libanais francophone "L'Orient-Le Jour" (lire ici)
Grand Prix de Littérature Paul Morand
M. Éric Neuhoff, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs dont Albin Michel)
Grand Prix de Littérature Henri Gal, Prix de l'Institut de France
M. Jean-Loup Trassard, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard et Le temps qu'il fait)
Prix Jacques de Fouchier
M. Raphaël Gaillard, pour "Un coup de hache dans la tête" (Grasset)
Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Louis-Henri de La Rochefoucauld, pour "Châteaux de sable" (Robert Laffont)
Grand Prix Hervé Deluen
Mme Anna Moï (L'Aube et Gallimard)
Prix Léon de Rosen
M. Éric Fottorino, pour "Mohican" (Gallimard)
Grand Prix de Poésie
M. Jean-Pierre Siméon, pour l'ensemble de son œuvre poétique (divers éditeurs dont Cheyne et Gallimard)
Grand Prix de Philosophie
Mme Anca Vasiliu, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs)
Grand Prix Moron
Mme Sandra Laugier, pour l'ensemble de ses travaux philosophiques (divers éditeurs dont Vrin et PUF)
Grand Prix Gobert
M. Maurice Vaïsse, pour "Le Putsch d'Alger" (Odile Jacob) et l'ensemble de son œuvre
Prix de la Biographie
M. François Angelier, pour "Georges Bernanos. La colère et la grâce" (Seuil)
Prix de la Critique
M. Sylvain Menant, pour "Voltaire et son lecteur. Essai sur la séduction littéraire" (Droz) et l'ensemble de ses travaux critiques
Prix de l'Essai
Mme Henriette Michaud, pour "Freud à Bloomsbury" (Fayard)
Prix du cardinal Lustiger
R.P. Michel Corbin, s.j., pour l'ensemble de son œuvre, après la parution de "Lecture pascale des noms divins selon Denys l'Aréopagite" (Editions du Cerf)
Prix de la Nouvelle
M. Uli Wittmann, pour "Le Crocodile blanc et autres hasards" (Mercure de France)
Prix d'Académie
M. Philippe Descola, pour "Les Formes du visible. Une anthropologie de la figuration" (Seuil) et l'ensemble de son œuvre
M. Patrick Reumaux, pour l'ensemble de son œuvre et son travail de traducteur (divers éditeurs)
M. Stéphane Guégan, pour "Caillebotte. Peintre des extrêmes" (Hazan)
Mme Florence Trocmé, pour son site Poezibao (ici)
Prix du Théâtre
M. Jean-François Sivadier, pour l'ensemble de son œuvre dramatique
Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Patrick Haudecoeur, pour l'ensemble de ses ouvrages dramatiques
Prix du Cinéma René Clair
M. Arnaud Desplechin, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique
Grande Médaille de la Chanson française
M. Jacques Dutronc, pour l'ensemble de ses chansons
Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises
Mme Osvalde Lewat, auteur franco-camerounaise qui a récemment publié "Les Aquatiques" (Les Escales)
M. Charles Xuereb, historien maltais, commentateur de la vie culturelle et politique française à Malte
Mme Jennifer Montagu, historienne de l'art anglaise, spécialiste de l'œuvre de Charles Le Brun et de l'art des XVIIe et XVIIIe siècles
M. Denis Vaugeois, historien et éditeur québécois, qui est notamment à l’origine d'un plan d'aménagement et de développement des bibliothèques publiques au Québec
M. Frantz Voltaire, historien haïtien, gardien et diffuseur de la culture haïtienne et caribéenne au Canada et en Amérique

PRIX DE POÉSIE

Prix Théophile Gautier
Mme Sandra Moussempès, pour "Cassandre à bout portant" (Flammarion)
Prix Heredia
M. Jean D'Amérique, pour "Rhapsodie rouge" (Cheyne)
Prix François Coppée
Mme Pascale Bouhénic, pour "76 façons d'entrer" (Gallimard/L'arbalète)
Prix Paul Verlaine
M. Yvon Le Men, pour "La Baie vitrée" (Editions Bruno Doucey) et "À perte de ciel" (Bayard)
Prix Henri Mondor
Mme Annick Ettlin, pour "Poétiques de la volonté de croire. Rimbaud, Mallarmé, Valéry" (Droz)

PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

Prix Montyon
M. Neil MacGregor, pour "À monde nouveau, nouveaux musées. Les musées, les monuments et la communauté réinventée" (Hazan)
Prix La Bruyère
M. Philippe Grosos, pour "Des profondeurs de nos cavernes. Préhistoire - Art - Philosophie" (Editions du Cerf)
Prix Jules Janin
MM. Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf, pour leur traduction de "L'intégrale des nouvelles" de Melville (Finitude)
Prix Émile Augier
M. Jean-Benoît Patricot, pour "Voyage à Zurich" (Editions Les Cygnes)
Prix Émile Faguet
Mme Mathilde Brézet, pour "Le Grand Monde de Proust. Dictionnaire des personnages d’À la recherche du temps perdu" (Grasset)
Prix Louis Barthou
M. Sylvain Fort, pour "Odysséennes. Cinq femmes homériques" (Editions des Busclats)
Prix Anna de Noailles
Mme Isabelle Dangy, pour "Les Nus d'Hersanghem" (Le Passage)
Prix François Mauriac
M. Olivier Hercend, pour "Zita" (Albin Michel)
Prix Georges Dumézil
M. Pierre Vesperini, pour son édition de "Théocrite, Les Magiciennes et autres idylles" (Gallimard)
Prix Roland de Jouvenel
Mme Lyane Guillaume, pour "Moi, Tamara Karsavina" (Editions du Rocher)
Prix Biguet
Mme Claude Habib, pour "La Question trans" (Gallimard)
Prix Ève Delacroix
Mme Brigitte Adès, pour "Les Voix de la forêt" (Portaparole)
Prix Jacques Lacroix
M. Luc Passera, pour "Les Insectes, rois de l'adaptation" (Editions Quae)
Prix Raymond de Boyer de Sainte-Suzanne
M. Emmanuel Cattin, pour "La Venue de la vérité. Phénoménologie de l'esprit selon Jean" (Vrin)

PRIX D'HISTOIRE

Prix Guizot
M. Christian Baechler, pour "La Trahison des élites allemandes. Essai sur le rôle de la bourgeoisie culturelle (1770-1945)" (Passés composés)
M. Jean-Pierre Langellier, pour "Léopold Sédar Senghor" (Perrin)
Prix Thiers
M. Charles-Éloi Vial, pour "Napoléon et les bibliothèques. Livres et pouvoir sous le Premier Empire" (Cnrs)
Prix Eugène Colas
M. Jérémie Gallon, pour "Henry Kissinger. L'Européen" (Gallimard)
Mme Pauline Valade, pour "Le Goût de la joie. Réjouissances monarchiques et joie publique à Paris au XVIIIe siècle" (Champ Vallon)
Prix Eugène Carrière
M. Jean-Pierre Cuzin, pour "La Tour" (Citadelles & Mazenod)
Prix Louis Castex
M. Paul Salmona, pour "Archéologie du judaïsme en France" (La Découverte)
Prix Monseigneur Marcel
Mme Bénédicte Boudou, pour "La Sphère privée à la Renaissance" (Classiques Garnier)
M. Ludovic Balavoine, pour "Jan Van Eyck. Als ich can" (Septentrion)
Prix Diane Potier-Boès
M. Étienne Jouhaud, pour "L'Expérience du Levant à l'automne de la Renaissance. Le Voyage de Constantinople" (Classiques Garnier)
Prix François Millepierres
M. Christophe Dickès, pour "Saint Pierre. Le mystère et l'évidence" (Perrin)
Prix Augustin Thierry
M. Xavier Hélary, pour "L'Ascension et la Chute de Pierre de La Broce, chambellan du roi († 1278). Étude sur le pouvoir royal au temps de Saint Louis et de Philippe III"" (Honoré Champion)

PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE

Prix Henri de Régnier
M. Dominique Charnay, après "Queneau et ses vies de chien" (Editions des Grands Champs)
Prix Amic
M. Jérôme Attal, après "L'Âge des amours égoïstes" (Robert Laffont)
Prix Mottart
Mme Salomé Baudino, après "Le Syndrome des cœurs brisés" (Editions de l'Observatoire)


samedi 5 février 2022

Grands philosophes pour petits lecteurs


Ils sont petits. Mais à six (et bientôt huit), avec leur couverture en tons francs, ils se repèrent vite sur le rayon de la bibliothèque. Et se distinguent par le grand rond qui découpe leur couverture laissant entrevoir un animal. C'est que les petits volumes illustrés de la collection "Philonimo" (Editions 3œil), dont le titre n'apparaît qu'en quatrième de couverture, ont pour défi de rendre les grands philosophes accessibles aux enfants par le biais d'animaux. Et ce dès les classes maternelles. Défi remporté. Tous écrits avec justesse par Alice Brière-Haquet, ils sont magnifiquement illustrés par des artistes chaque fois différents. La crème de l'illustration jeunesse.

On a déjà eu "Le Porc-épic de Schopenhauer", illustré par Olivier Philipponneau, et "Le Corbeau d'Epictète", illustré par Csil (lire ici). Quatre autres ont suivi l'an dernier, toujours dans l'alternance Antiquité-XXe siècle, donnant une véritable cohérence à la collection. 2022 verra la sortie le 7 juin du "Cygne de Popper", illustré par Janik Coat, et le 2 septembre de "La Colombe de Kant", illustré par Emilie Vast.

Le quarté 2021


Le Papillon de Tchouang-Tseu
Alice Brière-Haquet
illustré par Raphaële Enjary
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 24 pages

Tout jaune et illustré de gravures aussi sobres que délicates, l'album le plus mince de la série met en scène un homme, Tchouang, qui s'est endormi et qui rêve qu'il est un papillon. Un vrai papillon à la vie de papillon. Est-il encore humain à ce moment? Et quand il se réveille? Et le papillon rêve-t-il alors de lui? Autant de questions subtilement posées, venues d'un philosophe de l'Antiquité, qui font réfléchir à l'imagination et à ses pouvoirs.

"Le Papillon de Tchouang-Tseu". (c) Editions 3œil.



Le Lézard de Heidegger
Alice Brière-Haquet
illustré par Sophie Vissière
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 32 pages

"Le Lézard de Heidegger".
(c) Editions 3œil.
Couleur vert d'eau pour cet album en pochoirs expressifs parlant de soleil et de chaleur. Qui de la pierre, du lézard ou du jeune Pierre est conscient de leurs interactions dont l'ensemble compose notre galaxie? On suit le lézard, qui recherche la chaleur de la pierre sans savoir d'où elle vient mais fuit lorsqu'il est dérangé par l'enfant. Les niveaux de conscience, selon Heidegger, abordés avec finesse.


Le Chien de Diogène
Alice Brière-Haquet
illustré par Kazuko Matt
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 32 pages

"Le Chien de Diogène".
(c) Editions 3œil.
Quelle est la richesse qui compte sur terre? L'or et la puissance du Roi ou la liberté et les réjouissances qu'elle offre au chien? Les illustrations en bleu nuit et rouge détaillent cette "vie de chien", une vie de bonheurs incessamment renouvelés pourvu qu'on leur prête attention. N'est-ce pas là, la vie d'un roi, glisse Epictète, philosophe stoïcien qu'on nie depuis près de deux millénaires.




Le Canard de Wittgenstein
Alice Brière-Haquet
illustré par Loïc Gaume
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 32 pages

Merveilleuse interprétation graphique en orange et bleu vif de ce jeu sur la double perception. Canard ou lapin? Le bec de l'un et les oreilles de l'autre ont les mêmes traits. Selon l'inclinaison du sujet, la perspective adoptée, le lecteur comme le chasseur de l'histoire, a l'un ou l'autre. Vertigineux. La question immédiate étant alors, l'un peut-il être l'autre? Oui et non, comme le montre Wittgenstein. Comment entrer dans un terrier quand on est canard, s'envoler quand on est lapin? Et quid du chasseur? Discussions à prévoir.

"Le Canard de Wittgenstein". (c) Editions 3œil.










mardi 30 novembre 2021

La liberté, présente mais parfois cachée

LU & approuvé

Armé de sa longue vue, un petit marin scrute l'horizon en couverture de cet album jeunesse à la délicate portée philosophique. Que cherche-t-il? Un mot en sept lettres, dont Paul Eluard a écrit le nom à tant d'endroits dans son magnifique poème. Dans une démarche parallèle mais adaptée aux enfants, Chiara Pastorini au texte et Lucia Calfapietra aux illustrations signent l'album "Liberté, où es-tu?" (36 pages, L'Initiale).

"Liberté, où es-tu?/ Je te cherche partout et je ne te trouve pas." On suit la quête du narrateur à travers le monde en d'expressives images sur doubles pages, allant toujours de gauche à droite. Le texte repose la question du titre à plusieurs reprises et apporte plusieurs réponses négatives. La liberté ne serait ni dans l'océan, ni dans le désert, ni dans la savane, ni dans la montagne. 

Quand... "Rassure-toi, je suis là, partout où tu m'as cherchée. Mais tu ne m'as pas vue." Et les deux artistes d'évoquer alors toutes les possibilités d'être de la liberté dans les lieux déjà évoqués et de les compléter de situations proches des enfants. Car... "Où que tu sois, moi, Liberté, je suis là./ Et grâce à moi tu pourras toujours choisir." Une grande douceur émane de cet album dont l'approche bienveillante suscite de nécessaires questions et permet à chacun d'y répondre sereinement.

Voit-on la liberté là où elle est? (c) L'Initiale.


 

dimanche 27 septembre 2020

Chaud-froid de porcs-épics



"Au plus froid de l'hiver les porcs-épics se serrent.
Ils cherchent à se réchauffer.
Mais finissent par se piquer.
Alors ils s'éloignent jusqu'à ce qu'ils aient froid.
Alors ils se serrent et à nouveau s'éloignent.
Se serrent, s'éloignent, se piquent, ont froid.
Ils passent la saison à vivre en accordéon.
Les hommes sont pareils et pas seulement l'hiver."

Ces huit phrases, chaque fois illustrées d'une gravure en vis-à-vis, constituent le début de l'album petit format cartonné "Le Porc-épic de Schopenhauer" d'Alice Brière-Hacquet et Olivier Philipponneau qui y a utilisé le procédé de l'estampe japonaise (Editions 3œil, collection "Philonimo", 32 pages). L'histoire, inspirée du philosophe du XIXe siècle, se poursuit chez les humains et présente la solution trouvée pour "aimer sans se piquer". Un plaisant et élégant papier crème, un minimum de texte faisant germer un maximum d'idées et de sobres illustrations en parfaite adéquation.


"Le Porc-épic de Schopenhauer". (c) Editions 3œil.


Démarche similaire dans "Le Corbeau d'Epictète" de la même Alice Brière-Haquet mais illustré cette fois par les gravures, ses premières, de  Csil (Editions 3œil, collection "Philonimo", 32 pages), aussi bleu que le précédent était rouge, toujours des tons pantone. Fameux défi: il nous fait réfléchir au bonheur et aux influences possibles du chant d'un corbeau sur nos vies en se référant à un philosophe grec d'il y a vingt siècles. Pourquoi un chant de corbeau est-il nécessairement un mauvais présage? On peut aussi y chercher le beau.


"Le Corbeau d'Epictète". (c) Editions 3œil.


Ces deux albums cartonnés mais en format de poche inaugurent la collection "Philonimo", pour "philosophie" et "animaux", reconnaissable à sa découpe ronde dans la couverture en ton vif. Une collection qui veut mettre les grands noms de la philosophie et surtout leur pensée entre les mains des enfants des classes maternelles. Et ceci grâce aux métaphores animalières qu'utilisent les penseurs, résumées pour le jeune public. Quatre volumes sont en préparation, qui seront consacrés à Tchouang-Tseu, Wittgenstein, Diogène et Heidegger.

D'une belle sobriété tant dans le texte que dans l'image en noir, blanc et une couleur franche, laissant de la place au lecteur, ces deux albums permettent peut-être une première approche de la philosophie. Ils ouvrent surtout le chemin de la réflexion aux jeunes enfants confrontés, comme tout le monde, aux questions de la distance entre humains et du bonheur par une approche à leur niveau et donc à leur portée.