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lundi 14 février 2022

Bisous, bisoux, bizoux...

"Bisous". (c) Saltimbanque Editions.

Et les bébés, ils lisent?
Bien sûr.
Ce qui est certain, c'est que les tout-petits aiment lire.
Sélection d'albums sur le thème de l'amour et des bisous.


Bisous
Marta Comin
Saltimbanque éditions
traduit et adapté de l'espagnol par Jean Céa
16 pages animées
dès 2 ans

Immense coup de cœur pour le cartonné de grand format de cette artiste visuelle espagnole. Tout y est beau, tout y est pensé, tout y est graphique, tout y est réussi. De page en page de cet album animé, on croise différents animaux qui, tous, vont s'embrasser pour différentes raisons. Les poissons et les serpents sont heureux de se retrouver, les abeilles sont au travail, les canards jouent à s'attraper, les éléphants se saluent, les oiseaux quittent le nid... En finale, le bébé est sur le point de s'endormir.

Les atouts de ce livre sont le graphisme sobre et expressif, les trouvailles des pliages et des tirettes qui permettent aux personnages de se faire des bisous quand on les manipule, mais pas à chaque mécanisme, le texte reprenant chaque fois le cri de l'animal suivi de "smack, smack!". C'est tout simple et terriblement jubilatoire. A manipuler délicatement.


Les poissons glissent pour s'embrasser. (c) Saltimbanque Editions.


Avant, et après avoir déplié les volets. (c) Saltimbanque Editions.



Je t'aime tellement fort!
Anne Gutman
Georg Hallensleben
Gallimard Jeunesse
32 pages
dès 3 ans

Depuis quand connaît-on Pénélope, ce trop mignon koala bleu au joli nez rouge, création commune d'Anne Gutman aux textes et Georg Hallensleben aux illustrations? Depuis 2005 et l'album "Mon amie Pénélope" (Gallimard Jeunesse) qui en proposait quatre histoires. Une cinquantaine de titres allaient suivre, dans tous les formats. Le dernier en date est un grand album où, à l'heure de dormir, l'espiègle Pénélope, déjà couchée dans son lit, fait diversion en se lançant avec sa maman dans une réjouissante joute oratoire. Tout commence par une escalade entre les "je t'aime" et les "moi, je t'aime encore plus fort"  -- mais pas comme dans l'excellent "Devine combien je t'aime" de Sam McBratney et Anita Jeram (l'école des loisirs, Pastel, 1994). Affirmations qui se concrétisent par différents projets de cadeaux assez farfelus, château, forêt, poules à œufs en chocolat, de plus en plus fous jusqu'à ce que le père vienne mettre le holà, malgré une ultime tentative de résistance de Pénélope.

L'ambiance est charmante, servie par les extraordinaires illustrations mettant royalement en scène les projets imaginés. Hallensleben est un maître de la couleur, un as de la perspective, un chantre des paysages extérieurs ou des scènes d'intérieur. Le grand format de l'album permet d'encore plus apprécier ses tableaux.

"Je t'aime, maman./ Et moi encore plus..." (c) Gallimard Jeunesse.

Quand l'amour s'imagine de façon concrète. (c) Gallimard Jeunesse.



Un petit bisou... enfin!
Eoin McLaughlin
Polly Dunbar
traduit de l'anglais par Emilie Nief
Gallimard Jeunesse
32 pages
dès 3 ans

Après l'album tête-bêche "Un petit bisou?" où Tortue et Hérisson cherchaient chacun de leur côté à se faire consoler et se retrouvaient au milieu du livre, et "Un petit bisou de loin", tous deux sortis en 2020, où les héros s'envoient par lettre des bisous volants parce que la distance les empêche de se voir, voilà un troisième tome de cette charmante série en petit format broché (et petit prix). Cette fois, ce sont les choses de la vie qui séparent le duo d'amis. Hérisson est impatient que Tortue sorte de son hibernation. Il la cherche partout. Quel bonheur, partagé et réciproque, quand ils se retrouvent. Une histoire tendre portée par un texte justement minimal et des dessins délicats mais vigoureux. Un seul petit bémol, tout petit: pour les besoins du scénario, Tortue hiberne sur terre et non sous terre! 

Tortue est réveillée. (c) Gallimard Jeunesse.



vendredi 28 décembre 2018

Décès de l'écrivain israélien Amos Oz

Amos Oz.

On apprend le décès, ce 28 décembre 2018, de l'immense écrivain israélien et militant pour la paix Amos Oz, des suites d'un cancer. L'auteur de notamment "Une histoire d'amour et de ténèbres" (traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen, Gallimard, 2003), un roman autobiographique, et le cofondateur du mouvement La Paix maintenant avait 79 ans.  Il était né à Jérusalem le 4 mai 1939. Poète, romancier et essayiste israélien, il était également professeur de littérature à l'université Ben Gourion de Beer-Sheva.

A son propos, "Livres-Hebdo" écrit: "Marié et père de trois enfants, Amos Oz était très apprécié par les Israéliens de tous bords, notamment pour son humour, même si ses prises de position déclenchaient parfois les passions. Tantôt adulé, tantôt détesté, ce monument de la littérature israélienne, amoureux des livres - "Heureusement qu'il n'y a pas de loi sur le harcèlement littéraire" - rêvait sans doute d'un monde sans frontières. Lui espérait simplement: "Si mes livres parviennent à ouvrir de nouvelles fenêtres dans le cœur des gens, je serai très heureux."


Amos Oz est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, romans, nouvelles, contes, essais, dont un seul a été publié dans une version jeunesse.

Il s'agit du magnifique conte "Soudain dans la forêt profonde" (traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen, Gallimard, 2006) qui a été illustré par l'artiste allemand Georg Hallensleben  (Gallimard Jeunesse, 96 pages, 2008).

(c) Gallimard Jeunesse.

Succès de la collection "Du monde entier", le livre d'Amos Oz, "Soudain dans la forêt profonde", se double d'une version grand format destinée à la jeunesse, somptueusement illustrée par Georg Hallensleben. Les couleurs éclatantes des peintures texturées de l'artiste allemand  facilitent l'accès aux plus jeunes d'un texte écrit au départ pour les adultes tout comme elles prolongent magnifiquement cette parabole, magnifiquement littéraire, appelant à la tolérance.

(c) Gallimard Jeunesse.

L'histoire est celle de deux enfants, Matti et Maya, qui refusent la malédiction de leur village perdu au bout du monde, déserté par les animaux de la terre, de l'air et de la rivière, encerclé par des forêts épaisses et sombres. Ses habitants se barricadent chez eux dès la nuit tombée, terrorisés par la créature mystérieuse nommée Nehi. Surtout, ils gardent le silence. Personne ne veut se souvenir des animaux ni évoquer la vie d'avant. Seule Emanuela, l'institutrice du village, tente d'enseigner aux élèves à quoi ressemblaient ces animaux disparus.

Et si la réponse à cette grisaille se trouvait dans la forêt, celle qui est interdite aux enfants et où Matti et Maya vont se rendre? "Soudain dans la forêt profonde" est un récit pour enfants et adultes, au carrefour de la tradition biblique, du folklore yiddish et du conte européen. Un conte magistral pour tous, ados et adultes compris, dès 8 ans.

(c) Gallimard Jeunesse.




J'apprends aussi qu'un roman jeunesse d'Amos Oz n'est plus disponible. Il s'agit de "Mon vélo et autres aventures" (traduit de l'hébreu par Jacques Pinto, Stock, collection Mon bel oranger, 1983) qui est aussi sorti en poche au Livre de poche jeunesse (1990, 1996). Qui va le republier?

Résumé trouvé en ligne: "Quand on a onze ans et demi, des copains, un grand amour secret pour une fille de la classe, une collection de billes, des parents qui se chamaillent, un oncle gâteau, qu'est-ce qui peut vous arriver de mieux au monde? Que l'oncle vous offre un vélo! Parce que les copains sont jaloux, la fille commence à vous regarder avec intérêt, les parents protestent que c'est dangereux d'aller à vélo dans les rues, etc. Tout va donc pour le mieux jusqu'au moment où Soumkhi réalise que son vélo est en réalité un vélo de "fille" et là, les ennuis commencent. Des ennuis tels qu'il se brouille avec ses copains, s'enfuit de chez lui un soir d'hiver, se fait recueillir par des voisins compatissants et s'enferre dans des mensonges tels qu'il lui faudra une imagination en folie pour s'en sortir..."


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Les Bruxellois se souviennent peut-être du passage d'Amos Oz à Bruxelles, le dimanche 20 janvier 2013. Ce que j'en avais écrit à l'époque.

"Ils étaient plus de six cents courageux à avoir affronté les tempêtes de neige bruxelloises pour venir écouter Amos Oz en anglais, à Flagey, dimanche matin. Ils ont été récompensés. Non seulement, l'écrivain israélien, né en 1939 à Jérusalem, a estimé que "ceux qui étaient venus malgré le temps horrible méritaient une décoration" mais il s'est livré avec générosité pendant bien plus d'une heure – la séance comportait la lecture d'une nouvelle de son nouveau recueil alors à paraître, "Entre amis" (traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen, Gallimard, 2013), "plutôt un roman constitué de nouvelles", a-t-il précisé. Sérieux, Amos Oz, et drôle.
La curiosité a toujours été son moteur d'être humain ou d'écrivain. "A cinq ans déjà, j'étais très curieux. Ensuite, comme je n'étais ni beau ni sportif, j'inventais des histoires pour impressionner les filles. Dans les cafés, j'espionnais les gens aux autres tables, j'écoutais leurs conversations, je décryptais le langage de leurs corps, de leurs expressions, de leurs chaussures. Très important, les chaussures! Aujourd'hui, cela me plaît toujours beaucoup de faire cela quand j'ai du temps à tuer. C'est un passe-temps que je recommande à tout le monde."
Quant à l'hébreu, c'est la passion de l'écrivain engagé: "Je ne suis pas chauviniste d'Israël, mon pays, je suis même très critique vis-à-vis du gouvernement, mais je le suis de sa langue. L'hébreu est un magnifique instrument de musique dont la résurrection est incroyable! C'est un trait d'union entre les Juifs qui parlent tous des langues différentes."
Son nouveau roman est, comme les précédents, sur le malheur: "Le bonheur ne demande pas d'histoires." Il se déroule dans un kibboutz fictif, "un microcosme", et aligne des solitudes finement approchées.
Sur son espoir pour Israël, Oz n'a qu'un mot, "Peace", mais le romancier-essayiste sait qu'"il est difficile d'être prophète quand on vient du pays des prophètes!"

Amos Oz à Flagey le 20 janvier 2013.