Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Réception. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Réception. Afficher tous les articles

vendredi 10 février 2023

Mario Vargas Llosa: "Le roman sauvera la démocratie ou s’abîmera avec elle et disparaîtra"

Mario Vargas Llosa et Daniel Rondeau de l'Académie française.

A l'Académie française, forte aujourd'hui de trente-cinq membres (sur quarante), le jeudi est jour de réunion. Votes, sélections, réceptions, séances publiques... Il n'en a pas été autrement ce jeudi 9 février, jour où Daniel Rondeau a solennellement reçu sous la Coupole Mario Vargas Llosa, né le 28 mars 1936 à Arequipa (Pérou), au fauteuil de Michel Serres, décédé le 1er juin 2019, le fauteuil n° 18. L'écrivain péruvien nationalisé espagnol en 1993 avait été élu en force le 25 novembre 2021, au premier tour de scrutin. Dix-huit voix pour lui sur vingt-deux votants, une seule pour un autre candidat (Frédéric Vignale), un vote blanc et deux votes nuls. L'effet prix Nobel de littérature qui lui fut attribué en 2010 après de nombreuses autres distinctions littéraires de renom, Prix Prince des Asturies en 1986, Prix Planeta en 1993, Prix Cervantes en 1994, Prix mondial Cino Del Duca en 2008?

Tout de suite, on avait fait remarquer que le nouvel élu, romancier et essayiste, dépassait de plus de dix ans la limite d'âge fixée à 75 ans en 2012 - au dépôt de candidature - et qu'il n'avait jamais rien écrit en français - sa langue unique d'écriture est l'espagnol - même s'il le parlait couramment. A ce propos, Mario Vargas Llosa a expliqué son amour ancien avec la culture française, qui l'avait poussé à immigrer à Paris à 23 ans, en 1959. Il y passera huit ans avant de parcourir l'Europe plusieurs années puis de voyager encore entre l'Europe, le Pérou et les Etats-Unis.

Une semaine avant sa réception, le 2 février, Mario Vargas Llosa fut installé en séance, entouré de ses deux parrains, Florence Delay et Amin Maalouf. Il a reçu le jeton de présence de l'Académie française, frappé de la devise "À l'Immortalité" et gravé à son nom.

Enfin, un mot du Dictionnaire lui a été attribué, "Xérès", et il a été invité à se prononcer sur la définition proposée: 
"Xérès: (se prononce kséresse, gzéresse ou réresse) n. m. {XVIe siècle. Tiré de Jerez de la Frontera, nom d'une ville située au cœur d'une grande région vinicole en Andalousie, où l'on produit ce vin.}
Vin blanc, sec ou doux, produit dans la province de Cadix (on écrit aussi Jerez). Les Anglais ont appelé le xérès "sherry". Les manzanillas sont des xérès. Une sauce au xérès. Du vinaigre de xérès."
Si dans son discours d'entrée au quai de Conti, Mario Varags Llosa a pris clairement position contre Poutine, au cours des mois précédents, l'écrivain s'était prononcé publiquement à plusieurs reprises pour des personnalités d'extrême-droite, au Pérou, au Brésil... Sans doute ici aussi faut-il séparer l'homme de l'œuvre littéraire qui est immense (publiée chez Gallimard à l'exception de son dernier libre en date).    


Voici le discours d'entrée de Mario Vargas Llosa, traditionnellement consacré à l'éloge de son   prédécesseur, le philosophe Michel Serres (ici) et le discours de réception de Daniel Rondeau (ici). La vidéo de la cérémonie peut être vue ici.































lundi 6 juin 2016

A l'ALMA, Meg Rosoff a dénoncé "l'attentat à l'enfance" qui se commet en ce moment

Meg Rosoff à Stockholm en mai 2016. (c) Stefan Tell.

On le sait, Meg Rosoff est la lauréat 2016 du Prix Astrid Lindgren (lire ici) ou ALMA.

A lire, la traduction en français du discours que la romancière américaine qui vit en Grande-Bretagne a prononcé le 30 mai à Stockholm, lors de la réception officielle (et merci à Albin Michel Jeunesse de l'avoir fait).
Combien sa parole de défense des enfants, de défense de l'enfance, est forte et précieuse! Extraits. "Cette année, j’ai souvent pensé aux enfants."
"En Angleterre, nous sommes en train de vivre un véritable attentat à l’enfance."
"Peut-être avez-vous perçu que, sans l’imagination des enfants, l’humanité était perdue?"

Le discours de Meg Rosoff.
C’est pour moi un immense honneur de recevoir le prix Astrid Lindgren 2016. J’ai l’impression de n’avoir toujours pas bien réalisé ce qui m’arrivait, cette nouvelle continue à me surprendre tous les jours. 
Cette année, j’ai souvent pensé aux enfants. Aux enfants qui vivent sous des tentes à Calais. À ceux qui ont fui la Syrie, seuls. À ceux qui en sont morts.  À ces enfants dont les vies sont brisées par des décisions d’adultes.
J’ai aussi pensé à des enfants plus proches de moi, au Royaume-Uni, qui ne jouent jamais dehors, qui ne jouent pas, à vrai dire. À ces enfants qui croient les inepties de leurs parents et du gouvernement: que rien n’est plus important que les notes et les examens, qu’ils doivent se bourrer le crâne d’un maximum d’informations, qu’ils doivent s’instruire, aimer les livres, mais qu’on peut en finir avec les libraires et fermer les bibliothèques. Notre gouvernement affirme que les enfants ne devraient pas rêvasser en  regardant par la fenêtre. Notre gouvernement affirme que ni la musique, ni les livres ne sont utiles pour une vie réussie. Car la réussite se mesure à la quantité d’argent gagné.
Souvent, je rencontre ces enfants. Parfois, ils obtiennent d’excellentes notes à leurs examens. Parfois, ils se scarifient, s’affament ou tombent dans la dépression.Pas le temps de rêvasser pour les professeurs. Ils ont des cases à remplir, des questionnaires à compléter. Le nombre astronomique de démissions dans ce corps de métier n’y est sans doute pas étranger. Ce qui était une vocation s’est transformé en un métier ennuyeux, dépourvu de toute joie.  Cet ennui a contaminé les classes, mais les élèves ne peuvent pas démissionner.  Ils tiennent bon, dressés depuis l’enfance à ne pas rêver, imaginer, jouer.
En Angleterre, nous sommes en train de vivre un véritable attentat à l’enfance.
Astrid Lindgren disait: "Toutes les grandes choses de ce monde sont nées de l’imagination."La Suède a imaginé un pays qui pourrait accueillir 6000 enfants réfugiés dans ses écoles, sans que cela ne pose problème. Un pays qui encouragerait les auteurs jeunesse (et même, pendant une semaine, les traiteraient comme des stars!). Un pays où les libraires, les professeurs auraient autant d’importance que les banquiers ou les avocats.  Peut-être avez-vous perçu que, sans l’imagination des enfants, l’humanité était perdue?
Astrid Lindgren nous rappelle qu’un jour, ce sont les enfants qui dirigeront le monde, que rien n’est plus important que ce que nous leur enseignons, quelles valeurs, quels savoirs, quel futur ils peuvent imaginer. C’est pour moi un grand honneur et une immense responsabilité de porter l’œuvre d’Astrid Lindgren. En recevant ce prix, je suis touchée par la reconnaissance faite à mon travail, surtout venant d’un pays qui attache tant d’importance aux enfants, à leurs livres et à leur imagination.
En mémoire d’Astrid Lindgren, avec une affection particulière pour ses héros, courageux, libres, singuliers, et tous mes remerciements au jury de l’ALMA, j’accepte ce prix avec joie et émerveillement. Je ferai tout pour m’en montrer digne.