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mardi 19 avril 2022

Violences ordinaires à la police

(c) Stock.

Entendre un commentaire à la radio qui évoque les deux pires ministres du président Macron, à savoir Intérieur et Education nationale, c'est penser immédiatement à l'auteur-illustrateur français Remedium. Enseignant le jour et créateur de bande dessinée le soir, Christophe Tardieux de son vrai nom consigne en la dessinant depuis près de cinq ans la violence du système scolaire français et celle du système policier sans limitation de frontière - en 2005, son premier livre, "Obsidion", traitait des émeutes en Seine-Saint-Denis. C'est peu dire qu'il ne ne manque pas de matière, ni à l'école, ni à la police. A chaque affaire amenée par l'actualité, l'engagé, le militant enquête, réunit les éléments et en conçoit une bande dessinée qu'il publie sur les réseaux sociaux. Pas de grande recherche artistique, mais l'effet bœuf des faits portés par la voix de ceux et elles qui en ont été les victimes et des cases de contexte. Ce sont ses "Cas d'école" et ses "Cas de force majeure". On y apprend souvent bien davantage que ce que les médias traditionnels en disent. On y découvre même parfois certaines histoires.

A la rentrée scolaire 2020, Remedium publiait l’album "Cas d'école", dénonçant la violence du système scolaire français à l'égard des enseignants (lire ici). 









(c) Stock.
A la rentrée scolaire 2021 devait sortir, toujours aux Editions des Equateurs, l'album "Cas de force majeure". Conçu sur le même principe que le précédent mais dénonçant cette fois vingt affaires de violences policières ordinaires, seize publiées en ligne et quatre inédites (celles de Théo, violé, de Maria, massacrée pour rien, du ministre Gérald et d'Amar, le brigadier-chef lanceur d'alerte). Au printemps, au moment de l'impression, bon à tirer donné, un retard inexpliqué précède le revirement soudain de la maison d'édition. Sans doute à cause de l'avant-dernière histoire, celle d'un certain Gérald! Alors que celle de Jean-Michel, à la même place dans le volume "Cas d'école" était passée sans problème. Emotion sur les réseaux sociaux criant à la censure.

Finalement, plusieurs mois plus tard, la bonne nouvelle arrive: le livre document de Remedium va être publié par deux courageuse éditrices de Stock. BD poignante, "Cas de force majeure, histoires de violences policières ordinaires" est sorti en début d'année (Stock, 96 pages). Vingt histoires dans cet album au titre au double sens narquois, dont celle du Belge Adil et celle de l'Américain George Floyd. Certaines médiatisées comme celle du producteur de musique Michel tabassé dans son studio parisien, d'autres pas. Vingt cas de violences policières ordinaires dont on ne peut plus dire que ce sont des cas isolés. Ces actes scandaleux font désormais partie de notre quotidien.

Vingt histoires révoltantes où Remedium choisit de donner la parole aux victimes. Plus atroces les unes que les autres, dûment documentées et donnant la chair de poule. Certaines sont connues. Elles ont été traitées par les médias mainstream, parfois poussés dans le dos par les médias alternatifs qui avaient enquêté au-delà du communiqué officiel, qui avaient écouté les victimes, qui avaient refusé que le voile du mensonge policier officiel recouvre ces situations indignes de démocraties.

Un gaufrier de six cases par page. (c) Stock.

(c) Stock.
Plusieurs de ces violences policières ordinaires, motivées la plupart du temps par un racisme primaire, se sont soldées par des décès. La mort pour avoir répondu à un flic (le livreur Cédric, 42 ans), pour avoir fermé sa fenêtre (Zineb, 80 ans), pour ne pas avoir son attestation de sortie (Sofiane, 21 ans), pour avoir fui les policiers (Adil, 19 ans), pour être Noir (George, 46 ans) ou de couleur... A ces morts et aux victimes blessées parfois gravement, comme le producteur de disques devenu célèbre, Remedium rend un honneur que les mensonges policiers, couverts par la hiérarchie, ont tenté d’ôter. Il pose indirectement la question de la confiance à la police et celle de son impunité. Cette lecture nécessaire et difficilement soutenable se termine, comme dans l'opus précédent, par l'accusation du ministre, suivie en finale de l'album, par le brin d'espoir que fait naître Amar, un policier lanceur d'alerte.

PS: un tome deux belge est tout à fait envisageable. La matière est là.

Bonus
La bande originale de "Cas de force majeure", écrite et interprétée par Utopie, dans un clip qui reprend les images de la bande dessinée de Remedium (ici).


 



jeudi 12 novembre 2020

Emira, 10 ans, victime de la violence policière


Enseignant et artiste engagé, le Français Christophe Tardieux publie sous forme de bande dessinée sous le pseudonyme de Remedium, de nombreuses histoires vraies. Des histoires de violence. Violences à l'école pour les "Cas d'école" (lire ici, et devenues un livre, lire ici), violences policières pour les "Cas de force majeure" (lire ici). C'est à cette dernière catégorie qu'appartient l'histoire d'Emira que je publie avec son autorisation. Une histoire hallucinante qui concerne quatre gamins, 40 ans à eux quatre.

Emira a 10 ans. DIX ANS! Elle vit dans une cité HLM à Albertville.
Il y a une semaine, elle a été réveillée à 7 heures du matin par des policiers lourdement armés.
Emira a 10 ans. Emmenée au poste, elle a dû répondre pendant onze heures durant du crime d'apologie du terrorisme parce qu'elle avait osé dire en classe qu'elle était triste pour Samuel Paty, mais qu'il serait toujours vivant s'il n'avait pas montré de caricatures.
Emira a 10 ans.

Remedium explique sa démarche: "A 10 ans, Emira s'est trouvée au centre d'un emballement délirant et traumatisant qui la marquera sans doute à vie en étant emmenée au poste pour des propos qui ne correspondaient pas aux attentes de la société. Certains, oubliant toute empathie et toute notion de droits humains, cautionnent et applaudissent, osant même mettre dans la balance la mort horrible de Samuel Paty. Comme si, du haut de ses 10 ans, Emira pouvait avoir la compréhension totale de cet événement horrible et pouvait en être tenue responsable en partie. Comme si l'effroyable expérience qu'elle a vécue pouvait être autre chose que contre-productive.
Son histoire symbolise les dérives sécuritaires qui nous conduisent lentement, à force d'acceptations successives de situations inacceptables, vers une société liberticide. A nous tous de rester vigilants."






vendredi 24 avril 2020

Adil, une histoire de violence policière ordinaire

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque22


"Les violences policières systémiques ne se cantonnent pas à la France, loin de là", écrit Remedium, cet enseignant français qui, artiste engagé par ailleurs, fait connaître les violences policières par ses bandes dessinées (lire ici). "Partout ailleurs, les mêmes causes engendrent les mêmes effets et les mêmes conséquences. Du fond de son quartier populaire de Bruxelles, Adil en a tragiquement fait les frais. Son affaire, véritable scandale comme les Belges savent parfois en créer, commence à faire un peu de bruit. A nous tous de faire en sorte qu'elle ne retombe pas tout aussi vite dans l'oubli."

Scandalisé par l'histoire du Bruxellois Adil, 19 ans, arrivée en même temps quasiment que celle d'un motard français grièvement blessé par la police,, Remedium a traversé la frontière et reconstitué ce funeste après-midi. Voici ce nouveau "Cas de force majeure". Pour qu'on n'oublie pas Adil, ni ceux et celle dont la mémoire est perpétuée dans ces "Histoires de violences policières ordinaires", Cédric, Zineb, Ramatoulaye, Sofiane, Houssam, Mohamed.




















vendredi 27 mars 2020

Ne pas se taire et dessiner contre les violences policières

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque4



Le Français Remedium, nom de plume, est un enseignant et un artiste engagé, on le sait (lire ici). Il publie ponctuellement sur les réseaux sociaux l'histoire dramatique de l'un ou l'autre enseignant. Ce sont ses "Cas d'école" (lire ici). Manal, Jean, Laurent, Christine, autant de récits qu'on aurait voulu ne pas lire. Et pourtant ils ont eu lieu. Comme ont lieu les violences policières que Remedium dénonce dans ses "Cas de force majeure". L'histoire du livreur Cédric, arrêté par la police pendant sa tournée en scooter, celle de la Marseillaise Zineb, 80 ans, tuée à sa fenêtre par une grenade policière.

Deux affaires relatées par les médias. Le "Cas de force majeure" que Remedium nous propose aujourd'hui, l'"Histoire de Ramatoulaye", n'a guère retenu l'attention de la presse (sauf ici). Elle s'est déroulée le 19 mars à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Le confinement était déjà de mise en France. Imposant, pour rappel, à chacun de se munir d'une attestation imprimée indiquant le motif de son déplacement (à cocher dans le document officiel). C'en était alors la première version, depuis l'attestation est plus restrictive. Ramatoulaye ne l'avait que rédigée à la main et le contrôle a mal tourné.

Pourquoi cette différence de traitement à propos du confinement en fonction du statut social? Rappel à l'ordre aimable des contrevenants au confinement par les policiers  dans les beaux quartiers de Paris, tabassage, gazage, taser chez les pauvres et les immigrés, en Seine-Saint-Denis par exemple.

Voici l'histoire de Ramatoulaye.


















(c) Remedium.