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mercredi 26 novembre 2025

Une Bruxelloise Pépite d'or au Salon de Montreuil

Les Pépites 2025. (c) SLPJ.

Quatre Belges figuraient en sélection des Pépites du Salon du livre de Montreuil (lire ici). C'est finalement une Bruxelloise d'adoption, la Française Adèle Maury qui remporte le gros lot, la Pépite d'Or qui lui est attribuée par un jury de professionnels pour sa bande dessinée, "Béril en bataille" (Sarbacane). Les autres Pépites ont été attribuées par un jury 100% enfants et ados (de 8 à 18 ans) à quatre ouvrages dans les catégories fiction juniors, fiction ados, livre illustré, bande dessinée. Sur cinq livres primés, deux sont des bandes dessinées, deux des romans, et un seul un album, destiné aux plus jeunes. Cela va-t-il inoculer le virus de la lecture aux enfants?
 
Diverses rencontres avec les Pépites sont organisées au Salon les samedi 29 novembre, dimanche 30 novembre et lundi 1er décembre (programme ici). Pour rappel, même si l'accès au Salon est gratuit, il faut  télécharger un billet et le présenter obligatoirement à l'entrée (billetterie en ligne ici).
 
Palmarès


Pépite d'or

 
Béril en bataille
Adèle Maury
Sarbacane
192 pages
en librairie depuis le 1er octobre

Béril est né dans une campagne vide d'hommes et d'enfants. Quand son père, berger, emmène ses chèvres paître sur les collines voisines, le petit garçon va jouer avec ses amis, Coltaire le lièvre, et Anour la coccinelle, avec qui lui seul a le pouvoir de communiquer. Il se rend vite compte que les bêtes vieillissent plus vite que lui et que leur espérance de vie est plus courte que la sienne. Alors, arrivé à l'âge qu'on dit adulte, le deuil et la solitude lui font perdre toute aptitude à parler avec les animaux. Sans repère et curieux du monde des humains et des villes auquel il n'a jamais vraiment eu accès, Béril devra trouver sa voie: reprendre la ferme familiale ou voler de ses propres ailes. À partir de 12 ans.
 

Pépite livre illustré

Pavel et Mousse
Aurore Petit
Les fourmis rouges
208 pages
en librairie depuis le 21 novembre
 
Un très épais petit format presque carré, tout juste paru, qui nous conte par le menu la vie de Pavel, un lapin solitaire jusqu'au jour où il découvre au cours d'une chasse aux fruits rouges en forêt une petite chose braillante dans la forêt. De quoi s'agit-il? Ses voisins lapins à la logique famille nombreuse lui donnent la réponse: c'est un bébé. Un bébé qui mange, qui dort, qui fait pipi et caca, qui se lave... Mousse, du nom où il a été trouvé (comme j'ai un jour baptisé un chaton Rhubarbe au même motif) chamboule la vie de Pavel.
 
De chapitre en chapitre, on les voit évoluer. Le lapin devient responsable, le bébé grandit et s'avère être un panda. Mais un panda qui a grandi entre des lapins et a joué avec ses innombrables voisins dont la petite Bénédicte est-il un panda? Aurore Petit aborde avec beaucoup de délicatesse les questions de l'adoption, de la parentalité et de la construction de l'identité. Son dessin d'apparence simple est d'une richesse infinie car tout y est signe ou indication. A chacun d'y prendre ce qu'il y repère. Tendresse et humour rivalisent dans ce splendide album réalisé avec soin: l'alternance des illustrations sur simple et double page, le changement de couleur d'encre du texte à chaque chapitre, le rythme de ceux-ci, le signet soyeux pour marquer la lecture ou une page appréciée. Un petit bijou de livre sur l'amour qui naît, grandit et ravit.
 
Les premières pages.
 







"Pavel et Mousse". (c) Les fourmis rouges.



Pépite fiction juniors

La jeune fille au crâne
Benoît Richter
Nathan
256 pages
en librairie depuis le 9 janvier
 
Lors de vacances en Alsace, Lucie découvre un crâne mystérieux dans un ossuaire. De retour chez elle pour sa rentrée en sixième, ce crâne posé sur sa table de chevet se met à lui parler, bouleversant son quotidien. À partir de 10 ans
 
 

Pépite fiction ados

Courir le vaste monde
Alex Cousseau
Rouergue, collection "Doado"
448 pages
en librairie depuis le 5 mars 

XVIIIe siècle, au cœur du pays Pagan, le destin attend Lison et Eliaz. Couturière à Brest, elle? Et lui, l'aventure car il est marin? Non. Lison va tracer sa route dans ce monde d'hommes pour les hommes. Elle sera passagère clandestine, exploratrice, amoureuse. Elle raconte la beauté de son existence. À partir de 15 ans
 


Pépite bande dessinée

Sangliers

Lisa Blumen
L'Employé Du Moi
208 pages
en librairie depuis le 23 mai

Nina est maquilleuse professionnelle, mais surtout influenceuse beauté qui crée des tutos pour les réseaux sociaux. Productive donc, obligatoirement, seule en conséquence. Son exposition médiatique ne lui apporte que désillusion et elle est victime de harcèlement. Son agent lui met la pression, sa famille ne la comprend pas, un partenariat commercial menace son éthique et un inconnu rôde autour de chez elle... À partir de 12 ans.
 
 
 
"Pavel et Mousse", Pépite livre illustré. (c) Les fourmis rouges.
 
 
 

jeudi 6 novembre 2025

Les pop-up pour bébés d'Aurore Petit primés

Le début de "Été pop". (c) La Martinière Jeunesse.
 
En France, il y a le splendide prix Pitchou créé par la Fête du livre de jeunesse de Saint‑Paul‑Trois‑Châteaux en 1995 et qui récompense le meilleur album pour tout-petits de l'année. Il y eut de 1987 à 2017, les tranches d'âge ont ensuite été remaniées et les bébés ont sauté (lire ici et ici), le prix Sorcières "tout-petits". Il y a maintenant le Prix du livre pour les bébés (4.000 euros), créé à l'initiative de Rachida Dati, ministre de la Culture, choisi sur une sélection de vingt titres (en fin de note).
 
Cette nouvelle récompense a été attribuée le 5 novembre pour la première fois à Aurore Petit pour son charmant mini pop-up "Été pop" (La Martinière jeunesse). Le dixième déjà de cette série de mini-imagiers animés qui nous avait séduite dès le premier (lire ici) et qui s'adresse à tous les enfants. Comme les autres titres, "Été pop" est de petite taille, celle des mains d'un bébé lecteur. Il comporte six images en relief, en carton bien solide, dont les scènes surgissent en tournant les pages. Un maximum d'effet avec un minimum de mots!
 
 
La finale de "Été pop". (c) La Martinière jeunesse.


La série comporte dix titres aujourdh'ui, deux sont à paraître.


Jury: Agnès Bergonzi (BNF), Soledad Bravi (auteure-illustratrice et présidente du jury), Régine Hatchondo (présidente du CNL), Patricia Humann (Union nationale des associations familiales), Nicole Lambert ("Les Triplés"), Nicole Notat (association Coup de pouce), Éric Osika (pédiatre), Sylvie Vassallo (directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis). 

Étaient en lice les albums: 
  • "L'oie et le chat: histoires d'ombres", Ianna Andréadis (Les Grandes personnes)
  • "Le bébé", Jeanne Ashbé (l'école des loisirs- Pastel)
  • "Jour d'été en musique", Anaïs Brunet (Didier Jeunesse)
  • "Couleur", David A. Carter (Gallimard jeunesse)
  • "Fruits insolites", Clara Corman (Amaterra)
  • "Imagier des formes", Claire Dé (Les Grandes personnes)
  • "Là-bas dans la forêt", Malika Doray (MeMo)
  • "Au gré du vent", Mélie Giusiano (Éditions Thierry Magnier)
  • "Les petites bêtes", Raphaele Glaux et Marguerite Courtieu (Albin Michel jeunesse)
  • "Balade au fil de l'eau", Charlotte Molas (Amaterra)
  • "L'heure d'aller au lit", Eva Montanari (Éditions Thierry Magnier)
  • "Et si on jouait?", Ana Pessoa et Madalena Matoso (MeMo)
  • "Bonjour, bonne nuit", Hubert Poirot-Bourdain (Sarbacane)
  • "Ma Doudoue", Claude Ponti (l'école des loisirs)
  • "Triangle", Christine Roussey (La Martinière jeunesse)
  • "Bonsoir Hibou", Grégoire Solotareff (l'école des loisirs)
  • "Ours", Arianna Tamburini (Éditions Thierry Magnier)
  • "Le vent est ma couleur préférée", Fred Theys (Zébulo éditions)
  • "Le grand livre des petites choses", Sophie Vissière (Hélium)
 
 
 
 

mardi 30 août 2022

La petite sœur, selon Aurore Petit. Parfaite

L'arrivée de la petite sœur à la maison. (c) Les fourmis rouges.

L'arrivée d'un second enfant serait le thème le plus souvent demandé en librairie, nous dit-on. Bigre! Du coup, on comprend mieux la déferlante de "livres-médicaments" sur le sujet. Fabriqués, ils rassurent les parents mais ennuient les enfants tant ils ont peu d'âme.

C'est dire si on se réjouit de découvrir le troisième volet de la série familiale formidablement réussie d'Aurore Petit. "La petite sœur est un diplodocus" (Les fourmis rouges, 48 pages) complète magnifiquement "Une maman c'est comme une maison" (Les fourmis rouges, 2019) où un bébé grandit en confiance de jour en jour, in utero et ex utero, et "Bébé ventre" (Les fourmis rouges, 2021) qui donne la parole à un second bébé à venir depuis le ventre de sa maman jusqu'à sa naissance. 
















La visite des lieux. (c) Les fourmis rouges.

Changement de format pour ce troisième opus de la série qui passe à l'italienne mais conserve les personnages aux lignes rondes des précédents, un peu plus loin dans leurs vies, ainsi que la façon en aplats de couleurs n'hésitant pas à emprunter aux Stabilo et la brève phrase de texte, totalement suffisante, en bas de page. Les mots justes, la tendresse et l'humour s'épanouissent dans ces pages qui expliqueront en finale l'énigme du titre. Pourquoi une petite sœur diplodocus? Tout simplement parce que si l'arrivée à la maison de cette dernière s'est bien passée pour le grand frère, il a fait le guide des lieux, lui a offert un cadeau, en a reçu un d'elle, les choses se compliquent quand se tricote le quotidien.

L'excellent rapport texte-images permet à Aurore Petit de conserver cette écriture blanche si plaisante, neutre, descriptive, permettant les interprétations et les commentaires du lecteur. Le petit déjeuner, la promenade, les jeux sont autant d'occasions pour le nouveau grand frère de montrer qu'il n'est pas/plus d'accord. Jusqu'à son énorme colère qui le transforme en tyrannosaure. Il règle alors son compte à son diplodocus de petite sœur. Symboliquement. 

Une réaction positive des parents l'aidera à surmonter ses émotions et lui permettra de découvrir cette petite sœur et de l'apprécier. On assiste à la naissance d'un nouvel amour dans cet album subtil, sans doute vécu, dont les superbes images à la plume captent la vie telle qu'elle est. 


Les choses se compliquent. (c) Les fourmis rouges.


Pour amuser les bébés,
les quatre mini pop-up en carton sur les couleurs d'Aurore Petit, tellement réussis et ludiques, tant par le choix des sujets que par leur vigoureuse représentation minimale. Dans "Rouge pop", "Vert pop", "Rose pop" et "Jaune pop" (La Martinière jeunesse, 12 pages animées) surgissent chaque fois six animations en papier en lien avec la couleur annoncée. Des attendues et d'autres qui le sont beaucoup moins. Ainsi, un camion de pompiers et un grand cœur pour le rouge, un crocodile et une crotte de nez pour le jaune, un cochon et le lever du soleil pour le rose, un poussin et un ciré pour le jaune. 

"Rose pop". (c) La Martinière Jeunesse.



Pour amuser les grands,
dès qu'ils savent lire, la réédition en un volume titré "Dolorès Wilson" (Les fourmis rouges, 120 pages) de cinq aventures de la super-héroïne créée par Mathis et illustrée par Aurore Petit, "Panique au Mini-Market", "Hypnose au château", "L'abominable Ours bipolaire", "Ménage à Kipuland" et "Turbulences à bord" qui avaient été publiées en 2014 et 2015. 

Dolorès Wilson exerce chaque jour un nouveau métier. L'"intérimaire de l'impossible" est accompagnée d'un chien en surpoids, Doug, et d'un escargot mutant, Oscar. Pour remplir de périlleuses missions dignes de séries B, Dolorès a toutefois un super pouvoir: un piment accompagné de crème chantilly. Scènes d'action, de terreur même (parfois) mais aussi humour ravageur teinté d'absurde dans ces palpitantes aventures.

"Dolorès Wilson". (c) Les fourmis rouges.



D'autres livres de "sœurs" ici.





vendredi 2 mars 2018

Les abécédaires des artistes Isol et Emilie Vast

E selon Isol. (c) Syros.
E selon Emilie Vast. (c) MeMo.











Les élèves lisent de plus en plus mal, révèlent régulièrement des enquêtes basées sur les compétences des gamins en quatrième année primaire (ou CM1). Mais leur donne-t-on l'envie de lire? Leur dit-on qu'apprendre à lire est difficile mais vaut vachement la peine? Et que découvrir les lettres peut aussi être une source de joie et de plaisir? Pour leur permettre d'amadouer les lettres, il existe les abécédaires, formule légendaire, qu'ils apparaissent dans une forme classique ou davantage artistique.

On avait eu il y a quelques mois l'excellent album "ABCD" d'Henri Galeron (Les Grandes Personnes, lire ici).

Depuis, d'autres abécédaires ont paru, donnant le goût des lettres et des mots. En voici deux, que je compléterai d'un petit format qui joue sur les mots et les images.





En peu de mots
Un abécédaire
Isol
Syros, 48 pages

Dès les pages de garde de cet abécédaire enlevé, on barbote dans une mer de lettres. On n'y est pas seuls, une crawleuse qui nage sur le dos et une seiche qui crache son encre y prennent déjà leurs aises.

C'est justement ce noir qu'on va régulièrement retrouver dans les illustrations où Isol explore en des collages dépouillés sentiments et émotions. Chaque lettre a sa page, caractérisée par un cabochon où elle apparaît en forme imprimée et en forme cursive, en minuscule et en majuscule. De "a" à "z", chaque page crée un univers insolite, souvent poétique, qui ne demande qu'à être interprété par le lecteur. Quelques mots peuvent lui servir d'indices. Les humains et les animaux représentés par l'artiste argentine, lauréate du prix Astrid Lindgren 2013, sont tellement expressifs que les histoires naissent sans peine en les regardant.

Riches et simples en même temps, évocatrices de mille situations, les images de "En peu de mots" sont nées de lettres que l'artiste a tracées au crayon sur le papier pour le plaisir avant de les compléter d'une phrase et d'une image, fragments d'histoires à imaginer. A partir de 3 ans.

"En peu de mots", d'Isol. (c) Syros.


Alphabet des plantes et des animaux
Emilie Vast
MeMo, 60 pages

Dans ce format presque carré, sur joli papier crème qui renvoie bien l'éclat des couleurs des illustrations, stylisées mais conformes à la réalité, les vingt-six lettres de l'alphabet sont servies selon une règle de trois: un animal, un verbe et un végétal.

Cela donne autant de petites phrases amusantes, surprenantes, poétiques, jetant des ponts entre botanique et zoologie, matières appréciées par Emilie Vast (lire ici). On notera que la lettre apparaît sous ses différentes formes, minuscule, majuscule, imprimée et cursive, en couleur dans le texte en noir. Chaque idée se prolonge d'un dessin en aplats la représentant de manière vivante et incluant la lettre à l'honneur.

De "L'abeille aime l'ancolie" à "Le zygoptère zigzague entre les zinnias", on explore joyeusement l'alphabet, le jardin et la nature tout en exerçant pour de rire sa prononciation et pour de vrai son vocabulaire. Mieux que les célèbres chemises de l'archiduchesse, voici "Le hérisson se hasarde sous les hortensias". Le ton joyeux tant dans le texte que dans le graphisme confère un charme tout particulier à ce livre de lettres pour jeunes curieux.

Zoologie et botanique. (c) MeMo.


Cheval de courses
Aurore Petit
Albin Michel Jeunesse
collection "Trapèze", 72 pages

Aurore Petit aime jouer avec les mots en images. On en avait eu la preuve avec ses variations sur le Petit Pou (lire ici). Ici, ce sont les expressions qu'elle passe à sa moulinette graphique, que ce soit par une interprétation littérale dans l'esprit d'Alain Le Saux et de ses célèbres "papas" ou par le jeu de l'homophonie qui déclenche des scènes très drôles à voir. Cet imagier peu commun secoue la langue et c'est une joie.

Autant prévenir les maniaques de l'orthographe: elle n'est pas respectée. Ce sont les sons qu'on entend qui président au dessin et au texte qui s'y rapporte. Voyez la couverture, avec un cheval poussant un caddie de supermarché débordant. Il est en effet un "cheval de courses", avec "s" à course.

Merveille de l'homophonie. (c) Albin Michel Jeunesse.

Tout en jaune, noir et blanc, ce petit format secoue la langue française et les zygomatiques en reliant à sa façon mots et images. Le rendu des expression est bien pensé et campé avec pétulance. A raison de deux par pages, on en a pour calmer son appétit. Il vaut voir le "pain perdu" égaré dans la forêt, la "crotte de Bic", le "hoquet sur glace" avec un Esquimau tressautant sur la banquise, l'"huile de palme" sortant de la chaussure du plongeur...

Au sens littéral. (c) Albin Michel Jeunesse.

Il y en a de tous les genres et pour tous les goûts. Effet comique assuré et plaisir de voir la langue française en mode feu d'artifices. Pour tous les âges, dès 6 ans, une fois que les expressions et la manière de les écrire est connue. Et, avec la météo actuelle, pas question de chausser des "bottes de foin" entre lesquelles courent des lapins!