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mardi 18 avril 2017

Le palmarès des prix Sorcières 2017

L'affiche 2017 des prix Sorcières, par Gilles Bachelet.

Les prix Sorcières sont décernés par les libraires de l'Association des Librairies Spécialisées Jeunesse (ALSJ), dont deux en Belgique, une à Bruxelles, une à Visé, et les bibliothécaires de l'Association des Bibliothécaires de France (ABF). Ils seront remis officiellement le 25 juin au salon Clameur(s) de Dijon.

Palmarès 2017

Tout-petits

Paul a dit : tourne la page et découvre la surprise
Delphine Chedru
Hélium

Album

Petite Pépite
Nada Matta
MeMo

Première lecture

Björn, six histoires d'ours
Delphine Perret
Les Fourmis Rouges
lire ici

Roman junior

Sally Jones
Jakob Wegelius
Thierry Magnier Éditions

Roman ado

Le fils de l'Ursari
Xavier-Laurent Petit
l'école des loisirs
lire ci-dessous

Documentaire

Atlas des nuages
Julie Guillem
Actes Sud junior








Le montreur d'ours de Xavier-Laurent Petit


Plutôt que d'aller au cinéma voir un film raciste d'une heure et demie sur les Roms, pourquoi ne pas rester chez soi et lire le magnifique roman de Xavier-Laurent Petit, "Le fils de l'Ursari" (l'école des loisirs, Médium, 2016, 270 pages) qui vient de remporter un des prix Sorcières 2017? Enfin une récompense pour cet excellent texte qui a souvent été nominé mais n'avait pas encore été sacré. Un livre à la Xavier-Laurent Petit, construit sur une réalité du monde mais romanesque en diable.

Il est articulé autour de Ciprian, un gamin Rom d'environ dix ans, le narrateur. Il raconte comment le destin nomade de sa famille d'Ursaris, des montreurs d'ours, a changé quand ils ont décidé de quitter la Roumanie et de tenter leur chance à Paris. Ils laisseront provisoirement sur place la grand-mère trop âgée et l'ours de leur spectacle. Partiront le père, la mère et les trois enfants. Non sans avoir donné une dernière représentation montrant comment, le père de Ciprian lutte à mains nues contre un ours. Il est en effet temps de s'éloigner. Les ennuis ont repris, avec les flics, avec la Ligue nationaliste...

Une situation d'urgence qui n'a pas échappé aux passeurs qui proposent à la famille de l'amener à Paris. Moyennent bien entendu une grosse somme d'argent à rembourser au terme du mois. A moins d'intérêts hallucinants. Un voyage éprouvant, qui n'est rien en comparaison de la situation à l'arrivée, un campement, un bidonville, sur lequel règne aussi une mafia. Le père deviendra ferrailleur, la mère et la sœur mendiantes professionnelles, le frère voleur de portefeuilles...

A ce réalisme, Xavier-Laurent Petit oppose le sort original de Ciprian, qui, lors de promenades au jardin du Luxembourg, observe avec intérêt des joueurs d'échecs. Avec intérêt et compétence car la logique du jeu lui semble naturelle, évidente... Aurait-il un don? Il a en tout cas de la volonté, dont celle d'apprendre le français, ce qu'il va faire avec une splendide obstination à l'aide d'un dictionnaire. Le gamin sans papiers aurait-il là une chance d'infléchir le cours de sa vie, et par ricochet, celle de ses proches? Réponse dans ce roman plein de rebondissements prenants, qui montre aussi que ce qui a mal débuté peut bien se terminer. "Le fils de l'Ursari" est une histoire vieille comme le monde, celle de nomades et de sédentaires.

Cette image, prise dans un  pays de l’Est vers 1950, où un homme, torse nu, se bat avec un ours devant des spectateurs, a été le point de départ des recherches de Xavier-Laurent Petit sur les "Ursari".



Quatre questions à Xavier-Laurent Petit

Quel a été l'élément déclencheur de ce roman?
Xavier-Laurent Petit.
Il y en a eu deux, deux histoires vraies. D'abord, une famille rom que je croisais régulièrement il y a trois ou quatre ans en sortant de la gare de Lyon (j'habite en Bourgogne). Elle était près de la gare, sous un auvent, les parents et les enfants, quel que soit le temps. J'avais des réactions diverses: incompréhension, mauvaise conscience, pitié, colère ("pas d'enfants dehors"). Ensuite, l'histoire de Fahim Mohammad, un gamin du Bangladesh doué pour les échecs que son père a emmené en France comme réfugié politique, qui a abouti à Créteil et qui a obtenu ses papiers parce qu'il était indispensable qu'il les ait pour intégrer l'équipe d'échecs de France junior – aujourd'hui, il est toujours très bien classé. J'ai entrelacé ces deux histoires.
Pourquoi avoir choisi les Roms?
Parce que j'ai l'impression qu'ils font partie des gens les plus mal considérés d'Europe, et ce depuis longtemps. Ce sont des gamins comme les autres, prêts à faire autre chose que voler. Ils posent la question du nomadisme et de la scolarisation. J'avais envie d'un Rom avec un don et que son apprentissage du langage passe par le dictionnaire. Il y a longtemps, j'ai fait un atelier d'écriture à Créteil avec une douzaine de gamins. La seule langue commune entre eux était le français. L'enseignante ne s'enfermait pas dans des méthodes et ils étaient très réactifs.
Comment avez-vous choisi vos joueurs d'échecs du Jardin?
Madame Baleine a le volume de sa générosité et de sa colère. Sigismond Lempereur est un homme puissant et protecteur dont le format contribue à la puissance. Ils sont en décalage par rapport à la réalité et ce décalque  donne un peu de flou. Ce n'est ni trop collé ni trop éloigné du réel.
Vous évoquez la violence sans jamais la décrire.
La violence vue ailleurs, à la télé, au cinéma, permet aux lecteurs de mettre des images sur les scènes de violence que j'écris sans que j'entre dans les détails. Les histoires n'existent que parce que je les raconte. Après, chacun en fait ce qu'il veut.





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