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vendredi 24 janvier 2025

"Portées-Portraits" ce lundi avec Chris de Stoop

Chris de Stoop. (c) Lenny Oosterwijk.

Vous êtes libres lundi soir, 27 janvier? Vous ne l'êtes plus. La soirée "Portées-Portraits" à cette date va être formidable. Elle se tiendra autour de Chris de Stoop et de son puissant récit "Le livre de Daniel" (traduit du néerlandais (Belgique) par Anne-Laure Vignaux, Globe, 288 pages ou Le Livre de poche, 350 pages). Dommage qu'on ait si peu des livres de Chris de Stoop en français. Avant celui-ci, on avait eu "Ma ferme" (Christian Bourgois, 2019), sur l'évolution du monde agricole en Belgique (lire ici).
 
Attention, changement de lieu pour cette rencontre. Elle n'aura pas lieu à la Maison Autrique comme à l'habitude mais le coin tourné, au Centre Culturel de Schaerbeek, Rue de Locht, 91, toujours à Schaerbeek. La lecture sera faite par Lucas Tavernier, accompagné au piano par Harold Noben, sur une  mise en voix de Geneviève Damas.

"Le livre de Daniel" est une histoire terrible, l'assassinat d'un vieux fermier de 84 ans par une bande de gamins de merde. Elle nous est présentée par un ancien journaliste du magazine "Knack" devenu écrivain. Chris de Stoop restitue pas à pas l'enquête qu'il a faite sur ce fait divers sordide. Qui était Daniel, cet oncle dont il est l'héritier et pour cela appelé à assister au procès de ceux qui l'ont abattu. Pourquoi ont-ils fait cela? Qui sont-ils dans cette région économiquement dévastée? Quel est leur avenir en général et leur avenir par rapport à cette mort donnée qu'ils porteront toujours? Et là, l'auteur introduit la notion de justice réparatrice.
"Rafael a vu les motos et les i Phone de ses copains. Il en a parlé à la maison, au Colruyt, au lycée et à sa petite amie. Les auteurs du forfait eux-mêmes l'ont raconté à leurs frères et amis. L'histoire s'est répandue dans le village, et les jeunes de la cité, surtout, en ont très vite connu tous les détails. Personne n'a pensé à aller voir la victime ni à appeler les secours, pas même anonymement. Tout le monde se tenait à carreau.
Le village se taisait dans toutes les langues.
Il arrivait que des gens de 84 ans meurent, après tout."
in "Le livre de Daniel".
"Cette histoire doit être racontée", sait Chris de Stoop qui en a fait un formidable texte littéraire narratif de non fiction. Les faits se sont déroulés il y a longtemps. Son oncle Daniel a été tué le 22 mars 2014. L'histoire a été peu médiatisée. "Je suis content de pouvoir raconter son histoire", a-t-il expliqué lors d'une précédente rencontre à Bruxelles. "Il n'y a rien eu dans la presse, même, cinq ans après, lors du procès d'assises de deux semaines à Mons. Il est vrai que se tenait en même temps le procès pour le meurtre du bourgmestre de Mouscron".
 
"Je me suis demandé ce que vaut la vie d'un homme de 84 ans et j'ai eu  l'idée du livre. J'ai suivi l'affaire. J'ai toujours dit depuis l'enfance que j'étais écrivain. Allais-je écrire sur ça? Au procès d'assises, il n'y avait aucune partie civile. Je me suis donc constitué partie civile. C'était une obligation morale. Après le procès, le livre s'est écrit automatiquement. J'avais tout dans ma tête. J'avais passé des nuits à étudier le dossier pour le procès."

"Daniel était un homme bon, jovial, peut-être négligent", poursuit son neveu. "Il avait un frère plus jeune de trois ans et handicapé qu'il a soigné jusqu'à sa mort dans les années 90. Après des échecs amoureux et financier, il est devenu un ermite. Ces fermiers sont représentatifs d'un drame social."
 
"Face à lui, il a eu une petite bande de 18 ans, sans diplôme, sans argent, sans travail, sans perspective mais qui voulait tout tout de suite. Il a vécu une nuit d'horreur et de souffrance qui a été filmée. Pourquoi?" La maison du fermier Daniel a été incendiée une semaine plus tard. C'est ce qui a déclenché les secours car personne n'était allé y voir durant la semaine qui a suivi l'agression alors que tout le monde était au courant.
 
"Mon livre est un exercice d'empathie. Se mettre dans la peau du fermier, dans celle de son assassin. Deux mondes totalement différents qui se rencontrent. Comme d'une autre planète, d'un autre siècle."

"Ma mère et moi avons été les cohéritiers de ruines. L'incendie a détruit tout ce que Daniel avait et tout ce qu'il était. Les Assises ont eu lieu cinq ans après les faits à Mons. Le vieux fermier n'était pas une priorité. Mais moi, je voulais que justice soit faite." Les cinq accusés ont été défendus par dix avocats célèbres. Un de leurs arguments a été que leurs clients n'avaient tué personne - Daniel est mort dans l'incendie de sa ferme. Chris de Stoop s'est défendu seul, sans avocat. Les jeunes ont été condamnés.
 
Le neveu du mort pointe l'indifférence, la non-conscience de responsabilité et la responsabilité collective des jeunes. Il les a néanmoins rencontrés en prison, dans un processus d'humanisation. "Des rencontres très intenses, je tremblais sur mes jambes." En finale, une pierre tombale a été érigée dans le cadre de la justice réparatrice, payée par ceux qui ont assassiné un vieil homme qui ne leur avait jamais rien fait. Et qui n'était même pas riche.
 
 
Soirée surprise ce 27 janvier... Comme la fréquentation des lectures "Portées-Portraits" est majoritairement féminine (fierté des organisatrces), elles proposent de faire découvrir une lecture au sexe masculin, amoureux, pote, fils, papa ou autre. En conséquence, tous·tes les spectateur·ices accompagné·es d'un mec, se verront offrir la soirée du "mec" au prix de 1 euro!
 
 
 
Pratique
Où? Centre Culturel de Schaerbeek, Rue de Locht, 91 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 27 janvier.
A quelle heure? La lecture-spectacle bilingue français-néerlandais surtitrée commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteur à 19h15.
Durée? 1 heure.
Combien? 9 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert), 6 euros pour les étudiants et les artistes, 1,25 euros pour les articles 27.
Réservation indispensable pour la lecture par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com

vendredi 6 décembre 2024

Des mots et des rires pour un anniversaire



On avait fêté dans la joie les vingt ans des soirées "Portées-Portraits" de la Compagnie Albertine il y a cinq ans (lire ici). Cinq ans déjà! Le "speed-dating littéraire" avait dépassé tous les espoirs (lire ici). Lundi prochain, soit le 9 décembre, dès 19 heures, c'est la Compagnie Albertine fondée par Geneviève Damas qui fêtera ses 25 ans. Des noces d'argent, annonce-t-elle. Qui sont les époux? Elle bien sûr avec tout ce qu'elle a imaginé, créé, organisé durant ce quart de siècle, et le public qui l'a suivie, a reçu, s'est repu. De mots, de musiques, de rencontres...
 
Que se passera-t-il dans le superbe décor de la Maison Autrique? Serpentins et cotillons sont annoncés, pour une soirée pleine d'émotions. La littérature y sera abordée de façon originale. bien entendu partagée avec le public. Au programme, des surprises, dont on peut dévoiler l'organisation d'un grand jeu concours littéraire. Il aura comme maître de cérémonie et juge impitoyable Sébastien Ministru - une soirée "Portées-Portraits" lui fut consacrée (lire ici). Le journaliste, chroniqueur et auteur ne sera pas seul. Dans son équipe d'artistes plus incroyables les uns que les autres, on trouve les noms du comédien Itsik Elbaz et du percussionniste Laurent Delchambre. Ils inviteront le public à devenir les acteurs et les actrices d'une soirée festive et cultivée: quiz littéraire, tableau vivant, rires en pagaille et surprises en tous genres. Plus que tentant.


Infos pratiques et réservations 
  • Quand? Le lundi 9 décembre, dès 19 heures.
  • Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
  • Combien? 9 euros prix plein (6 euros étudiant, 1,25 euros article 27)
  • Réservations? Envoyez un mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com. Précisez dans votre mail votre nom et prénom ainsi que le nombre de places que vous souhaitez réserver. Versez l.es entrée.s sur le compte BE94 2100 9673 4314 en indiquant votre nom et le nombre de places.
Une soirée similaire aura lieu le 16 décembre à 20 heures au Théâtre Wolubilis.


vendredi 19 juillet 2024

Philippe et ses trois drôles de dames


Vingt-huit  personnalités belges se verront décerner ce dimanche par le roi Philippe, à l'occasion de la fête nationale, des faveurs nobiliaires ou un titre honorifique. Si l'antiquaire anversois Axel Vervoordt sera un des quatorze nouveaux barons, si Paul Van Haver, alias Stromae, devient Commandeur de l'Ordre de la Couronne, ce sont trois autres personnes, trois femmes portant la littérature belge pour tous les âges, y compris les enfants, qui nous intéressent.



Recevront en effet le même titre de Commandeur de l'Ordre de la Couronne, Geneviève Damas, Caroline Lamarche et Marie Paquay. Ce dernier nom ne signifie rien pour vous? C'est normal. Mais si je vous dis Marie Wabbes? Ah voilà! Deux cents livres pour enfants à son compteur (lire ici), fondatrice de la branche belge de l'IBBY en 1992 et toujours sa présidente. Une chevelure de neige et un sourire en or.

Marie Wabbes (Paquay).


Caroline Lamarche.
 
Geneviève Damas.


La publication au "Moniteur belge".

vendredi 10 mai 2024

Un quatre-quarts féministe à Portées-Portraits

Résistance et inclusion.

Faim de littérature féministe et engagée? La dernière soirée de la saison du cycle Portées-Portraits est pour vous. Ces soirées littéraires de lectures accompagnées de musiques. La Compagnie Albertine s'est coupée en quatre afin de concocter un quatre-quarts à l'intention de son public. Ingrédients: résistance et inclusion dans une littérature sans langue de bois. Une belle manière de clôturer une année entamée avec Marie Darah (lire ici).

Le menu du soir sera décliné ce lundi 13 mai à la Maison Autrique par quatre comédiennes qui liront des extraits de quatre auteures en quatre lieux de la célèbre habitation. Le dernier quart aura lieu en amont de la lecture: un atelier d'écriture à 19 heures, sur le thème du courage et de la résistance, mené par Geneviève Damas.

Après cette entrée, à 20h15, les plats de résistance en menu dégustation, mis en voix par Geneviève Damas et Sandrine Bonjean, accompagnés par la DJ Voodoomama. Coupé en quatre, le public ira d'une pièce à l'autre entendre les lectures qui seront donc répétées quatre fois par les comédiennes Réhab Mehal, Melissa Diarra, Geneviève Damas et Sandrine Bonjean. Il entendra des extraits de "King Kong Théorie" de Virginie Despentes (Le Livre de poche), la nouvelle "Ma mère, cette sorcière" du recueil "Promenons-nous dans les bois" de Margaret Atwood (traduit de l'anglais par Michèle Albaret-Maatsch et Isabelle-D Philippe, Pavillons), "La petite dernière" de Fatima Daas (Le livre de poche) et "Americanah" de Chimamanda Ngozi Adichie (traduit de l'anglais par Anne Damour, Folio).
 




A l'issue des lectures, un verre sera offert et la piste de danse ouverte!


Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 13 juin.
A quelle heure? Les lectures-spectacles commencent à 20h15. Elles sont précédées d'un atelier d'écriture avec Geneviève Damas à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 9 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert), 6 euros pour les étudiants et les artistes, 1,25 euros pour les articles 27.
Réservation indispensable pour l'atelier et pour les lectures par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com

lundi 2 octobre 2023

Rentrée slam à la Maison Autrique ce lundi

Marie Darah. (c) Kris Kuzel.

Avec le mois d'octobre revient l'épatant cycle Portées-Portraits de la compagnie Albertine, pilotée par Geneviève Damas. Pour inaugurer la saison 2023-2024, une soirée qui va marquer ce lundi 2 octobre à la Maison Autrique. En effet, c'est Marie Darah qui a reçu carte blanche. Elle présentera "Sous le noir du tarmac" (MAelstrÖm rEEvolution). Cela va slammer, cela va danser, cela va réciter, cela va chanter, cela va danser, cela va musiquer, cela va…


Les soirées Portées-Portraits sont, rappelons-le, des lectures accompagnées de musiques.

 

 

Née à Charleroi en 1989, Marie Darah s'est établie à Bruxelles pour y suivre des études au Conservatoire en Arts de la parole. Son diplôme obtenu, elle développe ses autres passions, écriture, chant, slam, musique et danse, entre autres. Tout cela en questionnant les notions d'équité et d'ouverture d'esprit. Elle qui a inventé son chemin a remporté en 2021 le Championnat d'Europe de Slam. Marie Darah sera accompagnée par la musique de Cloé du Trèfle. La mise en voix est assurée par Isabelle Wéry.

La soirée commencera à 19 heures par une rencontre avec Marie Darah. À l'issue de la lecture d'une heure qui débutera à 20h15, un verre sera offert, l'occasion pour le public de se rencontrer de manière conviviale en présence des artistes de la soirée.

Mon cœur est pavé
Mon cœur est trottoir
Mon cœur est intersection
Rond-point en perpétuel mouvement
Mon cœur est piétiné sous les talons bien-pensants
Le mot liberté est une expression
Mon cœur est un clavier AZERTY sur l'absurdité d'un bitume


Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 2 octobre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 9 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert), 6 euros pour les étudiants et les artistes, gratuit pour le "jeune" de moins de 26 ans qui accompagne un adulte. Abonnement pour les 7 spectacles à la Maison Autrique et Au Centre culturel de Schaerbeek : 55 euros.
Renseignements ici.

Réservation indispensable par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com





lundi 27 mars 2023

Une soirée "Portées-Portraits" en deux langues


Attention! La prochaine soirée "Portées-Portraits" a lieu déjà ce lundi soir à la Maison Autrique à Schaerbeek. Une lecture-spectacle d'un nouveau genre puisqu'elle sera bilingue (surtitrée). C'est en effet le dernier roman en date de l'écrivain belge Stefan Hertmans, "Une ascension" (traduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin, Gallimard, collection "Du monde entier", 480 pages, janvier 2022). La version originale, "De opgang", était parue chez De Bezige Bij en 2020.

Dans ce livre, illustré de documents d'époque, Stefan Hertmans raconte comment il a acheté sur un coup de cœur, en 1979, dans sa ville natale de Gand, une maison visiblement à l'abandon, derrière une grille ornée de glycines. Une demeure qui l'appelle et où il va vivre près de vingt ans. S'il avait dès le début des informations sur les précédents propriétaires, il n'en avait pas tenu compte, son cerveau les rangeant à l'écart. C'est au moment de vendre la demeure et de la quitter que la vérité le rattrape. Un de ses anciens professeurs d'université publie un livre où il révèle qu'enfant, il a vécu dans cette maison, et que son père était un mauvais Flamand, un collaborateur nazi. Stefan Hertmans est alors obligé de réaliser que ce toit fut précédemment celui d'un SS flamand, profondément impliqué dans la collaboration avec le Troisième Reich.

Cette fois, il ne peut plus y couper. Il doit savoir, comprendre. Qui était cet homme incarnant le mal? Qui étaient son épouse pacifiste et leurs enfants? Plutôt que de tracer le énième portrait d'un SS, il décide de raconter l'histoire de cette maison et de ses habitants, foyer habité par l'abomination, l'adultère et le mensonge. L'écrivain né à Gand en 1951 va enquêter pendant des années, rassembler documents et témoignages. Mais le livre est là, bien épais, qui nous entraîne dans une enquête passionnante entrelaçant rigueur des faits et imagination propre à l'écrivain. "Une ascension" est aussi une saisissante plongée dans l'âme humaine.

Pour lire en ligne le début de "Une ascension" (une cinquantaine de pages), c'est ici.

La soirée "Portées-Portraits" débutera par une rencontre avec l'auteur à 19 heures, l'occasion d'un partage avec le public sur le roman et le travail d'écrivain multiple (romans, nouvelles, poésie, théâtre, essais) qu'est Stefan Hertmans. Il est bilingue, pas d'inquiétude à ce sujet.
La lecture-spectacle bilingue débutera à 20h15 et sera surtitrée. L'occasion d'entendre la musicalité de l'écriture de l'auteur. Le texte est mis en voix par Geneviève Damas, lu par Youri Dirkx et accompagné au violon par la compositrice Catherine Graindorge.
Un verre est offert par la Compagnie Albertine à la fin de la lecture, histoire de trinquer ensemble et de se faire dédicacer le livre par son auteur.

Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 27 mars.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteur à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert)
Renseignements ici.
Réservation indispensable par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com


La même soirée aura lieu le jeudi 30 mars à la Ferme de Martinrou (Chaussée de Charleroi, 615, 6220 Fleurus). La lecture à 20h30 sera suivie d'une rencontre avec l'auteur.


samedi 4 février 2023

On part en Italie avec la soirée Portées-Portraits

Giuseppe Santoliquido. (c) MF Plissart.

Marre du froid, de la pluie, du gris? Et si on allait en Italie?
C'est possible dans deux jours, ce lundi soir 6 février à Bruxelles, à la Maison Autrique, où se déroulera la première soirée Portées-Portraits de l'année 2023, organisée comme toujours par l'infatigable Geneviève Damas et sa Compagnie Albertine. La première de l'année mais pas la première de la saison 2022-2023 (lire ici).


Au programme, la lecture-spectacle musicale du roman "L'été sans retour" (Gallimard, 2021, 264 pages, Folio, 2023) de l'écrivain belge, essayiste et romancier, aux impérissables racines italiennes Giuseppe Santoliquido; il fut finaliste du prix Rossel 2021. La chronique d'un drame familial qui se déroule durant l'été 2005 au cœur des Pouilles, dans la région de la Basilicate.

Son troisième roman mais le premier chez Gallimard - les deux précédents étaient parus à la Renaissance du livre pour le premier, "L'audition du docteur Fernando Gasparri" (2012, Espace nord, 2018), finaliste du prix Rossel 2012, chez Genèse édition pour le deuxième, "L'inconnu du parvis" (2016), finaliste du prix Rossel 2016.



"L'été sans retour" se déroule en 2005, il y a plus de quinze ans, dans le village de Ravina. Un de ces villages déshérités du sud des Pouilles, largement déserté par ses habitants, adoré par ceux qui sont restés. Lors de la fête estivale annuelle, la belle Chiara, quinze ans, se volatilise entre sa maison et celle de sa cousine où elle était souvent.

Tout le village se met à sa recherche. L'adolescente sera finalement retrouvée à un endroit qui va enflammer les esprits, créer des rumeurs, pourrir la vie de ceux qui sont encore là. Le tout étant exacerbé par les nombreux journalistes qui se sont installés dans le coin,  filmant le calvaire de l'entourage et donnant la parole à ceux qui le souhaitent en un huis-clos étouffant. Quelle aubaine pour eux! Une comédie antique, un feuilleton national, chez les petites gens. 
"La vie se gagne et se regagne sans cesse, à condition de se convaincre qu'un salut est toujours possible, et de se dire que rien n'advient qui ne prend racine en nous-mêmes."
Des années après les faits, Sandro, un proche de la disparue, revient sur ces quelques mois qui ont changé à jamais le cours de son destin. Il va montrer combien la disparition de Chiara a servi de révélateur à tout ce qui était latent dans ce petit bout de monde. Les passions humaines bien entendu, querelles, rancunes anciennes, mais aussi l'ennui et le chômage des jeunes. Dans toute cette noirceur, Giuseppe Santoliquido a le talent d'aussi extraire la chaleur des rythmes saisonniers, la beauté de la nature, les particularités du lieux.

Roman au suspense implacable, "L'été sans retour" est aussi une formidable chronique familiale entre secrets du passé et mirages du cirque médiatique.

Pour lire en ligne le début de "L'été sans retour", c'est ici.



Lors de la soirée-spectacle musicale, le texte sera lu par Maroine Amimi, qui sera accompagné au violoncelle par Noé Beauvois. La mise en voix sera assurée par Sandrine Bonjean

A l'issue de la lecture, un verre est offert, l'occasion de se rencontrer de manière conviviale en présence de Giuseppe Santoliquido et des artistes de la soirée. En outre, dès 19 heures, une rencontre avec l'auteur est organisée à la Maison Autrique. 


Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 6 février.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteur à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert)
Renseignements ici.
Réservation indispensable par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com


La même soirée aura lieu le jeudi 16 février à la Ferme de Martinrou (Chaussée de Charleroi, 615, 6220 Fleurus). La lecture à 20h30 sera suivie d'une rencontre avec l'auteur.


vendredi 2 décembre 2022

Amour, deuil et portrait d'un frère absent


Veronika Mabardi. (c) Novella Di Giorgi.

Disons-le tout de suite. Les soirées "Portées-Portraits" de la Compagnie Albertine de Geneviève Damas reprennent leur horaire historique à la Maison Autrique, soit une rencontre avec l'auteur(e) à 19 heures, la lecture-spectacle musicale à 20h15 et le verre de l'amitié en finale. La prochaine soirée aura lieu ce lundi 5 décembre. Comme elle sera la dernière de l'année 2022, mais pas la dernière du cycle 22-23 (lire ici), ce dernier verre aura un goût de fêtes de fin d'année.

Le livre choisi est "Sauvage est celui qui se sauve" de Veronika Mabardi (Esperluète éditions, collection "En toutes lettres", 200 pages, janvier 2022). Un magnifique récit à propos du frère adoptif de Corée de l'auteure, Shin Do, et de sa difficile existence. Vingt-cinq ans après le décès dans un accident de voiture à l'âge de 31 ans de son frère venu de Corée quand il avait trois ans, Veronika Mabardi retrace le parcours de cet artiste qui préférait dessiner à parler. Des dessins de Shin Do Mabardi ponctuent son texte. Qui était cet enfant? Comment a-t-il été accueilli dans cette famille métisse, mélange de Belgique, d'Egypte, de Brabant wallon et de Flandres, qui fait des enfants et en adopte d'autres? Pourquoi était-il insaisissable? Qu'est-ce qui s'est bien passé? Qu'est-ce qui a foiré? Pourquoi ce frère dansait-il sur les limites? Veronika Mabardi suit les traces, petites et grandes, que son frères a laissées, comme une piste. Elle reconstitue son passé, sa famille, leur famille, sa courte vie et le deuil qu'elle éprouve.
"C'est loin, vu d'ici, la Corée.
Il ne portait sur lui qu'un petit pantalon de toile.
Des chaussons de caoutchouc vert et blanc.
Un bracelet de plastique scellé où quelqu'un avait écrit son nom et l'adresse d’une famille dont il ne savait rien.
Il n'avait dans ses poches ni miettes ni cailloux,
Rien qui lui permette de retrouver son chemin.
Il disait: je porte un masque de Chinois sur un visage d'enfant blanc,
Vous ne voyez que le masque.
Il a pris son visage entre ses mains,
L'a déposé sur le papier, la toile et la terre
Et il est reparti."

Lors de cette lecture-spectacle musicale, le texte sera mis en voix par Anne-Pascale Clairembourg, lu par Valérie Lemaître et accompagné aux claviers par Martin Daniel.


Le même programme, lecture et rencontre avec l'auteure, est également proposé le mercredi 7 décembre à 19 heures à la Bibliothèque de La Louvière (infos ici) et le lundi 12 décembre à 20 heures au Théâtre Wolubilis (infos ici).


Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 5 décembre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison) à verser sur le compte BE94 2100 9673 4314 en indiquant nom et nombre de places.
Renseignements ici,  réservation indispensable. Par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com






dimanche 13 novembre 2022

Définir le bonheur avec Catherine Cusset

(c) Francesca Mantovani/Gallimard.

Le 14 novembre, c'est-à-dire demain, l'autrice française Catherine Cusset fera le déplacement de Paris à Bruxelles pour assister à la soirée Portées-Portraits dédiée à son roman, le quinzième en trente-deux ans, "La définition du bonheur" (Gallimard, 352 pages). Il s'agit de la deuxième lecture-spectacle musicale du cycle 2022-2023 de la compagnie Albertine qui se déroulera dans le cadre magnifique de la maison Autrique. 

Ce nouveau roman est bien dans la ligne des précédents. Il traite d'amour, de plaisir, de désir, de parcours de vie, des thèmes qui sont chers à Catherine Cusset et qu'elle explore inlassablement en les renouvelant chaque fois.

Dans "La définition du bonheur", elle met en scène deux personnages féminins unies par un lien mystérieux que l'on suit au cours d'une quarantaine d’années. Des années quatre-vingt à nos jours. Il y a Clarisse, ogre de vie, grande amoureuse et passionnée de l'Asie, qui  porte en elle depuis l'origine une faille qui annonce le désastre. Il y a Ève qui balance entre raison et déraison, tout en développant avec son mari une relation profonde et stable. L'une habite Paris, l'autre New York - la romancière a vécu trente ans à New York avec son mari et leur fille. À travers leurs voyages, leurs histoires d'amours, leurs doutes, leurs évolutions, le roman interroge le rapport des femmes à leur corps et aux effets du désir sur celui-ci, aux effets de la maternité et de la  vieillesse aussi. Catherine Cusset nous plonge dans l'intimité de ces deux  femmes qui, finalement, recherchent le bonheur, leur bonheur de manière différente, comme toutes les femmes. Au deux tiers du livre, la trame narrative change, multiplie les points de vue et permet au lecteur une extrême proximité avec les personnages.
"Pour Clarisse, le bonheur n'existait pas dans la durée et la continuité (cela, c'était le mien), mais dans le fragment, sous forme de pépite qui brillait d'un éclat singulier, même si cet éclat précédait la chute."
Contrairement à l'habitude des soirées Portées-Portraits où la lecture est précédée d'une rencontre avec l'auteur(e), ce lundi 14 novembre, Catherine Cusset rencontrera le public après la lecture musicale. L'occasion d'évoquer son œuvre, quasiment intégralement publiée chez Gallimard, puis en poche chez Folio: "Un brillant avenir", prix Goncourt des lycéens 2008, "L'autre qu'on adorait", "Vie de David Hockney", prix Anaïs Nin 2018, etc.  Romancière précoce, elle n'avait que vingt-cinq ans quand Philippe Sollers publie son premier roman, "La blouse roumaine", dans sa collection "L'infini". Depuis, les titres se sont suivis à bon rythme, principalement des romans.
 
­Lors de cette lecture-spectacle musicale, le texte sera mis en voix par Nina Blanc, lu par Sarah Grin et accompagné à la contrebasse par Anaïs Moffart. A l'issue de la rencontre, un verre sera offert par la Compagnie Albertine.

Le même programme est également proposé le mardi 15 novembre à 20 heures au Théâtre Wolubilis (infos ici). 

Programme des prochaines soirées Portées-Portraits: ici.


Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 14 novembre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est suivie d'une rencontre avec l'auteure à 21h15 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison)
Renseignements ici,  réservation indispensable. Par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com



mercredi 15 juin 2022

Se souvenir du cycle de la vie


La veille du solstice d'été, le soir du lundi 20 juin, la compagnie Albertine clôt la saison Portées-Portraits 2021-2022 par une activité au carré et en un autre lieu. La lecture-spectacle musicale habituelle sera précédée par un atelier d'écriture-illustration, le tout se déroulant dans le cadre charmant du jardin de la Maison des Arts de Schaerbeek. Les horaires habituels sont donc légèrement modifiés.


Valérie Rouillier et Geneviève Damas.

De 18 à 20 heures, un atelier d'écriture-illustration sur le thème "Je me souviens" sera animé conjointement par Geneviève Damas, auteure et comédienne, et Valérie Rouillier, illustratrice du recueil de Violaine Lison "Ce soir, on dort dans les arbres" (Esperluète).


Violaine Lison et Victoire de Changy (c) Ornella Somma et Lou Verschueren.

A 20h15 commencera la lecture-spectacle musicale croisée des recueils de Victoire de Changy et de Violaine Lison, "La paume plus grande que toi" (L'arbre de Diane) et "Ce soir, on dort dans les arbres" (Esperluète). Le premier évoque les mystères de la maternité, le second parle avec tendresse et humour des dernières semaines d'une grand-mère. Cette double lecture évoquant le cycle de la vie sera lue et accompagnée au violon par Pénélope Guimas et Juliette Tracewski, dans une mise en voix de Candy Saulnier.

Cette fois, c'est à l'issue de la lecture-spectacle que les auteures Victoire de Changy et Violaine Lison rencontreront le public. Un verre sera alors offert.


Le jardin de la Maison des Arts de Schaerbeek.

Pratique
Quand? Le lundi 20 juin.
Où? A la Maison des Arts, 147 chaussée de Haecht à 1030 Bruxelles.
A quelle heure? Atelier d'écriture-illustration à 18 heures (durée 2 heures). Lecture-spectacle à 20h15 (durée 1 heure). Rencontre avec les auteures à l'issue de la lecture-spectacle
Combien? 20 euros pour l'atelier d'écriture illustration et la lecture-spectacle.
8 euros pour la lecture-spectacle (avec un verre offert). A verser sur le compte BE94 2100 9673 4314 en indiquant nom et nombre de places.
Réservation indispensable: reservations.compagniealbertine@gmail.com





vendredi 25 mars 2022

Féminisme et sexe SM en taxi avec Hyam Yared

Hyam Yared. (c) Astrid di Crollalanza-Flammarion.

L'écrivaine libanaise Hyam Yared était début février à Bruxelles, invitée par la librairie Tropismes à propos de son dernier roman en date, "Implosions" (Editions des Equateurs, 2021, 272 pages). Revoilà la  signataire du Manifeste du Parlement des écrivaines francophones (lire ici) dans la capitale belge, à la maison Autrique cette fois, à l'occasion de la soirée Portées-Portraits qui est consacrée à son roman précédent, "Nos longues années en tant que filles" (Flammarion, 2020). 

Un roman qui commence justement à Bruxelles, rue Antoine Dansaert, et dont les premières lignes surprendront sûrement le lecteur. Piquante, Hyam Yared nous montre son héroïne entrer dans un taxi. Auteure de romans érotiques sous le pseudo de Victoria Akabal a rendez-vous avec Evan, prénom que son maître en sado-masochisme rencontré sur Tinder lui interdit de prononcer. Y penser dans sa tête, elle se l'y autorise, surtout quand elle est déjà apprêtée comme il le lui a ordonné.

Si le texte commence tambour battant, il n'en est pas de même du taxi dans lequel a prix place la Libanaise en instance de divorce, mère de deux enfants, qui parcourt le monde pour obéir aux rendez-vous que lui fixe son maître Evan. Ou son soumis, car il exige du SM switch. Pilotée par une femme transgenre, la voiture n'avance pas, coincée dans un embouteillage monstrueux comme en a connu le Paris post-attentat. Cette course contre la montre vers Melun est l'occasion de magnifiques échanges entre ces deux femmes qui ne se connaissaient pas.

Ecrivaine engagée, poétesse et romancière, Hyam Yared donne la parole à l'une et puis à l'autre, entremêle leur présent et leur passé, questionne les notions de genre, de sexe, de plaisir, de consentement, de féminisme, d'éducation, de déterminisme. L'histoire du Liban est aussi abordée dans ce magnifique roman en très courts chapitres posant toutes les questions qui concernent les femmes, leur désirs, leur soumission, voulue ou héritée. Les mots de l'écrivaine ne se voilent pas de fausse pudeur quand ils traitent de séances de sado-masochisme ou qu'ils retracent les enfances des deux voyageuses. On les suit intensément jusqu'à l'arrivée de ce taxi dont on sort, certaines certitudes ébranlées.

Pour lire en ligne le début de "Nos longues années en tant que filles", c'est ici.

Hyam Yared sera présente à la Maison Autrique dès 19 heures pour une rencontre avec le public. A 20h 15 débutera la lecture-spectacle de "Nos longues années en tant que filles". Le texte sera lu
par Sandrine Bonjean accompagnée par la DJ Laura Di Sciascio, dans une mise en voix de Geneviève Damas.

Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 28 mars.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison)
Renseignements ici,  réservation indispensable. Par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com

Terminons avec un mot sur le superbe "Implosions" au titre piquant où Hyam Yared traite à sa manière l'explosion qui a eu lieu dans le port de Beyrouth le 4 août 2020 à 18h07. Le livre s'ouvre sur la narratrice qui explique où elle était au moment de la déflagration. Chez une thérapeute où elle consulte avec son mari pour leurs problèmes de couple. Immédiatement reviennent à l'esprit les images du port et de ses alentours revues et revues. Mais surtout à lire ce récit, tragique et drôle, on réalise combien les Libanais sont marqués dans leur chair et dans leur esprit par les guerres qui s'y sont succédées depuis plusieurs générations.


Deux autres visions littéraires de l'explosion à Beyrouth ici.


Bibliographie
  • "Reflets de lune", poésie (Editions Dar An-Nahar, 2001-
  • "Blessures de l'eau", poésie (Éditions Dar An-Nahar, 2004)
  • "L'Armoire des ombres", roman (Sabine Wespieser Éditeur, 2006)
  • "Naître si mourir", poésie (L'Idée Bleue, 2008)
  • "Sous la tonnelle", roman (Sabine Wespieser Éditeur, 2009)
  • "Beyrouth, comme si l'oubli", témoignage (avec Nayla Hachem, Éditions Zellige, 2012)
  • "La Malédiction, Sainte-Marguerite sur Mer", roman (Editions des Équateurs, 2012)
  • "Esthétique de la prédation", poésie (Mémoire d'Encrier, 2013)
  • "Tout est halluciné", roman (Fayard, 2016)
  • "Nos longues années en tant que filles", roman (Flammarion, 2020)
  • "Implosions", roman (Editions des Équateurs, 2021)


samedi 19 février 2022

Plonger dans le radicalisme avec Kenan Görgün

Kenan Görgün.

Attention, c'est ce lundi 21 février, soit dans deux jours, que l'écrivain belge Kenan Görgün sera l'invité des formidables soirées Portées-Portraits de Geneviève Damas et sa Compagnie Albertine. Des lectures-spectacles, où des comédiens donnent vie à des extraits de livres "coups de cœur", accompagnés par des musiciens.

Kenan Görgün est ce gamin né le 18 avril 1977 à Gand dans une famille d'origine turque, qui se fâche très vite avec l'école qu'il suit en français à Bruxelles et l'envoie dinguer. S'il n'a pas de diplôme d'études secondaires, il affiche crânement un "double doctorat en buissonnariat à Ecole Supérieure de la Rue". Pas mal!

Kenan Görgün est aussi ce jeune adulte qui n'a jamais lu aucun livre mais décide de devenir écrivain. Il y réussit magnifiquement, se faisant tout de suite remarquer par la critique et par le public. Il commence par des nouvelles dont les recueils sont repérés et salués notamment par la très sérieuse Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique (ARLLFB). Son premier recueil "L'Enfer est à nous" (Quadrature, 2005) est lauréat du prix Franz De Wever 2006. Dix ans plus tard, il reçoit la même récompense pour un autre recueil, "Détecteur de mes songes" (Quadrature, 2015, lire ici). Entretemps, il ne chôme pas. Un premier roman, "L'ogre, c'est mon enfant" (Editions Luce Wilquin, 2006), d'autres romans chez des éditeurs belges ou français, du théâtre, de la poésie, des chansons, des scénarios de cinéma. Il est aussi réalisateur de films. Avec toujours cette observation fine et documentée des phénomènes sociaux permettant de mieux comprendre ce qui est souvent caricaturé. Cette aptitude à monter que personne n'est tout blanc ou tout noir. Sans oublier l'originalité de son écriture qui l'identifie et le fait reconnaître.

La soirée de lundi sera consacrée au dernier roman en date de Kenan Görgün, l'explosif et percutant "Le second disciple" (Les Arènes, collection "EquinoX", 2019). L'histoire d'hommes qui en arrivent à vouloir semer la mort. L'action se passe à Bruxelles. Xavier Brulein, belge d'origine, enfance dans un quartier défavorisé, tôt livré à lui-même, est victime de racisme, celui de ses origines sociales et de la pauvreté. Peu après son retour du Moyen-Orient où il s'est engagé dans le conflit irakien, il agresse violemment un homme. Il passera les cinq années suivantes en prison.

Là, il rencontre Brahim Ben Lakdar, responsable d'un attentat sanglant à Bruxelles. A son contact il se convertira à l'Islam et deviendra Abu Kassem, le "second disciple".

L'auteur décrit avec brio, sans manichéisme, dans une écriture magistrale, les différentes étapes qui poussent au changement. Fragilités, doutes, méprise pour en arriver à la haine et à un projet inhumain. Il met également en évidence l'absence de mots, de culture, le manque de discernement comme causes du radicalisme.
"Je me suis évertué à décrire l'état d'esprit de jeunes gens qui vont si loin que le retour en arrière n'est plus possible."
Kenan Görgün.
Kenan Görgün sera présent à la Maison Autrique dès 19 heures pour échanger avec le public. A 20h15 débutera la lecture-spectacle du "Second disciple". Le texte sera lu par Marvin Mariano, accompagné à la basse par Frédéric Dailly, dans une mise en voix de Sandrine Bonjean.
 

Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 21 février.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteur à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison)
Renseignements ici,  réservation indispensable. Par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com





mercredi 8 décembre 2021

Sortons à la station-service d'Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné. (c) Céline Nieszawer.

Le gouvernement belge voudrait nous faire tourner en bourrique avec ses virevoltantes mesures sanitaires concernant le secteur culturel qu'il ne ferait pas autrement. Résultat, on ne sort plus de chez soi. Et on a grandement tort! Lundi prochain par exemple, 13 décembre, jour de la Sainte Lucie accessoirement, on peut se rendre à la Maison Autrique à une soirée Portées-Portraits, l'enthousiasmant cycle de lectures-spectacles porté depuis vingt-deux ans par Geneviève Damas et sa compagnie Albertine.

Inaugurée par Hubert Antoine le 4 octobre (lire ici), la saison 2021-2022 a déjà permis d'entendre la lecture accompagnée de musique des livres d'Elena Ferrante (le 25 octobre), Mathilde Alet (le 8 novembre) et Sébastien Ministru (le 25 novembre), en présence des auteurs la plupart du temps.

Lundi prochain, 13 décembre, jour de la Sainte Lucie accessoirement, ce sera le tour d'Adeline Dieudonné, la romancière belge qui a été LA révélation de la rentrée littéraire 2018 avec son premier roman "La vraie vie" (L'Iconoclaste, 266 pages, lire ici, 300.000 exemplaires vendus), pour son nouveau roman toutefois, "Kérozène" (L'Iconoclaste, 312 pages), sorti au printemps de cette année. Gageons que la trentenaire aux longs cheveux blonds et aux idées claires parlera des deux volumes lors de la rencontre avec le public, à 19 heures, qui précède la lecture-spectacle (à 20h15).

Le texte de "Kérosène" sera lu par Pauline Desmet et mis en voix par Nina Blanc, accompagnée à la guitare, à la contrebasse et au chant par Anaïs Moffarts.

"Kérozène" est-il un second roman ou un roman composé de nouvelles? Les avis divergent et ce sera à chacun de voir. Le livre se déroule dans une station-service des Ardennes, une nuit d'été. Douze personnes s'y trouvent, en compagnie aussi d'un cheval et d'un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute, tout va basculer. Chacun va devenir le héros d'une histoire, entre lesquelles vont se tisser parfois des liens. Une vision mordante de nos vies contemporaines.

Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 13 décembre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison)
Renseignements et réservation indispensable. Par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com

Supplément
Etonnant comme la station-service inspire les écrivains!
  • Alexandre Labruffe dans "Chroniques d'une station-service" (Verticales, 2019, 141 pages, lire ici).
  • Olivier Demangel dans "Station service" (Tohubohu éditions, 2018)
  • Fannie Flagg dans "La dernière réunion des filles de la station-service" (Le cherche-midi, 2015)
  • Anne Bourrel dans "Station service" (Myriapode, 2011)
  • Robert Piccamiglio dans "La station service" (Albin Michel, 1997)