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mardi 7 mars 2023

Le prix Astrid Lindgren 2023 à la romancière américaine Laurie Halse Anderson


Laurie Halse Anderson.

Ambiance des grands jours ce mardi midi à la Foire du livre pour enfants de Bologne où était remis le
prix Astrid Lindgren 2023. Plus exactement, en liaison vidéo avec Stockholm où avait lieu la vraie proclamation, précédée d'une intervention de la poète Athena Farrokzad ainsi que de la Ministre de la culture Parisa Liljestrand.

Le public à Bologne. (c) Pasquale Minopoli.

A Stockholm, la poète Athena Farrokzad
et la Ministre de la culture Parisa Liljestrand
 (c) Suzanne Kronholm.

Pas moins de 251 candidats provenant de 64 pays avaient été retenus. Il a été décerné à l'Américaine Laurie Halse Anderson, née en 1961 à Potsdam, New York, auteure d'une trentaine de romans pour grands ados depuis 1996. Des romans forts, à lire les motivations du jury, mais peu traduits en français, et pas en collection jeunesse. Si on comprend l'absence de la lauréate tout juste informée, on regrette que l'éditeur ne soit pas venu à la cérémonie.
"Dans ses romans pour jeunes adultes, écrits avec précision, Laurie Halse Anderson donne une voix à la recherche de sens, d'identité et de vérité, à la fois dans le présent et dans le passé. Son réalisme sombre et radieux révèle le rôle vital du temps et de la mémoire dans la vie des jeunes. La douleur et l'anxiété, le désir et l'amour, la classe et le sexe sont étudiés avec une précision stylistique et un esprit impartial. Avec une intensité tendre, Laurie Halse Anderson évoque, les humeurs et les émotions et n'hésite jamais même devant les choses les plus difficiles."

 

Les livres de Laurie Halse Anderson. (c) Suzanne Kronholm.

Dans sa bibliographie, le jury recommande
  • "Speak" (1999)
  • "Winter girls" (2009)
  • "The impossible life of memory" (2014)
  • sa trilogie "Seeds of America" (2008-2016)
  • "Shout (2019)
En français, on trouve en collection adulte 
  • "Vous parler de ça", traduit par Marie Chabin (Monsieur Toussaint Louverture, collection "La belle colère", 2014, J'ai lu, 2016)
  • "Je suis une fille de l'hiver", traduit par Marie de Prémonville (Monsieur Toussaint Louverture, collection "La belle colère", 2016, J'ai lu, 2018)
  • "Ma mémoire est un couteau", traduit par Marie de Prémonville (Monsieur Toussaint Louverture, collection "La belle colère", 2017)
Marie de Prémonville, traductrice:
"Merci beaucoup pour cette nouvelle, Lucie! Récompense amplement méritée pour cette auteure si vraie. De très beaux livres, justes, forts et courageux, que j'ai eu un très grand plaisir à traduire."

En collection jeunesse
  • Sa série à multiples épisodes "Les petits vétérinaires", traduite par Sophie Dieuaide (Pocket Jeunesse)
Un éditeur intéressé?

Rappel: l'Astrid Lindgren Memorial Award (ALMA) a été créé en 2002 par le gouvernement suédois pour promouvoir le droit de chaque enfant à de belles histoires. Ce prix mondial est décerné chaque année à une personne ou à une organisation pour sa contribution exceptionnelle à la littérature pour enfants et jeunes adultes. Avec une dotation de cinq millions de couronnes suédoises, un demi-million d’euros environ, c'est le plus grand prix de ce genre.

 

Les lauréats ALMA précédents

2022 Eva Lindström (lire ici)
2021 Jean-Claude Mourlevat (lire ici)
2020 Baek Hee-na (lire ici)
2019 Bart Moeyaert (lire ici)
2018 Jacqueline Woodson (lire ici)
2017 Wolf Erlbruch (lire ici)
2016 Meg Rosoff (lire ici)
2015 Praesa (lire ici)
2014 Barbro Lindgren (lire ici)
2013 Isol
2012 Guus Kuijer (lire ici)
2011 Shaun Tan
2010 Kitty Crowther
2009 Tamer Institute
2008 Sonya Hartnett 
2007 Banco del Libro
2006 Katherine Paterson
2005 Philip Pullman et Ryôji Arai
2004 Lydia Bojunga
2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger




jeudi 5 mai 2022

La triste nouvelle du décès de Robert Goolrick

Robert Goolrick et sa traductrice Marie de Prémonville en juillet 2019.
(c) Céline Nieszawer.



Triste nouvelle que le décès du formidable écrivain américain Robert Goolrick. Lui qui aimait tellement la France et avait le projet de s'y installer est mort le 29 avril dernier à Lynchburg (Virginie) après des mois d'hospitalisation pour cause de covid. Il avait 73 ans.

Il y a seulement un peu plus de dix ans que le public francophone a découvert l'écrivain américain avec "Une femme simple et honnête", publié en 2009 après avoir fait un tabac aux Etats-Unis. D'autres titres ont rapidement suivi, "Féroces", "Arrive un vagabond", "La chute des princes", enchantant la critique et le public. En traduction française, Robert Goolrick a tout de suite fait partie des auteurs américains qui comptent. Sept de ses livres, six romans et un album illustré, auront été publiés en français par l'éditeur Stephen Carrière aux éditions Anne Carrière, tous merveilleusement traduits par Marie de Prémonville, son souriant ange gardien qui veillait sur lui lors de rencontres par exemple. On trouve aussi aujourd'hui tous ses romans en édition de poche en 10-18 (les trois premiers avaient paru chez Pocket).
J'avais eu l'immense plaisir d'animer une rencontre avec plusieurs écrivains dont Robert Goolrick au Festival America 2014 (lire ici). Je me souviens de ses yeux pétillants, de sa gentillesse et de la générosité de ses propos.

Né en 1948 à Lexington en Virginie, d'un père universitaire et d'une mère au foyer, Robert Goolrick a commencé par une carrière dans la publicité. Il ne viendra à la littérature qu'à la cinquantaine. Mais ses lecteurs savent tout cela, car ses livres sont faits de sa vie, des drames vécus dont une enfance violée, comme de ses rêves et de son désir de trouver la paix, ainsi que de son incessant questionnement sur la chute et la rédemption. C'est un romancier hors pair qui vient de nous quitter, fin, efficace, drôle, généreux. J'ai lu et aimé tous ses livres (liens dans la bibliographie) sauf le dernier. Avais-je peur d'y trouver son épitaphe, phrase finale de "Ainsi passe la gloire du monde"?
"Puis c'est la chute. La chute dans la gloire infinie, jusqu'à l'aube des temps, la chute vers la foi retrouvée, dans la paix. Il chute, enfin, vers sa propre innocence."





Les livres de Robert Goolrick traduits en français
  • "Une femme simple et honnête" ("A Reliable Wife"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2009, 413 pages)
  • "Féroces" ("The End of the World as We Know It: Scenes from a Life"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2010, 254 pages)
  • "Arrive un vagabond" ("Heading Out to Wonderful"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2012, 319 pages)
  • "La Chute des princes" ("The Fall of Princes"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2014, 360 pages, lire ici et ici)
  • "L'enjoliveur" ("Hubcaps"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville, illustré par Jean-François Martin (Editions Anne Carrière, 2016, 70 pages, lire ici)
  • "Après l'incendie", suivi de la nouvelle "Trois lamentations", traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2017, 300 pages, lire ici)
  • "Ainsi passe la gloire du monde" ("Prisoner"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2019)

dimanche 31 décembre 2017

Garder le meilleur pour la fin (de l'année): cinq très bons romans du printemps à lire en hiver

Une semaine devant vous?
Voilà cinq romans pour l'occuper, dans des genres différents.

Lundi et mardi, on part au Japon d'hier


Le bureau des Jardins et des Etangs
Didier Decoin
Stock, 388 pages

Merveilleux roman que celui-ci où, après avoir disséqué les faits divers (lire ici), Didier Decoin nous emmène au Japon du XIIe siècle porter les meilleures carpes de la rivière à l'empereur. Etrange? Non. En nous racontant le Japon d'hier d'une façon extrêmement documentée mais jamais assommante, le secrétaire de l'Académie Goncourt nous donne aussi un reflet de notre société aujourd'hui, de ses choix, de ses réussites, de ses échecs. Sa Miuki, la veuve de Katsuro, a décidé de remplacer son mari défunt pour ce voyage et ses péripéties seront autant d'occasions de montrer quelle magnifique personne elle est.

J'avais rencontré l'écrivain à la sortie du "Bureau des Jardins et des Etangs". Son livre est toujours disponible. Voilà ce qu'il m'en a dit.
"Ce livre est important pour moi. Je voulais faire quelque chose de ma passion pour le Japon mais il fallait que je me décide. Cela a été un gros travail. Il est dédicacé à Jean-Marc Roberts (1954-2013) parce qu'il avait adoubé le livre, quand je lui en ai présenté l'idée. Je lui avais montré des bribes, il y a douze ans. Il m'avait dit: "Vas-y, fais-le!" La dernière fois que je lui ai rendu visite avant son décès, il m'en avait demandé des nouvelles. Je lui ai menti. Je lui ai dit qu'il serait prêt dans quelques mois."
Didier Decoin. (c) Benjamin Decoin.
"Ma passion pour le Japon n'est pas récente. Mon intérêt a surgi à propos de la guerre du Pacifique. J'avais lu le livre "Le survivant du Pacifique" de Georges Blond, datant de 1949, et je ne comprenais pas le peuple japonais, cette violence, cette cruauté dans la guerre. Pour écrire ce roman, j'ai lu plein de livres, j'ai vu plein de films. Il y a plus de douze ans que je vis en concubinage avec la culture japonaise. Plus je l'explore, plus je la trouve fascinante, séduisante, novatrice."
"Le roman est situé il y a mille ans parce que les concours de parfums datent de l'époque Heian (XIIe siècle). Il fallait que je plonge Miyuki dans un univers qui soit le contraire de ce qu'elle est, une paysanne simple et frustre. La période Heian est le point culminant du raffinement japonais. La peine de mort est abolie, alors qu'à la même époque, chez nous, on pratique la torture. C'est une période où les femmes des empereurs découvrent les fictions comme "Le dit du Genji" qui sont les matrices du roman européen, avec des gens coquins, amoraux même."
"Oui, c'est un livre olfactif. Je m'intéresse à toutes les odeurs, sauf celle du vomi. Je les assume toutes sauf celle-là. Et je repense souvent à la phrase de Jean Genet, "A force de tripoter une rose, ça sent la merde". La matière vivante pourrissante devient de la merde. D'où l’expression "Ça ne sent pas la rose". Les mauvaises odeurs sont incluses dans les bonnes. J'aurais adoré être un nez chez un parfumeur, créer des jus. La peau est un réceptacle. D'où une autre expression: "Je ne peux plus te sentir". Un monde sans odeurs serait horrible. Pensez au parfum de l'enfance, de la maison, etc."
"L'écriture du livre a été plus rapide que la documentation. Miyuki fait des kilomètres à pied dans des conditions aventureuses. Elle ne se retourne jamais. Elle ne fait qu'avancer sauf quand une halte est nécessaire. Elle est un personnage sans hésitation, une flèche qui va droit vers sa cible. Un soleil qui brille. Elle se nourrit de sa propre énergie. Elle est très lumineuse. Elle a été heureuse avec Katsumo, un type bien qui l'a vraiment aimée. Elle me plaît beaucoup,  on l'aura compris."
"Il y a un effet miroir du roman par rapport à notre société. Trop de monde. Une surabondance d'immigrés. C'est gommé par la splendeur de la ville. Ils ont inventé leur ville comme Manhattan avec des rues et des avenues qui se coupent à angle droit. Comme si c'était la ville idéale."
"Ce roman est plus sexuel que d'autres. Je me lâche. Je me décoince. J'ai un univers fantasmagorique riche dans le domaine des fantasmes. Je n'ai pas besoin qu'on m'apprenne des trucs. Certains de mes fantasmes que je croyais personnels, je les ai retrouvés au Japon! J'aurais fait un bon Japonais. J'aime le riz, le saké, les femmes japonaises. Mais je ne suis jamais allé au Japon. A force d’écrire des histoires, j'arrive dans un pays que j'imagine. Quand j'écrivais le livre pendant des jours et des jours, je m'y croyais. Surtout avec la musique que j'écoutais: Joe Hisaishi est la bande originale du livre. Ce compositeur a notamment créé la musique des films de Kitano."
"Aujourd'hui que le livre est publié, je me sens un peu amputé. Après douze ans! Miyuki est partie voler de ses propres ailes."


Mercredi, on s'installe dans un tout petit village


Silencieuse
Michèle Gazier
Seuil, 213 pages

Magnifique histoire si bien racontée que ce roman qui se déroule à Saint-Julien-des-Sources, six cents habitants. On y trouve un bistrot, une supérette et bien sûr des habitants et leurs potins, leurs commérages même. Inconfortable pour les deux étrangers, Hans Glawe, un peintre et sculpteur allemand qui ne fraie avec personne, Louis, un vieux hippie à qui est sensible Annie, la caissière de la supérette. Il y a aussi Claude Ribaute, retraité, un ancien du village qui est revenu écrire une étude sur le peintre. Observateur du quotidien, il sera le narrateur de la seconde partie du roman. Car les jours monotones sont bousculés par l'arrivée de Valentina, qui ne parle pas, et de sa mère qui voudrait lui venir en aide. Le silence de la petite fille est terrible. Mais d'où vient-il? C'est ce que Michèle Gazier va nous faire comprendre dans ce superbe roman de silences, de violences et de blessures dues à un passé qui ne passe pas. Elle m'en a parlé.

"Qu'il y ait trois hommes dans ce livre après trois femmes dans "Les Convalescentes" (lire ici) est le fait du hasard. Trois est un chiffre intéressant. A trois, il y a une ouverture, à deux, c'est un affrontement."
Michèle Gazier. (c) John Foley.
"Ce livre a une histoire. Je suis lente dans la rumination. J'ai vu, il y a quinze-vingt ans, un reportage télévisé qui m'a troublée. Était annoncée l'interview d'un jeune homme qui avait appartenu aux Brigades rouges. Il n'y avait pas fait grand-chose et en était parti. Il s'était caché et était recherché par la police. Il avait décidé de se confesser à un journaliste. Dans le reportage, il raconte comment il a répondu à la douleur d'être Allemand, qu'il s’est engagé en aveugle, que les morts l'ont fait reculer, qu'il s'est caché en Espagne d'abord, en France ensuite. Mais qu'il avait maintenant besoin d'en parler, d'en répondre. A un moment, il y a eu un plan sur le village où il habitait. Mon mari et moi avons reconnu ce village, ce n'était pas loin de notre maison. Une semaine après, le jeune homme était arrêté. J'ai été très troublée par son parcours.  Cette tentation de la violence parce que l'héritage du passé n'est pas assumé, cette obligation alors de se cacher et puis ce besoin d'avouer et ainsi se faire prendre. Etait-ce un acte manqué?"
"J'ai aussi fait un livre sur le peintre catalan Josep Grau-Garriga qui était anti-franquiste. Il a traduit sa violence contre le régime de Franco dans son art. Cela a été à la fois politique et salvateur. L'artiste est parvenu ainsi à apaiser sa violence, son angoisse intérieure."
"Dans le sud de la France où j'ai ma maison, un de mes voisins est Anselm Kiefer. Le nom de son domaine porte celui de l'ancienne filature de soie où il se trouve, "La Ribaute". Son art a le même mouvement que Grau-Garriga. Tant le terroriste du reportage télé que Grau-Garriga et Kiefer ont choisi de vivre dans un village. Un village avec une population qui ne les comprend pas et voit en chacun d'eux l'étranger. Dans le sud de la France, cela reste des Boches!"
"Le village pour moi, c'est la scène, le lieu où tous les regards convergent. Tout le monde sait tout de tout le monde. Le village, c'est l’arène, avec la place, les maisons autour, les balcons au premier étage. Le village fonctionne comme un chœur. Les personnages entrent dans l'histoire comme des acteurs. Quand j'écris un roman, je sais d'où je pars et où je veux arriver. Je ne sais pas ce qui se passe entre les deux, mais j'y vais."
"Le silence est une capacité à transformer ce qu'on peut avoir de violent en soi. Valentina est une petite fille qui ne parle pas. Comme un refus de l'héritage familial qu'elle contourne avec des silences. Elle reste une énigme parce qu'elle est une énigme. Elle fait réagir les autres. Son silence est un questionnement pour eux. Avec ses rares interlocuteurs, elle a une complicité naturelle, évidente. Qui se ressemble s'assemble. Ils se reconnaissent. Elle choisit celui qui est le plus blessé, comme elle l'est. "Ces enfants-là n'apprennent pas parce qu'ils savent", m'a dit un jour un médecin."
"Deux narrations se suivent. La première partie est la mise en place du décor. J'ai besoin d'une géographie pour raconter. Les choses ne se passent pas n'importe où. Il y a une aire centrale où tout va résonner. J'ai besoin d'une narration avec de la distance pour planter le décor, puis, une voix va s'élever, comme un air d'opéra. Cette voix arrive dans la deuxième partie."
"Ribaute est le personnage du sociologue. Il a un itinéraire comme Bourdieu dont j'admire beaucoup le travail. Une mise à distance de la campagne, de la province dont il est originaire. A la fin de sa vie, il s'est consacré à une revisitation de l'art et de la peinture. Mon personnage a le même type d'itinéraire. Le sociologue a une distance que n'a pas le psychologue qui est dans l'interprétation."


Jeudi, on file aux Etats-Unis


Après l'incendie
suivi de Trois lamentations
Robert Goolrick
traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Marie de Prémonville
Anne Carrière, 349 pages

Formidable, encore plus captivant que les précédents, le nouveau roman de Robert Goolrick (lire ici) est l'histoire d'une maison, Saratoga, construite en 1784 dans l'Amérique sudiste et détruite par un incendie en 1941. Bien sûr, l'histoire de ses habitants aussi, dont la dernière Diana Cooke Copperton Cooke qui y a peut-être péri. Une véritable enquête menée par un journaliste pour la rubrique "Maison et art de vivre" d'un journal qui, par moments, ne sait plus s'il trouve ou s'il rêve. Le livre est prodigieux et se lit avec un appétit grandissant. On y suit le destin des uns et des autres bien entendu, mais on comprend aussi qu'il y est difficile de penser autrement. Comment Diana va-t-elle résoudre cette équation, écartelée entre les problèmes financiers et les problèmes moraux que lui cause l'esclavage qui était en vigueur là. Qu'est-ce que l'amour dans ce cas? Peut-on échapper au poids du péché des pères? Et à ceux du fils? Le paradis pourrait-il exister sur terre?

Goolrick nous entraîne dans un roman passionnant, sensible et formidablement bien construit. Avec lui, on a droit à l'envers du décor, quel décor et quel envers! Que ce soit les problèmes d'argent ou les relations de Diana avec son mari richissime épousé pour sauver le domaine mais capable du pire ou son espoir de trouver l'amour ailleurs. Le romancier nous tient en haleine tout en nous faisant côtoyer de tout près ses personnages, rendus à la lumière par un journaliste opiniâtre.

Le roman est suivi d'une superbe nouvelle inédite, "Trois lamentations", un récit autobiographique d'une année d'école du très jeune Robert.


Vendredi, on revient au Havre


Par amour
Valérie Tong Cuong
JC Lattès, 413 pages

Que s'est-il passé chez les civils du Havre durant la Seconde Guerre mondiale? Comment réagir quand les soldats ennemis s'installent? Que les soldats amis vous bombardent? Valérie Tong Cuong nous offre dans un roman choral bouleversant qui s'intéresse à des faits peu connus qui se sont déroulés dans la ville du Havre d'où est originaire sa maman.
"Le début du livre est un peu long et puis l'action s'emballe. C'est un parallèle avec l'avancement de la guerre. En 1939, c'était plutôt statique. En 1940 sont arrivés les Allemands et  une nouvelle vie s'est installée. Il y avait ce qui se passait en Russie aussi. Les portes de l'enfer se sont ouvertes progressivement. La première partie du livre concerne les années 1939-1940. C'était calme. En 1941, c'est l'exil. A partir de là commence la descente aux enfers. Les habitants croient toujours que cela va se terminer mais cela ne se termine pas. A la fin de la guerre, la situation était inimaginable. Il y avait la victoire des Alliés mais la ville du Havre avait été complètement bombardée par les Anglais, et ce, tout au long de la guerre. C'était une situation épouvantable. Les gens étaient coincés dans un étau. Les civils ont été sacrifiés par les Anglais. Au moment de la victoire, cela a été compliqué à vivre, compliqué à expliquer."
Valérie Tong Cuong.
"En 1943, les Allemands décident de faire évacuer tous les enfants de la ville. Les évacuations vers l'Algérie, elles, ont eu lieu jusqu'en 1942. Il y a eu un phénomène comparable en Grande-Bretagne où les enfants étaient évacués vers des pays du Commonwealth, jusqu'à ce qu'un naufrage stoppe cette opération baptisée "Children over seas". D'autres enfants britanniques étaient envoyés à la campagne."
"J'avais l'idée générale du livre au départ. J'ai rassemblé énormément de documentation, des livres, des documents, des témoignages. J'ai beaucoup lu, beaucoup rencontré. Je voulais que le livre soit à hauteur d'homme, dise ce que les gens avaient vécu. Comment on vit cela à tel âge ou à tel âge. Ensuite, j'étais prête à écrire. Les personnages se sont révélés en cours d'écriture. J'ai opéré un travail d'architecture minutieux. Je voulais être précise, vraie, par rapport aux points de contact. Je voulais que tout ce que mes personnages, composites mais faits de personnages réels, vivent soit vrai. C'est le propre du romancier que ses personnages de fiction soient issus de véritables vies. Je me suis glissée facilement dans la peau de chacun d'eux. On s'oublie alors. J'ai entendu des voix. J'ai été emportée par leur propre vécu. Je me suis mis plus de pression pour être à la hauteur de ce qu'ils ont vécu. Des témoignages ultérieurs à la parution du livre l'ont confirmé. Des gens m'ont dit: "C'est nous que vous racontez". Alors que je ne les ai pas rencontrés. Ça, c'est un cadeau de la vie. Comme par exemple, cette inscription "Ici, c'est les docks" trouvée sur un mur après le bombardement du magasin le Printemps au centre-ville, un monsieur est venu me voir et m'a dit: "C'est mon frère aîné!" Comme si l'histoire se poursuivait pour moi."
"Comment je choisis à qui donner la parole? Celui de mes personnages qui raconte est celui qui est le mieux placé pour raconter. Ensuite, les autres racontent leur vision des mêmes faits. Je voulais montrer que chacun a vécu sa propre guerre."
"J'ai eu le titre, "Par amour", tout de suite. Dès la première réflexion, dès les premiers témoignages. Ce sont souvent les mères qui font les choses par amour, elles dissimulent pour protéger. Mais chacun des personnages le fait à sa façon. J'ai compris que ce qui s'était produit, c'était par amour, que cet amour concerne les enfants, le compagnon, la patrie. Ce sentiment immatériel leur donnait une raison d'avancer."
"C'est la première fois que je m'aventure sur le terrain historique. Mais ce livre est dans la continuité de mes précédents parce que j'aime regarder comment les gens avancent dans leur vie, ici en temps de guerre, quelle est leur humanité pour répondre à l'inhumanité. Le procédé choral était présent dans mes deux romans précédents. Ici, il s'est imposé. Les comportements sont tellement différents. Je voulais entrer par plusieurs portes. Tout peut arriver à tout moment pendant la guerre. La guerre est une succession de choix, de décisions à prendre en se fiant à son intuition. Ce sont des prises de risque qui s'enchaînent."
"Les sœurs s'aiment en ayant accepté chacune que l'autre soit différente. Elles sont parfois agacées ou en désaccord mais on est en guerre. Le danger permet de faire remonter l'essentiel à la surface. Elles tiennent l'une pour l'autre parce que l'une a l'autre à protéger."


Samedi et dimanche, on se repose avec un thriller


De cauchemar et de feu
Nicolas Lebel
Marabout, 415 pages

Le titre annonce la couleur. On ne va pas se retrouver au pays des Bisounours mais dans le Paris actuel, celui de 2017, en état d'urgence, quelques jours avant le dimanche de Pâques, lieu choisi semble-t-il pour exporter le conflit irlandais. Fameuse semaine sainte! Pour son quatrième roman alors qu'il a commencé à écrire il y a cinq ans, Nicolas Lebel, prof d'anglais à temps partiel, fait fort. Pour bien nous mettre la pression, il chronomètre son récit, tout en intercalant des flash-backs inquiétants qui se déroulent en Irlande du nord dans les années 60 et 70.

Son capitaine de police Mehrlicht ("Son nom vient des derniers mots que Goethe a prononcés sur son lit de mort") a du pain sur la planche quand on découvre que le gars assassiné dans un pub parisien a pris une balle dans chaque genou et une dans le front. Un signe qui ne trompe pas et qui est confirmé par l'autopsie, qui revèle des slogans nationalistes nord-irlandais, des tatouages celtiques et les lettres IRA. Que diable venait-il faire à Paris? Qui l'a liquidé?

L'enquête s'annonce compliquée. Elle va bien occuper la fine équipe de Mehrlicht, pas toujours soudée, remise en question et augmentée d'une stagiaire venue de la province ainsi que d'un inspecteur anglais dépêché sur place. Rebondissements, fausses pistes, figures inquiétantes du passé qui semblent se réveiller à moins qu'elles ne se soient jamais endormies, le thriller de Nicolas Lebel garde son lecteur en haleine jusqu'au bout. Lui montre combien le passé peut tenir le présent et le présent tenir le passé. Ecrit avec un réel souci du mot juste, en séquences courtes qui s'enchaînent à bon rythme, le compte à rebours voit défiler ces quarante heures à toute vitesse tout en montrant combien la douleur peut être individuelle ou collective.

Sans oublier le running gag chez Lebel, la sonnerie téléphonique sur le portable de Mehrlicht, père souvent dépassé. Un des éléments caustiques de son roman policier qui aime mêler histoire passée et présente et analyser la société contemporaine.


Sans oublier
1. "Tout un monde lointain", Célia Houdart, P.O.L.
2. "Madone", Bertrand Visage, Seuil
3. "Point Cardinal", Léonor de Récondo, Sabine Wespieser Editeur
4. "Mon autopsie", Jean-Louis Fournier, Stock
5. "La beauté des jours", Claudie Gallay, Actes Sud
6. "Traité des gestes", Charles Dantzig, Grasset
7. "Une autre Aurélia", Jean François Billeter, Allia
8. "La nuit des enfants qui dansent", Franck Pavloff, Albin Michel
9. "Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable", Hervé Le Tellier, Le Castor Astral
10. "Mon gamin", Pascal Voisine, Calmann-Lévy

jeudi 28 juillet 2016

DTPE 6: Robert Goolrick concentré et illustré

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Robert Goolrick.

Préparer le prochain festival America (du 8 au 11 septembre à Vincennes), c'est se souvenir du précédent, il y a deux ans. J'avais eu le plaisir d'y animer entre autres un débat dont l'un des intervenants était Robert Goolrick à propos de son roman "La chute des princes" (lire ici et ici). Cette rencontre ne m'avait donné qu'une idée, vite lire les romans précédents de l'Américain.

C'est dire si découvrir un nouveau roman de lui m'a enchantée. "L'enjoliveur" ("Hubcaps", traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville (sa traductrice attitrée), illustré par Jean-François Martin, Editions Anne Carrière, 68 pages) est un plaisant petit format sur beau papier qui tient dans la poche et se lit le temps d'un voyage en transports en commun ou d'une pause en salle d'attente. Bref mais concentré. Du Goolrick pur jus. Rafraîchissant de surcroît car il se déroule en plein hiver, un "matin givré de février", bribe d'enfance d'un auteur né en 1948.

"Robert Goolrick a développé un lien si fort avec ses lecteurs français", explique la maison d'édition Anne Carrière qui l'a révélé au public francophone en 2009, "qu'il a décidé d'écrire une nouvelle pour eux, rien que pour eux. Comme tout ce qu'écrit Goolrick, elle nous dit quelque chose de l’enfance. Et comme tout ce qu'il écrit, elle touchera chacun de vous au cœur. 
Nous l'avons trouvé si belle que nous avons décidé de lui offrir un écrin et d'en confier la couverture et les illustrations à l'artiste Jean-François Martin. La voici, grâce à lui, enjolivée."

Une allusion discrète au titre du roman de Goolrick qui, lui, fait référence à l'accessoire automobile d'hier. Il n'y a plus que le cinéma pour évoquer les séances hebdomadaires d'astiquage des roues des voitures. Et Robert Goolrick. S'il donne d'entrée de jeu autant de précisions, c'est que l'enjoliveur, qui ne se pratique gère plus, du moins dans sa version chromée étincelante, est au centre de ce récit plein de suspense et de surprises. Il expose comment les enfants d'hier avaient trouvé mille finalités aux enjoliveurs qu'ils récupéraient dans les fossés le long des routes. Un luxe de détails qui ferre le lecteur jusqu'à la phrase  "Mais toutes ces aventures d'enjoliveurs, aussi exaltantes fussent-elles, prirent fin le jour où l'un d'eux tenta de me tuer." Le narrateur avait cinq ans, la Buick de 107 chevaux de sa grand-mère le double.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Robert Goolrick a l'art de raconter et manie le teasing à la perfection. Il nous embarque dans son histoire, faisant des annonces qu'il noie dans d'exquis portraits de famille, dont principalement celui de sa grand-mère adorée. On le suit avec plaisir dans cette aventure familiale émaillée d'anecdotes savoureuses et complètement hors sujet ("Mais je m'égare", lit-on; "Permettez-moi une autre digression", un peu plus loin) que les illustrations de Jean-François Martin servent avec art.

L'écrivain finira bien entendu par aller au cœur de ce qu'il avait annoncé, comment un enjoliveur avait failli le tuer un matin tôt d'un jour d'hiver frisquet. Un accident qui ébranla chez lui des certitudes concernant sa mère qui ne trouveront confirmation que de très nombreuses années plus tard. Quel beau texte sur l'enfance et les vies d'adultes que cet "Enjoliveur", teinté d'amertume et d'humour, mené de main de maître!

Jean-François Martin a illustré le texte doux-amer de Goolrick. (c) A. Carrière.

Imprimé en France

Une dernière précision de l'éditeur, Stephen Carrière, sur le prix de ce livre: "L'objet et le prix: un certain nombre de libraires nous ont fait le reproche d'un prix trop élevé (12 euros) pour "L'Enjoliveur". Et ils ont par définition raison puisqu'ils soutiennent depuis longtemps l'auteur et que leur frustration est de ne pas mieux vendre l'objet. Le propos de ce message n'est donc pas débattre du prix mais juste de l'expliquer. "L'Enjoliveur" est une nouvelle originale réservée à la France, illustrée par un grand artiste français et surtout, imprimée en France. Je ne parlerai pas ici du coût d'un à-valoir, ni de la rémunération d'une traductrice et d'un illustrateur de grand talent. Ces investissements-là sont faciles à comprendre. Je voudrais insister sur autre chose. Parfois, nos livres seront un peu plus chers, d'un ou deux euros (en comparaison à d'autres de même format). Et toujours, toujours, nous choisirons d'imprimer en France. Parce que nous estimons que dans la chaîne du livre, les imprimeurs sont un maillon clé. Toute personne qui a visité une imprimerie, une fois dans sa vie, est repartie émerveillée comme un enfant après avoir vu les machines, mais surtout, avec un immense respect pour les artisans qui les conduisent. Peu savent à quel point l’imprimerie française est depuis de nombreuses années sous la pression de la concurrence internationale. S'il y a un travail qui mérite l'épithète "qualifié", c'est bien celui d'un homme ou d'une femme devant une roto, une cameron ou des polymères. "L'Enjoliveur" est donc, à notre plus grande fierté, comme tous nos livres, un objet "imprimé en France". De l'imagination de Robert Goolrick aux machines de l'imprimerie Clerc, c'est un objet qui a été élaboré avec beaucoup de soin. Son prix est d'un euro de moins que deux paquets de cigarettes, et même si Robert est un grand fumeur, il ne m'en voudra pas d'affirmer que son "Enjoliveur" est bien meilleur pour la santé."


Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.


lundi 1 février 2016

Avec une certaine idée du rêve américain, le romancier Robert Goolrick arrive chez 10-18

Lors de la dernière édition du Festival America qui s'est tenue à Vincennes en septembre 2014 - la prochaine, la huitième, aura lieu dans six mois, du 8 au 11 septembre -, le public avait découvert avec enchantement l'écrivain américain Robert Goolrick. Quelle générosité et quel humour chez quelqu'un qui se dit bougon. Sa nouveauté d'alors, l'excellent roman "La chute des princes" ("The fall of princes", traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville) vient de passer en poche, chez 10-18 (240 pages).

Roman formidable et prenant de bout en bout, terriblement humain aussi, "La chute des princes" s'articule autour d'un trader des années 80 à qui tout réussit et qui parvient à tout perdre. Il débute ainsi:
"Quand vous craquez une allumette, la première nano-seconde elle s'enflamme avec une puissance qu'elle ne retrouvera jamais. Un éclat instantané, fulgurant. L'incandescence originelle.En 1980, j'ai été l'allumette et je me suis embrasé pour n'être plus qu'une flamme aveuglante."
Ecrit à la première personne, le roman raconte le milieu de l'argent, le travail sans fin, l'excitation du succès, la cocaïne, l'alcool, la drogue de vouloir  gagner toujours plus, les fêtes décadentes, le sexe, les femmes qui aiment et puis n'aiment plus. Toujours plus, toujours plus vite, toujours plus fort! Mais ce tableau a un revers, la dépression, le sida, les assuétudes, la solitude, le suicide… Au contraire d'un de ses potes, le narrateur va dégringoler jusqu'à ce qu'il transforme le dégoût qu'il a de lui-même. Et c'est la beauté de son chemin qui transparaît dans l'écriture de Robert Goolrick. Les livres ont toute leur place dans cette lutte contre les monstres, ceux de Keats, Shelley, Shakespeare et Proust pour celui qui se raconte avant qu'il ne se trouve une nouvelle vie sous leur protection.

Pour écrire "La chute des princes", le romancier américain a tout simplement transposé le monde de la publicité qu'il a connu de l'intérieur dans celui des traders. Incandescence, indécence, décadence et chute avant la renaissance.

Et comme un bonheur n'arrive pas toujours seul, ce roman a entraîné avec lui chez 10-18 trois de ses petits camarades, publiés précédemment chez Pocket.



Robert Goolrick est arrivé tard en littérature, dans les années 2000, la cinquantaine bien entamée. Il est né en 1948 en Virginie où il habite actuellement. Jeune, il voulait être acteur ou peintre! Il vécut alors plusieurs années en Europe, notamment dans l'île grecque de Paros et parle du coup grec. Il ne sera ni peintre, ni acteur, mais publicitaire à New York après avoir publié un livre qui lui vaut d'être déshérité par ses parents! Il y restera trente ans. Pas plus. A cinquante-trois ans, l'agence où il travaille le vire. Que faire du reste de sa vie? Il se souvient que jeune, il aimait raconter des histoires complexes de vie et de mort. Il se lance dans l'écriture d'un premier livre qui ne trouve pas d'éditeur. Son agent lui conseille d'écrire son autobiographie. Ce sera "Féroces" ("The End of the World as We Know It", 2007), son deuxième livre à être traduit en français par Marie de Prémonville, sa traductrice attitrée (2010).  Un premier roman autobiographique, lourds de secrets, qui raconte une famille idéale du sud des Etats-Unis dans les années 50. Idéale en apparence. Goolrick y dit son passé d'enfant violé par son père, terrible blessure tenue jusque-là secrète, sa tentative de suicide à 30 ans, ses séjours en hôpital psychiatrique.

Le premier livre de Robert Goolrick a avoir été publié en France chez Anne Carrière a été "Une femme simple et honnête" (2009, "A reliable Wife", 2009), l'histoire d'un veuf qui, dans le Wisconsin de 1907, attend la jeune épouse qui a répondu à son annonce, sauf qu'elle n'est pas la femme annoncée. Leur première rencontre se fait sur le quai d'une gare.

Ont suivi "Féroces" (2010) et "Arrive un vagabond" (2012), l'arrivée d'un boucher en Virginie au cours de l'été 1948 qui y découvrira la passion et l'interdit, un roman qui fut Grand Prix des Lectrices de "Elle" 2013. Charlie Beale débarque avec deux valises. Dans l'une, quelques affaires personnelles et sa collection de couteaux, dans l'autre, une grosse somme d'argent. Il y tombera deux fois amoureux. D'abord de la ville paisible de Brownsburg, ensuite de Sylvan Glass.


Depuis qu'il a décidé d'écrire, Robert Goolrick puise dans ses souvenirs pour livrer de remarquables romans, superbement empreints d'humanité. Il vit actuellement dans une ancienne ferme de Virginie, dans un petit village, en compagnie de son chien, qui, dit-il, "n'apprécie pas toujours ses histoires". Nous, on attend avec impatience la suivante.