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jeudi 23 octobre 2025

Au fil des aiguilles d'Ingrid Godon

Composition d'Ingrid Godon au fil et à l'aiguille.

Autodidacte, Ingrid Godon a déjà tâté de toutes les techniques pour ses magnifiques dessins. Pastel gras, crayons de couleur, peintures diverses, monotypes, gravures sur bois, posés sur toutes formes de papier. Elle expérimente sans cesse de nouvelles façons de raconter. Autant de défis qu'elle remporte. Autant de défis où on retrouve toujours sa patte. 
 
On peut s'en rendre compte à sa nouvelle exposition, "Tussen naald en draad" (littéralement, Entre l'aiguille et le fil, littérairement De fil en aiguille), qui vient de s'ouvrir à Anvers. Elle y présente toute une série de compositions en art textile, réalistes, poétiques ou abstraites, diantrement artistiques et hautement séduisantes. C'est toujours bien elle qui dessine, mais elle utilise cette fois des aiguilles, des fils et des tissus de récupération: linge de maison ancien, reste de feutre de presse, couverture d'antan... On la retrouve et on en est enchanté.
 

Vu en photo à Bologne,
exposé à Anvers.
En croisant Ingrid au printemps à Bologne, elle m'en avait montré deux photos. Aujourd'hui, les cimaises du Bries Space débordent sur deux niveaux de ses tableaux brodés. "Tout ça en si peu de temps?" "Oh tu sais, ça va vite, sauf certaines broderies où je n'utilise qu'un fil, très fin". En tout cas, ses créations sont extrêmement belles et on ne se lasse pas de les regarder. 
 
 
Sur linge de maison ancien. (c) Ingrid Godon/The Bries Space.

Sur feutre de presse. (c) Ingrid Godon/The Bries Space.

Sur couverture de récupération. (c) Ingrid Godon/The Bries Space.

Broderie à un fil sur linge de maison ancien.
(c) Ingrid Godon/The Bries Space.

Au premier coup d’œil, on les identifie. "Je n'ai pas de style, j'ai le style Ingrid Godon", explique-t-elle chez dPictus, site qui réunit des créateurs de livres de toute grande qualité. "Je cherche sans cesse la bonne façon de raconter mon histoire, je fouille dans ma boîte à matériel, j'alterne crayon et peinture, je recouvre le tout au rouleau, je découpe du bois et l'imprime, je griffonne sur des photos. Je cherche sans cesse. (...) J'emprunte des chemins différents et je continue à regarder. Plein d'émerveillement. En attendant, je continue à travailler sur des commandes, je prends l'initiative de créer des livres, je cherche sans cesse le bon trait de plume ou de pinceau, les images jaillissent de ma tête et je continue à dessiner. Je dessine, je dessine."
 
 
Les étapes du travail, du dessin à la broderie.

 
Pratique
Quoi? Exposition "Tussen naald en draad" 
Où? Bries Space, Stenenbrug 15, 2140 Borgerhout (Anvers).
Quand? Jusqu'au 16 novembre, le vendredi, le samedi et le dimanche, de 14 à 18 heures.
Particularité? Ingrid Godon y sera présente le samedi 1er novembre ainsi que les dimanche 2 et 16 novembre.
 
D'autres articles sur Ingrid Godon ici.
 
 
 
 
 
 

lundi 18 novembre 2024

Davantage d'artistes belges sélectionnés au prix Astrid Lindgren 2025



Ils étaient sept candidats belges à être sélectionnés en 2023 pour le prix Astrid Lindgren 2024 (lire ici). Ils sont huit pour le prix qui sera remis le 1er avril 2025. On retrouve les habitués: Anne Brouillard, candidate de la section francophone de l'IBBY Belgique, sélectionnée chaque année depuis 2020, Carll Cneut, Gerda Dendooven et Ingrid Godon du côté néerlandophone. Cette fois reviennent en piste notre illustratrice historique Marie Wabbes et l'auteur Thomas Lavachery côté francophone, l'illustrateur Tom Schamp côté néerlandophone. Un nouveau, l'écrivain et poète Carl Norac.

Candidats pour le prix 2025.

Candidats pour le prix 2024.



 

 

 

 

 
En tout, ce sont 265 candidats de 72 pays et régions qui ont été sélectionnés pour le prix 2025, dont 81 nouveaux. La liste comprend près de 200 auteurs et illustrateurs, ainsi que des conteurs (14) et des promoteurs de la lecture de plus en plus nombreux (62). Rappelons que la Belgique a déjà remporté deux fois la plus importante récompense actuelle en littérature de jeunesse: Kitty Crowther l'a obtenue en 2010 et Bart Moeyart en 2019.

La liste complète des candidats se trouve ici

Beaucoup de nouveaux noms dans ces 265 candidatures, preuve que le temps passe, mais aussi des patronymes qu'il est plaisant de retrouver:
  • le Brésilien Roger Mello,
  • le Camerounais Christian Epanya,
  • les Canadiens Isabelle Arsenault, Stéphane Poulin et Jon Klassen,
  • les Françaises de Côte d'Ivoire Marguerite et Véronique Tadjo,
  • les autres Français (bien moins nombreux que précédemment, que des auteurs sauf un) Flore Vesco, Grégoire Solotareff, Marie Desplechin, Marion Brunet et Timothée de Fombelle,
  • l'Estonienne Piret Raud,
  • les Allemands Jutta Bauer et Nikolaus Heidelbach,
  • les Britanniques Axel Scheffler, David Almond, Emily Gravett, Julia Donaldson, Michael Rosen et Quentin Blake,
  • l'Italienne Beatrice Alemagna et l'organisation Silent books Lampedusa,
  • les Hollandais Catharina Valckx, Thé Tjong-Khing et Marit Törnqvist,
  • les Norvégiens Mari Kanstad Johnsen et Øyvind Torseter,
  • les Polonais Józef Wilkon et Iwona Chmielewska,le Portugais Bernardo P. Carvalho,
  • les Suédois Anna-Clara & Thomas Tidholm, Anna Höglund, Jakob Wegelius, Sara Lundberg et Sven Nordqvist,
  • la Suisse Catherine Louis.
Pour se mettre dans l'ambiance, une vidéo sur le Astrid Lindgren Memorial Award (ici).

En bonus, le dessin que vient de réaliser Gerda Dendooven pour fêter sa sélection.









 

samedi 21 décembre 2019

Le banc au milieu du salon de Montreuil

Dessins réalisés par Ingrid Godon durant la rencontre scolaire à Montreuil.

Un banc au milieu du salon de Montreuil? C'est une image bien entendu. Un raccourci pour expliquer que le très beau roman "Le banc au milieu du monde" de Paul Verrept, illustré par Ingrid Godon (traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Alice Jeunesse, 2019, 88 pages, lire ici), a fait l'objet d'une rencontre scolaire au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Lecture d'extraits par Mirabelle Wassef, dialogue en français avec l'auteur et avec l'illustratrice qui répondaient à mes questions et à celles des enfants présents.

Une rencontre qui a permis d'apprendre qu'une suite au "Banc" existait déjà en néerlandais. On en attend donc avec impatience la traduction française. Et que le très beau livre "Dantesken" d'Ingrid Godon (lire ici) sera diffusé du côté francophone par Esperluète.

Une rencontre scolaire à propos de laquelle Paul Verrept a ensuite écrit un mini-récit de voyage. Le voici, illustré par des dessins qu'Ingrid Godon a réalisés en live durant la séance à Montreuil. En langue originale mais une traduction française suit.


Dessins réalisés par Ingrid Godon durant la rencontre scolaire à Montreuil.

Sfeer opsnuiven 
"Ingrid Godon en ik vertrekken naar een regenachtig, wat druilerig Parijs, op weg naar de boekenbeurs van Montreuil. Nadat we zijn ingecheckt in het hotel gaat Ingrid al snel signeren bij Esperluete, de uitgeverij die haar boek ‘Dantesken’ vertegenwoordigt in de Franstalige wereld, en ik slenter van boekhandel naar boekhandel om al in de stemming te komen.
De boekenwereld in Frankrijk heeft een grote eigenheid. Het aanbod is breed, er is overal een ruim aanbod uit de canon aanwezig, én boeken hebben een specifieke vorm. Ik stoot er steevast op Edward van de Vendels ‘Vosje’, en het boekje zal ook een van de successen op de boekenbeurs blijken te zijn. Ik zet mijn tocht verder met in mijn rugzak een niet al te licht boek van de Amerikaanse straatfotograaf Louis Faurier.
Leestip
‘Le banc au milieu du monde’ is één van de leestips op de beurs. We zijn bovendien genomineerd voor de Prix Tatoulu 2020, een nominatie waardoor heel wat jonge mensen ons boek zullen lezen. Centraal in ons programma staat een ontmoeting met zo’n tweehonderd jonge lezers. Ter voorbereiding zoek ik wat Franse woorden op, zodat ik me min of meer begrijpelijk zal kunnen uitdrukken.
We ontmoeten ons publiek in een ruimte aan de zijkant van een hal. Die is min of meer afgescheiden van de beurs, maar toch dringt het lawaai van de propvolle ruimte rijkelijk door. Even zinkt mij de moed in de schoenen, maar zodra actrice Mirabelle Wassef een fragment begint voor te lezen wordt het publiek stil en aandachtig. Ik begrijp niet goed waar al die jonge mensen de concentratie vandaan halen in het lawaai en de drukte van de boekenbeurs.

Hartverwarmend
Maar ze luisteren aandachtig, ook als ik in wat omslachtig Frans antwoord op de vragen van Lucie Cauwe, de journaliste die als eerste het boek opmerkte. Ingrid Godon tekent portretten van fictieve personen terwijl ik uitleg hoe het boek ontstond, wat de rol van theater Stap in het werkproces was, hoe ik tekeningen en woorden in elkaar vlocht, en tenslotte ‘hoe het nu verder moet met onze held’.
Ingrid vertelt over haar manier van tekenen, de aarzeling, het zoeken, het experimenteren met technieken … Het publiek stelt vragen, en veel van de aanwezigen blijken het boek gelezen te hebben. De mensen zijn geïnteresseerd en het gesprek is daardoor hartverwarmend. Ook na de sessie worden we aangeklampt. We gaan langs bij onze uitgever, spreken met illustratoren en kijken rond.
De Franse uitgeverswereld staat zeker minder open voor experiment dan pakweg tien jaar geleden, maar wie door het bos de bomen ziet stuit nog altijd op vele pareltjes, op boeken met een eigen verfijnde toon en vorm. Het doet deugd te merken dat ons werk daar enigszins bij aansluit."


Essai de traduction


Humer l'atmosphère
"Ingrid Godon et moi partons pour un Paris pluvieux et un peu brumeux, en route vers la Foire du livre de Montreuil. Dès que nous nous sommes enregistrés à l'hôtel, Ingrid file vite signer chez Esperluète, l'éditeur qui représente son livre "Dantesken" dans le monde francophone, et moi, je me promène de librairie en librairie pour me mettre dans l'ambiance.

Le monde du livre en France a une grande particularité. L'offre y est large, il y a partout de nombreux livres et ils ont une forme spécifique. Je tombe sur "Petit renard" d'Edward van de Vendel,  un album qui sera un des succès du salon. Je poursuis ma promenade avec dans mon sac à dos un livre pas vraiment léger du photographe de rue américain Louis Faurier.

Conseil de lecture
"Le banc au milieu du monde" est un des conseils de lecture du salon. Nous sommes également nominés pour le Prix Tatoulu 2020, ce qui signifie que de nombreux jeunes liront notre livre. Au centre de notre programme il y a une rencontre avec environ deux cents jeunes lecteurs. Afin de m'y préparer, je cherche quelques mots français, pour pouvoir m'exprimer de manière plus ou moins compréhensible.

Nous rencontrons notre public dans un espace situé sur le côté d'une allée. Il est plus ou moins séparé du salon, mais le pénible bruit extérieur y pénètre à flots. Un instant, mon cœur se serre, mais dès que l'actrice Mirabelle Wassef commence à lire un extrait, le public devient calme et attentif. Je ne comprends pas très bien où tous ces gamins trouvent leur concentration dans le bruit et l'agitation du salon du livre.

Réconfortant
Mais ils écoutent attentivement, même lorsque je réponds dans un français parfois hésitant aux questions de Lucie Cauwe, la journaliste qui a, la première, remarqué le livre. Ingrid Godon dessine des portraits de personnages de fiction pendant que j'explique comment le livre est né, quel a été le rôle du théâtre Stap dans le processus de travail, comment j'ai entrelacé des dessins et des mots et, enfin, comment les choses vont se passer ensuite avec notre héros.

Ingrid parle de sa façon de dessiner, d'hésiter, de chercher, d'expérimenter différentes techniques... Le public pose des questions, et elles indiquent que les enfants ont lu le livre. Les gens sont intéressés et la discussion est donc réconfortante. Nous serons également questionnés après la rencontre. Nous nous rendons sur le stand de notre éditeur, parlons à des illustrateurs et regardons autour de nous.

Le monde de l'édition française est certes moins ouvert à l'expérimentation qu'il y a, disons, dix ans, mais ceux qui croient que les arbres cachent parfois la forêt découvrent encore toujours de nombreux joyaux, des livres avec leurs propres ton et forme. Il est agréable de constater que notre travail est quelque peu conforme à cela."





mardi 19 février 2019

E1P2FDL 2 Depuis le banc d'un parc, un fils endeuillé parvient à devenir un homme

Encore un peu de Foire du Livre de Bruxelles, E1P2FDL

Au hasard de mes pérégrinations, entre rendez-vous fixés et rencontres de hasard.
L'édition 2019, la quarante-neuvième, la quatrième où l'entrée est gratuite, a été illuminée par le déploiement du Flirt Flamand et de l'espace européen qui n'ont pas désempli. Elle marquait les 50 ans de la Foire, créée en 1969. On a dénombré 72.000 visiteurs dans les allées de Tour & Taxis, dont 5.000 scolaires, au cours des quatre jours (du jeudi 14 au dimanche 17 février), soit 5 % de plus que l'an dernier.



Tout juste sorti en français, un autre roman jeunesse illustré venu de Flandres où il était paru en 2014, plutôt pour ados, le très délicat et subtil "Le banc au milieu du monde" de Paul Verrept, finement illustré par Ingrid Godon (traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Alice Jeunesse, "Le chapelier fou", 88 pages). Il y est aussi question d'un banc. Comme dans "La jeune fille et le soldat" d'Aline Sax et Ann de Bode (lire ici). Mais ce banc n'accueille qu'une seule personne, le narrateur, perdu dans la vie, dit-il, depuis que ses parents sont morts.


Le banc. (c) Alice Jeunesse.

Ce roman illustré se distingue aussi par l'originalité de son rapport texte-images. Pour ces dernières, Ingrid Godon a choisi de montrer aussi ce que le texte ne dit pas, ce qu'il suggère. Par exemple, le narrateur enfant en compagnie de ses parents au début, ou des images plus colorées et plus abstraites que les autres scènes en crayons de couleur au centre, ou encore une longue séquence sans texte vers la fin pour montrer le temps qui passe. "Le banc au milieu du monde" est en effet le livre d'un deuil, d'une tristesse, d'un chemin de vie, d'une introspection qu'il faut un jour affronter. Quand on est prêt. Quand le narrateur est prêt. On le suit dans un texte à la première personne, dont les mots évoquent différentes situations se déroulant près du banc, ou des souvenirs, laissant les émotions qui en émanent toucher le lecteur. S'il le veut, s'il est prêt.

La première double page du roman.(c) Alice Jeunesse.

On découvre le narrateur perdant son père enfant, perdant sa mère adulte. Des deuils qui lui causent de terribles chagrins à tel point qu'il se cloître dans la maison familiale vide désormais. Pour toujours? Non, jusqu'à ce que son corps réclame à manger et à boire. Jusqu'à ce que ce besoin primaire le fasse sortir de chez lui. Croiser ce banc qui l'invite à s'asseoir pour ne pas rentrer tout de suite chez lui.

Une mise en page soignée. (c) Alice Jeunesse.

Le banc. Le parc. D'autres humains. Des adultes, des enfants. Du temps passé à observer le monde mais aussi à réfléchir. Au temps qui passe ou au temps qu'il reste à vivre. A sa place sur terre. A ses choix de vie. A son passé, à son présent, à son futur. Le narrateur nous confie les rencontres qu'il fait autour de son banc. Les conversations relatent d'autres vies, souvent d'autres tracas. Elles sont l'occasion de mots assemblés avec talent. La poésie du quotidien, sa fantaisie, ses imprévus. Un brin de philosophie. Ainsi, cette remarque: l'amour entre deux personnes se fatigue-t-il un jour?

Le narrateur voit la jolie fille. (c) Alice Jeun.
Petit à petit, celui qui écoute bien devient celui qui parle le premier aux autres occupants du banc. Qui ouvre davantage les yeux. Qui voit la jeune fille jolie. Qui rigole en imaginant une scène avec deux frères assis aux deux bouts du siège. Qui a le courage d'affronter les ombres qui le hantent. Le fils grandit. Change de statut. Dépasse celui de fils. Pour cela, Paul Verrept passe aux lettres que le narrateur, qui restera anonyme, adresse à Anne, qui était à l'école avec lui. Une bouteille à la mer. Mais comme on sait, ce type de message atteint parfois son destinataire. "Le banc au milieu du monde" est un magnifique roman sur le deuil, la vie et l'amour. Remarquablement mis en pages, il est véritablement porté par l'écriture toute en nuances de Paul Verrept et les illustrations splendides d'Ingrid Godon qui est devenue la co-auteure du livre par la qualité de ses dessins, vignettes ou pleines pages, parallèles à l'histoire ou autonomes. Un très grand roman pour ados.


Rappel

E1P2FDL 1 "La jeune fille et le soldat", Aline Sax et Ann de Bode (roman enfant, La joie de lire, ici)

vendredi 21 décembre 2018

Qui va publier en français l'inouï "Dantesken", seulement en images, d'Ingrid Godon?

Exposition à Damme de cent des originaux de "Dnbtesken" d'Ingrid Godon.

On savait Ingrid Godon auteure-illustratrice pour la jeunesse. La voici aujourd'hui auteure-illustratrice d'un premier époustouflant livre d'images uniquement, "Dantesken" (Borgerhoff & Lamberigts, 640 pages). Oui, 640 pages de bon format et 640 images sans texte mais éloquentes. Plutôt pour les ados et les adultes. Un livre d'art, sa première œuvre sans un seul mot, dont les dessins nous parlent aux yeux et à l'oreille.  "Dantesken", en référence à Dante, ce sont des dessins peuplés d'humains muets mais aux mimiques et aux gestes éloquents, dans le style bien reconnaissable d'Ingrid Godon. Des personnes de toutes sortes sous forme d'images qui nous donnent une idée de la nature humaine. Des gens à rencontrer dans les pages de cet album ou bien des miroirs où l'on peut se retrouver.

Ingrid Godon.

"Dantesken" est un livre facile à traduire puisque sans texte à l'exception de la page de titre. Il est le fruit d'une collaboration entre l'artiste et celle qui en a réalisé la mise en pages. Ingrid Godon a livré ses 640 dessins et les a retrouvés magnifiquement assemblés dans ce livre de plus de 600 pages. Qui va le rendre disponible en français, mais aussi en allemand, en espagnol, en italien?..







La sortie du livre a été accompagnée d'une exposition-vente à Damme de cent originaux de "Dantesken". L'exposition se tient jusqu'au 6 janvier à IJsberg (Burgstraat 5, 8340 Damme).





Quelques doubles pages de "Dantesken".








"Dantesken", d'Ingrid Godon. (c) Borgenhoff & Lamberigts.






mercredi 2 novembre 2016

3 x 3? 9? Neuf histoires d'ours donc!

Les ours sont partout, je l'évoquais ici. Mais j'étais loin tout dit. Voici une sélection d'albums pour enfants récents qui leur rendent aussi honneur.
Les deux premiers sont en compétition pour la Pépite "Première lecture" du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Un autre Björn


Björn, six histoires d’ours
Delphine Perret 
Les fourmis rouges, 64 pages

Depuis 2004, Bjorn est le nom d'un morphir né de l'imagination du Belge Thomas Lavachery pour une formidable série de romans pour ados presque achevée (l'école des loisirs/Médium). Sept tomes sont sortis à ce jour, le huitième et dernier devrait paraître à l'automne 2017.

Difficile de ne pas y penser même s'il n'a pas de rapport avec ce nouveau Björn, arborant un tréma sur son o, un ours merveilleux né de la plume de Delphine Perret (lire ici et ici). Croqué au trait noir sur un joli papier mat couleur glace à la pistache - contrairement à la couverture crânement jaune, il nous raconte en six brefs chapitres sa vie dans la forêt en compagnie de ses amis animaux, le lièvre, le blaireau, l'écureuil, la belette, le renard, le hibou et la mésange.

"Le canapé", "Carnaval",  "Rien", "Le cadeau", "Lunettes" et "C'est l'heure", que de promesses dans le sommaire! Promesses tenues car le petit format cartonné est absolument délicieux, simple et tranquille au-delà de ses questions en filigrane, malicieux et facétieux. A noter aussi l'élégance de la mise en pages qui dépose le texte en majuscules en de brefs paragraphes qui s'intercalent entre les dessins au trait diablement expressifs.

L'auteure-illustratrice nous offre dès les premières lignes un album à hauteur d'ours:
"Björn habite dans une caverne.
Les parois sont toutes douces. 
Le sol est confortable. 
Et juste devant il y a de l'herbe 
tendre et un arbre rugueux, 
parfait pour se gratter le dos."

Si l'ours habite dans la forêt, sa tanière est équipée d'une boîte aux lettres et est accessible aux camions de livraison. Il lit et dessine, a des activités d'humain (tester un canapé sans pour autant l'adopter, se déguiser pour le carnaval) et des activités d'ours (se gratter le dos, hiberner). Il a aussi une amie petite fille, Ramona, avec qui il échange des cadeaux.  Et il aime faire comme la "Catherine Certitude" de Modiano et Sempé, enlever ses lunettes de myope pour voir le monde flou...

Björn est exquis avec sa logique parfois déconcertante, sa délicatesse et son humour. C'est un contemplatif qu'on a envie d'imiter. C'est aussi un ours ouvert au monde et à la nature qu'on a tout autant envie d'imiter. On ne peut qu'aimer ce nouveau Björn et se réjouir de l'avoir rencontré. Dès 5 ans.





"Le canapé", dans "Björn" de Delphine Perret. (c) Les fourmis rouges.



Panne de réveil


Derrière la brume
Ramona Badescu
Amélie Jackowski
Albin Michel Jeunesse, 52 pages

Cet album délicatement illustré conte l'histoire d'une énorme trouille débouchant sur une amitié d'autant plus belle qu'elle était improbable. Le texte est agréable, bien balancé, plein de détails et de trouvailles, mais il est long, pas trop, juste agréablement long. Demande donc du temps.

On rencontre d'abord la fourmi qui, ce mardi matin-là, a oublié de se réveiller. Elle est épouvantée car elle est toute seule dans l'immense fourmilière! Chez les fourmis, le travail est la règle, comprend-on très vite. On imagine l'angoisse de la dormeuse. La Fourmi 881 file travailler, tenaillée par la faim et par la peur. Ce n'est pas son jour de chance. Elle est percutée de plein fouet par une énorme masse brune.

Collision frontale. (c) Albin Michel Jeunesse.

L'ours, bien marri de l'accident, est obligé de prendre soin de l'accidentée qui ne bouge plus. Mais il ne sait absolument pas comment faire, pas plus que son ami l'Ecureuil, et est obligé de recourir aux lumières du Docteur Hibou, surnommé Docteur Aïe... Ce dernier pose un diagnostic: la fourmi souffre d'une fracture à une patte. Et il est impératif qu'elle ne bouge plus du tout.

La convalescence va permettre à la Fourmi et à l'Ours de se connaître et de découvrir le mode d'existence de l'autre. Trois jours de rêve au son d'un ukulélé pour penser aux choix de vie, à la liberté de chacun, au droit de refuser les habitudes. Une amitié forte, imprévue et émancipatrice en arrière-plan d'une belle histoire pleine de mini-épisodes de vie charmants que traduisent fort bien les illustrations aux crayons de couleurs, aussi douces qu'expressives. Des fonds blancs ou roses que secouent parfois des pages en bleu. Dès 7 ans.

Trois jours de printemps dits par un ukulélé. (c) Albin Michel Jeunesse.


Découvrir la vie


Mon Tout-Petit
Jo Weaver
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 40 pages

Un bon format quasi carré, illustré en noir et blanc, venu de Grande-Bretagne, célèbre l'initiation à la vie d'un jeune ourson. Les fusains de Jo Weaver en font un album exceptionnel d'expressivité et de douceur. Et dire que c'est son premier livre en solo!

Les doubles pages sont magnifiques, qu'elles soient un gros plan de la Maman Ours humant le printemps ou un plan large où elle montre au tout-petit le monde qu'il a à découvrir. Prairies, forêt, lac, nous parcourons leur monde à leurs côtés durant les quatre saisons de l'année. Découvertes, jeux et apprentissages s'enchaînent dans de magnifiques images qui entretiennent un fort intéressant rapport avec le texte. L'un et l'autre célèbrent la douceur de l'éducation de l'ourson, poussé par sa maman à avancer tout en étant constamment sécurisé par elle. Quel album exquis! Dès 4 ans.


Apprécier les longues journées d'été. (c) Kaléidoscope. 

Apprendre à nager. (c) Kaléidoscope. 

Manger les baies de l'automne. (c) Kaléidoscope.


La boucle bouclée?


Fourru Bourru
Etienne Delessert
MeMo, 36 pages

La phrase "Où sont mes amis?" et une note de musique en pages de garde. Quelques poils sombres en page de titre... Ainsi commence l'histoire de cet ours solitaire vivant au faîte d'un hêtre millénaire et gigantesque. Sa toque noire parée de rubans et de grelots, sa musique et sa douce fourrure attirent les animaux du coin. Les oiseaux répondent les premiers à son invitation amicale, puis les papillons, ensuite, les renards, les éléphants et les poissons volants... Les différentes espèces n'en finissent plus d'arriver et l'ours continue d'accueillir de nouveaux amis en musique.

Jusqu'à ce jour où le ciel s'assombrit et où une première goutte de pluie annonce un déluge qui durera plusieurs mois. Où fuir? Nulle part. L'ours Fourru Bourru sera une arche salvatrice pour tous ses occupants. Résumer l'album est une chose, le voir en est une autre car Etienne Delessert s'est surpassé dans ces doubles pages faisant alterner plans larges et rapprochés, détails et portraits, joies et angoisses. Son ours paraît plus "fourru" que "bourru" et ses invités sont merveilleusement représentés.

Cette nouvelle histoire d'Arche de Noé est évidemment à rapprocher du premier livre pour enfants de l'auteur-illustrateur, "Sans fin la fête", publié en 1967, qui était déjà une évocation laïque du déluge. Etienne Delessert bouclerait-il ainsi une fameuse boucle en littérature de jeunesse? Il le dit parfois mais un nouveau projet attrayant le ferait sans doute changer d'avis. Dès 4 ans.




Les premières doubles pages de "Fourru Bourru". (c) MeMo.


Facteur polaire


Monsieur Milk, facteur
Kijima Seigo
traduit du japonais par Anaïs Koechlin
Picquier Jeunesse, 40 pages

Ce premier album en solo de Kijima Seigo, né en 1949 à Hokkaido, met en scène un ours polaire, Milk, facteur de son état. Ce qui ne l'empêche pas de recevoir lui aussi de courrier, par exemple, celui, désespéré, des parents Grue dont le bébé a disparu quelques jours plus tôt.

"Aigle, as-tu mangé l'oisillon?" (c) Philippe Picquier.
Monsieur Milk ne fait ni une ni deux. Coiffé de son képi, muni de sa besace et de son vélo, il va d'abord interroger  les prédateurs possibles de l'oisillon, le renard, l'aigle... Chou blanc. Il va alors alerter les animaux qui auraient pu apercevoir le disparu, les écureuils, les cerfs et la biche, les hiboux et plein d'autres encore. En vain. Les mois passent jusqu'à l'arrivée du courrier tant espéré! Le disparu est retrouvé en bonne forme... La suite dans l'album.


Un jour, une lettre pas comme les autres. (c) Philippe Picquier.

"Monsieur Milk, facteur" est un album  intéressant par sa thématique de souci de l'autre et de partage et, surtout, par son graphisme qui joue sur les échelles de grandeur pour mieux soutenir son propos. Ainsi, Milk, un ours polaire, apparaît tout petit en face du renard et de l'aigle. Mariant les styles graphiques épurés pour les personnages, cet album attrayant réserve une belle part aux images de fond, paysage ici, marécage là, bureau de poste là encore. Dès 4 ans.


Et encore


Un ours et moi, et moi, et moi
Carl Norac
Ingrid Godon
L'école des loisirs/Pastel, 40 pages

"Salut, moi", dit Léo à son reflet dans le miroir chaque matin, réjoui à l'idée de passer une bonne journée. Sauf que ce matin-là, ce ne sera pas une bonne journée. Les déconvenues se succèdent et Léo se persuade qu'il en est responsable. La sœur, la pluie, la rivière, rien ne va. Même la forêt lui semble être opposée à lui. C'est toutefois là que se trouve le salut de Léo, en la personne d'un grand ours, plutôt débonnaire et amical. Le duo fait sensation en ville! Le gamin a l'air de prendre plaisir à cette amitié mais continue à se martyriser en dehors. Jusqu'à ce que la peur qu'a causée l'ours le rapproche de ses parents, de sa sœur et de lui-même. Un album appelant au dialogue. Dès 4 ans.


Ourson acrobate
Elisabeth Ivanovsky
MeMo, 28 pages

Difficile d'imaginer que cette charmante histoire d'ourson acrobate qui quitte la ville pour rendre visite à ses cousins des bois... et se fait rapidement renvoyer chez lui pour cause de mauvaise influence sur les oursons sauvages, pour le plus grand plaisir des enfants de la ville, a paru en 1944 dans la collection Sans Souci des Editions des artistes, à Bruxelles. Quelle modernité à la fois dans les images et dans le ton. Evidemment, il est signé Elisabeth Ivanovsky!

Extrêmement visuelle et forte de quatre titres, cette collection vient d'être rééditée chez MeMo, dans un format légèrement agrandi mais toujours adapté aux mains des jeunes lecteurs. Les autres titres sont "Général Coquelicot", "Jouez fleurettes!" et "Bonshommes des bois". Dès 2 ans.


Maman Ours
Ryan T. Higgins
traduit de l'anglais
par Françoise de Guibert
Albin Michel Jeunesse, 36 pages

Dans ce très rigolo album né aux Etats-Unis, c'est Michel, l'ours solitaire, qui est grincheux. Il n'aime qu'une chose: les œufs qu'il cuisine avec soin. S'il choisit ses recettes sur internet, il se sert près de chez lui pour trouver les ingrédients. Exemples: le saumon dans la rivière, le miel dans la ruche et les œufs dans les nids. Mais un jour qu'il s'était servi chez l'oie, Michel découvre que œufs éclosent. Selon les lois de la nature, les oisillons nouveaux-nés sont persuadés que Michel, le premier être vivant qu'ils voient, est leur maman. Ce qui n'arrange pas les affaires de l'ours grognon, transformé illico en maman oie. On le voit évoluer dans cet apprentissage forcé et c'est bien amusant. Surtout que le râleur peut aussi se faire philosophe et se mettre à apprécier sa nouvelle situation. Voilà un album qui fera rire les enfants tant il est comique et sourire les parents par les allusions directes à la société actuelle. Dès 4 ans.


Le vol du grizzly
Fabian Grégoire
L'école des loisirs/Archimède, 48 pages

Lors d'une tournée au Canada en 2014, Fabian Grégoire a appris qu'une compagnie aérienne, la Pacific Coastal, venait de remettre en service un petit hydravion, un Grumman Goose, pour desservir toute la côte sauvage de la Colombie britannique. Il a pris l'avion omnibus et a rencontré ses passagers, une étudiante allant passer un examen, deux bûcherons partant au boulot, un pêcheur allant taquiner le saumon. A alors surgi l'idée de cet album dont l'histoire se déroule en 1967, mêlant art amérindien, grizzli et déplacements en hydravion.

Imaginez que suite à un problème technique, le pilote d'un hydravion, votre père, doit se poser en urgence. C'est ce qui arrive à Jessie, 11 ans, et son ami George. Le hic, c'est que l'hydravion qui vient les chercher transporte à son bord un grizzly en partance pour un zoo mais en fin d'anesthésie. Ne faudrait-il pas à nouveau tenter un amerrissage d'urgence? Cette aventure palpitante nous fait découvrir et les ours de ce type, et les Amérindiens, et les techniques de vol (dossier documentaire en fin d'ouvrage). C'est le dix-septième titre de Fabian Grégoire depuis 1998 et "Vapeurs de résistance", avec lequel il a entamé ses albums documentaires racontant une histoire pour mieux faire comprendre leur propos. Dès 9 ans.