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vendredi 1 octobre 2021

Hubert Antoine de retour à Portées-Portraits

Hubert Antoine.

Oublions le confinement, les reports, les annulations, les jauges et autres mesures sanitaires qui ont fait glisser les derniers dix-huit mois dans un curieux espace temporel, complètement rapetissé. Oublions tout ça car les formidables soirées Portées-Portraits sont de retour en leur lieu habituel, la Maison Autrique. Le thème de cette nouvelle saison est "Ce que je suis, Ce que nous sommes", occasion de mettre en avant ce qui se trouve caché derrière les masques: la singularité, la complexité et l'irréductibilité de l'humain.

Pour inaugurer la saison 2021-2022, ce lundi 4 octobre, la Compagnie Albertine, menée par Geneviève Damas et ses acolytes, ne pouvait dès lors faire un meilleur choix que celui du deuxième roman d'Hubert Antoine, le merveilleux "Les formes d'un soupir" (Verticales, 261 pages) dont seront lus, en musique, plusieurs extraits marquants. L'écrivain belge résidant au Mexique sera présent, tout comme il l'avait été lors de la lecture-spectacle, en mars 2018, de son premier roman, "Danse de la vie brève", prix Rossel 2016 (lire ici). Son texte sera lu par Anaïs Moray et mis en voix par Anne-Pascale Clairembourg, accompagné à la viole de gambe par Anne Bernard.

Dans ce deuxième roman, on retrouve les héros du premier, "Danse de la vie brève", Melitza et ses trois carnets où elle a consigné la dernière année de sa vie, son père veuf qui l'a élevée avec ses frères, Evo, le géant chaman huichol dont la jeune femme de vingt-trois ans est follement amoureuse. On retrouve aussi la manière originale d'Hubert Antoine de faire intervenir les personnages dans les dires ou les réflexions des autres. Toutefois "Les formes d'un soupir" s'ouvre sur un drame. Melitza a été assassinée le 27 octobre 2006 durant l'insurrection d'Oaxaca et Evo transporte son corps vers un lieu de sépulture connu de lui seul. L'écrivain a encore poussé plus loin sa mécanique littéraire et c'est une réussite. Cette fois, les dernières heures de Melitza et les trois mois qui ont suivi nous sont rapportés par elle-même, via son père qui, en 2008, deux ans après sa mort, le jour de son anniversaire, s'est lancé dans une expérience hallucinogène qui lui permet de retrouver sa voix.

Le procédé est magnifique et entraîne le lecteur dans l'âme de la jeune femme, dans les péripéties de son voyage et dans les secrets de son cœur tout en nous permettant de découvrir par cette voie détournée cet homme mystérieux et attirant en compagnie de qui elle aura passé ses neuf derniers mois. Les six premiers en vie et les trois autres, défunte mais tellement présente grâce à son souffle qui a été préservé de la plus curieuse des manières au-delà de son décès et même de l'abandon de son corps dans un lieu paradisiaque.

Histoire d'amour fou et absolu, ce deuxième roman est aussi un road-movie à travers le Mexique et sa violence, Hubert Antoine élargissant son propos à la question des migrants qui tentent d'entrer discrètement aux Etats-Unis avec de percutants personnages secondaires. Roman de deuil ponctué de nombreuses touches d'humour inattendues qui pourraient paraître saugrenues mais sont parfaitement appropriées, "Les formes d'un soupir" réjouit tout du long par la force de la vie, de l'amitié et de la transmission qu'il célèbre. La grâce d'une écriture très personnelle, réaliste ici, romantique là, déroutante dans le bon sens du terme, porte merveilleusement les échanges entre père vivant et fille morte, les réflexions de la jeune Melitza sur ce qui se passe après elle, les adresses aux lecteurs. Elle célèbre l'amour et le sexe, décline en épithètes homériques le bel Evo et glisse de bienvenues références littéraires. Un roman à danser comme y invite l'écrivain: 
"Ma femme voulait qu'on se souvienne d'elle en train de danser. Elle croyait, comme l'héroïne de ce livre, que le mouvement maintient le monde en équilibre:
- Quand tu danses, tes pas font tourner la Terre.
Toi qui lis ces lignes, je te serais infiniment reconnaissant si tu pouvais honorer sa mémoire d'un bref geste de danse, d'une virevolte ou d'un pas de grâce.
Avec ce simple hommage, tu deviendras un instant le cavalier d'une ombre et les limbes s'illumineront du plus beau sourire.
Elle s'appelait Lise et c'était mon amour."

Pour lire en ligne le début des "Formes d'un soupir", c'est ici.


Pratique
Où? A la Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 4 octobre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est  précédée à 19 heures d'une rencontre avec l'auteur.
Durée? Une heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter tout la maison).
Renseignements et réservation conseillée: 02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com



samedi 24 mars 2018

Du Mexique à la Maison Autrique

Hubert Antoine.

Lauréat du prix Rossel 2016 pour "Danse de la vie brève" (Verticales, lire ici), son fantastique premier roman, Hubert Antoine a délaissé  durant quelques jours le Mexique où il réside depuis vingt ans. Le natif de Namur, il y est né en 1971, se trouve en Belgique où il participe à quelques rencontres littéraires. Dont une, ce lundi 26 mars à 19 heures à la Maison Autrique, dans le cadre du cycle "Portées-Portraits". Une chance pour nous, car ces rendez-vous schaerbeekois mensuels, organisés par Geneviève Damas, associent questions à l'auteur, lecture en musique d'extraits de son livre en sa présence, rencontre informelle avec l'écrivain ensuite. Le tout dans le cadre merveilleux de la Maison Autrique.

Pour résumer en trois mots, "Danse de la vie brève" raconte le destin d'une jeune Mexicaine de vingt-trois ans, Melitza, durant l'année 2006. C'est trop peu, car cet exceptionnel premier roman est bien plus que cela. Il est la transposition en littérature de faits réels avec un romanesque assuré et très réussi. Hubert Antoine a choisi de l'écrire sous forme de journaux intimes posthumes. Trois carnets où Melitza consigne ce qui lui arrive durant cette année. Sa rencontre avec Evo à Guadalajara, géant sage et bienveillant dont elle tombe follement amoureuse. Le drame qu'elle vit quand elle est  arrêtée par la police en compagnie de son père et d'Evo. Leur fuite durant six mois sur une plage du Pacifique pour se faire oublier et se remettre. Leur retour à la vie organisée en compagnie d'Adrian, un ami de son père qui les installe chez un peintre, à Oaxaca, alors en pleine révolution citoyenne.

Dans ces carnets, Melitza dit tout, ce qui va, ce qui ne va pas, elle nous présente ses proches, raconte sa vie d'orpheline, ses frères, et aussi la réalité du Mexique. C'est une jeune femme libre qui s'exprime, qui aime le sexe comme l'y a encouragée son père. Une jeune femme amoureuse, on l'a dit, qui apprend beaucoup de son beau géant. Une jeune femme bien dans ses baskets, bien dans sa relation avec son père. Une jeune femme engagée aussi, qui sera prise dans le tourbillon d'une démocratie qui dérange.

Hubert Antoine a eu la très bonne idée de faire intervenir le père dans les journaux de sa fille. Ses commentaires sont un superbe contrepoint d'un point de vue littéraire. Il interviendra également en finale avec un "Complément au journal de ma fille", écrit deux ans plus tard. L'écrivain reprend ensuite sa place en rendant hommage au journaliste Bradley Roland Wheyler, mort le 27 octobre 2006 dans la commune livre d'Oaxaca, d'une balle tirée dans le cœur par un mercenaire.

Ce premier roman nous plonge à la fois dans l'histoire récente du Mexique, vue du côté de ses habitants, et dans une magnifique histoire d'amour, folle, inouïe, sans doute consolatrice. Violence et séances de chant ou de danse s'y succèdent magnifiquement, permettant de découvrir des personnages extraordinairement humains. Superbe texte que ce roman qui réinvente l'écriture, séduit et emporte.

Ce lundi 26 mars, dès 19 heures, Hubert Antoine sera à la Maison Autrique pour une rencontre avec le public. A 20h15 commencera une lecture-spectacle de "Danse de la vie brève". Claire Tefnin lira des extraits de cet innovant premier roman, accompagnée musicalement par Gilles Masson, dans une mise en voix d'Emmanuel Dekoninck. A l’issue de la lecture en soirée, un verre est offert, occasion de se rencontrer de manière conviviale en présence de l'auteur, rare sous nos latitudes.

La manifestation est organisée par l'asbl Albertine avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, service de la Promotion des lettres, de la Maison Autrique, de Laïcité-Schaerbeek, des Bibliothèques Communales de Schaerbeek et de Bibla. Elle se déroulera à la Maison Autrique (chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles). Lecture à 20h15, rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Renseignements et réservation par mail à albertineasbl@gmail.com ou par téléphone au 02 245 51 87.

Et pour patienter, quelques éléments sur le nouveau roman qu'Hubert Antoine est en train d'écrire. Il ne faudra pas attendre dix ans entre deux publications comme pour le précédent. "Danse de la vie brève" est sorti en 2016, dix ans après "Introduction à tout autre chose" (Verticales), recueil de textes en prose. Il est vrai qu'Hubert Antoine a aussi publié plusieurs livres de poésie, au Cormier et à La Lettre volée.

Ce nouveau livre se déroulera aussi au Mexique. Nom de code ultra-secret: Rio Bravo. Il aura trois héros qui passeront "six mois de sel, de désirs et d'ennui" pas loin de la Plage de Chacala. Pour l'écrire, Hubert Antoine a suivi le Rio Bravo pendant plus de 3.000 kilomètres:
"3064 kms en 6 jours. La distance entre Luxembourg et Damas. J'aurais pu aller liquider Bashar, hop, rapido, vite fait bien fait. Mais non, en fait de liquide, je me suis juste tapé le Rio Bravo, qui tue pas mal lui aussi. Depuis mon volcan de Tequila jusqu'à Ojinaga, frontière texane, j'ai précédé les traces des personnages de mon roman en cours, rempli de migrants. Voyez-vous, c'est de l’authenticité que je cherchais. Paysages précis, sensations au degré près, peur des policiers en chapeaux de cow-boy, repas gratuit offert par des assistantes sociales, mezcal à Durango, bordel à Chihuahua. Un vrai Blueberry, le routier. Et mon frère Olivier qui m'accompagnait en Jim McClure. Mes héros sont prêts à refaire le chemin en suivant les lignes que je vais rapidement écrire, maintenant."
A suivre donc, non sans avoir répondu à la question: combien de tequilas avant de raconter ça?






jeudi 1 décembre 2016

Le Prix Rossel 2016 décerné à Hubert Antoine

Hubert Antoine.


Dix ans après avoir publié "Introduction à tout autre chose" (Gallimard, Verticales, 144 pages, 2006), un ensemble de soixante textes courts, autoportrait ironique d'un aventurier immobile, d'un rêveur chamanique, d'un monstre de solitude, d'un épicurien contrarié, bref, d'un évadé de la société, Hubert Antoine a publié son premier roman en janvier de cette année. "Danse de la vie brève" (Gallimard, Verticales, 228 pages) se déroule au Mexique, pays où vit depuis vingt ans ce Namurois d'origine. S'il est installé dans la ville de Guadalajara, il a choisi celle de Oaxaca pour sa fiction.

Avec ce premier roman, il remporte le 73e Prix Victor Rossel, parrainé par Jean Dufaux, scénariste de bande dessinée, le jury ayant délibéré près de trois heures.

Voici ce qu'en dit son éditeur.
"C'est à travers son journal intime que nous découvrons Melitza, une jeune Mexicaine de vingt-trois ans. Trois carnets posthumes datant de 2006  - retrouvés et commentés par son père - retracent sa cavale avec Evo, un "bel indigent" au charme énigmatique. Ensemble, ils partageront tout: expérience hallucinogène, barbarie policière, amour fou et insurrection populaire. Dans ce premier roman, qui doit autant au goût de l'aventure qu'à une écriture aux images décalées, chaque événement, du plus sensuel au plus tragique, possède son pas de danse."

Pour lire le début de "Danse la vie brève", c'est ici.

Pour rappel, les quatre autres finalistes de l'édition 2016 du Prix Victor Rossel étaient Claire Huynen ("A ma place", Le cherche-midi),  Emmanuel Régniez ("Notre château", Le Tripode), Giuseppe Santoliquido ("L'inconnu du parvis", Genèse Editions) et Bernard Tirtiaux ("Noël en décembre", JC Lattès).