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lundi 1 octobre 2018

Entre l'autoportrait et la fiction, un superbe texte pour la jeunesse de Vita Sackville-West

Où se trouve le livre écrit par Vita Sackville-West?

Qui connaît la merveilleuse histoire de la bibliothèque de la Reine Mary, conservée au château de Windsor? Je l'avais déjà évoquée à l'occasion de la publication en 2012 du super mini-album "Un elfe tombé du ciel", de Cyril Kenneth Bird, alias Fougasse (lire ici).

Cette bibliothèque se trouve donc dans une maison de poupées réalisée à l'échelle 1/12. Elle contient deux cents vrais livres, la plupart écrits à la main  dans les années 1920. Ils sont en format 39 x 10 mm, autant dire mini. La collection de livres était destinée à composer une bibliothèque représentative de l'époque. Des ouvrages de référence imprimés et des commandes à des auteurs vivants: 171 ont été contactés et seul George Bernard Shaw a choisi de ne pas y contribuer. Parmi les participants, on trouve les noms de J.M. Barrie, John Buchan, G.K. Chesterton, Joseph Conrad, Sir Arthur Conan Doyle, John Galsworthy, Robert Graves, Thomas Hardy, Aldous Huxley, Rudyard Kipling, Somerset Maugham, A.A. Milne, Edith Wharton et... Vita Sackwille-West.

















Le livre écrit par Vita Sackville-West pour la célèbre bibliothèque.


Justement, le texte qu'écrivit Vita Sackwille-West pour la bibliothèque de la Reine Mary vient de paraître sous forme d'album jeunesse. "Les secrets et enchantements de la maison de poupée de la Reine d'Angleterre" (traduit de l'anglais par Christian Demilly, postface française d'après la postface anglaise de Matthew Dennison, Grasset-Jeunesse, 56 pages) présente le texte de 1924 mais est illustré à la façon Belle Epoque par la jeune illustratrice londonienne Kate Baylay.


La maison de poupée,..

... sujet de l'album... (c) Grasset-Jeunesse.

Le texte est intéressant parce que, écrit en 1924, il raconte à la fois la bibliothèque de poupée qui l'accueille, pour laquelle il faut payer un shilling de droit de visite, et qu'il fait autant d'allusions à des livres comme "Alice au pays des merveilles" ou de nombreux contes célèbres qu'à la vie de la romancière, amante de Virginia Woolf (explications en postface). Mais tout cela est habilement mêlé et donne une très agréable histoire où l'on recherche le fantôme de la maison de poupée.

... et lieu de l'album. (c) Grasset-Jeunesse.

A la différence que ce fantôme n'est pas du tout mort mais au contraire bien vivant. C'est même une jeune femme, divine dans ce décor Art nouveau soigneusement représenté, mystérieuse à souhait. Cheveux à la garçonne, jupes courtes, chandails moirés... Elle déambule de pièce en pièce dans cette maison de poupée où on trouve l'eau courante et un ascenseur qui fonctionne à l'électricité, laissant des traces qui intriguent très fort les gardiens de la maison.

Belle ambiance Art Nouveau. (c) Grasset-Jeunesse.

Cette créature a également la particularité de passer d'une époque à l'autre mais de toujours rendre visite à des héros littéraires, de Shéhérazade à l'Empereur de Chine en passant par le Marquis de Carabas.

Avec sa double mise en abyme, ce texte hors du commun de Vita Sackville-West se savoure d'autant plus qu'il est porté par les très belles illustrations de Kate Baylay multipliant les angles et les points de vue, passant de la double page au médaillon sur fond blanc, créant une vraie ambiance rétro et invitant chacun à regarder plus loin que les simples traits. Vraiment, "Les secrets et enchantements de la maison de poupée de la Reine d'Angleterre" est un album qui célèbre par une esthétique du texte et de l'image l'imagination et la curiosité. A partir de 7 ou 8 ans.


L'image finale. (c) Grasset-Jeunesse.









jeudi 23 novembre 2017

Découvrir la vie domestique d'hier grâce à d'anciennes maisons de poupées

La maison de poupée "Appelboom", haute de 2 mètres.

Les enfants jouent-ils encore avec des maisons de poupées aujourd'hui? Pas sûr mais les maisons de poupées d'hier suscitent toujours la même admiration. Ils pourront en voir plusieurs à l'excellente exposition "Little life" qui vient de s'ouvrir pour un an tout en haut de la Porte de Hal. A la fois ludique et informative. Et présentant des pièces de toute grande qualité. C'est la troisième fois que le lieu s'intéresse aux jouets en rapport avec la vie quotidienne. Il y avait déjà eu les expositions "Des jouets qui font… pouet!" (2013-2014, lire ici) et "Petits soldats de la Grande Guerre" (2015-2016).

L'idée de l'exposition est de faire découvrir la vie domestique des milieux bourgeois par les jouets de leurs enfants. C'est la raison pour laquelle les maisons-jouets exposées sont datées de 1850 et 1920. Les maisons de poupées existaient avant bien entendu, mais comme objets d'exposition et non comme jouets.

La salon de la maison de poupée Charlier.

Un monde miniature ravissant s'ouvre au visiteur qui se promène de pièce en pièce. Six maisons de poupée, quelques chambres de poupées et de nombreux meubles miniatures des années 1850-1920 racontent la vie quotidienne d'une famille bourgeoise de cette époque. Magnifiques, les pièces proviennent de la collection de jouets des Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles (MRAH) et de prêts des Musées du Jouet de Bruxelles et de Malines ainsi que du Musée de la Vie Wallonne de Liège.

Le salon de la maison de poupée attribuée à Victor François Bolant.


Les meubles sont ici faits en plumes d'oiseau.
Avec ses murs décorés d'agrandissements de catalogues anciens de jouets fabriqués en série à Nuremberg, "Little Life" s'ouvre sur le salon, pièce majeure à cette époque. Il fait le lien entre l'extérieur et l'intérieur et surtout accueille les invités. Cette pièce très souvent représentée dans les maisons de poupées a donné lieu à de merveilleuses dînettes miniatures,  à des ensembles de meubles de réception...

On mange alors en famille.
La partie consacrée à la salle à manger présente différents services pour enfants. Au XIXe siècle, manger était important et manger en famille l'était encore plus. On le reproduit donc en jouets. On remarque que les séries d'assiettes, de plats, de verres, de couverts sont de trois tailles: toutes-petites pour les maisons de poupées, petites pour les poupées, réduites pour les enfants.





Une vaisselle pour enfants. La cafetière mesure 13 cm de haut.


Un fourneau en fer.
Les espaces cuisine sont très différents de ceux qu'on connaît aujourd'hui. Manquant de confort et d'hygiène par rapport aux critères actuels, sentant fort, ils sont en général relégués au bout du sous-sol. Mais les cuisinières et les fourneaux fonctionnent souvent, malgré leur petite taille, alimentés par des bougies, de l'alcool à brûler ou du charbon de bois.


Bain mobile puis bain à eau chaude avant l'eau courante.
Même surprise du côté des salles de bain puisque l'eau courante n'était alors pas courante. La baignoire était souvent un bain mobile à remplir. Pour l'hygiène quotidienne, on se contentait d'une cuvette dans la chambre ou dans le boudoir à côté. A noter que dans la maison de poupée présentée, venant de Malines, la salle de bains a été rajoutée plus tard.



Une autre organisation des pièces dans la maison.

Les chambres à coucher ne sont pas oubliées dans l'exposition. Elles rappellent que c'est le temps de la "nursery". Que les enfants y jouent souvent pour ne pas déranger les adultes.

Des poupées de maisons de poupées.

La maison de poupée construite par Jules Charlier, clou de l'exposition.

Au centre de l'exposition se trouve l'impressionnante "Maison de poupée bruxelloise", complètement rénovée et désormais sous atmosphère protégée. Cette maison fermée (mais dont tous les côtés s'ouvrent) reproduit une maison néoclassique construite en 1876, rue Froissart, à Etterbeek. Elle mesure 122 cm de haut pour 179 cm de long et 65 cm de large.   Elle fut construite à la même époque par un ingénieur-électricien, Jules Charlier,  qui y habitait, pour ses nièces. On ne peut qu'admirer son talent et son souci du détail. Vu la profession de son constructeur, elle fut raccordée à l'électricité en 1899.

On retrouve la Maison Charlier en détail dans la publication que Linda Wullus lui consacre, "La maison de poupée bruxelloise" (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Fedopress, 40 pages, 2017). Largement illustrée, la brochure parcourt les lieux de pièce en pièce par le texte et par les photos, donnant à voir les innombrables détails qui en font son charme et sa richesse.
Le rez de la maison fait l'objet d'une visite en 3D dans l'exposition.

Une vitrine à atmosphère calculée abrite la maison Charlier.
On voit très bien les différentes pièces de la maison Charlier.

Les maisons de poupées de l'expo

  • La maison de poupée bruxelloise de Jules Charlier, au cœur de l'exposition.
  • Le salon de poupée attribué au fabricant de jouets français Victor-François Bolant
  • La maison de poupée Appelboom, réalisée en Allemagne.
  • La maison de poupée de Mr et Mme Cabus-Stuer, venue d'Angleterre avec une de ses anciennes propriétaires.
  • La maison des sœurs Ghislaine et Andrée Verneuil avec ses cinq étages, rescapée de la Première Guerre mondiale


"Little life" est une exposition extrêmement réjouissante qui plaira aux petits comme aux grands, aux collectionneurs de jouets et aux bricoleurs prêts à se lancer dans l'aventure.


Pratique

L'exposition "Little life" se tient jusqu'au 25 novembre 2018 à la Porte de Hal (Boulevard du Midi 150, 1000 Bruxelles), du mardi au vendredi de 9h30 à 17 heures, le week-end de 10 à 17 heures (fermée les lundis ainsi que les 25/12, 01/01, 1/05, 1/11, 11/11).



Pour compléter la visite, on se rappellera de lire l'extraordinaire livre en petit format, "Un elfe tombé du ciel", de Fougasse (l'école des loisirs, 2012) qui nous arrive en livre pour enfants près d'un siècle après sa création et dont je raconte l'histoire ici.


lundi 6 août 2012

LA découvert un petit trésor

Regardez cette bibliothèque.
Attrayante comme elle se présente, elle pourrait faire partie de cette série de photos de lieux enchanteurs qui circule sur les réseaux sociaux (Improbables librairies, improbables bibliothèques).


Regardez-la bien.
Au premier coup d’œil, on comprend tout de suite qu'elle est anglaise.

Mais, car il y a un mais, regardez-la bien. Elle n'est pas à notre échelle. Elle appartient à une maison de poupées!


Celle de la Queen Mary, la grand-mère de la souveraine britannique actuelle.

La Reine Mary en 1917, précédant son mari, le roi Georges V.

Passionnée de maisons de poupées, la reine Mary reçut cette magnifique construction en 1922, d'une cousine à elle, la princesse Marie-Louise.
On voit ici la miniature en construction, par les meilleurs artisans de l'époque. A l'échelle 1/12e, elle ne sera achevée qu'en 1924.


L'ouvrage d'art se trouve aujourd'hui au château de Windsor.

Si la maison de poupée nous intéresse aujourd'hui, c'est parce que les deux cents livres de sa bibliothèque étaient tous de vrais livres. Réalisés à la main par les écrivains célèbres de l'époque, reliés de cuir, dorés... Tous en un format minuscule de 4 cm  x 3.


Les auteurs de l'époque n'étaient autres que Sir Arthur Conan Doyle, Thomas Hardy, Rudyard Kipling, Edith Wharton, J. M. Barrie, W. Somerset Maugham, Aldous Huxley... George Bernard Shaw aurait refusé l'invitation.

Et aussi Cyril Kenneth Bird, alias Fougasse (1887-1965), rédacteur à "Punch Magazine", illustrateur et affichiste fameux du début du XXe siècle, célèbre notamment pour ses affiches de propagande britannique durant la Seconde Guerre mondiale. "Parler sans précautions coûte des vies", "Les murs ont des oreilles", "Vous ne savez jamais qui vous écoute", c'est lui.





Un autre de ses titres de gloire est la confection d'un des livres miniatures de la mythique bibliothèque de la maison de poupée du château de Windsor, le mini-album "J. Smith", qui n'avait jamais été publié jusqu'à ce jour, ni en taille poupée, ni en taille humaine!

 

Mais le voilà qui sort, 90 ans après sa création, en anglais chez Walker Books, en français à L'école des loisirs, sous le titre "Un elfe tombé du ciel" (texte et illustrations de Cyril Kenneth Bird, alias Fougasse, traduit de l’anglais par Agathe Peltereau-Villeneuve, L'école des loisirs).



Petit objet précieux, même en format agrandi trois fois pour bien tenir dans la main, tendu de soie, doré sur tranche et doté d'un ruban marque-page.
Tout de suite, on reconnaît le trait de l'auteur-illustrateur britannique.

C'est l'histoire d'un elfe "soufflé hors du monde des fées" et tombé accidentellement en plein Londres, à Eaton Square.


Chaque page est un petit tableau mêlant dessin et texte en écriture manuscrite.

L'elfe erre dans les rues et arrive à Hyde Park. Chez lui, croit-il.
Au moment où il en escalade les grilles, il est surpris par un policier qui le conduit au commissariat.
Difficile pour lui évidemment d'expliquer qu'il est un elfe. Mais il en fait la démonstration.
L'inspecteur décide de s'en occuper et de lui permettre de retrouver les siens.

Ils discutent ensemble. L'elfe explique "Je sais chanter, danser, peindre les coquillages, les fleurs ou même les soleils couchants mais je ne suis qu'un amateur."

 

Le policier convainc l'elfe de rester chez les humains, de se faire passer pour son neveu.
Et c'est là que l'histoire prend la force d'une parabole. Car toutes les tentatives de l'elfe pour s'intégrer, danser, chanter, peindre, chaque fois de la plus exquise des façons, vont se heurter brutalement à la logique humaine.

Voilà un album charmant, drôlement bien conçu et illustré, plein de péripéties, et faisant réfléchir à des tas de choses.
Seul inconvénient:  il faudra attendre le 18 octobre pour trouver cette petite merveille en librairie!