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jeudi 4 mai 2023

Instantané de Tunisie. Un festival de danse contemporaine pour les jeunes de Maknassi

Stage de danse à "La Rencontre fest". (c) DR.

Infatigable, le jeune chorégraphe tunisien Achref Hammouda poursuit la mission qu'il s'est donnée: proposer des stages de danse contemporaine, de break dance et de hip hop à des jeunes et à des enfants qui n'y connaissent rien, mais s'y intéressent. Pour tenter de faire germer en eux une petite graine de passion, pour les occuper, pour les rassurer, pour leur donner confiance. Pour qu'ils déploient leurs ailes. Dans ce but, il parcourt depuis cinq ans déjà la Tunisie (lire ici et ici) et l'Europe (lire ici), se partageant avec sa petite équipe entre animation et participation à des festivals. Il était invité à Marseille l'été dernier pour donner des stages aux écoliers en vacances.

Au centre, Achref Hammouda. (c) DR.



Ce printemps, le danseur a organisé un festival de trois jours à la Maison des jeunes de Maknassi, adepte de ce genre d'événement, dans la région dont il est originaire, le gouvernorat défavorisé et délaissé de Sidi Bouzid.

"La rencontre de danse contemporaine", abrégée en La Rencontre fest sur Facebook (ici) s'est impeccablement déroulée du 28 au 30 avril, attirant enfants, adolescents et jeunes adultes des deux sexes. Un festival soutenu par l'établissement national tunisien pour la promotion des festivals et des manifestations culturelles et artistiques.

Les 120 participants ont pu s'initier avec profit à la danse contemporaine, au break dance, au hip hop et aussi au théâtre dansé. Les 120 stagiaires, des filles et des garçons dont l'âge allait de 8 à 32 ans, ont aussi pu assister à plusieurs performances chorégraphiques ainsi qu'à des films de danse contemporaine. Et bien entendu, ils ont pris part à un spectacle chorégraphique de fin de stage.


Achref Hammouda et son équipe de danseurs. (c) DR.

Selon Achref Hammouda, l'objectif du festival est de "créer une nouvelle génération capable d'enseigner la danse et le théâtre et d'aider le nouvel artiste talentueux à devenir professionnel." Un sujet qu'il connaît bien, étant lui-même autodidacte et peinant parfois à se faire reconnaître malgré ses qualités. L'Allemagne et la France l'ont découvert, on attend les autres pays.

Quelques photos des différentes journées de La Rencontre fest.
On y voit les stagiaires de tous les âges en plein travail.




(c) DR.

Le travail mené par Achref Hammouda et son équipe de danseurs est aussi visible sur d'impressionnantes vidéos postées sur la page Facebook du festival (ici), rendant mieux compte des ateliers proposés.









dimanche 24 janvier 2021

Instantané de Tunisie. La danse contemporaine à la rescousse des délinquants mineurs

La danse contemporaine comme vecteur d'intégration.

Fidèle à son idéal de démocratie et de lutte contre le terrorisme, le jeune chorégraphe tunisien Achref Hammouda dont j'ai déjà évoqué plusieurs initiatives culturelles et sociales innovantes est actuellement occupé par un projet inventif, soutenu par le ministère de la Justice de son pays. A peine revenus d'un long périple en Allemagne où ils avaient participé à divers festivals et stages, lui et trois autres membres de son association de danseurs donnent maintenant des cours de danse contemporaine en prison. Pas à la célèbre Mornag près de Tunis, mais au Centre de réhabilitation de Souk Jedid, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, où le quatuor initie des délinquants mineurs à la danse. Cela peut semble une goutte d'eau dans l'océan qu'est le chemin vers la démocratie en Tunisie, mais chacune des initiatives d'Achref Hammouda a donné de bons résultats (lire ici, ici et ici).

Au premier plan, Achref Hammouda.
"Nous travaillons uniquement avec des garçons âgés de 14 à 18 ans, détenus dans le centre pour délinquants mineurs de Souk Jedid", m'explique Achref Hammouda. Lui et trois autres danseurs se rendent trois fois par semaine sur place, les mercredis, vendredis et dimanches, pour des sessions de deux heures avec ce public particulier. Au programme: danse contemporaine, break dance, acrobaties.
Cette idée n'est pas née de rien. "Dans mon équipe", explique-t-il, "j'ai un danseur qui a fait cinq ans de prison. Quand j'ai vu ses yeux briller parce qu'il dansait, j'ai eu l'inspiration pour lancer ce projet". Un projet qui s'inscrit parfaitement dans la philosophie de son groupe, relier les zones isolées et marginalisées à la scène culturelle artistique, et déjà mise en pratique lors d'ateliers de danse à Sidi Bouzid et environs par exemple. 

On imagine la joie des jeunes détenus d'apprendre à danser pendant leur réclusion. "Les jeunes sont très heureux de cette expérience. Ce programme d'enseignement leur permet de se sentir eux-mêmes, d'être quelqu'un de bien quand ils dansent." Mais Hammouda et son équipe ne s'arrêtent pas là: "Nous intégrons les délinquants dans la période post-condamnation pour qu'ils travaillent avec nous." 

Ce projet soutenu par le ministère de la Justice est aussi une source de satisfaction pour ceux qui l'ont initié: "Je suis très heureux d'aider à construire un nouveau mental chez ces jeunes. J'aime partager mon expérience artistique et mes connaissances avec eux et aider ces jeunes artistes à se voir un avenir dans le domaine de la danse contemporaine."









mercredi 17 juillet 2019

Instantané de Tunisie. Danser de Sidi Bouzid à Ravensburg et Hanovre (Allemagne)

Achref Hammouda et ses danseurs professionnels.


Achref Hammouda.
Il a 23 ans, l'énergie d'un lion, une volonté de fer et la souplesse d'une liane. Achref Hammouda est ce tout jeune chorégraphe tunisien qui entend depuis six ou sept ans partager ses disciplines, le break dance et la danse contemporaine, lors de stages dans les régions défavorisées de son pays afin de lutter pour la démocratie et contre le terrorisme. L'an dernier, il a monté les ateliers itinérants #MOUVMA durant tout l'été avec le soutien du Ministère de la Culture qui se sont terminés par un spectacle collectif. (lire ici et ici, voir ici).

Atelier avec des enfants.

Cette année, il a été sélectionné par Lars Niestroy de la Maison des Jeunes de Ravensburg pour participer à la célèbre Rutenfest 2019 qui s'y tient du 19 au 23 juillet, avec son nouveau spectacle, "Art impuissant", pour six danseurs professionnels, cinq garçons et une fille. Une opportunité inouïe pour le jeune danseur et sa troupe! Montrer ce qu'ils font, découvrir d'autres spectacles, évoluer, grandir. Et ce, dans un événement bien connu et apprécié dans le monde culturel. Mais aller en Tunisie en Allemagne a un coût. Et ces frais, ni le Ministère de la Culture, ni le Ministère du Tourisme tunisiens, n'ont voulu les assumer. Achref Hammouda n'a pas renoncé. Il a lancé un crowdfunding, non couronné de succès également. Achref Hammouda n'a toujours pas renoncé.


Et ce jeudi 18 juillet, le chorégraphe et quatre de ses danseurs, Aya Aouichaoui, Iheb  Radaoui, Mohammed Louay Ghabri, Mazen Tahri, s'envoleront vers Ravensburg. Ils ont eu finalement le soutien de l'immense femme de théâtre qu'est Leila Toubel et de son projet Dream's Chebeb.

Sélectionnés ainsi que dix autres projets artistiques venant de sept régions de Tunisie en cette première édition, Achref Hammouda et ses danseurs présenteront "Art impuissant" à Ravensburg le 20 juillet et à Hanovre le 27 juillet avant de le montrer en Tunisie à Kasserine le 15 août. A noter que l'avant-première avait eu lieu à Maknassi le 6 juillet.

Bravo à lui!


Le projet Dream's Chebeb.

Pour découvrir les créations d'Achref Hammouda, ces deux liens





et les vidéos de la chaîne aSSociation (ici).





vendredi 5 octobre 2018

Instantané de Tunisie. Réussite que les stages estivaux de danse contemporaine MOUVMA

Durant un stage MOUVMA.

Durant tout l'été s'est tenu dans le gouvernorat de Sidi Bouzid en Tunisie le projet MOUVMA. Un programme de formation pour tous en danse contemporaine et en création chorégraphique étalé sur trois mois, du 2 juillet au 30 septembre, déployé dans dix municipalités, porté par le chorégraphe Achref Hammouda et les membres de sa compagnie (lire ici). Un peu d'espoir et un pas vers la culture dans une zone précaire et marginalisée, touchée par la montée de l'islamisme et du terrorisme. La danse contemporaine comme forme pacifique de défense de droit à l'expression, comme résistance à l'ennui, aux assuétudes et aux illusions.

Au terme de l'expérience, le bilan se montre très satisfaisant. "Nous avons découvert beaucoup de talents inconnus", se réjouit le maître d'œuvre, persuadé qu'il y en a encore plein d'autres à découvrir. Plus de soixante personnes ont pris part aux stages durant l'été, des enfants, des ados, des femmes. Et des groupes de danse contemporaine se sont ouverts dans différentes maisons de la culture. De quoi encourager Achref Hammouda à continuer son travail d'artiste en danse contemporaine à Sidi Bouzid. Lui donner l'énergie de chercher des subsides pour une nouvelle session.




On voit ici une vidéo captée lors du spectacle de clôture de la session des ateliers de danse. Ce spectacle ultime a eu lieu à Sidi Bouzid le 30 septembre, avec seize danseurs rencontrés au cours de tout l'été et quatre membres du staff. Un aboutissement pour ce projet original et courageux. Aujourd'hui, Achref Hammoudi se dit "heureux de l'avoir fait, fier de ses danseurs et fier d'avoir partagé ces moments avec eux."

Achref Hammouda.
"Nous sommes comme une famille", complète le chorégraphe. "Et je suis confiant en ces gens qui ont commencé tout de suite après le stage leurs propres réunions de danse. Il est tellement important pour moi qu'il y ait des moteurs partout qui continuent le projet. Je suis fier et heureux. On a tellement besoin de l'art dans la région où je vis. Je veux changer l'image que la société a de notre région. La culture peut être aussi efficace que la politique."

Pour lui, ce projet étalé sur trois mois a changé les choses dans sa région. "Cela a parfois été difficile pour les stagiaires de suivre la formation. Il fallait se lever le matin, travailler toute la journée. C'était dur physiquement, c'était dur mentalement. Mais ce qu'on a fait ici avec eux est plus important que le spectacle final. Ils sont les citoyens de demain."

Une des idées de MOUVMA est en effet de lutter contre le terrorisme en apportant autre chose. Achref Hammouda le sait: "Empty mind, empty imagination (esprit vide, imagination au point mort)." Mais il ajoute: "Si on peut le faire ici en Tunisie, on peut le faire ailleurs dans le monde. On DOIT le faire! Je veux donner la culture et l'art aux gens qui ne l'ont pas et n'osent pas l'avoir."



lundi 13 août 2018

Instantané de Tunisie. A Sidi Bouzid, la danse contemporaine contre le désespoir

Lors d'un stage MOUVMA.

En Tunisie, prononcez le mot Sidi Bou Saïd et vous verrez les visages s'illuminer, la petite cité côtière aux portes bleues et cloutées suscitant l'enthousiasme. Par contre, si vous prononcez celui de Sidi Bouzid, vous verrez les mêmes visages s'éteindre. Comme si une seule syllabe faisait toute la différence. Sidi Bouzid, cité maudite? Pas du tout, même s'il faut admettre que ce gouvernorat du centre de la Tunisie paie un lourd tribut social à la révolution de janvier 2011. Mais il ne faut pas le limiter à sa misère économique, l'isoler dans sa pauvreté ou sa violence. Des choses s'y passent, de toute beauté et porteuses d'un espoir inouï. Dont des ateliers de danse contemporaine destinés à la population, mis en place par le chorégraphe Achref Hammouda sous le nom de MOUVMA et soutenus par le ministère des affaires culturelles.

Lors d'un stage de MOUVMA.

De tous temps, Sidi Bouzid, qui  a donné son nom à la région qui l'entoure, souffre d'une situation d'enclavement géographique qui a limité son développement. Depuis le 17 décembre 2010, la ville de Sidi Bouzid a acquis une réputation internationale. Déjà marquée par un taux de chômage élevé, elle a en effet été le théâtre, ce jour-là,  d'affrontements entre des habitants et les forces de police suite au suicide, la veille, de Mohamed Bouazizi, un commerçant ambulant, chômeur, qui s'était immolé par le feu en réaction à la saisie de sa marchandise par les autorités - il mourra des suites de ses blessures le 4 janvier 2011. Ces manifestations de décembre 2010 marqueront le début de la révolution tunisienne, ce soulèvement populaire à dimension nationale qui provoqua la fuite, le 14 janvier 2011, du président Zine el-Abidine Ben Ali vers l'Arabie saoudite, après 23 ans de pouvoir particulièrement autoritaire.

(c) MOUVMA.

A Sidi Bouzid, la situation économique ne s'est pas améliorée durant les sept dernières années, comme ailleurs dans le pays, et a considérablement noirci l'image de la région. Si la démocratie peine à s'installer en Tunisie, les régions pauvres se sont encore appauvries et les populations délaissées par les autorités ont glissé en partie vers la drogue et le terrorisme. Et c'est là que le formidable projet MOUVMA intervient. Il s'agit d'un programme de formation en danse contemporaine et en création chorégraphique long de cinq jours chaque fois. Il s'étend sur trois mois et se déroule dans huit municipalités du gouvernorat de Sidi Bouzid. Il a débuté de 2 juillet et se terminera le 30 septembre. "Nous travaillons dur pour sauver nos enfants", explique Achref Hammouda qui pilote ce projet, le premier du genre dans une région culturellement défavorisée. "Nous voulons leur montrer la bonne manière de vivre et les inciter à prendre de la distance par rapport à leurs problèmes."

Le projet MOUVMA vise à encourager ces populations marginalisées et culturellement défavorisées à investir dans  la danse contemporaine et à en faire une forme pacifique de défense de leur droit à l'expression et à la participation dans toutes les sphères de la vie. Le chorégraphe Achref Hammouda et les cinq membres de sa compagnie (Iheb Raddaoui, Assem Tlili, Mohamed Ghabri, Amir Kaddachy et Mazen Tahri) ont reçu le soutien du ministère des affaires culturelles.




Quelques participants. (c) MOUVMA.

Les quatre premiers stages de formation en danse contemporaine et en création de danse ont déjà eu lieu et donnent des résultats résolument positifs. Chaque semaine, un atelier MOUVMA se déroule dans un endroit différent du gouvernorat, durant cinq jours, à raison de huit heures de danse par jour. "Les participants sont entre 17 et 22 par atelier", précise le chorégraphe. "Ils ont entre 8 et 32 ans. On trouve des garçons, des filles et aussi des femmes mariées.
80 % des participants ne connaissent rien à la danse contemporaine et nous les y initions. L'objectif premier et fondamental est de créer de nouveaux noyaux de danse dans tout le gouvernorat de Sidi Bouzid. Chaque noyau met en place le club de danse dans sa localité. On veut attirer autant de jeunes que possible et les impliquer dans la vie culturelle. On veut combattre toutes les formes de terrorisme en créant une génération instruite. On veut apporter à ces jeunes talents un professionnalisme technique."



Lors d'un stage MOUVMA.

Achref Hammouda et son équipe, Iheb Raddaoui, Assem Tlili, Mohamed Ghabri, Amir Kaddachy et Mazen Tahri, organisent trois types d'ateliers, danse, talk show, atelier de vie.
"Lors du premier atelier", explique le danseur, "on leur enseigne comment libérer leur corps de l'emprise de l'esprit, comment faire passer ses idées et ses émotions par la danse.
Durant le deuxième atelier, quand ils sont danseurs, nous leur expliquons comment faire le test du professionnalisme. Comment contacter le ministère? Comment utiliser la danse comme un mode de vie?
Au troisième atelier, nous abordons les différences entre garçons et filles. Nous invitons les jeunes et les vieux à constituer une seule famille, sans haine, sans colère, sans racisme. Comme une vraie famille.
Dans nos ateliers, on rencontre aussi bien des personnes honnêtes malades du cancer que des illettrés qui ne sont jamais allés à l'école ou des gens fumant de la marijuana. Et nous travaillons énormément pour les sauver tous.
Les familles ont été terriblement heureuses de ce que nous faisions. Elles ont encouragé leurs enfants à participer aux ateliers. Et elles espèrent que nous allons organiser ces ateliers encore et encore.
A l'issue de chaque atelier, deux danseurs sont choisis."

Ces stages d'une semaine permettent à des personnes de créer de la culture dans les lieux où elles vivent. MOUVMA va clôturer ce programme courant sur trois mois par un spectacle de chorégraphie long d'une heure, qui sera dansé par 15 danseurs et danseuses de Sidi Bouzid, repérés dans les huit lieux des ateliers.


Pour voir des images du projet MOUVMA, c'est ici, ici,  ici et ici.









Pour suivre les activités de MOUVMA, c'est ici.