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lundi 16 mars 2026

Les prix 2025 de l'Académie belge

Les lauréats 2025. (c) ARLLFB.

Samedi matin, l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (Arllfb)
a remis ses prix littéraires 2025 en son lieu, le Palais des Académies. Un palmarès en huit temps, tous les prix n'étant pas annuels, qui se distingue par ses deux choix féminins,  portés sur deux candidates malheureuses au prix Rossel 2025 (lire ici). 
 
 
Les huit livres mis à l'honneur.


Grand prix de poésie

Le Grand prix de poésie (1.500 €) récompense un poète ou une poétesse belge pour un recueil remarquable.
 
Lauréat
Harry Szpilmann, pour "La vie fragile" (Le Taillis Pré)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Carino Bucciarelli, "Une poignée de secondes" (L'Herbe qui tremble)
  • Françoise Lison-Leroy, "Tu ouvres et c'est le jour" (Rougerie)
  • Marc Quaghebeur, "Labiales" (Lieux-Dits éditions)
  • Martine Rouhart, "En ce lieu clos" (Toi éditions)
  • Laurence Skivée, "Je trace" (La lettre volée)

 

 

Grand prix des arts du spectacle

Le Grand prix des arts du spectacle (1.500 €) récompense l'auteur belge d'une pièce de théâtre, mais éventuellement d'un scénario de cinéma ou de télévision, d'un seul en scène… Il peut également l'être pour l'ensemble d'une œuvre.
 
Lauréat
Jean-Marie Piemme, pour "Cabots mordus" (Edern)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Stanislas Cotton, "Tirésias jette l'éponge" (Edern)
  • Christine Delmotte, "Je voudrais mourir par curiosité" (Les Oiseaux de nuit)
  • Adrien d'Hose, "Collet" (Lansman)
  • Valériane De Maerteleire, "La reine rouge" (Lansman)

 

Grand prix du roman

Ce prix annuel (1.500 €) récompense un auteur ou une autrice belge ou vivant en Belgique, pour un roman mais aussi pour d'autres genres de fiction en prose (nouvelles, récits, apologues, etc.).
 
Lauréate
Emmanuelle Pol, pour "Jan sur un air de jazz" (Finitude)
 
 Étaient aussi finalistes: 
  • Frédérique Dolphijn, "Les oubliés" (Esperluète)
  • Claire Huynen, "Les femmes de Louxor" (Arléa)
  • Patrick Roegiers, "Satie" (Grasset)
  • Giuseppe Santoliquido, "Le don du père" (Gallimard)

 

Grand prix de l'essai

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge d'un essai de philosophie, histoire, sociologie, spiritualité, religion… à l'exclusion de la critique littéraire, l'histoire de la littérature, la linguistique et la philologie qui font l'objet de prix distincts.
 
Lauréat
Pascal Chabot, pour "Un sens à la vie. Enquête philosophique sur l'essentiel" (PUF)

Étaient aussi finalistes: 
  • Gilles Collard, "Klaus, Une vie antifasciste" (Flammarion)
  • Chantal Deltenre, "Le regard retrouvé" (Esperluète)
  • Laurence Rosier, "La riposte, Femmes, discours et violences" (Payot)
  • Frédéric Saenen, "Léon Degrelle" (Perrin)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)
 
 

Grand prix d'histoire de la littérature

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge ou écrivant en langue française, d'un ouvrage concernant l'histoire de la littérature mais aussi l'histoire des idées, des mentalités et des courants littéraires.
 
Lauréat 
Paolo Tortonese, pour "Remords. Zola, Dostoïevski" (Hermann)

Étaient aussi finalistes:
  • Sara Buekens, "Écologies littéraires africaines. L'imaginaire de l'environnement dans la littérature francophone postcoloniale" (Brill, 2025).
  • Esther Demoulin, "Beauvoir et Sartre. Écrire côte à côte" (Les impressions nouvelles, 2024).
  • Denis Saint-Amand, "Fictions du monde littéraire, Trois enquêtes" (Presses universitaires de Liège, 2025).
  • Myriam Watthee-Delmotte, "La littérature, une réponse au désastre" (Académie royale de Belgique, coll. L'Académie en poche, 2025).

 

 

Prix international de littérature française (catégorie théâtre)

Ce prix international (2.000 €) récompense alternativement un recueil de poésie, un roman et une pièce de théâtre et ce, pour une autrice ou un auteur issu de la francophonie et âgé de moins de 50 ans. L'année 2025 est dédiée au théâtre.

Lauréat
Samuel Gallet, pour "Le Pays innocent" (Éditions Espaces 34)

Étaient aussi finalistes: 
  • Thomas Depryck et Antoine Laubin, "Maria et les oiseaux" (De Facto/CED-WB/E&C)
  • Claire-Marie Lievens, "Qui a tué Patrice Lumumba?" (Les Oiseaux de nuit)
  • Lydie Tamisier, "L'odeur des tissus" (Tapuscrit, Théâtre ouvert)
  • Azilys Tanneau, "Rest/e" (Lansman)

 

 

Prix Verdickt-Rijdams

Le prix Verdickt-Rijdams récompense un auteur ou une autrice belge dont l'ouvrage porte sur le dialogue entre les arts et les sciences.

Lauréat
Jérémie Brugidou, pour "Bestiaire de lumière. Plongée dans les aventures lumineuses du vivant" (Éditions de l'Ogre)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Athane Adrahane, "Des lucioles et des ruines. Quatre récits pour un éveil écologique" (Le pommier)
  • Vinciane Despret et Pierre Kroll, "Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi" (Arènes BD)
  • Paul Jorion, "L'avènement de la Singularité. L'humain ébranlé par l'intelligence artificielle" (Textuel)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)

 

Prix Découverte

Ce prix (1.000 €)  récompense une première œuvre littéraire d'un auteur ou une autrice belge. Il est remis alternativement, sur trois ans, à un recueil de poésie, un roman ou une pièce de théâtre. L'année 2025 est dédiée au roman.
 
Lauréate
Sandra de Vivies, pour "La femme du lac" (Cambourakis)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Rachel. M. Choltz, "Pipeline" (Seuil)
  • Claire Mathot, "La saison du silence" (Actes Sud)
  • Myriam Watthee-Delmotte, "Indemne, Où va Moby-Dick?" (Actes Sud)






jeudi 4 décembre 2025

366 poèmes animaliers illustrés

Les premiers jours de janvier. (c) Gallimard Jeunesse.
 
Restons en poésie,
selon un calendrier aussi (lire ici) mais avec les animaux comme focale. Il s'agit de l'épais recueil en bon format "Une année en poésie avec les animaux". Les poèmes ont été choisis par Emmanuelle Leroyer et ils sont superbement illustrés par Britta Teckentrup (Gallimard Jeunesse, 320 pages). L'idée, mentionnée en couverture, est excellente: "Un poème à partager chaque jour". Des textes brefs pour la plupart, parfois des extraits, de quoi accompagner les enfants de poésie animalière toute l'année.
 
Une chose surprend, le nom de l'illustratrice. Car Britta Teckentrup ne travaille pas en français. Bien sûr, on trouve chez nous des albums illustrés par elle, mais ce sont des traductions: l'illustratrice allemande a passé dix-sept ans à Londres (1988-2005) avant de retourner en Allemagne, à Berlin, avec son mari écossais et leur fils. En plus, les poèmes choisis pour ce recueil sont majoritairement dus à des auteurs francophones. Alors, que s'est-il passé? Tout simplement, l'équipe de Gallimard a utilisé les illustrations réalisées pour le livre de poésie "Tiger, Tiger, Burning Bright!" publié par l'éditeur britannique Nosy Crow en 2020 (1). La sélection de textes opérée alors par Fiona Waters a été remplacée en français par celle d'Emmanuelle Loyer. Sont restés identiques à la version originale les dessins et la mise en page. Seules, les couvertures diffèrent. 
 
4 et 5 janvier. (c) Gallimard Jeunesse.
 
Ce qui ne veut évidemment pas dire que ce remplacement a été facile ou rapide. Il fallait trouver des textes qui collent aux animaux présents dans les images. Le résultat est excellent, proposant aussi bien des textes de classiques comme Victor Hugo, Louis Aragon, Apollinaire ou Anna de Noailles, que ceux des contemporains que sont Susie Morgenstern, Michel Besnier, Marie Pavlenko, Clémentine Beauvais ou Jacques Roubaud. Plusieurs poètes belges sont présents aussi, dont Maurice Carême (évidemment), Carl Norac, Henry Michaux, Pierre Coran. En tout, ce sont près de 200 poètes qui sont cités dans l'ouvrage.
 
6 janvier, Epiphanie. (c) Gallimard Jeunesse.

Sur les réseaux sociaux, Emmauelle Leroyer explique: "une année de recherche intense de poèmes pour les petits, une année à trouver des poèmes sur nos amis les animaux, une année à s'entourer des poètes, poétesses, auteurs et autrices jeunesse pour récolter des inédits, des pépites oubliées, à recueillir les traductions de Julie Nice, une année à rêver, à admirer les images de Britta Teckentrup et surtout une année à construire un bestiaire poétique, une année à observer et dire le vivant en poésie."
 
Une merveille que ce recueil illustré, qui donne une image vivante de la poésie. "Un pense-bête poétique", comme l'écrit Emmanuelle Leroyer en introduction où elle analyse tout ce que peut apporter la poésie animalière aux enfants, portrait, surprise et même écologie. On aime aussi dans ce gros bouquin illustré les index, celui des noms d'auteurs renvoyant aux pages et ceux des titres et des premiers vers répertoriés par date.
 
7, 8 et 9 janvier. (c) Gallimard Jeunesse.

 
A noter qu'un précédent recueil sur le même principe avait déjà été publié en 2020 et vendu à 16.000 exemplaires, "Une année en poésie", sélection d'Emmanuelle Leroyer, préface d'Isabelle Carré, illustrations de Frann Preston-Gannon. Il s'appuyait sur "I Am the Seed That Grew the Tree – A Nature Poem for Every Day of the Year", sélection de Fiona Waters, illustrations de Frann Preston-Gannon (Nosy Crow, 2018). 
 
 
  
(1) Le tigre en couverture de la version anglaise et le choix du titre, "Tiger, Tiger, Burning Bright!" (Nosy Crow) sont une allusion à un célèbre poème de William Blake (1757-1827).
 

mercredi 3 décembre 2025

Un calendrier de l’Avent poétique

"Même l'hiver a des airs de caresse". (c) La doux.

Idée originale que ce livre "Même l'hiver a des airs de caresse" dont les poèmes sont composés par Marion Fritsch et illustrés par Hadrien (La Doux, nouvelle maison d’édition jeunesse dans le groupe Les nouveaux éditeurs d'Arnaud Nourry, 200 pages). D'abord, il est non-massicoté, terme ancien, professionnel ou savant pour indiquer que les pages ne sont pas découpées. Ensuite, chacun de ses mini-cahiers comporte un poème de l'Avent se déroulant sur plusieurs pages et complété de dessins. Numérotés de 1 à 24, ils ménagent un sympathique et ludique effet de surprise.

En y regardant de plus près, la non coupe des pages impose l'usage d'un coupe-papier pour ne pas les déchirer quand on veut accéder au contenu, le pointillé de petits trous ne suffisant pas. C'est contraignant, mais cela peut se trouver. Faire bien attention aussi à ne pas décoller le dos du livre broché. Que découvre-t-on alors de jour en jour, si on respecte le calendrier et la consigne? Un poème, inédit précise l'éditeur comme si ce n'était pas la moindre des choses, de Marion Fritsch, mis en scène et en images par Hadrien, pour cheminer jusqu'à Noël. 
La maison d'édition précise que Marion et Hadrien sont des passeurs de mots, engagés pour faire rayonner la poésie dans la vie de tous les jours, via leurs comptes Instagram (ici et ici) ou leurs performances en live dans le cadre du Poetry Club. Leurs comptes sont en effet suivis par des 450.000 personnes pour la première, par 126.000 pour le second, mais qui n'en suivent eux-mêmes que 412 et 137. A peine les avais-je suivis qu'ils m'invitaient à leurs canaux de diffusion. Drôlement efficaces. 
Que découvre-t-on alors? Une mise en bouche pour le 1er décembre: "25 jours pour serrer dans ses bras les étoiles dans les yeux qu'on avait égarées". Un texte plus long pour le 2 décembre: "D'abord on ira choisir le sapin / chez le fleuriste du coin celui que tu aimes bien  / celui qui nous file toujours une rose et un chocolat / puis on prendra la route direction le vieil entrepôt pour la bûche et le nougat / tu connais le gérant depuis 15 ans et tu me le rappelleras / comme d'habitude / comme d'habitude / on ressortira les guirlandes les boules les chaussettes de la cave l'étoile un peu cabossée nichée dans la poussière des cartons / qu'on accrochera quand même comme chaque fin d'année / naîtra alors ce bonheur contagieux dans tes yeux / la plus belle des habitudes / et Noël pourra bien commencer."
 
A chacun de juger du texte, les images l'accompagnent. Je ne dévoilerai un autre jour que dans l'apparence qu'il a dans les pages du livre à la couverture embellie par une dorure (ci-dessus et ci-dessous).
 
Un QR code à scanner en quatrième de couverture permet d'entendre chaque jour la version audio du poème lu par l'autrice. 
 
 
 
 
 
"Même l'hiver a des airs de caresse". (c) La doux.




lundi 15 septembre 2025

Alain Mabanckou, poète et romancier, à Bruxelles

Alain Mabanckou. (c) Joël Saget/AFP.

Quelle chance! Il reste des places pour le Midi Poésie dédié à Alain Mabanckou. Cela se passera demain, mardi 16 septembre à 12h40 à la Maison poème.
Une séance exceptionnelle avec un auteur aussi passionnant à lire qu'à écouter.

Figure majeure de la littérature francophone, l'écrivain franco-congolais évoquera le rôle qu'il tient depuis février 2021 à la tête de la collection Points Poésie (éditions Points), confirmant sa place de grand passeur de voix francophones. Il présentera également son nouveau roman, "Ramsès de Paris" (Seuil, 2025), sorti en cette rentrée littéraire, dans lequel Paris et Pointe-Noire s’entrelacent dans un récit drôle, profond et captivant. La rencontre sera animée par la journaliste culturelle Gia Abrassart et ponctuée de lectures par l'auteur lui-même.

Pour lire en ligne le début de "Ramsès de Paris", c'est ici.
 
Pratique
Où? Maison poème (Rue d'Écosse 30, 1060 Bruxelles)
Quand? Le mardi 16 septembre
A quelle heure? 12h40
Combien? Tarir normal 15 euros (réduction possible, article 27 accepté)
Réservation? Ici ou sur le site

jeudi 31 octobre 2024

Dans le vrai faux appartement de Jeanne Dielman

LU & approuvé

Clarisse Michaux.
 
C'est un mince petit format broché. Son jaune tendre est barré d'un titre énorme, énigmatique. "La gaieté me sidère" (Editions Hourra, 72 pages, diffusion-distribution Serendip & Paon).
Son auteure, Clarisse Michaux, nous en dit un peu plus dès la couverture tournée: "Poèmes en dialogue avec le film/  Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles/  de Chantal Akerman/ 1975".
 
OK. On s'y lance et on se retrouve pris dans ces mots de prose poétique écrits d'un seul jet - comme le film avait été tourné. Dans un texte occupant peu ou beaucoup le blanc de la page, celle qui est née à Bruxelles vingt ans après le tournage du film nous propose un dialogue entre l'aujourd'hui de sa visite sur place au Quai du Commerce et l'hier de l'héroïne, interprétée par Delphine Seyrig. On visite l'appartement, le "vrai faux appartement" puisqu'il s'agit d'un tournage. On approche du personnage. On suit Jeanne Dielman, veuve,  et son fils adolescent. En cercles concentriques, la doctorante en philosophie attrape son sujet, lève son filet. Elle réjouit le lecteur de sa prose blanche et inventive, l'immerge dans la vie de cette anonyme partagée entre la cuisson des patates et le sexe tarifé jusqu'à une scène définitive. Et dans une finale magistrale, Clarisse Michaux explique son lien personnel avec le film de Chantal Akerman (1950-2015). Poésie, récit, philosophie, analyse, certes un Objet Littéraire Non Identifié que ce "La gaieté me sidère" mais assurément une réussite littéraire valent clairement le détour.

Remarque: pas besoin d'avoir vu le film "Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles" pour apprécier "La gaieté me sidère". A noter que Clarisse Michaux avait déjà oublié la nouvelle "Bleu parking" dans la collection "Opuscule" des éditions Lamiroy en 2020.

Présenté à Cannes en 1975, le long-métrage de Chantal Akerman "Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles" est longtemps resté confidentiel. Il fallait être cinéphile pour admirer ce récit féministe de plus de trois heures, relatant le quotidien répétitif d'une femme au foyer, qui se prostitue en fin de journée. Revanche: le film a été consacré en 2022 par des critiques du monde entier "plus grand film de l'histoire", dans un classement établi par la revue anglaise Sight and Sound.

 

 

 Pour lire en ligne un extrait de "La gaieté me sidère", c'est ici.

Pour en entendre un extrait, c'est ici.

 

jeudi 10 octobre 2024

Le Nobel de littérature 2024 à Han Kang

Han Kang. Ill. Niklas Elmehed. (c) Nobel Prize Outreach.

 
Serait-ce un galop de rattrapage? Depuis une vingtaine d'années, le prix Nobel de littérature est attribué une fois sur deux ou sur trois à une femme. C'est encore le cas en ce 10 octobre 2024 puisque, deux ans après Annie Ernaux (lire ici), le jury de l'Académie suédoise a sacré l'autrice sud-coréenne Han Kang, 53 ans, romancière, nouvelliste et poète, pour l'ensemble de son œuvre, écrite en coréen: "pour sa prose poétique intense qui confronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine." Elle est la dix-huitième femme à recevoir la récompense littéraire suprême. Sur 117 éditions. Joyce Carol Oates dans deux ans? 
 

 Han Kang. (c) Roberto Ricciuti/Getty Images/ Nobel Prize.

Han Kang, nous dit l'académie suédoise, est née en 1970 dans la ville sud-coréenne de Gwangju avant, à l'âge de neuf ans, de déménager avec sa famille à Séoul. Elle vient d'un milieu littéraire, son père étant un romancier réputé. En plus de son écriture, elle s'est également consacrée à l'art et à la musique, ce qui se reflète tout au long de sa production littéraire.

Elle a commencé sa carrière en 1993 avec la publication de poèmes dans un magazine. Ses débuts en prose, nouvelles et romans, datent de 1995. La grande percée internationale de Han Kang est venue avec son roman "La Végétarienne" publié en Corée en 2007 et à l'international en 2015. Écrit en trois parties, le livre dépeint les conséquences violentes qui en découlent lorsque son protagoniste Yeong-hye refuse de se soumettre aux normes de la consommation alimentaire. 
 
Le travail de Han Kang est caractérisé par une double exposition de douleur, une correspondance entre tourments mentaux et physiques avec des liens étroits avec la pensée orientale. Dans son œuvre, Han Kang fait face à des traumatismes historiques et à des ensembles invisibles de règles et, dans chacune de ses œuvres, expose la fragilité de la vie humaine. Elle a une conscience unique des liens entre corps et âme, vivants et morts, et dans son style poétique et expérimental est devenue une innovatrice en prose contemporaine.
 
Voilà donc une nouvelle et une sacrée récompense pour Han Kang qui en a déjà obtenu beaucoup dans son pays ainsi qu'à l'international: Man-Booker Prize 2016  pour "La Végétarienne" (traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes 2015), le livre qui la fait connaître au monde, prix Émile-Guimet 2024 de littérature asiatique pour "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023), qui avait été récompensé par le prix Médicis étranger 2023. Elle y évoque les souvenirs laissés par le soulèvement de Jeju de 1948.

Pour lire en ligne un extrait de "Impossibles adieux", c'est ici.
 
La lauréate a été traduite en français de 2015 à 2019 au Serpent à plumes, soit jusqu'à la cessation d'activités de la maison d'édition. Ce qui explique que plusieurs de ses romans ne sont plus disponibles. On en trouve toutefois certains en format de poche ou en format numérique. L'an dernier, c'est Grasset qui publiait la traduction de son nouveau titre. Le prix Nobel de littérature verra sans doute arriver quelques réédition. Pour savoir quels sont ses livres qui ont été traduits en français et en autres langues, on se référera à son site (ici), fort bien fait.
 
Bibliographie en français
  • "Les Chiens au soleil couchant", traduit par Jean-Noël Juttet, Mikyung Choi, Zulma, 2013, épuisé.
  • "La Végétarienne", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2015, Le livre de poche, 2016.
  • "Pars, le vent se lève", traduit par Lee Tae-yeon et Geneviève Roux-Faucard, Decrescenzo, 2014, épuisé.
  • "Leçons de grec", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2017, Points, 2019, épuisé.
  • "Celui qui revient, traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes (2016), Points, 2017.
  • " Les Chiens au soleil couchant", nouvelle publiée dans "Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée", éd. Zulma, traduction sous la direction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (2011)
  • "Blanc", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à plumes, 2019, épuisé.
  • "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023
 


Les femmes ayant reçu le Nobel de littérature

  1. Selma Lagerlöf (1909)
  2. Grazia Deledda (1926)
  3. Sigrid Undset (1928)
  4. Pearl Buck (1938)
  5. Gabriela Mistral (1945)
  6. Nelly Sachs (1966)
  7. Nadine Gordimer (1991)
  8. Toni Morrison (1993)
  9. Wisława Szymborska (1996)
  10. Elfriede Jelinek (2004)
  11. Doris Lessing (2007)
  12. Herta Müller (2009)
  13. Alice Munro (2013)
  14. Svetlana Alexievitch (2015)
  15. Olga Tokarczuk (2018)
  16. Louise Glück (2020)
  17. Annie Ernaux (2022)
  18. Han Kang (2024) 

Le palmarès complet du Nobel de littérature se trouve ici.

 

 

 


jeudi 7 décembre 2023

Marcher encore

"Comment encore marcher?" (c) Lustre.

En couverture, des cuissardes sombres et gigantesques. Un pêcheur? Un ogre? Un utilisateur des bottes de sept lieues? Peut-être. Ou peut-être pas, des orteils pointant à l'extrémité des énormes chaussures. Une silhouette esquissée et un titre, "Comment encore marcher?". En lien mais énigmatiques. Cet ouvrage poétique illustré est né des lithographies de la dessinatrice bruxelloise Lisa Sibillat sur lesquelles le dessinateur bruxellois Olivier Spinewine a posé ses textes (Lustre, 52 pages, disponible à Bruxelles chez Tropismes, Peinture Fraîche et CFC, à Paris au Monte-en-l'air).
 
Reproduites en deux pantones de tons différents, les lithographies de Lisa Sibillat alignent des silhouettes. Elles se chaussent ou sont debout quand elles ne vacillent pas. Des postures pour tenir sur leurs jambes, pour être en mouvement, pour être en vie. La question du titre surgit d'elle-même. Olivier Spinewine y répond par des textes présentant diverses occasions, apprentissage initial, vieillesse, mort, chute, nouveaux apprentissages... Des histoires de bottes qui séduisent parce que si elles naissent de situations concrètes, elles n'apportent pas la réponse réaliste que tout le monde connaît. Au contraire, elles jouent sur les sons et les sens des mots. Elles lancent des idées, surprennent et enchantent. Elles créent un mouvement qui répond à celui des dessins. Elles nous touchent aussi car elles nous tendent le miroir de ce que nous sommes. Bottes, béquilles, Hula-hoop, autant de manières de marcher encore.
 

"Comment encore marcher?" (c) Lustre.




mardi 5 décembre 2023

Etre la fille du milieu

Illustration de Larissa Viaene. (c) L'arbre de Diane.
 
Ecrire. Ecrire de la poésie. A dix-sept ans, brûler tous ses poèmes.
Ecrire autre chose? Sans doute. En silence.
Née en 1965, Catherine Barreau publiera quatre romans, la cinquantaine et la confiance venues."Quatre attentes" en 2015 (Academia), "L'escalier" en 2016, "La Confiture de morts" en 2020 (prix Rossel) et "La grande profondeur" en 2023 (Weyrich tous les trois).
 
En parallèle à cette dernière fiction en date, Catherine Barreau renoue avec la poésie dans "Tes cendres" (L'arbre de Diane, 84 pages), une suite de textes douloureux et déchirants d'une immense beauté, illustrés de quelques dessins de Larissa Viaene et proposés dans une mise en pages très graphique. La Namuroise y dit la mort du père, pendant le confinement. Elle y dit les progrès de sa maladie. Elle le dit lui, incapable de communiquer, incapable de se laisser aimer. Elle se dit elle, l'enfant du milieu, entre une sœur aînée et une sœur cadette. Celle qui ne doit pas se faire remarquer. Sa jeunesse peu radieuse.
 
Les souffrances sourdent du choix de ses mots, de leur agencement. Rapides ici, comme s'ils couraient pour arriver sur le papier, plus descriptifs là. Ils tracent une relation filiale qui s'est avérée impossible du temps du vivant du père, une incapacité à communiquer des sentiments bien présents, une enfance de frustrations et de déceptions. Se bousculent au fil des pages tant d'espoirs que seule la mort a pu transformer. A fleur d'émotion, les poèmes nous touchent profondément. Ils nous permettent de nous reconnaître ici ou là, de nous projeter, de nous consoler. L'auteure explique que l'écriture poétique lui est revenue à la mort de son père. Elle a la force que confère un élan trop longtemps retenu. "Tes cendres" signent une résurrection multiforme.







lundi 13 mars 2023

Les lauréats 2022 de l'Académie belge, l'ARLLFB

Cravaté de jaune, le secrétaire perpétuel Yves Namur distrait les lauréats.
De gauche à droite, Vincent Poth, Florian Pâque, Pascale Tison,
 Veronika Mabardi, Négar Djavadi, Jacques Vandenschrick,
Laurent Gosselin et Jan Baetens.

Quasi tous les finalistes des huit prix littéraires 2022 de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique - tous les prix ne sont pas annuels - étaient connus depuis l'automne dernier (lire ici). Ce samedi 11 mars, les lauréats ont été proclamés et leurs prix remis par Yves Namur, secrétaire perpétuel de l'ARLLFB, au cours d'une cérémonie ponctuée de lectures par Stéphanie Moriau. Les gagnants, cinq hommes et trois femmes, ont chaque fois répondu aux questions du jury qui les avait choisis. A noter que les argumentaires complets se trouvent sur le site de l'Académie (ici). On remarquera que plusieurs des primés avaient déjà gravi à d'autres occasions les marches de l'estrade. Une cérémonie qui a commencé avec un ascenseur et s'est terminée sur un escalator.


Palmarès

Grand Prix des Arts du spectacle

Florian Pâque
, né en 1992, pour "Sisyphes" (Lansman Editeur), avec "s" à Sisyphe, un sujet âpre et grave, l'ascenseur social en panne, traité d'une écriture légère. L'animateur de la compagnie Le Théâtre de l'Eclat, auteur, metteur en scène et acteur, avait déjà été distingué par l'Académie en 2021 (lire ici).

L'avis du jury (Luc Dellisse, Paul Emond, Xavier Hanotte, Caroline Lamarche, Nathalie Skowronek): ""Cette histoire est un mythe et tous les mythes s'écrivent au présent", déclare un acteur dans le prologue de la pièce. Particulièrement cruel dans sa vision de la condition humaine, le mythe de Sisyphe permet à Florian Pâque d'évoquer la situation des plus précaires condamnés à ne jamais s'élever dans une société en panne d'ascenseur social. Ce dont se fait l’écho l'absurdité d’une première scène qui reviendra tel un refrain: on a beau pousser sur le bouton d'un étage, à chaque fois qu'on sent monter l'ascenseur, puis que la porte s'ouvre, c'est le rez-de-chaussée qui apparaît. (...)"
Florian Pâque: "Lors d'un atelier dans une résidence à caractère social, j'ai raconté le mythe de Sisyphe. Manon m'a dit: "Mon rocher est dans mes bras. C'est mon enfant." Le thème de ce livre n'était pas prévu au départ. Il s'est imposé lors de l'atelier."

Grand prix de poésie

Jacques Vandenschrick
, né en 1943, pour son recueil de poèmes, "Tant suivre les fuyards" (Cheyne).

L'avis du jury (Éric Brogniet, Philippe Lekeuche, François Emmanuel, Yves Namur, Gabriel Ringlet): "C'est aux flammes de la "fuite" et non à celles de l'"errance" ou de l'"exil", souvent jusqu'ici évoquées, que la parole vient alimenter son feu. La nuance n'est pas mince: la fuite peut être immobile et se loger dans les sinuosités d'une pensée. (...) On sait toute l'importance de la spatialité dans l'œuvre de Vandenschrick, depuis "Vers l'Elégie obscure"  (1987) et "Du pays qui s'éloigne" (1988) jusqu'à ce livre que notre Académie distingue aujourd'hui en même temps que l'œuvre toute entière d'un poète voué pendant 45 ans, dans la discrétion la plus absolue, à une quête où le langage est le véhicule d'une approche de l'Être, mais aussi le révélateur d'une condition existentielle et spirituelle de l'Homme. Les titres de tous ses livres contiennent un marqueur d'écart ou de distance. (...)"
Jacques Vandenschrick: "La langue poétique, l'écriture de poésie, un exercice long pour moi, malaisé, est la recherche d'une langue qui se veut à distance du quotidien. J'essaie de créer une langue de l'utopie, une langue qui introduit l'autre dans l'être. Je réécris plus que je n'écris."

Prix André Gascht

Pascale Tison
, pour l'ensemble de son travail de critique.
Et quel travail! La lauréate est auteure de textes sur le théâtre, l'art et la danse, comédienne, de deux pièces de théâtre, de deux romans, réalisatrice en radio, productrice depuis 1995 de l'émission "Parole donnée" sur Musiq3, enseignante à l'INSAS et à l'IAD, responsable aujourd'hui de la création radiophonique sur la Première et productrice de l'émission quotidienne "Par Ouï-Dire", proposant des documentaires et des créations radiophoniques ainsi que des entretiens. 

L'avis du jury (Michel Brix, André Guyaux, Corinne Hoex, Caroline Lamarche, Yves Namur): "Pascale Tison consacre une émission hebdomadaire à la littérature et a recours, pour faire entendre la langue des auteurs, à nos meilleurs comédiens, comme Jo Deseure ou Angelo Bison, quand elle ne lit pas elle-même de sa voix précise et lumineuse. Elle y rend hommage, avec finesse et un métier très sûr, aux écrivains vivants ou disparus, de sorte que son émission constitue un remarquable trésor d'archives pour nombre d'auteurs, tels Marcel Moreau, Jacques De Decker, Pierre Mertens, Carl Norac, Corinne Hoex, Vinciane Despret, Veronika Mabardi, pour n'en citer que quelques-uns ou quelques-unes. (...) Créatrice tout-terrain, elle a fusionné à merveille son amour de la radio et sa passion pour la littérature."
Pascale Tison: "La radio est une autre forme donnée à l'ego de l'écrivain. La parole va vers le mot et le mot vers la parole. La radio est le garant de l'incandescence de la rencontre, une écoute d'être à être. Elle est l'écriture du réel. Tout se joue au montage. "Par Ouï-Dire" est une émission non filmée, ce qui est un grand avantage. A la radio, on ne cesse de déposer son visage."


Grand prix du roman

Veronika Mabardi
, née en 1962, pour "Sauvage est celui qui se sauve" (Esperluète, 2022, lire ici). Elle avait reçu le prix Georges Vaxelaire 2015 pour sa pièce de théâtre "Loin de Linden" (Lansman Editeur, lire ici).

L'avis du jury (Jean Claude Bologne, Gérard de Cortanze, Luc Dellisse, François Emmanuel, Pierre Mertens, Jean-Luc Outers, Nathalie Skowronek): "Ce livre  a touché et convaincu les jurés du Prix du Roman, par l'intensité de la démarche d'écriture en direction du frère absent, trop tôt disparu. 
Il est rare de ressentir à ce point combien les récits, sollicitant la mémoire, cherchent à cerner, circonvenir, tenter de donner sens, au silence qui fut le sien au temps où il vivait. 
A l'assaut de ce silence le livre avance par saccades, par détours, par saignées de sens, et c'est cette avancée tâtonnante, ce corps à corps de l'autrice avec l'énigme de son frère mort, qui donne à l'écriture du livre sa puissante dimension performative. Comme si le présent de la recherche tentait de rejoindre dans un découvrement progressif, le mouvement, la quête, la ligne brouillée et pour une grande part insaisissable de ce que fut la vie de Shin Do. (...)
Veronika Mabardi: "C'est un livre dont l'écriture reste dans le silence, les mots restent sur la page. Il m'a fallu vingt ans avant de trouver le calme pour l'écrire. J'avais besoin de parler de mon frère disparu, de l'identité, de la famille. La famille bricolée chez nous, fierté de nos parents. J'avais besoin de bricoler des identités. Revenir à son souvenir a été un accompagnement dans l'écriture. Dans le compagnonnage des vivants, pendant le confinement, j'ai eu le sentiment de sa présence. C'est un travail de mémoire et aussi de fiction, une réappropriation. J'ai écrit ce livre en disposant des cailloux sur le plancher de mon atelier, en les déplaçant, en leur ajoutant du bois, du verre, de l'or. Cela a été un travail sur le plancher, sur le papier et sur l'ordinateur.

 

Grand Prix de Linguistique et de Philologie

Laurent Gosselin
, né en 1960, pour "Aspect et formes verbales en français" (Classiques Garnier, 2021).

L'avis du jury (Michel Brix, Anne Carlier, Daniel Droixhe, Jean Klein, Jacques Charles Lemaire): "Laurent Gosselin est professeur à l'Université de Rouen et sa recherche consiste à démêler la complexité sémantique de ce qui est appelé parfois rapidement "les temps verbaux". Les temps ver­baux occupent un rôle central dans la langue, non seulement parce qu'ils per­mettent d'an­crer, dans le monde qui nous envi­ronne, les situa­tions évoquées au moyen des formes verbales, en les situant par rapport au hic et nunc du locuteur, mais aussi parce leur enchaînement dans un texte résulte non pas en une suite décousue d'énoncés, mais permet de construire un récit cohérent doté d'une chronologie."


Prix Découverte

Vincent Poth, né en 1989, pour "Aléas sans amarre. Ou livre de pensées" (aphorismes, inédit, 2022). Une première pour l'ARLLFB qui n'avait encore jamais récompensé de son histoire un livre d'aphorismes.

L'avis du jury (Véronique Bergen, Éric Brogniet, Philippe Lekeuche, Yves Namur, Gabriel Ringlet): "Vincent Poth est essentiellement poète. Il a commencé à écrire de la poésie il y a une dizaine d'années dès l'âge de 23 ans. (...) Le livre qui se voit honoré aujourd'hui est un ensemble d'aphorismes, le tout formant un volume d'une centaine de pages. Vincent Poth y évoque les thèmes de l'amour, de la destinée, de la création poétique, ses aphorismes circulant à travers les différentes dimensions de la condition humaine. Le jury a été très sensible au style, à l'écriture élégante voire classique, à la profondeur et à la finesse des pensées qui se trouvent formulées avec une grande exigence et une rigueur d'écriture remarquable. (...)"
Vincent Poth: "Poète, je suis passé aux aphorismes. Pourquoi? J'avais besoin d'écrire des choses claires et compréhensibles. J'étais fatigué de patauger dans la poésie. J'ai lu beaucoup d'aphorismes. J'ai écrit les miens dans le sillage de la joie de certains auteurs. C'est plus clair maintenant, je suis content. La poésie vient des profondeurs vers la surface, l'aphorisme vient de la surface et creuse en profondeur."

 

Grand Prix de l'essai

Jan Baetens
 pour "Illustrer Proust. Histoire d'un défi" (Les Impressions nouvelles, 2022).

L'avis du jury (Danielle Bajomée, Sophie Basch, Véronique Bergen, Luc Dellisse, Gabriel Ringlet): "Cet ouvrage à l'iconographie abondante examine les réponses successives données par les artistes et leurs éditeurs au désir et à la difficulté d'illustrer Marcel Proust, depuis plus d'un siècle. Il en retrace l'histoire, du premier livre de Proust, "Les Plaisirs et les jours" (1896), illustré par Madeleine Lemaire, un des modèles de Mme Verdurin, à la nouvelle édition d’"Un amour de Swann", "ornée" par Pierre Alechinsky en 2013.
Le jury a été particulièrement sensible à l'importance de la recherche, à la qualité de la réflexion et surtout, à l'originalité du point de vue choisi pour aborder l'œuvre de Marcel Proust dans sa radicalité poétique qui la rend "impossible" à illustrer tout en provoquant sans cesse le désir de le faire. (...)"
Jan Baetens: "Neuf fois sur dix, les livres illustrant Proust sont atroces. Ils sont totalement inconnus, heureusement. Le rapport texte-images n'est pas essentiel ici. J'ai plutôt regardé du côté du business éditorial. Qui? Pourquoi? Avec quelle concurrence? Les images vieillottes de van Dongen de l'édition de 1947 ont été reprises en 1972 par Folio parce que le graphiste Massin voulait montrer que Folio pouvait faire autre chose que du livre de poche. Le livre de poche a lui publié en 1965 une version illustrée par sept images de Pierre Faucheux. Pour moi, la meilleure façon de rendre hommage à Proust est de faire quelque chose de complètement différent." 


Prix Nessim Habif

Négar Djavadi
, née en Iran en 1969, pour l'ensemble de son œuvre (son premier roman "Désorientale", Liana Levi, 2016, lire ici; "Arène", Liana Levi, 2020).

On se rappellera que "Désorientale" commence par une scène d'escalator d'anthologie.
Pour lire en ligne le début de "Désorientale", c'est ici.
Pour lire en ligne le début de "Arène", c'est ici.



L'avis du jury (Corinne Hoex, Caroline Lamarche, Pierre Mertens, Jean-Luc Outers, Nathalie Skowronek): " (...) S'inspirant en partie du parcours de son auteure, "Désorientale", paru en 2016, raconte la saga d'une famille d'intellectuels iraniens sur trois générations. Il rencontre un grand succès critique et de librairie et sera traduit dans une dizaine de langues. Alors une question s'impose: pourquoi y revenir aujourd'hui, six ans plus tard? Parce que "Désorientale" nous fournit un formidable et nécessaire témoignage sur la résistance iranienne. D'abord au régime du Shah, ensuite à Khomeiny, par extension à ce que traverse le pays depuis de nombreux mois. Et qu'est-ce que la littérature si elle passe à côté de son temps? Négar Djavadi nous restitue un Iran des années 70 où l'on rêve de "corps SophiaLorenti" et de "cheveux coupés à la mode NathalieWoodi", où l'on a peur, où l'on se cache. En d'autres mots, la liberté qui a été enlevée aux Iraniens et pour laquelle ils se battent encore aujourd’hui. Hommes et femmes côte à côte. À qui nous voulions aussi, avec nos moyens, envoyer un signe de solidarité et de fraternité. (...)"

Négar Djavadi: "La révolution d'hier est restée en suspens, inachevée. Les révoltes écrasées de 2009, 2010, 2019 montrent la continuité entre le passé le présent. Aujourd'hui, les réseaux sociaux permettent de comprendre ce qui se passe en Iran sans devoir tout expliquer. Le téléphone portable est une arme mais il faut savoir l'utiliser.
A propos de l'identité: l'homme n'a pas de place définie sur terre. J'ai des racines mais je ne me sens pas un arbre. En tant qu'écrivain, je me mets dans la tête des autres. J'aime mieux parler d'appartenance que d'identité. 
Quelle suite? Je ne me sens pas missionnée en tant qu'Iranienne installée à Paris depuis 1980. Si j'ai un attachement très fort au réel, je ne me sens pas nécessairement dépositaire de la voix iranienne."

Nathalie Skowronek, porte-parole du jury Nessim Habif: "La littérature donne une voix au réel, elle l'absorbe."










mercredi 25 janvier 2023

Il faut sauver le "Journal des poètes"

Premier numéro, daté du 4 avril 1931.

"Lorsque paraissent, le 4 avril 1931, dans une presse bruxelloise, quatre feuilles inédites, en format A3, sommairement agrafées et regroupées sous le nom de "Journal des Poètes", l'historiographie revuiste ne sait pas encore l'importance de ce nouveau périodique pour la diffusion et la promotion de la poésie, belge ou étrangère.

L'époque, en effet, regorgeait de revues qui défendaient et illustraient la littérature contemporaine, belge ou française. Du moderniste "Ça ira!" à l'académique "Thyrse", en passant par la doyenne "Revue générale", le champ littéraire belge foisonnait en périodiques, de tous genres, de tous styles et de tous formats."
Ainsi Primaëlle Vertenoeil entame-t-elle l'histoire du "Journal des Poètes" sur le site qui lui est dédié (ici). Dans le premier comité de rédaction, on trouve, entre autres, les noms de Maurice Carême et de Norge.

Au cours des ans, le "Journal des Poètes" va changer de rythme de parution, de nombre de pages, de personnes qui le portent. Son nom va être associé à des biennales de poésie, à une Maison de la poésie, s'ouvrir au monde... Et puis il va petit à petit s'effacer avant qu'Yves Namur, poète et éditeur, le reprenne en 2014 aux éditions du Taillis Pré. Dans la continuité de ses prédécesseurs mais en modifiant le format, aujourd'hui plus proche du livre que du journal.

Aujourd'hui, en 2023, à huit ans du centenaire, s'il veut passer le cap du nombre à trois chiffres, le "Journal des poètes" a besoin de soutien. Comprenez, il a besoin d'abonnés. Yves Namur, qui en est le directeur, lance un appel aux lecteurs et aux lectrices de poésie.

L'abonnement pour l'année 2023 porte sur quatre numéros (plus de 500 pages).
Différents tarifs sont proposés:
  • Belgique = 40 €
  • Abonnement de soutien = 70 €
  • Abonnement bienfaiteur = 100 €
  • Le numéro: 12.50 €
Pour le paiement: ÉDITIONS LE TAILLIS PRÉ, 23, rue de la Plaine,
B – 6200 Châtelineau (Belgique)
IBAN : BE54 3600 4341 6697

Les envois d'inédits, soumis au comité de lecture, sont à adresser au rédacteur en chef, Jean-Marie Corbusier (j.m.corbusier@outlook.com).

vendredi 23 septembre 2022

Allons au marché, à un marché de poésie!

"C'est le bazar!" Une des expressions favorites du regretté chanteur Arno (1949-2022) se pose naturellement sur une manifestation de trois jours qui débute ce vendredi 23 septembre après-midi à Bruxelles, le Poetik Bazar. Soit un marché bilingue de la poésie qui se déroule jusqu'au dimanche 25 septembre au BE-HERE (Rue Dieudonné Lefèvre 4, au-delà de Tour & Taxis, entrée gratuite). Quasiment aux mêmes dates que la première édition qui s'y était tenue avec succès (3.000 personnes) du 24 au 26 septembre 2021.

Pourquoi ne pas vivre le temps d'un week-end au rythme de la poésie? Ce mot de six lettres qui fait encore souvent peur, surtout si on lui adjoint l'adjectif "contemporaine". On pourrait tenter l'idée "poésie actuelle", peut-être moins rébarbative? Car l'essayer, c'est l'adopter. Comment faire? En farfouillant dans les livres de poésie présents sur les stands, en écoutant les poètes et poétesses lors de lectures, en se promenant avec eux, en tentant l'un ou l'autre atelier. La diversité de la poésie contemporaine est tellement incroyable qu'il est impossible de ne pas y trouver l'un ou l'autre atome qui vous crochera.

Le Poetik Bazar se veut un événement intergénérationnel, un reflet de notre société moderne et de ses multiplicités. Une considérable variété éditoriale est proposée lors de ce marché bilingue, accueillant près de cent maisons d'édition. Rencontres et animations témoigneront aussi de cette diversité. Le public visé? Les petits et les grands lecteurs, les passionnés et les professionnels, les curieux de tout horizon.

Le Poetik Bazar, projet d'un marché de la poésie bilingue, est porté par un collectif d'asbl francophones et néerlandophones: Les éditeurs singuliers, la Foire du livre de Bruxelles, maelstrÖm reEvolution, la Maison de la poésie d'Amay, les Midis de la poésie et VONK & Zonen, en collaboration avec la Maison de la poésie de Namur, le Marché de la poésie de Paris et Passa Porta.

Le marché de la poésie bilingue accueillera 70 maisons d'édition de Belgique, de France et des Pays-Bas. Trois espaces librairies hébergeront une trentaine d'autres maisons: un espace librairie francophone, un espace librairie néerlandophone et un espace librairie Afro-poésie (liste complète ici).

La programmation multilingue vise autant les petits que les grands grâce à des ateliers et des rencontres bilingues, des rencontres en anglais, des lectures en français, en néerlandais, des focus sur la langue arabe, des événements traduits en live, des séances de dédicaces, etc. Dont l'édition bilingue de poésie, la traduction du slam, la place de la poésie en librairie, Henri Michaux (programme complet ici).

Parmi les artistes présents cette année: Antoine Wauters (lire ici), Milady Renoir (une des voix de la Voix des sans-papiers), l'actuel poète national Mustafa Kör, Serge Delaive, la championne d'Europe de slam poésie et formidable lectrice Marie Darah, Anne Provoost.

Divers événements en lien avec le Poetik Bazar ont déjà eu lieu depuis le 17 septembre, d'autres comme des parcours et des promenades poétiques sont toujours en cours (programme détaillé ici). La toute grande majorité des activités indoor et outdoor au cours des trois prochains jours sont gratuites, pas les trois soirées (ici).