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mercredi 26 octobre 2022

Le prix Rossel 2022 va à Stéphane Lambert



Stéphane Lambert. (c) Arléa.


Ils étaient cinq finalistes au prix Rossel 2022 (lire ici). Le jury a tranché ce mercredi 26 octobre. C'est Stéphane Lambert qui est le lauréat du 79e prix Victor Rossel 2022, pour son très beau récit "L'apocalypse heureuse" paru en début d'année (Arléa), dont j'avais dit ici tout le bien que j'en pensais à l'époque, et que j'en pense toujours. Préféré aux quatre dames, Charlotte Bourlard, Eva Kavian, Dominique Célis, Veronica Mabardi, Stéphane Lambert l'a emporté au dernier tour de scrutin par six voix contre trois au premier roman de Dominique Célis. Une édition Rossel gagnante pour celui qui en avait été le finaliste malheureux à deux reprises.

Par ailleurs, le prix Rossel de la bande dessinée a été décerné au Belge néerlandophone Joris Mertens, pour "Nettoyage à sec" (traduit du néerlandais (Belgique) par Maurice Lomré, à qui le lauréat a rendu hommage, l'école des loisirs, Rue de Sèvres, 152 pages). Quant au Grand prix Victor Rossel de la bande dessinée, couronnant chaque année une autrice ou un auteur dont l'œuvre a contribué à l'évolution de l'écriture de la bande dessinée, il a été attribué à l'unanimité à Florence Cestac, "héritière rebelle de Franquin". Très émue lors de la cérémonie officielle, elle a dédié son prix à son ami Jean Teulé, l'écrivain français décédé le 18 octobre dernier.

Palmarès du prix Rossel

2021 Philippe Marczewski, "Un corps tropical" (Inculte, lire ici)
2020 Catherine Barreau, "La confiture de morts" (Weyrich)
2019 Vinciane Moeschler, "Trois incendies" (Stock, lire ici)
2018 Adeline Dieudonné pour "La vraie vie" (L'Iconoclaste, lire ici) 
2017 Laurent Demoulin, "Robinson" (Gallimard, lire ici)
2016 Hubert Antoine, "Danse de la vie brève" (Verticales, lire ici)
2015 Eugène Savitzkaya, "Fraudeur" (Minuit)
2014 Hedwige Jeanmart, "Blanès" (Gallimard, lire ici)

2013  Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste" (Genèse Édition)
2012 Patrick Declerck, "Démons me turlupinant" (Gallimard)
2011 Geneviève Damas, "Si tu passes la rivière" (Luce Wilquin)
2010 Caroline De Mulder, "Ego Tango" (Champ Vallon)
2009 Serge Delaive, "Argentine" (La Différence)
2008 Bernard Quiriny, "Contes carnivores" (Seuil)
2007 Diane Meur, "Les Vivants et les Ombres" (Sabine Wespieser)
2006 Guy Goffette, "Une enfance lingère" (Gallimard)
2005 Patrick Delperdange, "Chants des gorges" (Sabine Wespieser)
2004 Isabelle Spaak, "Ça ne se fait pas" (Equateurs)

2003 Ariane Le Fort, "Beau-fils" (Seuil)
2002 Xavier Deutsch, "La Belle Étoile" (Le Castor Astral)
2001 Thomas Gunzig, "Mort d'un parfait bilingue" (Au Diable Vauvert)
2000 Laurent de Graeve, "Le Mauvais Genre" (Editions du Rocher)
1999 Daniel De Bruycker, "Silex. La tombe du chasseur" (Actes Sud)
1998 François Emmanuel, "La Passion Savinsen" (Stock)
1997 Henry Bauchau, "Antigone" (Actes Sud); Jean-Philippe Toussaint, "La Télévision" (Minuit)
1996 Caroline Lamarche, "Le Jour du chien" (Minuit)
1995 Patrick Roegiers, "Hémisphère nord" (Seuil)
1994 Alain Bosquet de Thoran, "La Petite Place à côté du théâtre"

1993 Nicole Malinconi, "Nous deux"
1992 Jean-Luc Outers, "Corps de métier"
1991 Anne François, "Nu-Tête"
1990 Philippe Blasband, "De cendres et de fumées"
1989 Jean Claude Bologne, "La Faute des femmes"
1988 Michel Lambert, "Une vie d'oiseau"
1987 René Swennen, "Les Trois Frères"
1986 Jean-Claude Pirotte, "Un été dans la combe"
1985 Thierry Haumont, "Le Conservateur des ombres"
1984 Jean-Pierre Hubin, "En lisière"

1983 Guy Vaes, "L'Envers"
1982 Raymond Ceuppens, "L'Été pourri"
1981 François Weyergans, "Macaire le Copte"
1980 Jacques Crickillon, "Supra-Coronada"
1979 Jean Muno, "Histoires singulières"
1978 Gaston Compère, "Portrait d'un roi dépossédé"
1977 Vera Feyder, "La Derelitta"
1976 Gabriel Deblander, "L'Oiseau sous la chemise"
1975 Sophie Deroisin, "Les Dames"
1974 André-Marcel Adamek, "Le Fusil à pétales"

1973 Georges Thinès, "Le Tramway des officiers"
1972 Irène Stecyk, "Une petite femme aux yeux bleus"
1971 Renée Brock, "L'Étranger intime"
1970 Pierre Mertens, "L'Inde ou l'Amérique"
1969 Franz Weyergans, "L'Opération"
1968 Charles Paron, "Les vagues peuvent mourir"
1967 Marie Denis, "L'Odeur du père"
1966 Eugénie De Keyser, "La Surface de l'eau"
1965 Jacques Henrard, "L'Écluse de novembre"
1964 Louis Dubrau, "A la poursuite de Sandra"

1963 Charles Bertin, "Le Bel Âge"
1962 Maud Frère, "Les Jumeaux millénaires"
1961 David Scheinert, "Le Flamand aux longues oreilles"
1960 Victor Misrahi, "Les Routes du Nord"
1959 Jacqueline Harpman, "Brève Arcadie"
1958 Stéphane Jourat, "Entends, ma chère, entends"
1957 Edmond Kinds, "Les Ornières de l'été"
1956 Stanislas d'Otremont, "L'Amour déraisonnable"
1955 Lucien Marchal, "La Chute du grand Chimu"
1954 Jacqueline de Boulle, "Le Desperado"

1953 Paul-Aloïse De Bock, "Terres basses"
1952 Albert Ayguesparse, "Notre ombre nous précède"
1951 Daniel Gillès, "Mort la douce"
1950 André Villers, "La Griffe du léopard"
1949 Jean Welle, "Le bonheur est pour demain"
1948 Nelly Kristink, "Le Renard à l'anneau d'or"
1947 Maurice Carême, "Contes pour Caprine"
1946 Max Defleur, "Le Ranchaud"
1939 Madeleine Ley, "Le Grand Feu"
1938 Marguerite Guyaux, "Bollèche"





mercredi 9 février 2022

Le réveil d'un Stéphane Lambert libéré

Stéphane Lambert. (c) Arléa.

Né à Bruxelles en 1974, il a été un enfant plutôt solitaire, excellent à l'école. Un ado en dérive, moins que son frère, et en rupture scolaire. Jeune, Stéphane Lambert s'est trouvé un refuge dans les salles de cinéma du nord de la ville, son nouveau quartier après le divorce de ses parents. Adulte, l'écrivain belge s'est plongé dans l'analyse de peintres tout en publiant une œuvre de romancier, de poète et d'essayiste. Que s'est-il passé? Que fuyait-il? Qui fuyait-il?

Stéphane Lambert s'en explique avec précision dans "L'Apocalypse heureuse" (Arléa, 184 pages), un livre bouleversant. Un livre qu'il portait depuis longtemps en lui, ses écrits réfléchissant et reflétant souvent sa vie et son travail, mais dont l'écriture achoppait régulièrement. A cause de moments de vie difficiles, de ruptures? Possible, mais il y avait un autre cadenas. Ce qui l'a sans doute déverrouillé, c'est le livre de Vanessa Springora, "Le consentement" (Grasset), sorti en janvier 2020 et devenu l'affaire Matzneff. Ceux qui suivent Stéphane Lambert sur Facebook se souviennent sûrement de son émotion et de ses interventions (reprises en fin de cette note).

Pédophilie et littérature allaient désormais se conjuguer également chez Stéphane Lambert qui analyse avec lucidité dans ce récit la destruction de sa famille et les répercussions des silences parentaux sur son parcours de vie. "Le non-dit a contaminé chaque jour", écrit-il. Il avait dix ans quand il fut la proie d'un pédophile, ami de la famille, dans le silence abyssal de ses parents. Des parents qui savaient mais n'ont rien dit, entraînant ainsi la culpabilisation de la victime. Ce calvaire a duré un an et l'écrivain l'a tu pendant sept ans avant de le mentionner au détour d'un livre, "Charlot aime Monsieur" (Espace Nord, 2015). C'est à 46 ans qu'il a pu le regarder en face, à la faveur d'un de ces coups dont le destin a le secret. Allant à un rendez-vous chez un thérapeute dans le quartier de son enfance, il découvre en y parvenant que l'immeuble était aussi celui de D., où ce dernier le conviait près de quarante ans auparavant. Le nom du prédateur figurait même encore aux sonnettes! "L'Apocalypse heureuse" est toutefois davantage qu'un récit dénonçant des actes pédophiles. C'est une analyse lucide et douloureuse des conséquences qu'ont eus les compromis parentaux. "C'était sur les dégâts que recouvrait ce silence que je voulais revenir." Une réflexion sur l'origine des peurs qui barrent votre route. Une introspection sur le pouvoir de la beauté.

Passée la surprise de ce rendez-vous avec soi-même imprévu, naissent les questions, l'une appelant la suivante, car l'auteur n'élude plus rien. Le divorce des parents quand il a douze ans, la lâcheté puis la dépression d'un père, les envies de revanche d'une mère, la solitude des deux enfants déstabilisés, obligés de trouver eux-mêmes des réponses à leurs questions, leurs nouvelles voies, pas forcément les bonnes. Il faut se rappeler qu'on est alors encore au XXe siècle et que les enfants n'étaient pas toujours jugés aussi importants qu'aujourd'hui. Adulte, arrivent les rencontres, les amours, dont celui de Jan pendant dix-neuf ans, et le travail d'écriture, essentiel et solitaire, les voyages. "Ce débat intérieur (trouver un accord avec l'idée de finitude) est l'histoire de ma vie." Dans ce déchirant récit autobiographique, il raconte comment s'est mise en place "la mécanique de [ses] empêchements". Il dénonce sans juger un silence parental initial destructeur dont la victime va parvenir petit à petit à s'extraire après s'être longuement maltraitée, à s'élever, à se réveiller, le père et la mère ayant inversé les rôles parents-enfants, par immaturité plus que par intention. 

L'écrivain met en parallèle son itinérance à travers le globe, ses blessures et ses souffrances. Il ne cesse de s'interroger, buvant son calice jusqu'à la lie. Mais il rebondit en cherchant l'apaisement à défaut de la réconciliation. Ce cheminement vers une paix libératrice, d'une honnêteté totale, bouleverse le lecteur qui y est invité sans qu'il ne soit fait de lui un voyeur ou un arbitre. C'est une vie, la vie de Stéphane Lambert, une "apocalypse heureuse", titre qui évoque irrésistiblement, mutatis mutandis, "La nostalgie heureuse" d'Amélie Nothomb (lire ici). Une vie dans laquelle les livres ont joué un rôle essentiel, tout comme cette phrase d'Herman Melville, "La vie est une traversée vers sa maison". Une vie dont la route n'est plus barrée par un camion. Aujourd'hui le narrateur vagabond semble apaisé. Il s'est installé en France, dans le Vexin, pas si loin de sa Belgique natale. Avec ce livre, il s'est tracé un chemin. Le sien.


Stéphane Lambert sera ce jeudi 10 février de 18 à 20 heures à la librairie Filigranes (avenue des arts, 39, Bruxelles) pour présenter son livre.



Le 4 janvier 2020, Stéphane Lambert écrivait sur Facebook:
"Pour avoir été sous l'emprise d'un prédateur pédophile pendant une année alors que j'avais dix ans comme je l'ai raconté dans au moins deux de mes livres ("Charlot aime Monsieur", "Mon corps mis à nu"), je ne peux pas regarder l'extrait d'"Apostrophes" du 2 mars 1990, circulant en boucle depuis plus d'une semaine sur les réseaux sociaux, sans ressentir un très grand malaise. L'arrogance, la suffisance et le contentement de soi dont Gabriel Matzneff y fait montre sont tout bonnement insupportables et n'ont d’égal que l’impunité et la complaisance (la célébration) dont il a bénéficié tout au long de sa vie. A cet égard, la légèreté, pour ne pas dire la vulgarité, avec laquelle Bernard Pivot aborde le sujet, est inadmissible. En évoquant le goût de Matzneff pour les "minettes" sur le ton de la plaisanterie, on dirait qu'il parle de simples objets sexuels et non de jeunes êtres en formation. Nous sommes pourtant en mars 1990, et non plus dans la folie débridée des années 70, ni dans l'antiquité grecque, nous sommes alors en pleine hécatombe du sida, nous sommes six années après l'histoire que j'ai vécue.

(...) Je connais parfaitement la complexité des histoires de pédophilie, je sais sur quels ressorts s'appuie le prédateur pour créer ce phénomène d'emprise sur sa proie, je sais combien de décennies il faut pour parvenir à discerner et comprendre ce qui s'est passé, à mesurer, puis à dépasser les dégâts engendrés, je sais combien de temps il faut, après ce soi-disant apprentissage précoce de l'amour, pour se défaire de l'emprise, pour enfin prendre les rênes de sa vie, pour aimer vraiment, c'est-à-dire librement.

Je salue la manière dont Denise Bombardier avait courageusement pris la parole le soir du 2 mars 1990 envers et contre tous, car je sais qu'au ravage de l'abus de pouvoir d'un adulte sur un enfant, un autre ravage, sournois et lancinant, vient se superposer: celui du silence dans lequel la victime est laissée et où elle doit quand même tenter d'avancer et de se construire à partir de ce chaos. Car, non, je ne pense pas que briser le silence soit incompatible avec l'acte d'écriture. Je pense même qu'écrire consiste justement à extraire le non-dit de sa poche d'ombre. La subversion en littérature ne réside pas que dans l'aveu (ou dans la fascination) de l’exercice du mal, elle est aussi du côté de ceux qui se délivrent de celui qu’ils ont subi."

Le 5 janvier 2020:
"Un peu plus de 24h après la publication de mon post à propos de l'affaire Matzneff, je voudrais remercier les lecteurs et lectrices de mon texte pour leurs marques de soutien qui m'ont beaucoup touché. Je m'excuse de n'avoir pas pu réagir et répondre à chacun. Ce n'est pas chose aisée de prendre la parole dans l'espace public au sujet de ce genre d'affaire, on en éprouve encore des décennies plus tard une sorte de culpabilité à oser dénoncer, et lorsqu'on le fait, on doit lutter contre d'incompréhensibles résistances intérieures que la société a instillées en soi pour nous maintenir dans le silence.

(...) J'avais 17 ans très exactement la première fois où j'ai parlé de mon histoire. Sept années donc après les faits. Pendant ces sept années de silence, ma vie s'est totalement déconstruite. J'ai publié mon premier roman "Charlot aime Monsieur" à 22 ans. J'y racontais de l'intérieur comment l'enfant entrait dans l'emprise du prédateur, mais je n'accordais qu’une ligne à la fin du livre à ces 7 années de silence: "Pendant sept ans, Charlot se tait." Les dégâts irrémédiables qui se sont opérés pendant ces 7 années, je n'ai jamais pu encore mettre des mots dessus dans un livre. Grâce à une bourse du CNL, j'y travaille aujourd'hui depuis plusieurs mois. Comme quoi, les choses sont toujours plus complexes qu'on ne l'imagine. Quand je suis sorti du silence après ces 7 années, ma parole s'est heurtée aussitôt à un refus de l'entendre. Je n'ai pas évoqué dans ces deux posts le rôle des familles dans les histoires de pédophilie car ce n'était pas mon dessein, mais il y a beaucoup de choses à en dire, et sans doute que cet espace des réseaux sociaux n'est pas vraiment le lieu pour les dire."

Le 16 janvier 2020:
"J'ai lu le livre de Vanessa Springora hier soir. Je n'en ai presque pas dormi. C'est implacable et glaçant, et ce bien au-delà du thème de la pédophilie. Le livre montre à quel point le rapport à la littérature en France a pu avoir une dimension totalitaire et fanatique, dont on n'est pas encore sorti. On me traitera de candide ou de naïf, mais cela me bouleverse énormément. Moi qui ai tout investi dans cette activité qu'est l'écriture, je ne reconnais pas mes idéaux dans la violence de ce milieu. A l'heure où tout se déconstruit dans ma vie personnelle, j'ai l'impression aussi d'une déconstruction de ce à quoi j'ai cru profondément. Il y aura bien un avant et un après à l'affaire Matzneff."












mardi 13 octobre 2020

On a tous en nous quelque chose de Spilliaert

Stéphane Lambert à l'expo Spilliaert du Musée d'Orsay.


Expo Léon Spilliaert.
Expo Spilliaert reportée, c'est ce qui est arrivé à la Royal Academy of Arts de Londres qui l'a déplacée du printemps à l'été (visite virtuelle possible ici), puis au Musée d'Orsay de Paris où elle a été décalée des grandes vacances à l'automne. Elle s'ouvre même précisément aujourd'hui 13 octobre cette exposition parisienne, "Lumière et solitude", consacrée à l'immense peintre symboliste belge Léon Spilliaert (Ostende 1881 - Bruxelles, 1946), dit "Le maître d'Ostende". Elle se tiendra jusqu'au 10 janvier 2021. Le musée, qui ne donne pas la nationalité de Léon Spilliaert, comme si tout le monde savait que l'Ostendais francophone était belge, précise que "l'exposition, la première en France depuis près de 40 ans, se concentrera sur les années 1900 à 1919, les plus intenses de Spilliaert, et présentera ses œuvres les plus radicales."

Parce que Paris est parfois loin et en rouge, pour préparer la visite au Musée d'Orsay, ou l'accompagner, ou la parachever, il faut se plonger dans un court et fort plaisant ouvrage de Stéphane Lambert, Belge lui aussi comme chacun le sait. Illustré d'une grosse vingtaine de tableaux et de dessins,  "Etre moi toujours plus fort, Les Paysages intérieurs de Léon Spilliaert" (Arléa, Arléa-poche, 128 pages" est à la fois une biographie, une analyse de l'œuvre et un miroir des pensées de l'auteur, entré en résonnance avec le peintre à un siècle d'intervalle. L'auteur s'est promené avec l'ombre du peintre, et nous avons la chance de nous promener avec les deux.

Stéphane Lambert nous raconte en même temps la vie de Léon Spilliaert, artiste précoce à la santé fragile, créateur de génie, visionnaire hanté par la peur et l'angoisse, et nous fait participer à ses recherches sur le peintre, que ce soit dans les musées où il a pu consulter des dessins originaux et des carnets de croquis ou dans les lieux où il a vécu, à la mer ou loin de la mer. C'est à la fois érudit, perspicace et plein d'émotion. On est avec Léon Spilliaert tout au long de sa vie et avec ceux qui l'ont côtoyé, ses parents, l'éditeur bruxellois Deman, le peintre Edgar Tytgat, l'aéronaute Robert Goldschmidt, d'autres encore. Mais on est aussi en Léon Spilliaert, avec ses interrogations, ses recherches, ses réflexions et ses aspirations. Et on est enfin avec Stéphane Lambert, si gracieusement poreux à la personnalité du maître d'Ostende. Une porosité qui est aussi celle de tous ceux qui se livrent à  Spilliaert dont différentes œuvres ponctuent l'ouvrage découpé en cinq chapitres attachants.