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jeudi 29 octobre 2026

Deux romans Actes Sud distingués cette semaine

Deux prix littéraires d'automne ont été décernés cette semaine, le prix Décembre mardi 27 octobre et, ce jeudi 29 octobre, le Grand prix du roman de l'Académie française.
 
Doté de 10.000 euros, le Grand prix du roman de l'Académie française a finalement été attribué à Sébastien Lapaque pour son roman "Le Rappel des oiseaux" (Actes Sud, 288 pages). L'auteur a obtenu, au troisième tour d'un scrutin serré, huit voix contre sept voix à Yannick Haenel ("La solitude des professeurs est infinie", Gallimard) et trois voix à Marie Petitcuénot ("Heures sauvages", Héloïse d'Ormesson) qui figuraient aussi en deuxième sélection.
 
Pour lire en ligne le début du roman "Le Rappel des oiseaux", c'est ici. 
 
Présentation de l'éditeur:
 
"Des vallons de granit bretons de son enfance dans les années 1970 aux collines ensoleillées d’Assise trente ans plus tard, Noé suit un destin singulier. Élevé dans l’amour de sa grand-mère et la complicité de ses cousins, ce fils de cadres de l’agroalimentaire que tout pousse à emboîter le pas à ses parents échappe à une vie ordinaire en se vouant à l’étude des phénomènes lumineux. Mais il demeure hanté par l’éclipse d’Azou, son grand amour. À travers cette blessure, un retournement intime s’opère : conduit par le chant des oiseaux, Noé s’engage dans le sillage de François d’Assise. Le Petit Pauvre d’Ombrie devient alors le compagnon nocturne d’une réconciliation secrète entre la science des arcs-en-ciel et la joie parfaite.
Avec "Le Rappel des oiseaux", Sébastien Lapaque brise la logique glacée de l’utile pour offrir une méditation sur l’espérance, l’amitié et la transfiguration d’une vie, signant une œuvre heureuse où la poésie du vivant nous arme face aux fractures de la modernité."
 
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Le prix Décembre (15.000 euros) a, lui, été attribué à Anne Godard pour "Nous aussi" (Actes Sud, 240 pages). Le jury l'a préféré aux deux autres titres finalistes, "Tuer le vieux" de Daria Marx (Flammarion) et "Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer?" de Lucie Rico (P.O.L).
 
Mot de l'autrice
"Avec "Nous aussi", j'ai voulu écrire le portrait d'une famille bourgeoise, vue de la place des enfants qui en font partie, ou plutôt qui en composent les membres, car cette famille fonctionne comme un grand corps où les individus et les générations se superposent et se confondent.

La genèse de ce roman a été très longue. Une première version écrite à la première personne ne rendait pas compte de l'expérience de faire partie d'un tout indiscernable. Thomas Bernhard a écrit “quelquefois, les questions restent insolubles parce qu'on n'emploie pas la bonne personne”. C'est en lisant "Vie animale" de Justin Torres traduit par Laetitia Devaux, dans lequel le “we” d'une fratrie de trois garçons est traduit par "on", que j'ai eu l’intuition que ce roman pourrait exister si je prenais le parti d'utiliser on.

Comme équivalent de nous, "on" est d'abord la voix chorale des enfants, qui se représentent eux-mêmes comme les éléments organiques du tout qu'est pour eux la famille, sûre de ses valeurs et fière de ses privilèges. Le "on" porte aussi la voix des adultes peinant à exister par eux-mêmes, puis celle d’une des enfants, à la génération suivante, qui cherche à sortir d’une sorte d’amnésie familiale, après un point de rupture qui oblige, dans la deuxième partie du livre, à tout reconsidérer autrement.

Ce "on", qui permet de rendre manifeste à la fois le collectif et l'impersonnel, l'appartenance, l'indifférenciation et la confusion des places, a été l'instrument idéal pour dire à la fois le tout et les parties, la famille et sa mise en morceaux. Il m'a permis de construire ce roman comme un puzzle, dont les pièces s'encastrent les unes dans les autres pour dessiner un motif qui s'esquisse peu à peu, mais qu'on ne peut voir que du dehors, et après coup, une fois qu'on est sorti du tout. On découvre alors, sous la normalité apparente d'un décor privilégié, son envers menaçant et les mécanismes par lesquels on se persuade que ce n'est pas possible que ça nous arrive à nous aussi."
Pour écouter un extrait de "Nous aussi", c'est ici.
 
 
 
 
 

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