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mercredi 18 juin 2025

Le duo Rosen-Oxenbury à nouveau réuni

A paraître fin septembre.
  
Ils n'ont travaillé qu'une fois ensemble, l'écrivain Michael Rosen et l'illustratrice Helen Oxenbury, mais quelle fois! L'album "La chasse à l'ours" enchante les enfants depuis trente-cinq ans ("We're Going on a Bear Hunt", Walker Books, 1989).
 
Le duo britannique sera de retour à la rentrée avec un nouvel album, "Oh Dear, Look What I Got! , qui paraîtra chez Walker Books le 11 septembre. Sa traduction française, par Maurice Lomré, tout aussi musicale, "Oh là là, voyez-vous ça?", suivra de peu la version originale. Elle sera publiée chez Pastel, la branche belge de l'école des loisirs, le 24 septembre.
 
Pas de chasse à l'ours bis dans ce nouvel opus, mais un album chantant comme une comptine avec toute une série de joyeux malentendus portés par les illustrations très reconnaissables: "Je me rends au magasin pour acheter un chapeau élégant. À la place, on me donne… un chat bien portant ! Oh là là, voyez-vous ça? Est-ce que j'ai demandé ça? Non, vraiment pas! Je demande un manteau chaud, et on me donne un bouc tout penaud! Oh là là, mais que faire maintenant?", glisse l'éditeur à son propos. Alléchant.
 
Quelques pages de la version originale, faciles à traduire et dont on perçoit déjà le charme.
 



 
Initialement publié en 1989 en français chez Ouest-France dans une traduction adaptation de Claude Lauriot Prévost, l'album "La chasse à l'ours" a été repris par Kaléidoscope en 1997 dans une traduction d’Élisabeth Duval. 
 
 
 
 
 
 
 
 
Voici ce que j'en écrivais dans "Le Soir" à sa sortie.
 

UNE CHASSE A L'OURS QUI FAIT DU BRUIT

ATTACHANT album que cette "Chasse à l'ours" (1) publiée par un nouveau venu dans l'édition pour la jeunesse, Ouest-France, et dans laquelle une illustratrice au talent incontesté a posé ses aquarelles et ses fusains. Dans le texte, quelques lignes reviennent comme une comptine et nous bercent de leur mouvement de métronome et l'histoire, toute simple au départ, nous entraîne sur les chemins délicieux de la fantaisie. Autant de points tout à l'honneur de cet album, si plaisant avec son alternance de doubles pages en couleurs et en noir et blanc.

Une grande famille, le père, quatre enfants (dont un bébé) et un chien, décide de partir à la chasse à l'ours. Divers obstacles vont se présenter aux promeneurs, une prairie, une rivière, de la boue, une forêt... Comme ils ne peuvent être contournés, ils seront abordés de front: la famille va traverser la prairie, plonger dans la rivière, s'enliser dans la boue, s'enfoncer dans la forêt...

Particularité de cet album, et qui fait tout son charme, chaque épreuve est commentée par des onomatopées: "Flou flou!" pour la prairie herbeuse, "Splich splach!" pour la froide rivière, "Plaf plouf!" pour la boue épaisse... Succès garanti auprès des jeunes lecteurs auxquels on lit l'histoire.

Les illustrations sont autant d'instantanés des aventures des personnages. Les héros y sont saisis sur le vif, en pleine action. Les couleurs douces de l'aquarelle illuminent l'histoire, débordent même sur les pages en noir et blanc.

Quant à la chute de cette chasse, elle nous entraîne dans une folle course. On connaît les rebobinages en accéléré au cinéma, qui nous ramènent en quelques secondes au point de départ. Ici aussi, sur une seule page, toutes les étapes de la promenade défilent en sens inverse. Cette page découpée en espaces horizontaux est suivie d'une autre, découpée en «tranches» verticales où l'on voit la famille se retrouver chez elle, dans sa maison, et se cacher sous la couverture d'un grand lit familial. Quelle originalité et quel dynamisme dans l'utilisation de l'espace!

(1) La Chasse à l'ours, racontée par Michael Rosen, illustrée par Helen Oxenbury, Editions Ouest-France, 587 F (diffusion Labor-Bruxelles).
 
 
Les deux versions, 1989 et 1997.


 
 
 
 

vendredi 18 avril 2025

Sydney Smith, tout en sensibilité

"Je parle comme une rivière" (c) Didier Jeunesse.
 
On connaît assez bien Sydney Smith chez nous. Qu'ils soient réalisés en solo ou en duo, la plupart des albums de l'artiste canadien né en 1980 en Nouvelle-Écosse sont traduits en français et ont été mis à l'honneur. Je l'ai rappelé à l'occasion du prix Hans Christian Andersen de l'IBBY dont il a été lauréat l'an dernier (lire ici).
 
Les albums de Sydney Smith traduits en français.

Prix Andersen 2024, Sydney Smith a donc réalisé la couverture de l'"Illustrators Annual 2025" de la Foire de Bologne et y a bénéficié d'une exposition (lire ici). Une magnifique exposition même pour laquelle il avait fait le déplacement du Canada en Italie. L'occasion de le rencontrer brièvement. 
 

Comment avez-vous abordé l'illustration de la couverture de l'"Annual Illustrator"?
Illustrer la couverture était vertigineux. Je me suis retrouvé dans la situation de quelqu'un qui commence à illustrer. J'étais complètement libre de faire ce que je voulais. Je balançais entre excitation et responsabilité. En Amérique du Nord, on n'a pas la même créativité qu'en Europe. Je voulais expérimenter, me pousser hors de mon confort. J'ai testé différentes idées sur ce que représente pour moi l'illustration. Et puis, j'ai vu mes enfants. Mes enfants dans ma salle à manger. Un moment qui m'a transcendé.
 
L'illustration de couverture complète.
 
Vos dessins se reconnaissent de loin.
Ma liberté a été encouragée par ce qui se passe ici à la Foire du livre pour enfants de Bologne.

Vous êtes né et avez grandi à la campagne. Est-ce que cela influence votre œuvre?
Oui, je pense que l'environnement a une influence sur le travail. L'océan, les frontières, ce n'est pas rien. Nous étions des personnes isolées mais nous avions de l'humour. J'ai effectivement grandi à la campagne, dans une ferme. Je fais des albums pour connecter les lecteurs à cela, pour me connecter moi-même aussi, pour retrouver ces moments d'enfance qui sont très naturels pour moi. En tant qu'adulte, j'ai l'impression d'avoir un peu perdu cela avec l'âge.

Quelles sont vos sources d'inspiration?
Tous mes livres sont inspirés de mon expérience ou de mes observations. Je suis aussi inspiré par l'enfant que j'étais que par la personne que je suis maintenant. Par contre, quand je fais mes livres, je ne pense pas aux enfants qui vont me lire. Je pense à l'enfant que j'étais, moi.
Bien sûr, il y a énormément de manières de faire des livres, il n'y a pas de mauvaise manière.

Quel enfant étiez-vous?
J'étais un enfant sensible. Petit, je voulais déjà devenir un artiste. J'ai fait des études artistiques dans une école. Bien avant de terminer l'école, j'avais choisi de faire des livres pour les enfants. Être très sensible est un état. C'est le rôle de l'artiste.

Vous faites des livres en duo, en illustrant les textes d'autres, et des livres en solo. Comment organisez-vous cela?
Pour moi, écrire est une lutte. J'éprouve même parfois de la peine à écrire le texte de mes livres. Jamais à les illustrer. Pour cela, j'utilise un mélange de techniques, l'aquarelle, la gouache, les pigments. Je scanne les illustrations pour ajuster les contrastes mais pas trop. Par contre, illustrer le texte de quelqu'un d'autre est un challenge. Le résultat est unique quand on est deux et qu'on est deux à résoudre les problèmes. En solo, les problèmes sont différents.
 
Vous avez une manière particulière de souligner vos personnages d'une ligne blanche.
La ligne blanche est ma signature. J'essaie d'inventer quelque chose chaque fois. J'ai besoin de me sentir excité et mon excitation vient de la nouveauté à trouver.


Quelques-unes des illustrations de Sydney Smith
   exposées à la Foire de Bologne 2025. (c) BCBF.

 

vendredi 17 janvier 2025

IBBY 2024: les finalistes du prix de l'album traduit


Prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album traduit

Pour rappel, la Section belge francophone de l'IBBY (International Board on Books for Young People) décerne depuis janvier 2023 ses quatre prix de l'album (prix de l'album, prix de l'album traduit, prix de l'album belge, prix de l'album drôle). La remise de leur troisième édition, publique, aura lieu ce lundi 20 janvier à 14 heures (infos ici).
Voici les dix titres finalistes en catégorie album traduit, tous sortis en 2024, par ordre alphabétique du nom de l'illustrateur. Avec un choix d'images en fin de note.

 
L'ourse et l'enfant
Cristiana Pezzeta
Sylvie Bello
traduit de l'italien par Pauline Allart
La Partie, 64 pages

Une splendide nature méditerranéenne où tout est à regarder, collines, mer, oliviers, ruches, moutons,.. représentée par de magnifiques illustrations pointillistes. Y vivent non loin l'une de l'autre une enfant et une ourse amie des chasseurs, envoyée par la déesse Artémis. Après s'être observées longtemps, elles finissent par se rencontrer, s'apprécier, devenir amies. La déesse les tient à l’œil, elle les surveille même. Le temps passe. L'enfant et l'ourse changent. La première s'ensauvage, la seconde suit son instinct, elle cherche un compagnon. Le jour où la petite fille retrouve l'ourse qui avait disparu sera décisif et terrible pour le destin des deux. L'album devient alors un conte initiatique puissant, inspiré du mythe grec de la déesse Artémis, largement présenté en fin de volume. On est envoûté par ce récit d'amitié aussi forte que dangereuse, porté par de somptueuses images narratives.


En route!
Atinuke
Angela Brooksbank
adapté de l'anglais par Ilona Meyer et Caroline Drouault
Les Éditions des Éléphants, 40 pages

De très expressives images aux couleurs pimpantes racontent une journée d'une famille nigériane. Elle vit à la campagne et se rend à Lagos pour y vendre sa production au marché. On suit parents et enfants de l'aube à la nuit. Le lever, les préparatifs, les au-revoir, la marche, la forêt, le bus, l'orage, la ville, le marché, le retour. Un excellent rapport texte-images permet de découvrir mille choses sur la vie au Nigeria. Le texte dit peu, les illustrations disent tout. Les grands-parents, les lions, la participation de chaque membre de la famille au travail collectif... Le tout dans une atmosphère extrêmement chaleureuse. On en redemande.
 

Le goût du cresson
Andrea Wang
Jason Chin
traduit de l'anglais par Chun-Liang Yeh
HongFei éditions, 40 pages

Une sortie en voiture va permettre à une famille d'immigrés chinois aux États-Unis de dévoiler un secret de famille douloureux et d'ainsi consolider les liens entre parents et enfants. La narratrice et son frère n'apprécient guère de devoir ramasser du cresson sauvage aperçu au bord de la route. Il y a de la boue, des escargots... Les enfants américains ne comprennent pas la nostalgie de la Chine de leurs parents. Ils ont aussi de la peine avec leur statut de pauvres qui récupèrent meubles et vêtements, mangent gratuitement quand ils le peuvent. Ce plat de cresson à l'ail et au sésame créera l'occasion pour les parents de partager leurs terribles souvenirs de la grande famine en Chine. Pas de culpabilisation mais une réelle émotion. "Le cresson [...] est délicat et légèrement amer, tout comme le souvenir que maman garde de son pays." L'album a obtenu aux États-Unis la médaille Caldecott 2022, récompense accordée par les bibliothécaires américains au meilleur album pour enfants de l'année.


Willow et Bunny

Anitra Rowe Schulte
Christopher Denise
traduit de l'anglais (États-Unis)
par Claire Billaud
Kaléidoscope, 48 pages

Quand il entend une voix intérieure l'inviter à "trouver un lieu sûr pour grandir", le lapin Bunny quitte sa forêt. Dans une clairière, il découvre Willow, un saule pleureur. "Immense, robuste, douce, inébranlable", dit le texte. Au féminin pour un arbre? "C'est une volonté des auteurs", me répond l'éditrice de la traduction en français. "Ils souhaitaient que ce personnage d'arbre reste féminin dans la version française (ce n'est pas un "it" ni un "he" dans la version américaine mais bien une "she"). Willow représente la Nature, une sorte de Grand-mère feuillage moderne. Le prénom qu'ils lui ont donné est pourtant mixte." De chaleureuses illustrations sur doubles pages, à deux exceptions près, montrent comment Bunny va être protégé par Willow tout au long des saisons. Ces deux-là vivent une merveilleuse amitié jusqu'au jour de la tornade. Si le saule offre protection à son ami et à tous les animaux du coin, il en sort passablement abîmé. Qu'à cela ne tienne, Bunny et ses camarades sont là: "Maintenant, c'est à nous de t'aider". Ils vont même multiplier l'arbre. Quant au lapin, il restera à côté de son arbre. Les jeux de lumière confèrent de très belles atmosphères bucoliques à ce récit d'amitié vraie et d'entraide. On plonge avec délices dans cette forêt aux paysages agréablement flous et aux animaux réalistes.
 
 
Tu es une exploratrice
Shahrzad Shahrjerdi
Ghazal Fathollahi
traduit du persan (farsi)
par Néda Khoshdoni Farahani
Alice Jeunesse, 32 pages

Dans un pays dévasté, non nommé, un grand frère rassemble son courage, son énergie et son imagination pour partir sur la route de l'exil avec sa petite sœur. En en faisant un jeu. Il la convainc qu'elle est une exploratrice et le prouve en lui posant un chapeau colonial sur la tête. A chaque moment difficile, et il y en a, il lui rappelle ce que fait une exploratrice. L'album a paru en Iran en 2020 et il est formidable de le trouver en français car il évoque la question des enfants réfugiés de façon délicate. Les images en noir et blanc à l'exception des vêtements colorés des deux enfants disent une réalité terrible que le texte peut ainsi éluder. Les destructions, les chars, la guerre, la fuite, le campement de fortune, le manque de nourriture, l'attente, la traversée, le naufrage du bateau, le sauvetage, l'attente devant le camp, la vie là-bas... Et à la dernière page éclatante de couleurs, l'arrivée de la petite fille dans une classe. Une finale positive qui permet d'aborder un sujet très présent dans l'actualité.


Un anniversaire sous la neige
Chiaki Okada
Reiko Katayama
traduit du japonais
Seuil Jeunesse, 40 pages

Le gâteau d'anniversaire de Michi, né un jour de neige, vient d'une nouvelle pâtisserie. Il est magnifique, tout blanc avec son décor de forêt enneigée, son ours en chocolat et son écureuil. Le petit garçon le pose sur le rebord de la fenêtre derrière laquelle il neige. Surprise! Les deux figurines s'animent et invitent Michi à les suivre à l'anniversaire de l'ours. Une merveilleuse fête à laquelle prennent part tous les animaux de la forêt. C'est un Michi enchanté qui reprend le chemin de sa maison - mais en était-il sorti?-, porté par cette moelleuse aventure onirique. Un album tout en charme et douceur pour un jour pas comme les autres.
 

L'autre côté

Jacqueline Woodson
Earl Bradley Lewis
traduit de l'anglais
par Christiane Duchesne
D'Eux, 32 pages

Prix Astrid Lindgren 2018 (lire ici), prix Andersen 2020 (lire ici), l'Américaine voit traduit maintenant en français un album publié aux États-Unis en 2001. Elle y dit l'amitié qui va naître entre Clover et Annie, une enfant noire et une enfant blanche. Elles vivent dans une ville où court une longue clôture en bois, séparant leurs deux mondes. Dépassant les préjugés, les fillettes vont faire de la barrière le lieu idéal pour converser et observer le monde de haut. La romancière dit qu'elle a écrit ce livre pour montrer que les gestes de résistance des jeunes peuvent changer le monde et pour faire naître l'espoir. Elle y réussit. Faisons confiance aux enfants pour lutter contre le racisme.

 
À l'eau
Heejin Park
traduit du coréen par Charlotte Gryson
Cotcotcot éditions, 44 pages

Expédition piscine pour une fillette et sa grand-mère, une dame d'un certain âge et d'un certain poids, qui grogne et rechigne de toutes les manières et avec toutes les excuses. Jusqu'au moment où elle finit par entrer dans l'eau et s'y sentir bien, puis mieux, puis infiniment bien. Au point évidemment de ne plus vouloir quitter le bassin. Une grand-mère en solo, c'est très rare en album jeunesse. Celle-ci, venue de Corée, est épatante, si humaine dans ses hésitations et ensuite sa joie qui apparaissent dans les pages. D'inspirantes aquarelles montrent ses joues sans s'en moquer et articulent son corps de toutes les manières pour mieux célébrer la séance aquatique. Jubilatoire.


Ce qui sera
Johanna Schaible
traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
La Partie, 56 pages

L'album surprend et séduit par son dispositif original: ses pages diminuent de taille quand le texte part d'un lointain passé, la formation de la terre, les dinosaures, les mouvements des peuples, les pyramides, pour se rapprocher du moment présent, il y a cent ans, dix ans, un an, un mois, une semaine, un jour, une heure, une minute. On arrive à la page centrale, toute petite, toute rétrécie: "Maintenant! Fais un vœu!". Le lecteur est ensuite propulsé à l'inverse, dans un futur de plus en plus lointain, montré par des pages de plus en plus grandes où se glissent autant de questions qui lui sont adressées. Le procédé technique est ingénieux et s'accorde fort bien à la marche du temps, bref ou infini. Les très belles images de paysages se répondent d'une époque à l'autre. Elles accompagnent harmonieusement les questions philosophiques ou poétiques qui surgissent jusqu'au vœu final à formuler.


Un beau voyage

Balint Zsako
traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Saltimbanque Éditions, 184 pages
 
Pas de texte dans ce long et original poème épique entièrement dessiné à l'exception des indications techniques, prologue, compte des neuf actes, épilogue. A chacun de se raconter cette amitié entre un lapin et un arbre. Ils se rencontrent quand l'arbre repousse le loup féroce qui pourchassait le lapin. Ce dernier a malheureusement perdu sa famille dans sa fuite. L'arbre lui propose de l'aider. Ensemble, à  bord d'une voiturette, ils vont parcourir le monde pour retrouver la famille du lapin. Un voyage durant lequel l'arbre va utilement se transformer. Il devient successivement un train, un bateau, un avion. Les recherches seront finalement fructueuses. Le lapin retrouve sa famille, nombreuse, mais c'est au tour de l'arbre d'être secouru. Il le sera et même plus dans cet album sans paroles, dont l'original périple exquisement dessiné célèbre l'amitié et la solidarité.
 
Quelques illustrations
 
"L'ourse et l'enfant". (c) La Partie.
 
"En route!" (c) Les Éditions des Éléphants.

"Le goût du cresson". (c) HongFei.
  
"Willow et Bunny". (c) Kaléidoscope.
 
"Tu seras une exploratrice". (c) Alice Jeunesse.

"Un anniversaire sous la neige". (c) Seuil Jeunesse.
 
"L'autre côté". (c) D'Eux.

"A l'eau!" (c) CotCotCot éditions.

"Ce qui sera". (c) La Partie.
 
"Un beau voyage". (c) Saltimbanque Éditions.
 

jeudi 18 avril 2024

Les prix littéraires remis à la Foire du livre pour enfants de Bologne 2024

Les prix Andersen de l'IBBY 2024.

BRAW 2024.
Événement gigantesque, la Foire du livre pour enfants de Bologne (lire ici) remet ses propres distinctions, les BRAW, les BolognaRagazzi Awards (lire ici), un peu avant son ouverture. Elle en accueille d'autres pendant son déroulé sur sa scène principale. Notamment, le prix Andersen de l'IBBY un an sur deux en ouverture le lundi, le prix Astrid Lindgren chaque année le mardi. Et aussi celui de la Fondacion SM.


Les prix Andersen 2024

Lundi 8 avril, Liz Page, la présidente du jury du prix IBBY, a annoncé les deux lauréats du prix Hans Christian Andersen 2024 choisis parmi les douze finalistes (lire ici). Il s'agit de l'écrivain autrichien Heinz Janisch et de l'auteur-illustrateur canadien Sydney Smith. Ce dernier était déjà finaliste en 2022 (lire ici).

Très connu en Autriche comme auteur de livres pour enfants, Heinz Janisch, 64 ans, par ailleurs journaliste radio et écrivain, est moins célèbre en terres francophones. On le connaît principalement pour trois albums, un peu anciens, "Le Roi et la mer. 21 petites histoires", illustré par Wolf Erlbruch (La joie de lire, 2009), "L'Arche de Noé", illustré par Lisbeth Zwerger (Minédition, 2008) et "Une maison au bord de la mer", illustré par Helga Bansch (Belin, 2010).
 

 
Ce qu'en dit le jury:
"Heinz Janisch affirme que "rien n’est trop petit pour la littérature". Il est né en 1960 dans le Burgenland, non loin de la frontière hongroise et vit aujourd'hui à Vienne. Janisch est un maître du récit court qui laisse place à l'imagination des lecteurs. Bien que beaucoup de ses œuvres soient humoristiques, voire parfois absurdes, il y a un élément philosophique dans son écriture qui rend souvent ses livres profonds. Ses textes simples sont significatifs, et le dicton "moins c'est plus" peut s'appliquer à l'auteur lauréat 2024. Son écriture est universelle et séduit les enfants et les jeunes du monde entier. De plus, sa contribution à la littérature est énorme, non seulement à travers ses écrits, mais aussi par ses nombreuses lectures, ateliers d'écriture littéraire et créative pour enfants et adultes, y compris des ateliers de création pour jeunes artistes handicapés. L'écriture de Janisch est nuancée par de nombreuses couches, ce qui la rend universelle et édifiante."

 

"Le jardin de Baba", illustré par Sydney Smith. (c) Didier Jeunesse.

Le nom de Sydney Smith est plus familier aux francophones. L'auteur-illustrateur canadien a sept albums et un roman publiés ici depuis 2015. Un d'eux, "Le jardin de Baba", a reçu le prix Sorcières Carrément beau maxi 2024 le mois dernier (lire ici). Amateur de dessin enfant, Sydney Smith en a fait le sujet de ses études à Halifax. Affichiste à Toronto, il s'est orienté vers la littérature de jeunesse en 2010 en rejoignant un atelier d'artistes. Il utilise diverses techniques, le plus souvent l'encre et le pinceau. Aujourd'hui, il est retourné dans sa Nouvelle-Écosse natale où il continue de rechercher et de capturer "des moments sublimes trouvés dans des endroits banals".
 

  • "Tu te rappelles" (traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo, Kaléidoscope, 2024) égrène les souvenirs d'une mère et de son fils.
  • "Le jardin de Baba" (texte se Jordan Scott, traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier Jeunesse, 2023) évoque les sons et les odeurs que ressent un enfant chez sa grand-mère adorée, Baba, particulièrement dans son jardin. Avant que les rôles ne s'inversent.
  • "Splash" (roman de Kenneth Oppel, traduit de l'anglais par Eric Betsch, PKJ, 2023) est le nom de la petite goutte d'encre qui s'anime une nuit et devient l'amie de la famille en résolvant ses problèmes de mots.
  • "Je parle comme une rivière" (texte de Jordan Scott, traduit de l'anglais par Shaïne Cassim, Didier Jeunesse, 2021), la promenade au bord de la rivière d'un enfant qui bégaie et son papa qui l'aide à trouver sa voix.
  • "Perdu dans la ville" (traduit de l'anglais par Rosalind Elland-Goldsmith, Kaléidoscope, 2020) inquiète le lecteur au début, avec ce mini-héros qui déambule seul en ville mais la fin se fera rassurante.
  • "D'ici, je vois la mer" (texte de Joanne Schwartz, traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier Jeunesse, 2019) est un dialogue dans les années 50 entre un jeune garçon au bord de la mer et son père qui y travaille.
  • "Le chat blanc et le moine" (texte de Jo-Ellen Bogart, traduit de l'anglais par Elisabeth Duval,  Kaléidoscope, 2017) dit la complicité entre un savant et un chat dans la quiétude d'un monastère.
  • "Les fleurs de la ville" (Jon Arno Lawson, Sarbacane, 2015), un album sans paroles où une petite fille en rouge apprécie les couleurs de sa ville grise et les partage.
 
Ce qu'en dit le jury:
"Dans une interview avec le professeur Deirdre Baker en avril 2022, Sydney Smith a déclaré que "l'écoute… correspond davantage à la façon dont j'aborde les histoires" lorsqu'il illustre les textes des autres et qu'il illustre ses propres histoires. Smith est né en 1980 dans une région rurale de la Nouvelle-Écosse et est maintenant revenu dans la province avec sa famille après avoir vécu plusieurs années à Toronto. Le travail de Smith s'apparente à un récit visuel ou à un court souvenir musical, ce qui fait écho à sa déclaration selon laquelle l'écoute est la manière dont il aborde les histoires. Il utilise des techniques apparemment simples pour raconter l'histoire – en réalité le résultat d'une pratique intense. Ses personnages modestes mais authentiques sont à la fois sympathiques et doux. Il utilise la couleur pour introduire la nature, les odeurs et le drame dans chaque livre. Le dicton "moins c'est plus" peut également s'appliquer à chacune de ses œuvres puisqu'il élimine le superflu pour exprimer des émotions. Smith est un artiste véritablement universel."

 

Le prix IBBY-Asahi Reading Promotion Award 2024 va à l'association ATD Quart Monde (ATD Fourth World, All Together in Dignity), une série de soixante bibliothèques de rue offrant des espaces de lecture aux enfants pauvres.

Les lauréates du prix IBBY-iRead Outstanding Reading Promoter Award 2024 sont Basarat Kazim, du Pakistan, et Irene Vasco de Colombie.
 

La cérémonie d'annonce peut être revue sur Youtube ici.


Palmarès du prix Andersen

Auteur (depuis 1956)

2022 Marie-Aude Murail (France)
2020 Jacqueline Woodson (USA)
2018 Eiko Kadono (Japon)
2016 Cao Wenxuan (Chine)
2014 Nahoko Uehashi (Japon)
2012 Maria Teresa Andruetto (Argentine)
2010 David Almond (Grande-Bretagne)
2008 Jürg Schubiger (Suisse)
2006 Margaret Mahy (Nouvelle-Zélande)
2004 Martin Waddell (Irlande)
2002 Aidan Chambers (Grande-Bretagne)
2000 Ana Maria Machado (Brésil)
1998 Katherine Paterson (USA)
1996  Uri Orlev (Israël)
1994  Michio Mado (Japon)
1992  Virginia Hamilton (USA)
1990  Tormod Haugen (Norvège)
1988  Annie M. G. Schmidt (Pays-Bas)
1986  Patricia Wrightson (Australie)
1984  Christine Nöstlinger (Autriche)
1982  Lygia Bojunga Nunes (Brésil)
1980  Bohumil Riha (Tchécoslovaquie)
1978  Paula Fox (USA)
1976  Cecil Bødker (Danemark)
1974  Maria Gripe (Suède)
1972  Scott O'Dell (USA)
1970  Gianni Rodari (Italie)
1968  James Krüss (Allemagne)
         José Maria Sanchez-Silva (Espagne)
1966 Tove Jansson (Finlande)
1964  René Guillot (France)
1962  Meindert DeJong (USA)
1960  Erich Kästner (Allemagne)
1958  Astrid Lindgren (Suède)
1956  Eleanor Farjeon (Grande-Bretagne)


Illustrateur (depuis 1966)

2022 Susy Lee (Corée du sud)
2020 Albertine (Suisse)
2018 Igor Oleynikov (Russie)
2016 Rotraut Susanne Berner (Allemagne)
2014 Roger Mello (Brésil)
2012 Peter Sís (République tchèque)
2010 Jutta Bauer (Allemagne)
2008 Roberto Innocenti (Italie)
2006 Wolf Erlbruch (Allemagne)
2004 Max Velthuijs (Pays-Bas)
2002 Quentin Blake (Grande-Bretagne)
2000 Anthony Browne (Grande-Bretagne)
1998  Tomi Ungerer (France)
1996  Klaus Ensikat  (Allemagne)
1994  Jörg Müller (Suisse)
1992  Kveta Pacovská (République tchèque)
1990  Lisbeth Zwerger (Autriche)
1988  Dusan Kállay (Tchécoslovaquie)
1986  Robert Ingpen (Australie)
1984  Mitsumasa Anno (Japon)
1982  Zbigniew Rychlicki (Pologne)
1980  Suekichi Akaba (Japon)
1978  Svend Otto S. (Danemark)
1976  Tatjana Mawrina (URSS)
1974  Farshid Mesghali (Iran)
1972  Ib Spang Olsen (Danemark)
1970  Maurice Sendak (USA)
1968  Jirí Trnka (Tchécoslovaquie)
1966  Alois Carigiet (Suisse)


Pour ne pas s'embrouiller entre les différents prix Andersen, c'est ici.

 

Le prix Astrid Lindgren

 


Le prix Astrid Lindgren 2024 a été attribué le mardi 9 avril à l'organisation australienne "Indigenous Literacy Foundation", fondée en 2011.
 
Le coup de téléphone au lauréat.

 
L'Indigenous Literacy Foundation (ILF) a été créée pour encourager la lecture et promouvoir l'alphabétisation en garantissant l'accès à de la bonne littérature aux enfants des Premières Nations d'Australie. Le travail de promotion de la lecture de l'ILF repose sur la collaboration et l'engagement des communautés locales. À travers divers programmes, elle propose des packs de livres aux enfants et aux familles des communautés des Premières Nations en Australie et sur les îles du détroit de Torres, elle traduit des livres, organise des activités de lecture à haute voix et soutient la publication de livres pour enfants créés dans les communautés. Aujourd'hui, l'ILF travaille dans 427 communautés des Premières Nations sur tout le continent australien.

Ce qu'en dit le jury:
"Avec curiosité et respect, l'Indigenous Literacy Foundation travaille dans le domaine de la lecture et du conte chez les enfants des Premières Nations d'Australie. En étroite collaboration avec les communautés, elle met en valeur la valeur des langues et des histoires de chacun. En diffusant des livres et en stimulant la lecture, le conte et la créativité, la Fondation pour l'alphabétisation autochtone suscite le désir de lire et favorise la fierté, la confiance en soi et le sentiment d'appartenance. Chaque enfant a droit à sa langue et à ses histoires."
(c) Indigenous Literacy Foundation.

Les lauréats ALMA précédents

2023 Laurie Halse Anderson (lire ici)
2022 Eva Lindström (lire ici)
2021 Jean-Claude Mourlevat (lire ici)
2020 Baek Hee-na (lire ici)
2019 Bart Moeyaert (lire ici)
2018 Jacqueline Woodson (lire ici)
2017 Wolf Erlbruch (lire ici)
2016 Meg Rosoff (lire ici)
2015 Praesa (lire ici)
2014 Barbro Lindgren (lire ici)
2013 Isol
2012 Guus Kuijer (lire ici)
2011 Shaun Tan
2010 Kitty Crowther
2009 Tamer Institute
2008 Sonya Hartnett 
2007 Banco del Libro
2006 Katherine Paterson
2005 Philip Pullman et Ryôji Arai
2004 Lydia Bojunga
2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger


Le prix international de l'illustration Fundación SM

 

Le prix Fundación SM 2024 va à l'illustrateur  brésilien Henrique Moreira, âgé de 25 ans. Diplômé en design graphique, le lauréat se dit très intéressé à explorer la façon de communiquer des histoires avec des illustrations, en particulier en travaillant avec des livres muets.
 
Jury: Philip Giordano (illustrateur), Ayami Moriizumi Cometti (Itabashi Art Museum), Sara Rioja Gutiérrez (Designer SM Madrid).
 
Créé en 2009, le Prix international de l'illustration Foire du livre jeunesse de Bologne - Fundación SM est réservé aux artistes de moins de 35 ans qui ont déjà été sélectionnés pour l'Exposition des Illustrateurs. Il est doté d'un chèque de 15.000 € afin de donner au lauréat es ressources nécessaires pendant un an pour développer un livre d'images qui sera publié et commercialisé sur le marché mondial par les Espagnols. Les illustrations originales du livre seront présentées à la prochaine édition du Salon du livre jeunesse de Bologne pour une exposition personnelle dédiée au lauréat.
 






lundi 11 décembre 2023

Les "25 images" de l'Américain Landis Blair

Le dessin de couverture de "Vers le Sud". (c) Editions Martin de Halleux.

"25 images" est le nom d'une collection créée en 2020 par les Editions Martin de Halleux en hommage à l'artiste belge Frans Masereel (lire ici). En résumé: un récit en 25 images, une image par page, en noir et blanc, sans texte. Après Thomas Ott, Joe Pinelli, Lucas Harari, Nina Bunjevac et Tardi, le défi est honoré en cette sixième fois par l'Américain Blandis Lair. Et de quelle façon! "Vers le Sud" (Editions Martin de Halleux, 32 pages) est un formidable album, à la narration aussi impeccable que terrible et à l'emballant graphisme tout en hachures et quadrillages. De l'encre de Chine sur papier en réalité.
 
Dès la couverture, on y décèle l'influence du maître de l'absurde morbide américain Edward Gorey (lire ici). Toutefois, dans "Vers le Sud", Landis Blair s'approche davantage du style Gorey par le graphisme que par le propos. Il s'y donne par contre à fond dans "The Envious Siblings and other Morbid Nursery Rhymes" (traduction littérale: Les frères et sœurs envieux et autres comptines morbides, W.W Norton & Company, 2019, non traduit). Les "enfants fichus" de Gorey ne sont pas loin.

 

Des empreintes dans la neige. (c) Ed. Martin de Halleux.
 
Dans cette création en solo, Landis Blair entame son récit dès les pages de garde - les gardes arrière le clôtureront. On y voit, de dos, un homme bien équipé sortir dans la neige. Dans la partie réellement "album" de "Vers le Sud", il marche dans la neige, chapeau sur la tête, bottes aux pieds, jumelles en suspension, sac au dos et manche à air à la main. L'ambiance est hivernale, alignement de sapins et nuages bien ronds dans un ciel immense. Affairé, le randonneur va, vient, il court parfois sur la vaste étendue neigeuse. Ses empreintes creusent le blanc. Que prépare-t-il?
 
Follement expressifs, d'une incroyable beauté, les dessins répondent aux questions de façon limpide. Parfois, c'est dans le ciel que cela se passe et l'équipement du promeneur montre sa raison d'être. D'autres accessoires permettent au héros d'entamer son voyage "Vers le Sud", cette migration en une compagnie ornithologique choisie, au terme d'un rituel de bon vivant. Un départ dans la joie et un vol ultime, choisi, assumé, mêlant intimement la vie et la mort.

Âgé de quarante ans, l'artiste américain signe ici une merveilleuse fable graphique dont la philosophie s'appuie sur des éléments très concrets. On lit ses images sans aucune difficulté. Originales, surprenantes, elles disent les goûts d'un homme et sa décision une fois l'âge venu. Elles laissent aussi deviner qui est la jeune personne déboulant en fin d'histoire. Rien de morbide dans "Vers le Sud" mais la vision en images de la fin d'une vie bien remplie, dans une nature magnifiquement rendue par les dessins à la plume et par l'excellente qualité tant de l'impression que du papier choisi. Un album sensible et apaisant dont on détaille les images avec admiration.
 

Compagnons choisis et décor de rêve. (c) Ed. Martin de Halleux.

 
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Le public francophone a découvert l'illustrateur américain Landis Blair dans le roman graphique "L'accident de chasse" (scénario de David L. Carlson, traduit de l'américain par Julie Sibony, Sonatine éditions, 2020), Fauve d'or au Festival d'Angoulême 2021.

Au printemps de cette année, les enfants ont pu découvrir l'excellent album jeunesse de Landis Blair, "Le chemin des étoiles" (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Sibony, Kaléidoscope, 36 pages). Hommage évident au "Max et les maximonstres" de Maurice Sendak, il met en scène un jeune Watson en proie à des terreurs nocturnes qu'il va dominer en suivant un passionnant chemin sous les étoiles de sa couverture. 



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Une exposition de l'ensemble des originaux de "Vers le Sud" se tient jusqu'au 27 janvier 2024 à la galerie Philippe Labaume à New York. Un peu loin, mais tous les originaux de l'album et même son chemin de fer sont visibles en ligne sur le site de la galerie (ici).