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lundi 31 décembre 2018

Décès de l'écrivain allemand Edgar Hilsenrath

Edgar Hilsenrath.

Les éditions Le Tripode annoncent le décès d'un de leurs auteurs:

"Edgar Hilsenrath est mort de vieillesse hier, 30 décembre 2018, à l'âge de 92 ans.

Nous étions nombreux à croire que son œuvre immense, qui naviguait entre Primo Levi, John Fante, Charles Bukowski et Dario Fo, en faisait l'un des écrivains européens contemporains les plus importants. Nous en redonnons ci-dessous les principaux repères, à l'aide d'un document qui devait accompagner la parution de son ultime roman en février prochain.

Edgar aimait la France, pays où il avait vécu après la fin  de la guerre et qui avait tardivement redécouvert son œuvre. Son dernier souhait aura été d'être enterré à Paris. Avec émotion, nous ne pouvons que nous faire le porte-voix de ce désir."



Sur le site d'Edgar Hilsenrath, très complet, on trouve cette triste annonce, par son ami le philosophe Ben Kubota, dont voici un extrait:

"Un événement incroyablement triste a emporté un être qui nous est cher. Le célèbre écrivain juif allemand Edgar Hilsenrath est décédé hier, le 30 décembre 2018, à l'âge de 92 ans. Edgar Hilsenrath - connu notamment pour le livre "The Nazi & The Barber", mais aussi "Night", "Le Conte de la dernière pensée" et "Fuck America" - a été l'un des écrivains contemporains les plus importants, voire le plus important. Il laisse une femme, Marlene Hilsenrath, un autre membre de la famille,moi, Ken Kubota, qui vivais avec lui, le soignais et prenais soin de son œuvre.
Le poète Edgar Hilsenrath est décédé des suites d'une pneumonie, qui a été causée par la vieillesse. Pas un seul jour de son séjour à l'hôpital ne s'est passé sans nous - Marlene et moi - ne versions des larmes amères.
Sa mort subite nous frappe tous plus fort que prévu. Le mois dernier, en novembre, nous nous sommes rendus à Paris pour une interview à l'invitation de la radio France Culture , où nous avons passé de belles journées. Bien sûr, Edgar était assez âgé à 92 ans, mais il avait une volonté de fer de vivre et appréciait la vie. Son âge était régulièrement sous-estimé. Il a toujours su exactement ce qu'il voulait.
Les jours de son dernier combat, incapable de penser à autre chose que la vie et la mort d'Edgar, m'ont offert l'occasion de réfléchir aux années communes, presque une décennie de vie commune. Ce texte en est le résultat. Jusqu'ici, l'objectif était de protéger la vie privée non seulement d'Edgar, mais également de Marlene et de moi-même. Le moment est venu de glisser quelques mots personnels sur la vie du poète. La règle générale est qu'aucune information ne soit divulguée, mais le public a maintenant le droit d'en savoir plus, non sur les projets en cours mais sur les projets passés, les réussites et les échecs, qui donnent une idée de l'importance du travail accompli. La réputation mondiale de cet écrivain de longue date impose aussi que non seulement ses amis et ses connaissances, mais aussi le monde entier, soient informés immédiatement (...)

Suivent trois moments du mois dernier, racontés au départ de trois photos.


Edgar Hilsenrath était né le 2 avril 1926 à Leipzig (Allemagne). Après avoir survécu à l'expérience du ghetto pendant la guerre, puis avoir vécu en Palestine et en France, il arrive à New York (sur le même bateau que Rita Hayworth) au début des années 50. Il travaille comme garçon de café et réduit ses besoins à l'essentiel, écrivant la nuit dans les cafétérias juives. Les éditeurs allemands craignant son approche très crue de la Shoah, il est d'abord publié aux États-Unis... À son retour en Allemagne, en 1975, un petit éditeur relève enfin le gant et un article du "Spiegel" le rend célèbre du jour au lendemain. Depuis, il accumule les prix et les reconnaissances institutionnelles.

L'écrivain a été remis en lumière en français par les éditions Attila dès 2009. Les deux éditeurs ayant séparé leurs chemins, c'est le catalogue du Tripode de Frédéric Martin qui a repris par la suite l'œuvre d'Edgar Hilsenrath. Sept livres sont parus en grand format et parfois en version de poche. Un ultime, "Terminus Berlin" est prévu pour 14 février prochain.


Fuck America
Les Aveux de Bronsky
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Jörg Stickan
Attila, 2009
Point2, 2016
Le Tripode, 2014

Un témoignage étourdissant sur l'écrivain immigré crève-la-faim. 1952: dans une cafétéria juive de Broadway, Jakob Bronsky, tout juste débarqué aux Etats-Unis, écrit son roman sur son expérience du ghetto pendant la guerre: Le Branleur! Au milieu des clodos, des putes, des maquereaux et d'autres paumés, il survit comme il peut, accumulant les jobs miteux, fantasmant sur le cul de la secrétaire de son futur éditeur, M. Doublecrum.


Le Nazi et le Barbier 
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Fayard, 1974
Attila, 2010
Le Tripode, 2018

Ce roman magnifique conte l'histoire tragi-comique de Max, fils bâtard de la pute Minna Schulz. Engagé dans la SS dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, il se retrouve finalement affecté dans un camp d'extermination où disparaît son meilleur ami (juif). A la fin de la guerre, pour s'en sortir, il décide d'endosser l'identité de cet ami assassiné. Devenu Itzig Finkelstein, il épouse la cause juive, traverse l'Europe et rejoint la Palestine, où il devient barbier et sioniste fanatique...


Nuit 
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Attila, 2012
Le Tripode 2014 et 2015

Resté censuré en Allemagne près de 20 ans, ce roman est aujourd'hui considéré comme le chef-d'œuvre d'Edgar Hilsenrath. Son style, mécanique, concis, halluciné, est quasiment cinématographique. C'est la nuit permanente sur le ghetto de Prokov. Au fil des jours, dans un décor apocalyptique, Ranek lutte pour sa survie. Les personnages sont réduits à des ombres... comme s'ils n'avaient plus ni âme ni corps. Pourtant, dans ce brouillard permanent, surnagent des éléments de vie, la faim, le froid, les scènes d'amour hâtives, de pendaisons (ratées) ou d'accouchement au milieu du ghetto montrent que l'humanité demeure. Hilsenrath s'est inspiré pour "Nuit" de sa propre histoire, et du ghetto ukrainien où il a passé quatre ans entre 1941 et 1945. C'est d'ailleurs la genèse de ce livre, qu'il a réécrit vingt fois entre 1947 et 1958, qui est racontée dans "Fuck America".


Orgasme à Moscou
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Attila, 2013
Le Tripode, 2017

Une parodie de roman d'espionnage écrite en réponse à une commande d'Otto Preminger. Guerre froide, 1970. La fille du patron de la mafia new-yorkaise, Anna Maria Pepperoni, connaît son premier orgasme lors d'un voyage de presse à Moscou. Le responsable? Sergueï Mandelbaum, fils de rabbin et dissident juif fauché doté d'une étonnante propension à susciter des orgasmes. La mafia met tout en œuvre pour le faire venir aux Etats-Unis afin d'épouser Anna Maria, mais le passeur qu'elle a recruté est un dangereux dépeceur sexuel. Les obstacles, et pas seulement diplomatiques, s'accumulent... Ecrite en six jours, cette réécriture déjantée d'OSS 117 livre une mémorable surenchère burlesque. Truffé de références à la situation politique de l'époque, le livre, dénué de (presque) tout sérieux, est un divertissement électrique sur fond de guerre froide.
A côté de toute une mafia de pacotille, le livre met aussi en scène Brejnev, Nixon, Moshe Dayan et le président du conseil italien, obsédé sexuel (déjà!).


Le Conte de la dernière pensée
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Bernard Kreiss
Albin Michel, 1992
Le livre de poche, 2007
Le Tripode, 2015

L'épopée du peuple arménien, dans la tradition des contes orientaux, est construite autour d'une saga familiale où histoire, légendes, politique et fiction s'entremêlent pour raconter le grand massacre des Arméniens par les Turcs, qui n'est pas sans évoquer l'holocauste perpétré dans les camps nazis.


Le Retour au pays de Jossel Wassermann
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Christian Richard
Albin Michel, 2007
Le livre de poche, 2008
Le Tripode, 2016

Un froid glacial s'est abattu sur le village de Pohodna. Les habitants juifs du shtetl ont reçu l'ordre de rejoindre le wagon qui les attend à la gare. A l'intérieur, oubliant l'obscurité et la crainte, le rabbin confie à l'esprit du vent: "Les goys sont stupides. En ce moment ils pillent nos maisons. (...) Mais ils ne savent pas que nous avons emporté le meilleur." "Et c'est quoi, le meilleur? " demande le vent.
Et le rabbin de répondre: "Notre histoire. Elle, nous l'avons emportée avec nous."  L'auteur réincarne ici l'univers des shtetls, ces petites communautés juives éparpillées dans l'est de l'Europe avant que la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah ne les réduisent à néant. Roman tardif, il est peut-être le plus émouvant de tous par son humble drôlerie et son désir de faire revivre un monde qui a bercé l'enfance et l'imaginaire d'un écrivain désormais culte.


Les aventures de Ruben Jablonski
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Chantal Philippe
Le Tripode, 2017

Arraché à l'insouciance et l'espièglerie de l'enfance par la terreur nazie, le jeune Ruben Jablonski se retrouve à la sortie de la Seconde Guerre mondiale dans une situation désespérée. Libéré d'un ghetto, séparé de sa famille et à la recherche d'un nouveau destin, il s'engage dans un périple épique qui le conduit de la Roumanie aux Etats-Unis, en passant par l'Ukraine, la Turquie, la Palestine et la France...
Les réminiscences enfantines, l'humanité qui survit à l'horreur et l'amour de la littérature pour unique boussole confèrent une force et un humour rares à ce roman écrit en 1997 et il fait la bouleversante synthèse des quinze années qui ont vu sa vie basculer.

* *
*

Terminus Berlin
Edgar Hilsenrath
traduit de l'allemand par Chantal Philippe
Le Tripode, 230 pages
à paraître le 14 février 2019

Écrivain de la Shoah et de l’exil, Edgar Hilsenrath livre ici son roman le plus poignant, celui du retour désenchanté en Allemagne. Son héros retrouve, comme lui, le pays natal près de trente ans après avoir quitté l'Europe et ses fantômes. Le temps est venu de faire le bilan d’une vie tourmentée.
Fidèle à son humour, Hilsenrath raconte avec un sens aigu de la dérision le destin de son alter ego littéraire. Lesche, traumatisé par son expérience du ghetto, peine à trouver sa place dans un Berlin marqué par le consumérisme et la chute du Mur. Les rencontres improbables et la résurgence glauque du fascisme forment la trame de ce roman publié en Allemagne en 2006.
Lapidaire et ironique, ce texte émeut par la figure de clown triste que l'auteur y révèle. Après l’avoir écrit, Edgar Hilsenrath décida que son œuvre était close. Il n'a plus rien publié depuis.



"Quand on écrit quelque chose pour se débarrasser l'âme, on en est définitivement libéré. L'écriture est une libération pour moi."
 Edgar Hilsenrath

lundi 8 décembre 2014

Trois Edward Gorey d'un coup au Tripode

Edward Gorey.
Les amateurs de littérature décalée connaissent bien l'immense auteur-illustrateur américain Edward Gorey (1925-2000) dont les livres arrivent au compte-goutte sur le marché français (lire ici, ici et ici). Les anciennes éditions Attila avaient commencé le travail en 2009 avec la traduction de la trilogie de Treehorn et quelques autres albums. A l'été 2013, cette maison d'édition s'est scindée en deux nouvelles entités indépendantes, le Nouvel Attila pour Benoît Virot, Le Tripode pour Frédéric Martin, chacune reprenant une partie de l'ancien catalogue.

C'est Le Tripode qui poursuit la publication d'Edward Gorey. Avec cet automne, une réédition et deux nouveautés.

"Les enfants fichus" est un des titres les plus célèbres d'Edward Gorey (traduit de l'américain par Ludovic Flamant, Attila, 2012, Le Tripode, 2014, 64 pages). Sorti en 1963 et revu par l'auteur en 1991, "The Gashlycrumb Tinies" est sans doute son livre le plus connu. Le premier des "Vinegar works" inspira notamment Tim Burton pour son livre célèbre "La Triste fin du petit enfant huître et autres histoires".

C'est aussi un de ses livres les plus frappants puisqu'il s'agit tout simplement d'un abécédaire de morts d'enfants. Un peu lugubre mais pas macabre, plutôt un catalogue fou et grinçant des malheurs d'enfants. Approcher la mort pour se sentir plus vivant.

Cette nouvelle version reprend la traduction en alexandrins de Ludovic Flamant mais n'est plus bilingue. En voici les trois premières pages.
"A pour Amy tombée au bas des escaliers"
 "B pour Basil surpris par des ours affamés"
"C pour Clara lassée, décharnée et malade"
Et la dernière. "Z pour Zillak petite ayant bu trop de Gin"
Vingt-six destins pour lesquels résonne le sous-titre "Quand la cloche a sonné" ("After the outing").

(c) Le Tripode.

(c) Le Tripode.

(c) Le Tripode.



"L'invité douteux" ("The Doubtful Guest") est le troisième livre d' Edward Gorey. Il a été publié en 1957 chez Doubleday et avait fait l'objet d'une traduction chez Gallimard en 1994. Le revoici dans une traduction libre d'Oscar (Le Tripode, 48 pages).

Il retrace l'aventure surréaliste d'un animal sombre, à écharpe rayée et baskets blanches, qui s'installe une nuit d'hiver dans un manoir chic et résiste aux admonestations des occupants. La cohabitation apparaît plus compliquée pour les aristocrates que pour leur invité qui fait exploser leurs habitudes et leurs certitudes. Entre non-sense et observation de la société, Edward Gorey ne choisit heureusement pas.

 

... "L'invité douteux". (c) Le Tripode.
Quatre images de ...
















Et le troisième album d'Edward Gorey qui nous parvient cet automne est "L'aile ouest" (Le Tripode, 64 pages). "The West Wing" est le troisième et dernier volume de "The Vinegar Works" qu'il a publié en 1963. Cet ouvrage surréaliste, rendant hommage à Max Ernst, réunit trente planches numérotées et muettes qui nous baladent à l'intérieur d'une vaste maison bourgeoise.

Chaque scène est un joli tremplin pour l'imagination. Où va cette femme, habillée de sombre, qui sort d'une porte? Que sont ces trois chaussures blanches sur le sol, devant une fenêtre? Et cette enfilade de portes, où mène-t-elle? Qui est ce vieil homme en pelisse qui nous regarde? Et cet homme nu, qui apparaît de dos, sur le balcon? Et celui qui est couché sur le sol?  Petit à petit, les questions se teintent d'angoisse. Tant de bizarreries dans ces scènes dont on ne voit pas tout - heureusement. Humains, animaux, objets, fantômes se sont donnés rendez-vous dans cette "Aile ouest" à se raconter chacun à sa façon.


Les mystères de "L'Aile Ouest". (c) Le Tripode.




mardi 31 juillet 2012

LFIR LU cie & co a un an

UN AN aujourd'hui. Ce qui vaut sans doute un gâteau, une bougie, un bouquet de fleurs, un texto, un message, un tweet...
Ce qui donne envie d'aller voir d'autres fêtes d'anniversaire.
Sélection de nos albums chouchous, comme ils sont revenus au gré de la mémoire.

"Monsieur le lièvre, voulez-vous m'aider?", de Charlotte Zolotow, illustré par Maurice Sendak (l'école des loisirs).

Une petite fille en chapeau de paille demande l'aide d'un lièvre pour trouver un cadeau d’anniversaire à sa maman. La conversation entre les deux a un charme fou, relève de la pure poésie. Ce petit chef-d'œuvre, né en 1962 aux Etats-Unis, a été traduit en français dès 1970. L'histoire avance autant dans le texte, délicat, savoureux, que dans les images, belles et terriblement évocatrices. Très expressifs dans leurs mimiques tous les deux, la petite fille comme le lièvre célèbrent d'une manière infiniment douce les bonheurs que l'existence met à la portée de chacun.


"L'anniversaire de Monsieur Guillaume" d'Anaïs Vaugelade (l'école des loisirs)

Comme aujourd'hui c'est son anniversaire, Monsieur Guillaume a décidé de déjeuner au restaurant. Il emmène tous ses amis, invite chacun à établir son menu préféré. Un texte chantant et une petite bande qui s'étoffe de page en page. La petite poule, le rat, le chat, le cochon d'hiver se joignent à Monsieur Guillaume. Même le loup...Et c'est un menu inattendu mais fédérateur qui attend tous les convives.


"Blaise et le château d'Anne Hiversère", de Claude Ponti (l'école des loisirs).

Un album, festif, joyeux, gourmand et gourmet, débordant de personnages, en grand format. Des poussins, par dizaines, par centaines, par milliers, tous différents, tous réussis, des nouvelles têtes bien amusantes et des invités dont la diversité ahurit. Blaise, le poussin masqué, coordonne la fête surprise que les poussins organisent pour Anne Hiversère, leur meilleure amie. Même que chaque poussin est aussi son meilleur ami! L'équipe a dix jours pour mener à terme son entreprise gourmande. L'édifice à construire sera le plus incroyabilicieux des châteaux-gâteaux. Les meilleurs ingrédients sont au rendez-vous: les œufs  d'Olga Ponlemonde, l'eau des Grobinets, le lait du Lac Tésibon, le chocolat de la mine, la farine éclapatouillée, le sucre des cimes (celui des mers aussi), les fruits délicieux. Les invitations, portées par les Boîtalettres qui connaissent les adresses, parlent, elles, d'un château superirrésistibilicieux! Château? Gâteau? Autant de glissements joyeux au fil d'innombrables jeux de mots, de langage, de signes, rythmés par la présence continue de Métantan-Skontdi et Métébouché, les poussins qui ritournellent "Pète et Répète sont dans un bateau. Pète tombe à l'eau. Qui reste?"
L'apothéose de cette pièce savamment montée a lieu le dixième jour à 1 h 25 mn 67 s, heure de naissance d'Anne Hiversère. Une double page hallucinante où apparaissent bien des personnages des livres et des histoires qui ont compté pour Ponti petit, et aussi grand (liste en pages de garde): Max et les Maximonstres, Gaston Lagaffe, Dumbo, Alice, Batman, les bébés de Nicole Claveloux, John Chatterton pour ne citer qu'eux..


"Un jour spécial pour Petit-Bond", de Max Velthuijs (Pastel).

Petit-Bond déjeune, toute excité: aujourd'hui est un jour spécial, lui a dit le Lièvre. Petit-Bond est intrigué. Il interroge ses amis. Pas d'explication. La grenouille sent la mauvaise humeur monter en elle, puis l'angoisse: ses amis ont peut-être décidé de faire une fête sans lui? Torturé, désappointé, il rentre chez lui où l'attend une très agréable surprise: une fête d'anniversaire! L'album explore finement la propension humaine à retourner contre soi une agressivité née d'un malaise.


"Patatras!", de Philippe Corentin (l'école des loisirs).

Vrai gentil ou faux méchant? Le loup né des pinceaux de Corentin vaut le détour. Il se présente comme un dégueulasse, se vante de croquer chaque lapin qui passe. En réalité, c'est un solitaire, en mal d'amitié. Qui viendra à son secours? Précisément les bouffeurs de carottes! Ils ont réservé à leur pseudo-ennemi une extraordinaire fête d'anniversaire. Un album à la tendre ironie naissant des récits croisés.


"La surprise de Biboundé", de Michel Gay (l'école des loisirs).

Biboundé, le petit manchot empereur qui vit sur la banquise, reçoit un bateau pour son anniversaire. Mais en le faisant naviguer, il le perd. Tous ses amis veulent l'aider et partent à la recherche du cadeau égaré. Ce qui va donner un enchaînements d'événements imprévus et très drôles.


"Mik", d'Olivier Douzou (MeMo).

 Mik est un hérisson, piquant dehors mais tout doux dedans. Il es un peu dépité: lors de son anniversaire, il n'a rien reçu de ce qu'il espérait. Il a eu un mikado, un nounoursin et un peigne! Tout du pointu alors qu'il rêve d'un ballon, pas un qui pique comme un marron, non, un ballon en baudruche, rond, doux, mou... Mais les contraires s'attirent et leur rencontre peut être explosive. Heureusement, un gentil Monsieur Kaktux lui glisse en finale son affection consolatrice. Constellé de points rouges et verts qui renvoient aux accords et aux interdits faits aux bébés: on ropose aux enfants du mou et du coin arrondi alors qu'ils sont attirés par l'angle et le piquant.


"Joyeux anniversaire Lola!", de Carl Norac, illustré par Claude K. Dubois (l'école des loisirs/Pastel).

Ce matin, Lola le hamster bondit de son lit. C'est son anniversaire! Mais que c'est long d'attendre les invités. Lola trépigne d'impatience. "Aujourd’hui, je suis le capitaine parce que c'est mon anniversaire!", déclare-t-elle. Tous les amis profitent de la fête quand tout à coup, ils s'aperçoivent que Lola a disparu…


"Le têtard mystérieux", de Steven Kellogg, traduit de l'américain par Bernard Prouvost (l'école des loisirs).

Paru en français en 1982, cinq ans après sa sortie aux Etats-Unis, cet album demeure l'un des plus rigolos du monde. On y suit de bout en bout la croissance du plus beau cadeau d'anniversaire que Louis ait reçu de sa vie: un têtard, envoyé par son oncle McAllister d'Ecosse… Nourri au hamburger, Alphonse grandit à toute allure sans trop vouloir devenir la grenouille annoncée par la maîtresse d’école. Du bocal, il passe à l'évier de la cuisine, puis à la baignoire, bientôt trop petite. Où caser le charmant mais encombrant cadeau? Louis le déménage en secret à la piscine du lycée, fermée durant l'été. Tout va bien jusqu'à la rentrée scolaire. De nouveaux rebondissements, cocasses et démesurés, attendent encore les lecteurs de ce classique de l'humour qui s'achève au nouvel anniversaire de Louis: son oncle écossais lui a envoyé une pierre qui se fissure comme un œuf…


"L'anniversaire de l'écureuil et autres histoires", de Toon Tellegen, illustré par Kitty Crowther, traduit du néerlandais par Véronique Roelaendt  (Albin Michel Jeunesse).

Venant à la suite de "Lettres de l'écureuil à la fourmi" (même éditeur), ce recueil réunit neuf histoires animalières qui sont autant d'occasions de fêtes: anniversaire, crémaillère, élégance... Un plaisant univers familier mais fantastique où écureuil, fourmi, éléphant, ours, hérisson... discourent avec humour de l'amitié.


"Le souhait de Treehorn", de Florence Parry Heide, illustré par Edward Gorey, traduit de l’américain par Oskar (Attila).

Un roman illustré qui clôt la trilogie entamée avec "Le rapetissement de Treehorn" (réédition de l'introuvable "Théophile a rétréci" à l'école des loisirs) et "Le trésor de Treehorn". Dans ce troisième volume, toujours finement illustré en noir et blanc, Treehorn s'apprête à fêter son anniversaire dans l'indifférence parentale, lorsqu'un génie surgit d’une jarre. Qui dit génie dit vœux à émettre. Trois évidemment. Une histoire joyeusement loufoque entre chapeau maternel vert, factures paternelles, employé du gaz et rêves d'enfant.


"La fête d'anniversaire", de Thé Tjong-Khing (Autrement Jeunesse).

Après "La course au gâteau" et "Le grand pique-nique", ce nouvel album sans texte raconte la fête d'anniversaire de Lapin. Les préparatifs, la décoration, le gâteau, tout tout tout, sauf que rien ne se passe comme imaginé. Pire même! Le collier de Madame Cochon a été volé. Qui est le coupable? Réponse dans les images, pleines de péripéties variées. En grand format, un humour simple et efficace.


"Le petit blond avec un mouton blanc", de Pierre Richard, illustré par Gwendal Le Bec (Albin Michel Jeunesse).

Pierre Richard n'a pas toujours été le Grand blond avec une chaussure noire. Il a aussi été un petit garçon – il est né le 16 août 1934 à Valenciennes. Jeune, on le surnommait… "le petit blond". Le gamin ébouriffé était alors accompagné d'un mouton blanc. C'est son enfance que l'acteur raconte en une trentaine de saynètes illustrées dans cet autoportrait original, plein de drôlerie et de poésie, annonciateur des qualités du futur comédien. Facétieux, l'ouvrage commence par une devinette. Le héros de la fête d'anniversaire a disparu au moment du gâteau mais on peut le retrouver en page 29, occupé à tout autre chose, avant que Pierre Richard ne réapparaisse et reçoive son cadeau, le mouton annoncé en titre.


"Petit lapin perdu", de Harry Horse traduit par de l'anglais par Claude Lager (l'école des loisirs/Pastel).

Quand Petit Lapin se réveille, il sait que ce jour n'est pas un jour comme les autres. "C'est mon anniversaire!" dit-il. "Je ne suis plus vraiment un petit lapin! Je suis un GRAND lapin maintenant!" Et pour fêter ce jour exceptionnel, ses parents l'emmènent au parc d'attractions car il en rêvait depuis longtemps. Mais il se rend bien vite compte que le parc d'attractions est, lui aussi, très très GRAND... qu'il est même GÉANT!


"Diego est arrivé", de Philippe Brasseur (l'école des loisirs/Pastel).

Tout commence le jour de l'anniversaire de Philibert, le narrateur: il reçoit Diego, un cheval, en cadeau de son parrain. Maman autorise son fils à le garder dans sa chambre. Au début, Diego sort le dimanche dans le jardin, en passant par la fenêtre. Plus après, son volume s'accordant mal avec le jardinage paternel. La plupart du temps, les deux comparses jouent dans la chambre du garçonnet. Pour ramener le calme dans la maison, Papa impose parfois la lecture d'un livre. Philibert sort le dernier bouquin reçu de son parrain, encore lui, un livre bourré d'images de chevaux qui donnent plein de nouvelles idées à Diego. Pas idéales pour le mobilier mais ouvrant à Philibert l'horizon de cavalcades infinies dans la forêt toute proche. Un album qui se moque allègrement du vraisemblable pour entraîner le lecteur dans des aventures originales, cultivant la bonne humeur et l'imagination.


"L'anniversaire d'Henri", de Jacques Duquennoy (Albin Michel Jeunesse).

On connaît bien Henri, le petit fantôme ami de Lucie, Georges et Edouard, dont une des particularités est de prendre la couleur de ce qu'il mange ou boit. Le revoilà en héros de fête d'anniversaire dans des pages qui bougent joyeusement. Quel plaisir de le voir avaler cookies, bonbons de couleur, menthe à l'eau, gâteau à bougies (quatre), avant une expédition décoiffante à la cave sombre, sombre, où s'est cachée tata Gligli!


"L'anniversaire d'Oscar", d'Etsuko Wanatabe (Seuil Jeunesse).

Oscar, le petit dernier de la famille croco, assiste aux préparatifs de sa fête d'anniversaire. Tout le monde s'y met, Papa, Maman, le grand frère et la grande sœur. Des images simples et colorées racontent l'essentiel des festivités, dont la fabrication du gâteau (recette jointe) mais les nombreuses tirettes, roues à tourner, volets à déplier et autres astuces techniques dépeignent aussi tout le reste, courses urgentes ou vie parallèle d'une famille souris.


Et encore


jeudi 3 novembre 2011

LD couvre Anna Boulanger

Devinette
Regardez bien ces deux dessins, extraits d'albums qui paraissent aujourd'hui.

(c) Attila.


(c) Attila.

Ils ont été faits à plus de 40 ans d'écart.

Un océan sépare leurs deux créateurs.
La seconde dit même ne pas connaître le premier.
Ou du moins qu'elle ne le connaissait pas quand elle a réalisé cette série de dessins - depuis l'éditeur le lui a fait découvrir.

Et pourtant, quel air de famille, que de points communs! Quelle réussite et quel talent chez chacun.

Les avez-vous reconnus?

En haut à gauche, un dessin de l'immense Edward Gorey (1925-2000).
En dessous, à droite, un dessin d'Anna Boulanger, tout juste sortie de l'école Saint-Luc de Bruxelles et qui a déjà un peu travaillé dans la micro-édition.

Les deux artistes sont publiés par le même éditeur, Attila.

On se souviendra que la jeune maison d'édition française a entamé la réédition d'Edward Gorey.
On avait retrouvé ce dernier avec la "Trilogie de Treehorn" (voir note précédente), sur un texte de Florence Parry Heide qui vient de mourir, déclinée en "Le rapetissement de Treehorn", "Le trésor de Treehorn" et  "Le souhait de Treehorn".



Deux autres ouvrages du génial Américain arrivent aujourd'hui en librairie.

Il s'agit de son album célébrissime en tant qu'auteur-illustrateur, "Les enfants fichus" ("The Gashlycrumb Tinies", 1963), en version bilingue (le texte est traduit pour la première fois en français par Ludovic Flamant,  un autre Belge).



Edward Gorey y dresse un catalogue alphabétique de tout ce qui peut arriver comme malheurs aux enfants, Amy, Basil, Clara...
C'est cruel, grinçant, lugubre, tout ce qu'on veut, mais jamais macabre et surtout somptueux. Un véritable chef-d’œuvre.
Ultra-célèbre aux Etats-Unis, le livre a notamment inspiré Tim Burton pour "La Triste fin du petit enfant huître et autres histoires" (10/18). Chaque page de l’abécédaire est construite comme un vers de dix pieds; ils sont rimés deux à deux. La traduction française les a transposés en alexandrins, plus proches de notre oreille. Quant aux dessins, en noir et blanc, minutieux, splendides, ils donnent une bonne idée du côté irrévérencieux, et donc combien nécessaire, de leur auteur.
Pour s'en faire une idée, une vidéo à voir sur http://goo.gl/mkTaI


L'autre album illustré par Edward Gorey qui paraît chez Attila est "Les histoires de Donald" (textes de Peter F. Neumeyer, traduits par Oskar). C'est de celui-ci que provient l'image tout en haut.


Deux contes américains datant de 1969 et 1970 y sont rassemblés, complètement à hauteur d'enfant. Dans le premier, il s'agit du sauvetage d'un ver blanc par Donald et sa maman. Dans le second, du retrait d'une écharde du genou de Donald par sa maman. A première vue, cela n'a l'air de rien, mais ce sont de fantastiques univers que déploient l'auteur et l'illustrateur.

L'album est conçu par doubles pages, celles de gauche, noires, accueillant le texte, celles de droite, proposant les délicates illustrations. Quel tremplin pour l'imagination et la fantaisie!C'est exactement dans cette veine, imaginaire et technique, que s'inscrit Anna Boulanger (revoir la deuxième image plus haut)."Le Haret québécois et autres histoires", son premier album, paraît aujourd'hui aux éditions Attila.

Un petit bijou surréaliste, tout en hauteur.
Ses cinq histoires sont nées de mots collectionnés en listes, ordonnés et désordonnés jusqu'à ce que naissent des images. Des images qui sont devenues des dessins, des mots qui sont devenus des phrases.
Au lecteur d'alors intervenir!









Une exposition Boulanger
Une partie des originaux d'Anna Boulanger apparaissant dans l’ouvrage
"Le Haret québécois" ainsi qu'une suite d'autres dessins, sont actuellement exposés chez Brüsel (100 boulevard Anspach,  1000 Bruxelles), et ce jusqu'au 23 novembre.
Vernissage ce jeudi 3 novembre à 19 heures en présence de l'artiste.
Sera également projetée  à cette occasion une version animée des "Enfants fichus", en présence du traducteur de l'album, Ludovic Flamant.

Un concours Gorey
Les éditions Attila organisent aussi un concours de traduction libre sur les "Enfants fichus" d'Edward Gorey.
Il est ouvert à tous les lecteurs, polyglottes (ou non), en âge de lire (ou pas), Goreymaniaques (ou en devenir),
amateurs de contraintes (surtout), prosateurs ou poètes, âgés de plus ou de moins de 18 ans, sans obligation d’achat.
"The Gashlycrumb tinies", qui fait l’objet du concours, cet abécédaire d’enfants malchanceux, est disponible en version originale (Bloomsbury) et en version bilingue (Attila).
Les lecteurs sont invités à traduire - ou réinventer - le texte des "Gashlycrumb tinies", titre compris, sans contrainte métrique, ni rythmique, ni onomastique, et à envoyer leur traduction par mail (info@editions-attila.net), courrier (16 rue Charlemagne, 75004 Paris), facebook ou dans les librairies participantes, du 6 novembre au 31 janvier 2012.


Un jury réunissant les amis d’Attila se réunira pour le Carnaval (21 février) afin de procéder à une sélection. Les gagnants recevront une surprise du catalogue attilesque.
Une anthologie des traductions les plus inventives apparaîtra sur le site internet de la maison d’édition.