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mardi 29 octobre 2024

Joepie! Le retour de Flirt Flamand

Joepie! Youpie!  Passa Porta annonce une nouvelle édition du "Flirt Flamand", cette opération lançant des ponts entre littératures belges en français et en flamand. Ce sera bref, cinq rendez-vous dans cinq  librairies phares de Bruxelles le temps d'un week-end, celui du 22 au 24 novembre. Ce sera bref mais ce sera en français, et gratuit (places limitées, réservation obligatoire ici). La nouveauté de l'année est que les dialogues entre auteur.e.s auront lieu dans une librairie. L'occasion de découvrir cinq auteur.e.s flamands récemment traduits en français. Et on nous dit que des exemplaires de livres seront offerts au public.
 
Programme

Flirt numéro 1: Eva Kamanda et Anna Safiatou Touré

 

Eva Kamanda et Anna Safiatou Touré.


L'actrice et autrice flamande Eva Kamanda ("Une vie sous silence", traduit du néerlandais par Marie Hooghe, Racine) s'entretient avec l'artiste franco-malienne installée à Bruxelles Anna Safiatou Touré ("Herbier du département congolais des Serres royales de Laeken", CFC éditions) pour explorer les conséquences du passé colonial belgo-congolais.

Librairie CFC, Pl. des Martyrs 14, 1000 Bruxelles
Vendredi 22 novembre à 18 heures
 
 

Flirt numéro 2: Angelo Tijssens et Lara Gasparotto


Angelo Tijssens et Lara Gasparotto.

Le dramaturge et scénariste flamand Angelo Tijssens (les films "Girl" et "Close" de Lukas Dhont) échange avec la photographe belge Lara Gasparotto autour de son premier roman beau et cru traduit en français, "Au bord" (traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg, Julliard).
 
Les Yeux Gourmands, Av. Jean Volders 64, 1060 Saint-Gilles
Vendredi 22 novembre à 19h30


Flirt numéro 3: Mieke Versyp et Dominique Goblet

 

Mieke Versyp et Dominique Goblet.

La scénariste et autrice flamande Mieke Versyp vient parler de "Peau", son premier roman graphique (illustré par Sabien Clement, traduit du néerlandais par Françoise Antoine, Editions çà et là) en échange avec l'artiste Dominique Goblet ("Le Jardin des candidats", avec Kai Pfeiffer, FRMK) de ce que veut dire écrire sur les corps des femmes, leurs vieillissements et leurs désirs.

Brin d'acier, Rue Josaphat 269, 1030 Schaerbeek
Samedi 23 novembre à 19 heure
 

Flirt numéro 4: Miriam Van hee et Philippe Noble

 

Miriam Van hee et Philippe Noble.
 
La poétesse flamande Miriam Van hee (Gand) s'entretient avec son traducteur Philippe Noble, directeur de la collection "Lettres néerlandaises" aux éditions Actes Sud, à propos de la traduction française de son recueil "Entre bord et quai" (Cheyne).

Tropismes, 11 Galerie des Princes, 1000 Bruxelles
Dimanche 24 novembre à 11 heures




Flirt numéro 5: Rachida Lamrabet et Veronika Mabardi

 
Rachida Lamrabet et Veronika Mabardi.

L'autrice flamande Rachida Lamrabet vient présenter sa première traduction vers le français, "Raconte-le à quelqu'un" (nom du traducteur inconnu, La croisée des chemins). Elle échangera avec la dramaturge et autrice bilingue Veronika Mabardi, Grand prix du Roman de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique 2022 pour le bouleversant "Sauvage est celui qui se sauve" (Esperluète, lire ici).

TULITU, Rue de Flandre 55 à 1000 Bruxelles
Dimanche 24 novembre à 12h30

lundi 26 novembre 2018

Le pire et le meilleur des années 80 belges

Le Delhaize d'Alost en 1985.
Les années 1980 en Belgique, ce sont les gouvernements Martens successifs, la création d'Ecolo, la victoire de Sandra Kim à l'Eurovision, la visite du Pape Jean-Paul II, le drame du Heysel (39 morts)...

Les années 1980 en Belgique, ce sont bien entendu aussi les attaques des CCC (Cellules communistes combattantes) et celles, sanglantes, des Tueurs du Brabant qui ont terrorisé le pays entre 1982 et 1985, et toujours non élucidées, plus de trente ans après.

Qui ne se souvient pas de ces braquages d'enseignes Delhaize le plus souvent, tournant au carnage? Des ouvertures d'enquêtes, des réouvertures d'enquêtes, des réréouvertures d'enquêtes? Aujourd'hui, plusieurs victimes directes ou indirectes, ne sont plus de ce monde. Certains des tueurs non plus, peut-être. Peut-être, car ils n'ont jamais été clairement identifiés.


Aujourd'hui, en parallèle au beau et poignant film de Stijn Coninx, "Niet schieten" (Ne tirez pas), actuellement au cinéma, qui revient sur la tuerie du Delhaize d'Alost le 9 novembre 1985 et est tiré d'un livre éponyme, sort un nouveau livre de David Van de Steen qui le complète fort bien et le prolonge. Toujours avec la journaliste Annemie Bulté, l'ancien gamin de neuf ans miraculeusement rescapé publie "Survivant des Tueurs du Brabant" (traduit du néerlandais par Liliane Tackaert et Christian De Greef, Racine, 256 pages). Un récit-enquête qui s'imposait aux yeux des auteurs vu les nombreuses rencontres faites après le premier.

"Survivant des Tueurs du Brabant" est non seulement le récit de David qui échappa, à neuf ans, aux tueurs qui massacrèrent devant lui son père, sa mère et sa sœur, brisant sa famille, tuant son enfance, mais aussi celui des autres victimes de cette période noire toujours mystérieuse. Devenu adulte, mari et père, apaisé, David Van de Steen reprend la quête de son grand-père aujourd'hui décédé, "Petje", Albert Van den Abiel, cet homme extraordinaire qui ne baissa jamais les bras dans sa recherche infinie de la vérité. Enquêtant, confrontant, interpellant tous ceux qui semblaient parfois se taire. Des documents entreposés notamment dans une mallette en crocodile, devenue le témoin que le grand-père a passé à son petit-fils sur son lit de mort.

Avec la journaliste Annemie Bulté, David Van de Steen fournit un récit extrêmement fouillé de nombreux éléments liés aux Tueurs du Brabant depuis les années 80. Témoignages, enquêtes, pistes diverses s'offrent à nos yeux incrédules devant la manière dont police et gendarmerie ont alors travaillé. Mal. Très mal. Et guère mieux depuis, l'affaire n'étant toujours pas élucidée. Evidemment la question du pourquoi s'impose. Sans complotisme, les auteurs ne l'esquivent pas.

Si David Van de Steen écrit ici son histoire personnelle, il y intègre aussi toutes les autres victimes de ces drames, directes et indirectes, d'hier et d'aujourd'hui, et leurs proches, se faisant ainsi le porte-voix de ceux qu'on n'a jamais voulu entendre. Ça pique aux yeux et ça pique au cœur, mais il est nécessaire de le lire pour connaître cet aspect de la Belgique.

Pour feuilleter en ligne "Survivant des Tueurs du Brabant", c'est ici.



Mais les années 1980 en Belgique, ce sont aussi celles qui voient la naissance, en 1985, de l'émission télévisée "Strip-Tease", créée à la RTBF par Marco Lamensch et Jean Libon - elle passera aussi sur France 3 de 1992 à 2012 - et dont ils garderont la responsabilité éditoriale jusqu'en 2005. Qui n'en a pas gardé un ou plusieurs épisodes en mémoire? Ou au moins la voix off de Martine Matagne.

"Strip-tease, l'émission qui vous déshabille", voulait proposer des documentaires d'un genre nouveau où les commentateurs s'effaceraient pour laisser parler les protagonistes. Les sujets venaient essentiellement de la vie de tous les jours mais la manière de les aborder était on ne peut plus originale, choquant les uns, réjouissant tous les autres.

Si l'épisode sans doute le plus culte de l'émission tout aussi culte fut sans doute "La soucoupe et le perroquet" (1993) où on découvrait un certain Jean-Claude Ladrat en train de construire une soucoupe volante dans son jardin dans un reportage du journaliste Frédéric Siaud, il y en eut plus de huit cents autres!

Un chiffre qui paraît assez dingue mais que Marco Lamensch, un des créateurs de l'émission, nous détaille à l'envi dans le livre qu'il consacre à son ancien bébé, plus de trente ans ans après sa naissance, l'épatant recueil sous forme de miscellanées "Strip-Tease se déshabille" (préface de Philippe Geluck, Editions Chronique, 224 pages). Il a choisi une vingtaine de reportages dont il donne un résumé et un texto avant de les utiliser comme tremplins vers des sujets annexes, les sujets les plus fous, les portraits des divers intervenants, le film "Strip-Tease", etc.

Ça part dans tous les sens et c'est bien ça qui est intéressant et rigolo dans l'ouvrage. On n'aurait pas voulu d'une chronologie stricte. Par contre, sauter d'un sujet à l'autre, de la soucoupe initiale au photographe de charme final en passant par les portraits de petites filles modèles et de vieilles dames toujours vertes ou le difficile sujet de l'extrême-droite, et surtout y suivre Marco Lamensch sur les chemins de traverse à propos de l'émission qu'il ouvre pour nous est une riche expérience. Un seul regret, tout petit: que les dates des reportages ne soient pas mentionnées alors que chacun est rendu à son réalisateur.

De grand format, abondamment illustré, touffu sans être étouffant, "Strip-Tease se déshabille" est aussi un très beau retour en arrière sur ce que la société a été.


La soucoupe et le perroquet.



mercredi 3 octobre 2018

Cinquante espaces verts et citoyens à Bruxelles

Le marais du Wiels à Forest. (c) Racine.

Si, avec ses nombreux parcs traditionnels, Bruxelles est réputée la ville la plus verte d'Europe, elle compte aussi un nombre incroyable d'espaces verts de taille plus modeste, investis par les habitants, jardins communautaires, fermes et potagers urbains, friches transformées en espaces verts... Ce sont cinquante de ces lieux plus cachés qu'un guide illustré, réalisé par Christophe et Jacques Mercier, dévoile avec une énergie et un enthousiasme communicatifs. "Paysages citoyens à Bruxelles" (Racine, 128 pages) pointe "50 lieux où la nature et l'humanité ont repris leurs droits" comme le précise le sous-titre. Dans l'esprit de l'Américaine Liz Christy qui créa en 1973 le premir jardin communautaire sur une friche abandonnée à Manhattan.

Le guide présente cinquante lieux, classés par commune, représentatifs des différentes tendances de ce mouvement vert, nature ou social, mais favorisant toujours la rencontre entre les habitants. Il en existe en réalité quasiment sept fois plus! Chacun lieu bénéficie d'une ou deux doubles pages de présentation avec photos, brève carte d'identité (localisation, accès, usage, équipement, présence en ligne) et d'une description sous forme de texte.

La cressonnière royale de Laeken. (c) Racine.

On retrouve des lieux attendus, comme la Digue du canal à Anderlecht, la guinguette du parc de Forest, la ferme Nos Pilifs à Neder-over-Hembeek, le Coin du Balai à Watermael-Boitsfort, dans leur  situation actuelle. On découvre surtout des lieux inédits, devant lesquels on est sans doute passé cent fois sans soupçonner leurs trésors. Les voici - ils sont également posés sur une carte de la ville. De quoi se balader autrement dans la capitale belge, au nord et au sud du canal, de quoi admirer les réalisations existantes et peut-être s'en inspirer pour son propre quartier.

(c) Editions Racine.

Ce n'est pas la première fois que Jacques Mercier, alias Monsieur Dictionnaire, travaille avec un de ses enfants. Il a partagé sa passion pour le jazz avec son fils Stéphane. Cette fois, c'est avec l'aîné, Christophe, un architecte épris de concertation citoyenne, musicien par ailleurs. Ce dernier a bien compris la nouvelle génération qui est revenue vivre en ville mais est à la recherche d'espaces verts et citoyens.

La Ferme du champ des cailles à Watermael-Boitsfort. (c) Racine.


Pour feuilleter en ligne le début de "Paysages citoyens à Bruxelles", c'est ici.



vendredi 20 octobre 2017

Le coup d’œil inouï de Robert Doisneau

"Le" Rolleiflex du maître est à Ixelles.

Demandez autour de vous de vous citer une photo de Robert Doisneau. On vous répond la plupart du temps le "Baiser de l'Hôtel de ville". Normal, datant de 1950, elle est sans doute la plus connue de l'artiste. J'avais eu l'immense plaisir de l'interviewer à ce sujet, en 1993 (lire ici). Avec quelques efforts, on vous citera un portrait de Picasso fait à Vallauris en 1952.

Le baiser de l'Hôtel de ville, Paris, 1950. (c) Robert Doisneau.
Les pains de Picasso, Vallauris, 1952. (c) Robert Doisneau.

Deux clichés alors que le célébrissime photographe français (1912-1994) a développé plus de 450.000 négatifs en soixante ans de travail? Il y a quelque chose qui cloche. Pour vous rattraper, et parce qu'elle est un pur bonheur, foncez voir l'exposition "Robert Doisneau" qui vient de s'ouvrir au Musée d'Ixelles. Près de cent septante de ses photos sont exposées, souvent dans des tirages vintage, dans un accrochage sobre et bien pensé qui leur rend hommage.

Autoportrait au Rolleiflex, 1947. (c) Robert Doisneau.

A flâner le long des cimaises, on est frappé par la force du coup d'œil de Robert Doisneau. Quel art de l'instant juste! Il saisit ici un regard, des mariés amoureux ou un mari intéressé par un autre tableau que sa femme, capte là une composition inattendue comme ce ballet d'hélicoptères au-dessus de statues. Doisneau, c'est la magie du temps arrêté sur la pellicule à une époque où le moteur n'existait pas, c'est le sens du cadrage parfait dès la prise de vue. C'est aussi une immense joie de vivre, au quotidien, terriblement contagieuse. Un moment de déprime? Allez contempler quelques photos de Doisneau. Et ayez en tête que la plupart d'entre elles ont été réalisées dans des périodes difficiles, de restrictions, de pauvreté. Il a connu les deux Guerres mondiales et les temps difficiles qui les ont suivies. Regardez ses ateliers d'artistes, vous verrez comme ces derniers sont chaudement habillés. Regardez les chaussures, les vêtements, puis voyez les sourires, les rires! Quelle formidable célébration de la vie.

La dernière valse du 14 juillet, Paris, 1949.  (c) Robert Doisneau.

L'exposition est organisée en trois parties spécifiques. La première, en noir et blanc,  s'intitule le "Merveilleux quotidien". Il s'agit de 79 tirages précieux qui avaient été choisis dans l'Atelier Robert Doisneau pour l'exposition montée au printemps 2014 à Mexico pour le voyage du président François Hollande, mais n'avaient pas encore été montrés ailleurs. Merveilleux, ils retracent la carrière de Robert Doisneau des années 30 aux années 80. En première place, "Les pavés", sa première photo, en 1929! Ensuite viennent ces scènes si remarquablement fixées par l'exceptionnel coup d'œil du photographe, des scènes de rue, de café, de vacances, de loisirs et de travail, des fêtes du 14 juillet, des instantanés de cabaret, des mariages, des enfants qui jouent et rient. Et toujours ces cadrages parfaits et ces regards de face, de biais et même de dos.

Les cygnes gonflables, Palm Springs, 1960. (c) Robert Doisneau.

Vient ensuite une surprenante série de photos en couleurs, celles que Robert Doisneau a réalisées en novembre 1960 à Palm Springs pour le magazine américain "Fortune". Un reportage ethnographique où on sent l'amusement que l'habitant de Montrouge prend à (dé)couvrir ce décor artificiel fait pour des retraités désormais incapables de l'utiliser, maisons incroyables, piscines, golfs, bagnoles immenses, sans oublier bien entendu les occupants eux-mêmes, des hommes et des femmes de tous âges, des chiens... Des photos plus amusées que moqueuses où on perçoit aussi le plaisir pris à utiliser la pellicule couleurs à des fins esthétiques, une première.

Hans Arp, le 25 septembre 1958. (c) Robert Doisneau.

Le parcours dans l'exposition revient alors au noir et blanc avec une belle sélection de photos d'"Ateliers d'artistes", cinquante-cinq au total, ceux de son quartier et des environs, mais aussi ceux qui habitent loin de Paris. Doisneau a beaucoup travaillé pour la presse après la guerre 1940-1945. Il a aussi beaucoup travaillé tout court parce que les temps étaient durs, les photos pas cher payées et qu'il avait une famille à nourrir, dont ses deux filles, Annette  et Francine, qui ont repris le flambeau de l'Atelier Robert Doisneau et ont permis cette superbe exposition ixelloise.

L'exposition "Robert Doisneau" se tient au Musée d'Ixelles (rue Jean Van Volsem 71) jusqu'au 4 février 2018, du mardi au dimanche de 9h30 à 17 heures. Autres renseignements ici.



L'exposition est assortie d'un catalogue, "Robert Doisneau" (Racine/Lannoo, 240 pages) qui est bien plus qu'un catalogue d'exposition. Il comporte évidemment la reproduction des photos exposées mais aussi des textes d'analyse et de témoignage. Il s'ouvre sur cette phrase de l'artiste: "Il est des jours où l'on ressent le simple fait de voir comme un véritable bonheur". Jacques Véry commence par faire le lien entre son métier de professeur honoraire au lycée Robert Doisneau à Corbeil-Essonnes, Claire Leblanc, la conservatrice du Musée d'Ixelles et l'expo Doisneau.

Ensuite, Danielle Leenaerts met en balance son texte biographique "L'évidence poétique de la photographie selon Doisneau" avec une autre phrase de l'artiste, "Je ne pensais certainement pas à faire une œuvre, je voulais simplement laisser le souvenir de ce petit monde que j'aimais". Virginie Devillers, enfin, évoque différentes photos de Robert Doisneau dans son analyse intitulée "Une poétique du regard".

Un ouvrage solide à lire et à regarder. Pour en feuilleter quelques pages, c'est ici.