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jeudi 13 décembre 2018

Déjà, des noms d'invités au Passa Porta Festival


Quels écrivains seront à Bruxelles fin mars? On apprend aujourd'hui la participation de Jonathan Coe, Adeline Dieudonné, Jenny Erpenbeck, Rachida Lamrabet, Marie Ndiaye, Ilja Leonard Pfeijffer, Olga Tokarczuk et Ali Smith à la septième édition du Passa Porta Festival. Et on remarque avec plaisir l'abondance de noms féminins. Le PPF19 se tiendra du vendredi 28 mars au dimanche 31 mars, dans trois gros mois à peine.

Sortez vos agendas car une centaine d'auteurs et d'artistes seront à Bruxelles pour ce désormais traditionnel week-end d'entretiens, de débats, de dialogues et de rencontres. Plus de 70 rencontres se tiendront dans une dizaine de lieux du cœur de Bruxelles (Passa Porta, Beursschouwburg, KVS, Espace Magh, la Bellone, etc).

Le programme complet du festival sera publié le jeudi 28 février.

Les premiers noms

Jonathan Coe
Jonathan Coe. (c) Alexandra Cool.
L'écrivain britannique a signé des romans satiriques tels que "Testament à l'anglaise" (traduit de l'anglais par Jean Pavans, Gallimard, 1995) et "Bienvenue au club" (traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin , Gallimard, 2003). Dans son douzième roman, "Middle England", il a récemment proposé le portrait tranchant d'un pays traversant une profonde crise identitaire, le Royaume-Uni.
A Bruxelles, Jonathan Coe évoquera l’écriture à l'ombre du Brexit. Le vendredi 29 mars, jour officiel du Brexit, il sera également sur scène lors de la "conférence-concert" Goodbye Hello.

Adeline Dieudonné 
Adeline Dieudonné. (c) St. Remael.
Le "phénomène" de la littérature francophone 2018 avec son premier roman, "La Vraie Vie" (L'iconoclaste), recueille un immense succès critique et public. Il a reçu les prix Rossel, du roman Fnac, Filigranes, Choix Goncourt de la Belgique, Renaudot des lycéens (lire ici). L'histoire de cette jeune adolescente qui refuse de devenir une proie a déjà touché des dizaines de milliers de lecteurs et s'apprête à être traduite en une dizaine de langues.

Jenny Erpenbeck
Jenny Erpenbeck. (c)Nina Subin.
Une des grandes voix littéraires allemandes actuelles a remporté l'Europese Literatuurprijs avec son roman "Aller Tage Abend" (2012). Pour son roman "Gehen, ging, gegangen" (2015), elle s'est longuement entretenue avec des réfugiés tentant leur chance en Allemagne. Ce livre, qui entremêle la question des réfugiés et la complexité de l'histoire allemande, a notamment été récompensé par le Premio Strega Europeo.

Rachida Lamrabet
Rachida Lamrabet. (c) Koen Broos.
L'écrivaine et juriste  a remporté le Vlaamse Debuutprijs il y a plus de dix ans avec son roman "Vrouwland". Récemment, elle a publié un essai tranchant, "Zwijg, allochtoon!", ainsi que le roman historique "Vertel het iemand". Lors du Passa Porta Festival, elle donnera la parole à quatre jeunes auteures flamandes issues de l'immigration. Dans de nouveaux textes écrits à l'occasion du tricentenaire de Robinson Crusoé, elles uniront leurs réflexions sur le racisme et la décolonisation, sur le silence imposé et la faculté de prise de parole.

Marie NDiaye
Marie NDiaye.
Elle a commencé à écrire très jeune. Elle n'a que 18 ans quand paraît son premier roman, "Quant au riche avenir" (Minuit, 1985). La consécration viendra avec "Rosie Carpe" (Gallimard, 2001, prix Femina) puis "Trois femmes puissantes" (Gallimard, 2009, Prix Goncourt). Au festival, cette auteure majeure reviendra sur son œuvre multiple (romans, jeunesse, théâtre, nouvelles) et sur "La Cheffe" (Gallimard, 2016), roman d'une cuisinière.

Ilja Leonard Pfeijffer
Ilja Leonard Pfeijffer.
L'écrivain et poète néerlandophone a remporté le Jan Campertprijs pour son recueil de poèmes "Idyllen" et le Libris Literatuur Prijs pour son roman "La Superba". Ce mois-ci sort son nouveau roman "Grand Hotel Europa".



Olga Tokarczuk
Olga Tokarczuk. (c) J. Kołodziejski.
Polonaise, l'auteure du roman "Les Pérégrins" (traduit du polonais par Grazyna Erhard, Noir sur Blanc, 2012) a été récompensée en 2018 par le Man Booker International Prize pour la traduction anglaise de son roman. Son dernier roman, "Les Livres de Jakób" (traduit du polonais par Maryna Laurent, 2018), sur les Juifs d’Europe centrale au dix-huitième siècle, a lui aussi raflé les prix, tout en entraînant dans son sillage brûlant d’actualité son lot de controverses… et même des menaces de mort.

Ali Smith
Ali Smith. (c) Christian Sinibaldi.
Sebastian Barry l'appelle le "futur Prix Nobel écossais". La romancière a parcouru un chemin parsemé de romans à thèse cinglants, dont le primé "Comment être double" (traduit de l'anglais par Laetitia Devaux, L'Olivier, 2017). Lors du Passa Porta Festival, elle présentera son nouveau roman "Spring", troisième volet d’un cycle débuté avec "Autumn" et "Winter".
Ali Smith rejoindra Jonathan Coe, l'Aurora Orchestra britannique et le grand ténor Ian Bostridge lors de la "conférence-concert" "Goodbye Hello" le vendredi 29 mars.


Les tickets pour le Passa Porta Festival 2019 sont en vente à tarif réduit d'aujourd'hui au dimanche 6 janvier sur passaporta.be.


lundi 17 mars 2014

LD ambule de Coe en Coe


Si vous avez raté la rencontre Coe & Cauwe à la Foire du livre de Bruxelles, ce n'est pas très grave.

L'auteur britannique a excellemment répondu, avec beaucoup de générosité, à mes questions à propos de son premier roman jeunesse, "Le miroir brisé" (traduit de l'anglais par Josée Kamoun, illustré par l'Italienne Chiara Coccorese, Gallimard Jeunesse, 112 pages) et de la genèse de ce livre.

Mais entre nous, ce premier essai en littérature de jeunesse n'est pas très bon, même s'il est plein de bonnes intentions.

On a de la peine à suivre l'histoire de la narratrice solitaire qui se réfugie dans ce qu'elle voit dans un bout de miroir, trouvé sur une décharge, pour contourner les aléas de sa vraie vie.On la voit grandir, passer de l'enfance à l'adolescence. Douter d'elle-même, éprouver ses premiers émois amoureux, prendre son miroir comme un doudou... Les drames et les difficultés de cet âge difficile sont tous là, et la fin, même si elle est ouverte, s'annonce plus heureuse que les années qui l'ont précédée.


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En même temps, Jonathan Coe publie un nouveau roman pour les adultes, "Expo 58" (traduit de l'anglais par Josée Kamoun, Gallimard, 330 pages), son dixième. Un sujet qui séduit bien entendu la Belge que je suis, puisqu'il se déroule aux alentours de l'Atomium. Même si je n'étais pas née au moment de l'Exposition universelle de 1958 - pas plus que l'auteur d'ailleurs!
Le Roi Baudouin, la Belgique joyeuse, les diverses attractions, que de références...

On retrouve bien dans le texte tant la joie de l'Expo que l'atmosphère de guerre froide qui régnaient à l'époque. Cette dernière d'autant plus perceptible que les autorités belges n'ont pas trouvé mieux que d'installer côte à côté les pavillons américain et russe! Ce qui donne pas mal de travail à tous les services secrets du monde.

Ceux de Grande-Bretagne ne sont pas en reste puisqu'on suit l'intrigue du roman à travers les yeux de Thomas Foley, fonctionnaire au ministère de l'information, détaché à Bruxelles le temps de l'exposition. Il sera responsable du "Britannia", le bar célébrant les bières et les inventions britanniques. L'occasion pour le jeune époux et père de famille de sortir de sa routine londonienne. Dans des limites qu'il n'avait pas imaginées au départ mais auxquelles il prend bien vite goût. On le découvre au fil du récit et des lettres qu'il échange avec Sylvia.

L'écrivain s'amuse dans ce roman historique qui parodie les romans d'espionnage. Il nous amuse aussi, le temps de la lecture de l'ouvrage. Et même si le livre se déroule essentiellement en Belgique, il donne un délicat portrait en creux de la société britannique de la fin des années 50.


Mais il n'atteint pas le niveau d'un livre plus ancien tel "La pluie, avant qu'elle tombe" (traduit de l'anglais par Serge Chaumin et Djamila Chauvin, Gallimard, 2009, Folio, 2010). Là, Jonathan Coe ne pourfend plus la politique britannique, mais il explore l’intime avec le même brio.

Ce roman est magnifique, prenant, bouleversant avec ses personnages d’un romanesque superbe. Moments de grâce et tragédies s’y donnent la réplique dans un style virtuose. Le canevas est simple: Rosamond vient de mourir à 73 ans; en rangeant sa maison, Gill, sa nièce et exécutrice testamentaire, découvre, entre autres choses curieuses qui s’expliqueront plus tard, quatre cassettes enregistrées. "Gill, ces cassettes sont pour Imogen", a griffonné Rosamond. "Si tu ne la retrouves pas, écoute-les toi-même."

Imogen est une lointaine cousine aveugle dont la famille a perdu la trace et que Gill ne parviendra pas à localiser. C’est donc elle qui écoutera les cassettes, en compagnie de ses deux filles. "J’espère, Imogen, que c’est toi qui m’écoutes", commence la voix de Rosamond qui explique qu’elle se sent une obligation envers elle, "un devoir que je n’ai jamais vraiment accompli".

Pour sa confession, la vieille dame a sélectionné vingt photos, "vingt scènes de ma propre vie (…) que je me propose de te raconter". Elle sait que son histoire concerne aussi Imogen et qu’elle est la seule à pouvoir la lui transmettre, la seule à pouvoir révéler ces secrets de famille.

Débute alors, à l’usage d’une aveugle, la description des vingt clichés: les personnages, les paysages, les scènes, mais aussi les odeurs, les musiques, les sensations. Tout de suite, on est pris par l’écriture de Jonathan Coe qui nous projette, sur fond de marche du monde et de la société, au cœur de tragédies familiales, d’une incapacité féminine à aimer se transmettant de génération en génération, de coïncidences à répétition. En numérotant les photos, le romancier enclenche un compte à rebours qui rappelle que cette lecture fascinante progresse inéluctablement.

Rosamond entame l’histoire de sa famille avant la guerre, elle l’achève de nos jours. "Une chose n’a pas besoin d’exister pour rendre heureux", écrit Coe qui déroule bonheurs et tristesses, joies et remords de Rosamond et de ses proches, dont sa cousine Beatrix, son aînée de trois ans. Celle dont la rencontre déterminera toute sa vie. Sa sœur de sang sera en effet la mère de Théa et la grand-mère d’Imogen, deux petites qu’elle a chéries à des époques différentes.