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jeudi 25 juin 2020

L'infiniment belle rencontre de deux femmes

Juliette Jourdan.

Le 20 juin est la journée mondiale des réfugiés (et des demandeurs d'asile). Crise sanitaire oblige, il a, cette année, à juste titre, été beaucoup réclamé des régularisations massives. Au point qu'on a moins parlé que les éditions précédentes des infectes "procédures Dublin". Ce règlement européen stipule qu'une personne doit demander l'asile dans le premier pays où elle a laissé ses empreintes. Il a pour conséquence que les demandeurs d'asile sont renvoyés là où ils sont arrivés en Europe, l'Italie et la Grèce en général, deux pays à qui on fait porter le poids de toutes les migrations politiques et économiques. Il a aussi pour conséquence que les demandeurs d'asile tentent souvent le tout pour le tout pour faire enregistrer leur demande ailleurs que là où ils sont arrivés. Bien sûr, on peut casser une procédure Dublin, mais c'est un véritable parcours du combattant, différent d'un pays européen à l'autre et extrêmement chronophage.


Cette longue introduction pour dire pourquoi j'ai été immédiatement attirée par le deuxième roman, en dix ans, de Juliette Jourdan. Il porte en effet comme titre un laconique "Procédure Dublin" (Le Dilettante, 192 pages). Etalé sur quatre jours, vendredi, samedi, dimanche et lundi, ceux de la procédure, écrit à la deuxième personne du singulier car adressé à Aminata, une jeune Malienne arrivée en France via l'Italie, il dit extrêmement bien la forteresse que l'Europe a érigée actuellement. Il dépeint l'itinéraire d'Aminata, entre espoirs et désillusions, force et volonté, et en sous-texte la sévérité pour ne pas dire l'idiotie des règlements. Mais surtout la force inexpliquée qui peut envoyer une femme en aider une autre, à trois cents kilomètres de chez elle.

Extrêmement documenté sur le quotidien des demandeurs d'asile en France, ancré dans le présent car on y voit passer quelques gilets jaunes, ce roman n'est toutefois pas un roman de plus sur les demandeurs d'asile. L'auteure fait constamment résonner le rude parcours d'Aminata avec celui de la narratrice, la soixantaine, également secouée par le destin, dans sa sphère familiale comme professionnelle. Entre ces deux-là, qui espèrent mieux pour demain, qui dérivent mais se servent de bouées l'une l'autre, quelles qu'en soient les raisons, un lien terriblement fort existe et ne peut être coupé. Et permet de reprendre un tout petit peu de confiance en l'humanité. Juliette Jourdan a l'écriture vive et un talent fou pour nous faire appréhender ces deux itinéraires qui se sont croisés tout en laissant au lecteur l'espace pour s'y glisser, le temps de ces pages attachantes et bouleversantes.

Pour lire un extrait de "Procédure Dublin", c'est ici.









lundi 25 mai 2020

Une nouvelle fable sociale d'Anna Rozen

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque41


Le poète Germain Nouveau (Pourrières1851- Pourrières 1920).


Observation fine de ses contemporains, plume pétillante et humour grinçant, telle est la romancière Anna Rozen qui publie l'excellent "Loin des querelles du monde" (Le Dilettante, 254 pages). Un roman savoureux, son septième chez cet éditeur, sur un écrivain parisien auteur de best-sellers qui décide tout d'un coup d'en finir avec ce genre et d'écrire SON grand roman. Non commercial évidemment. Voilà pour l'ossature. Car ce qui compte chez Anna Rozen, dans tous ses livres, c'est ce qu'il y a autour de cette structure. Et tant les ingrédients qu'elle choisit que leur arrangement sont savoureux. Ils réjouissent, font sourire et réfléchir.

Difficile de ne pas penser à tous ceux et celles qui se sont senti pousser des ailes d'écrivain durant le confinement en faisant connaissance de Germain Pourrières, écrivain bien établi, lui, qui va passer aux rayons Rozen. Pour mieux savourer encore ce nouveau livre, qui oscille constamment entre écriture du nouveau roman et quotidien des protagonistes, il n'est pas inutile de parcourir l'auto-présentation de l'auteure sur le site de son éditeur.

Anna Rozen 
Je suis née en 1960 – je ne sais pas tout, mais je crois que c'est assez important de dire son âge, parce que quand on lit, on aime bien avoir quelques repères et il faut bien reconnaître que comme point de repère, un âge, une génération, donc une culture, des références, ça se pose un peu là. Dans le même ordre d'idée – pour que les gens sachent un peu à qui ils ont affaire – dire que j'ai beau être née "ailleurs" (l'Algérie, en l'occurrence), je n'ai vécu (à part les deux premières années) qu'en France… Lorient, à peine, Toulouse, beaucoup, Paris, énormément.
Je crois qu'on se moque un peu des études que j'ai pu faire.
Il semble que j'en ai assez dit sur ma vie privée et que ce que je n'ai pas dit, je ne devais pas avoir envie de le dire. J'imagine qu'on s'intéresse éventuellement à la manière dont je subviens à mes besoins matériels, donc je précise que j'ai travaillé dans la publicité, et maintenant pour la télévision, comme rédactrice. Ce qui prouve à quel point je suis obstinée, ou maniaque: mon boulot, c'est écrire, mon plaisir c'est écrire, et avec ça je tiens un journal depuis l’âge de 15 ans…
Vaguement monomaniaque donc.
Et puis?
Ah si, les livres que j'aime, ceux que je relis chaque année – presque – quand ils me coulent des yeux jusqu'à la gorge et au ventre, je sens que je ne serai jamais perdue sur la terre:
La Deltheillerie, de Joseph Delteil
Mon amie Nane, de Paul Jean Toulet
Mitsou, de Colette (mais aussi Mes apprentissages, que je confonds avec Le pur et l'impur, L'envers du music hall, Sido et quasi tous les autres en fait! Mais Mitsou, c'est le petit bijou, la fleur à l'épaule, toute l'ivresse dans un minuscule flacon …)
Penses-tu réussir!, de Jean de TinanLes aventures du Roi Pausole de Pierre Louÿs
A l'étranger, Mary Frances Kennedy Fisher, Martin Amis et Philip Roth (ben oui c'est le seul contemporain et il est loin – il fut un temps où je ne lisais, exprès, que des auteurs morts, je me suis calmée, je veux dire ma jalousie l'est… j'en lis d'autres maintenant, mais ma liste c'est la crème de la crème. Qui j'aime d'ici et maintenant? Jaenada (tous les charmes), Dustan (généreux, encourageant), Ernaux (obstinée, chercheuse), Berroyer.
Evidemment, j'espère que je pourrai me remettre à jour de temps en temps, parce que, quelle merveille, je change.

On va donc découvrir Germain Pourrières, le parfait cliché de l'écrivain de Saint-Germain-des-Prés, adulé du public, surveillé comme du lait sur le feu par son agent compréhensif, en plein travail de création. Une satire de la société contemporaine, qui portera le titre de "Plus rien ne sera comme avant", car ses succès le lassent. Un texte inspiré et hanté par un tableau de Toulouse-Lautrec. Pourrières a plein de manies. Quand il coupe une baguette tradition, quand il utilise sa machine à café, quand il se nourrit de boîtes de thon et de sucrines... Pourrières a aussi ses contradictions. Il n'hésite ainsi jamais à se faire inviter à un dîner chic et plutôt bien servi. Bien servi en nourriture et boisson, mais aussi en femmes car l'écrivain en est amateur, on le verra très vite.

L'homme du monde est maniaque et infernal. Il n'hésite pas à malmener ses proches. Dont son neveu Joseph, végane envoyé chez lui par sa sœur cadette Bergère, réfugiée en pleine cambrousse entre élevage de chèvres et potier fougueux. Ce garçon bien de notre temps qui discute de tout, se fait remonter les bretelles par son oncle égocentré mais n'ose pas dire à sa mère qu'il part en Inde. Et quand il est accompagné de sa petite amie Julie, sculptrice et militante, Germain écume. Pour le reste, il écrit, drague dur, pas toujours avec succès. Il profite de ce qui passe. Oublie ce qui rate.

"Quel dur métier que celui d'auteur à succès."

On compatit en souriant en suivant Germain dans ses aventures avec les mots, avec les femmes, avec les humains. En parallèle, Anna Rozen nous glisse un portrait plein de verve mais bien tranchant de la société d'aujourd'hui et du monde de l'édition en particulier. Fable sociale et plaisant marivaudage, "Loin des querelles du monde" avance inexorablement vers les questions essentielles de la vie et de la mort. Le décès de son agent sert de révélateur à Germain qui s'autorise enfin à être lui-même. En est-il encore temps quand sa maison d'édition ne vise plus que le profit?



Pour lire en ligne le début de "Loin des querelles du monde", c'est ici.


Les autres romans d'Anna Rozen parus au Dilettante.








jeudi 24 octobre 2019

L'écriture ou la mère, selon Didier Delome

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co


Didier Delome.

Dans son deuxième roman, "Les étrangers" (Le Dilettante, 253 pages), le français globe-trotteur Didier Delome remonte le fil de son enfance négligée et nous dresse un portrait-mosaïque de sa mère, à qui il voue une inextinguible haine.

 "Lorsqu'on s'est retrouvé confronté au dégoût viscéral de soi durant son enfance, c'est un peu comme une langue maternelle qu'on vous aurait inculquée de force dans votre âme meurtrie."

Tapi dans un recoin d'église, le narrateur assiste au baptême de sa petite-fille, occasion de reconvoquer les siens mais surtout sa mère, par le truchement d'un prénom et des témoignages de ceux qui l'ont connue et aimée. Oscillant entre la fascination et la nausée, l'auteur se garde d'une mise au point trop précise sur le petit visage, craignant que la prophétie haineuse ne poursuive la lignée en y reconnaissant l'un ou l'autre trait de sa mère.

Nous voilà embarqués dans les nuits parisiennes dissolues de l'après-guerre où la belle Françoise capte la lumière et suscite toutes les convoitises. Elle circule en vase clos dans un monde de jet-setteurs à la fureur incandescente de jouir, shootés aux fastes et où, seules la fortune, la jeunesse et la beauté semblent cotées à la bourse des cœurs.

Une silhouette floutée apparaît peu à peu, celle d'une mère éprise de liberté, emportée dans une urgence de vivre, passant de bras en bras, de dépendance en dépendance, en quête effrénée d'une sécurité qu'elle ne peut pourtant s'empêcher de fuir. Vouée à une fin de vie effroyable, l'ostentation et la superbe laisseront la place au vide absolu de la solitude.

Une mère négligente, égoïste, ravageuse identitaire, à la fois puissant dissolvant mais aussi révélateur de soi.

Le titre du roman contient toute la charge de son objet, à la manière d'un noyau qui comprime en lui-même la détresse qui alimente en continu la détestation. Comment aimer cette part de soi qui demeure asséchée, comme un membre drainé de tout flux vital?
"Ma mère m'a dégoûté des autres. Physiquement des autres. Et, plusieurs décennies après son décès, j'en souffre encore. Comment ne pas lui en vouloir?"
"Les étrangers" est un roman fort et touchant, il nous parle d'identité, de filiation, d'une tentative de rapprochement avec cette part de l'autre incorporée en soi qu'il est parfois tout simplement impossible d'assimiler. Et dont on reste irrémédiablement orphelin.

L'écriture de Didier Delome est à la fois rêche et flamboyante. Sublime. Une voix qui n'y va pas par quatre chemins et avance en ligne droite comme un soc entre dans le sol. Le narrateur nomme sans s'apitoyer, sans équivoque tout en gardant l'élégance de la pudeur. Comme il procède d'une démonstration, il conclut sur la faillite même de l'entreprise de consolation, où toute attente n'est depuis longtemps qu'une vaine abstraction.

Mais derrière l'acidité sèche de la rancœur, on entrevoit ce qui fait toute la puissance de ce roman et celle de son écriture: l'usage des mots en lieu et place de ce qui aurait dû advenir, comme tentative ultime de vivre. En cela, ce roman est aussi un fabuleux cri de tendresse et d'amour.
"Jamais nous n'aurions dû nous croiser, ma mère et moi. Loulou a raison. J'aurais mieux fait de la fréquenter avant ma naissance. Peut-être aurais-je su l'apprécier à sa juste valeur, sans tous ces a priori détestables qu'ont forgés en moi nos six années de promiscuité forcée. Mais n'est-il pas trop tard à mon âge pour réécrire notre histoire? Malgré ma certitude que la littérature possède ce génie faramineux de cicatriser les plaies du passé et de consoler de ce qui aurait pu être et n'a pas été."

Pour lire le début de "Les étrangers", c'est ici.


Note de LU cie & co


Didier Delome est aussi l'auteur d'un très beau premier roman paru l'an dernier, "Jours de dèche" (Le Dilettante, 258 pages, août 2018). Il l'a publié à 65 ans. Il y raconte la dégringolade d'un galeriste en vogue, jusqu'au fond du trou. Mais alors vraiment, le fond du fond, la dépression, le suicide, les huissiers, la rue. Et puis sa remontée vers d'autres cieux plus lumineux grâce à l'écriture. Un sujet déjà vu qui, ici, est transcendé par le ton de l'auteur, son humour irrésistible, son choix de mots qui font mouche. Et que de tendresse aussi en filigrane de ce roman optimiste!

Pour lire le début de "Jours de dèche", c'est ici.




vendredi 9 mars 2018

Le temps à la méthode Graff

Laurent Graff.

Au Dilettante.
Un nouveau livre de Laurent Graff est toujours une nouvelle réjouissante. Que nous réserve cette fois l'auteur qui présente son dos sur le site de son éditeur? Un roman aussi formidable que curieux, facétieux et empli de sagesse, qui se lit à petits pas pour mieux le savourer, mieux le laisser infuser. J'ai nommé "La méthode Sisik" (Le Dilettante, 160 pages), dont la couverture s'orne de cadrans solaires couleur soleil. De quoi y est-il question? Du temps. Non celui de la météo, mais celui qui passe, ne se rattrape jamais disent certains, mais se plie à la méthode Graff.

En trois segments, "Lucile", "Grégoire Sisk" et "Céline", cet excellent roman nous emmène dans le futur. Pas avec les ingrédients habituels de la science-fiction, non, un futur au paysage pas si éloigné de notre présent. Le temps y est comme endormi, ralenti. On peut y être accusé de "meurtre par préméditation" et assister à la construction d'une prison ronde qui rend fou. On peut y suivre une méthode pour vivre plus de cent vingt ans en répétant tous les jours les mêmes occupations sans s'en ennuyer. On peut embarquer dans un vaisseau spatial à la découverte d'une planète-sœur de la Terre en compagnie de vingt candidats adeptes de la méthode Sisik et quelques robots programmés.

Voilà pour l'ossature de ce livre prenant car tout est dans les détails, dans la manière dont Laurent Graff nous entretient soudainement d'une recette de cuisine ou qu'il glisse une parenthèse à laquelle on ne s'attendait pas. Le suspense est plutôt dans le texte que dans l'action. Normal, le temps est ralenti mais le plaisir de lire augmenté. A l'opposé d'un "page-turner,  "La méthode Sisik" est à découvrir ligne par ligne, miroir légèrement déformé et souvent moqueur de notre présent. On se promène entre des personnages surprenants et on y apprend aussi, moi en tout cas, le sens du mot "puxisdiphtérophile".

Laurent Graff termine sur une chronologie intrigante qui trouve ses réponses dans les pages du roman. Ou pas. Bravo en tout cas à ce livre qui échappe aux catégories et rappelle ce dont la littérature est capable, surtout quand on s'offre le bonbon d'une lecture lente.

Extrait final de "La méthode Sisik"
Résumé
1955: commercialisation de la Citroën DS
1967: sortie en salles du film Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville
21 juillet 1969: Neil Armstrong, premier homme à marcher sur la Lune
1987: mort de l’acteur Lino Ventura
31 mars 1995: départ à la retraite de Grégoire Sisik
1er janvier 2002: changement de monnaie, passage à l’euro
2004: apparition de la caisse automatique en supermarché
Avril 201: Agnès Dupont de Ligonnès et ses quatre enfants sont découverts morts à leur domicile. Le père de famille, Xavier Dupont de Ligonnès, est introuvable et devient le principal suspect.
2022: mort de l’acteur Alain Delon
2035: début de la guerre civile
2038: changement de monnaie, passage au franco
2041: Xavier Dupont de Ligonnès se livre à la justice
2055: Grégoire Sisik, doyen de l’humanité
2060: premiers capteurs de pensées
2070: inauguration de la prison Lucile
2075: changement de monnaie, passage au super-euro
2080: départ du vaisseau spatial Nous Voilà, à destination de la planète Céline
3 février 2084: mort de Grégoire Sisik à l’âge de cent quarante-neuf ans
9 avril 2084: naissance de Céline, premier humain extraterrestre
2149: atterrissage de la navette Contact sur la planète Céline

Pour lire un extrait de "La méthode Sisik", c'est ici.

Le mot "puxisdiphtérophile" signifie "passionné de boîtes à lettres".



En cadeau bonus, ce que j'avais écrit in illo tempore  à propos "Il ne vous reste qu'une photo à prendre" de Laurent Graff (Le Dilettante, 2007, J'ai lu 2010), "un Monopoly à taille réelle, intrigant et séduisant".



"Le narrateur de "Il ne vous reste qu'une photo à prendre", le nouveau et séduisant roman de Laurent Graff, est photographe. Mais il a remisé son Mamiya 35 mm vingt ans plus tôt, à la mort, à 30 ans, de sa compagne M.

Alain Neigel a passé les deux dernières décennies sans une seule image, entre femmes, argent à dépenser et voyages. Deux décennies sans joies ni peines ni surprises – il s'est, croit-il, blindé contre sa souffrance, même s'il s’y cogne sans arrêt.

On le retrouve à Rome avec Clara, son "habituelle". Elle lui a fait promettre de la prendre en photo. Il a cédé. Devant la fontaine de Trevi, un inconnu propose au couple de le photographier. En rendant le vieil appareil à Neigel et en lui tendant sa carte de visite, il déclare calmement : "Il ne vous reste qu’une photo à prendre." Défi  Menace?

Le roman devient alors vraiment intrigant. Ensorcelé par Giancarlo Romani, l'homme qui a fondu sur lui dans la foule et paraît le connaître, Neigel prolonge son séjour romain et se lance dans une quête éperdue, sans savoir ce qui est au bout. Avec d'autres élus mystérieux qui se révèlent peu à peu, il participe à un Monopoly à taille réelle, ponctué de cornets de glace.

Mission: prendre la dernière photo. Oui, mais laquelle? Autant la question peut être vite résolue en ce qui concerne les clichés passés, autant elle apparaît vertigineuse quand la photo est encore à prendre. Et les différents photographes réunis par Romani apporteront chacun leur réponse personnelle par rapport à ce choix décisif.

Laurent Graff signe ici un roman plein de fantaisie, qui aère formidablement la tête. Son imagination débordante porte sans peine le lecteur tout en le conduisant, par le biais du jeu sur la dernière photo à prendre, à une solide réflexion sur l’existence."

Pour lire le début du roman, c'est ici.



vendredi 23 février 2018

Audacieux et réussi, le recueil de Pascale Pujol

Pascale Pujol. (c) Ville de Villemomble-Nathalie Euvrie.


Pascale Pujol avait signé en 2015 un épatant premier roman, "Petits plats de résistance" (Le Dilettante) aujourd'hui repris au Livre de Poche. Drôle comme tout, complètement inattendu avec cette succession de recettes de cuisine où rissolent toute une flopée de personnages: une cuisinière qui est devenue employée de Pôle Emploi, son mari, leur fillette surdouée, leur fils ado, un patron de presse, son fils à lui plutôt dans le genre nigaud, plein d'autres encore, avec ou sans papiers. Bref, une comédie urbaine bondissante dont les ingrédients régalent de secrets familiaux, de balades dans le quartier parisien de la Goutte d’Or, de séances au tribunal de commerce... Indigeste? Pas du tout. On demanderait même à se resservir tant le choc des classes et des cultures révèle le goût des mots et le festin qu'est la littérature.

Un extrait de "Petits plats de résistance" peut être lu ici.


Toute au souvenir de cette lecture revigorante, je me suis précipitée sur le nouveau recueil de nouvelles de Pascale Pujol, le second chez Quadrature, "Sanguines" (96 pages). Sans trop réfléchir au titre. Sans lire la quatrième de couverture: "Douze tableaux, douze nouvelles, douze lunes devrait-on dire… Car on parle ici de lunes, de cycles, de sang. De menstruations. Un thème tabou, un bastion que la littérature a souvent refusé d'investir parce qu'il y a un je-ne-sais-quoi de tribal, de reculé, de primitif dans ces histoires qui doivent rester secrètes, refoulées ou proscrites: qu'elles soient accueillies avec déception, soulagement ou exaspération, les règles nous ramènent à notre condition animale."

C'est donc sans aucun avertissement que j'ai découvert ces douze nouvelles sur les règles, formidables en diable, rudement différentes les unes des autres, qui vous emmènent ailleurs alors que finalement vous pourriez être chez vous. Surtout pas réservées au sexe féminin. Hommes et femmes y évoluent, toujours en fonction des "périodes" féminines. C'est inattendu, virevoltant et remarquablement bien troussé. Il y en a de tous les genres d'écriture, dans tous les registres de sentiments. Magie noire percutante dans "Magie rouge", épatant renversement des rôles masculin-féminin dans "Monsieur Ragnagnas", tendre coup de main secret dans "Le samovar", folie grave dans "Lady-Net", solitude d'une ado dans "Le passage", colocation improbable dans "L'alignement des planètes", incroyable découverte artistique dans "Technique mixte", curiosité fatale dans "Vernis à ongles", ultimes souvenirs dans "Dernier round", émouvant lien mère-fille dans "La boîte à secrets", marketing au masculin dans "La coupe est pleine", "Sortilège" bouclant la boucle.

Le tout est conté d'une plume habile et efficace, tendre ou acide, en plein accord avec son sujet, en tout cas jamais vulgaire malgré les territoires explorés. Un recueil à ne pas rater.

Pascale Pujol est à la Foire du livre de Bruxelles ce vendredi 23 au soir et le samedi 24 février.




jeudi 8 octobre 2015

Le jury du Médicis se laisse beaucoup de choix


Le jury du prix Médicis 2015 a communiqué sa deuxième liste de romans (11 français, dont 5 par des femmes, et 8 étrangers, dont 2 par des femmes) et sa première d'essais (10, dont 2 par des femmes) en vue du prix qui sera proclamé le 6 novembre. Pas beaucoup de changements par rapport aux premières, mais l'élimination de Boualem Sansal, multi-sélectionné cette année... De quoi laisser du travail pour la troisième réunion qui se tiendra le 28 octobre.

Romans français
  • Nathalie Azoulai, "Titus n'aimait pas Bérénice" (P.O.L.)
  • Christophe Boltanski, "La cache" (Stock)
  • Charles Dantzig, "Histoire de l'amour et de la haine" (Grasset, lire ici et ici)
  • Alain Defossé, "Effraction" (Fayard)
  • Olivier Demangel, "111" (éditions de la Fanfare)
  • Maryline Desbiolles, "Le beau temps" (Seuil)
  • Sophie Divry, "Quand le diable sortit de la salle de bain" (Noir sur blanc)
  • Fabrice Guénier, "Ann" (Gallimard)
  • Hédi Kaddour, "Les prépondérants" (Gallimard)
  • Aram Kebadjian, "Les désœuvrés" (Seuil)
  • Laure Limongi, "Anomalie des zones profondes du cerveau" (Grasset)
  • Fabrice Loi, "Pirates" (Gallimard)
  • Antoine Mouton, "Le metteur en scène polonais" (Bourgois)
  • Boualem Sansal, "2084"  (Gallimard)
  • Delphine de Vigan, "D'après une histoire vraie" (JC Lattès) (lire ici)

Romans étrangers
  • Oya Baydar, "Et ne reste que des cendres" (Phébus)
  • Javier Cercas, "L'imposteur" (Actes Sud)
  • Jane Gardam, "Le maître des apparences" (JC Lattès)
  • Hakan Günday, "Encore" (Galaade)
  • Deepti Kapoor, "Un mauvais garçon" (Seuil)
  • Alessandro Mari, "Les folles espérances" (Albin Michel)
  • Eirikur Orn Norddahl, "Illska" (Métailié)
  • Anna North, "Vie et mort de Sophie Stark" (Autrement)
  • Joyce Carol Oates, "Carthage" (Philippe Rey)
  • Nathaniel Rich, "Paris sur l'avenir" (Editions du Sous-sol)
  • Robert Seethaler, "Une vie entière" (Sabine Wespieser)
  • Jon Kalman Stefansson, "D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds" (Gallimard)
  • Agatha Tuszynska, "La Fiancée de Bruno Schulz" (Grasset)


Essais
  • Antony Beevor, "Ardennes 1944" (Calmann-Lévy)
  • Didier Blonde, "Leïla Mahi 1932" (Gallimard)
  • Pierre Boncenne, "Le parapluie de Simon Leys" (Philippe Rey)
  • Serge Bramly, "La transparence et le reflet" (JC Lattès)
  • Jean-Michel Delacomptée, "Adieu Montaigne" (Fayard)
  • Cynthia Fleury, "Les irremplaçables" (Gallimard)
  • Alain Jaubert, "Casanova l'aventure" (Gallimard)
  • Nicole Lapierre, "Sauve qui peut la vie" (Seuil)
  • David Le Breton, "Disparaître de soi" (Métailié)
  • Gilles Sebhan, "Retour à Duvert" (Le Dilettante)

Les autres sélections

Goncourt et Goncourt des lycéens, ici et ici
Wepler, ici
Renaudot, ici et ici
Médicis, ici

Décembre, ici
Jean Giono, ici
Flore, ici
Femina, ici et ici
Grand Prix du roman de l'Académie française, ici
Interallié, ici 
Grand Prix de littérature américaine, ici




mardi 15 septembre 2015

La première sélection du prix Décembre


Intitulé Décembre mais remis en novembre, le lundi 2 cette année, le prix Décembre vient d'annoncer quels sont les quatorze livres, romans et essais, qui font partie de sa première sélection. Cinq sont écrits par des femmes. Simon Liberati y trouve une quatrième sélection, Christine Angot une troisième.

Créé en 1999, soutenu par Pierre Bergé, le prix Décembre couronne une œuvre littéraire en langue française publiée dans l'année, quel que soit son domaine, roman, nouvelles, essai...

La sélection
  • Pierre Adrian, "La piste Pasolini" (Editions des Equateurs)
  • Christine Angot, "Un amour impossible" (Flammarion)
  • Jean-Michel Delacomptée, "Adieu Montaigne" (Fayard)
  • Michaël Ferrier, "Mémoires d'Outre-mer" (Gallimard)
  • Stéphanie Hochet, "Un nom anglais" (Rivages)
  • Jérôme Leroy, "Jugan" (La Table ronde)
  • Simon Liberati, "Eva" (Stock)
  • Laure Murat, "Flaubert à La Motte-Picquet" (Flammarion)
  • William Marx, "La haine de la littérature" (Minuit)
  • Judith Perrignon, "Victor Hugo vient de mourir" (L'Iconoclaste)
  • Patrick Roegiers, "L'autre Simenon" (Grasset)
  • Sébastien Rutés et Juan Hernandez Luna, "Monarques" (Albin Michel)
  • Monica Sabolo, "Crans-Montana" (JC Lattès)
  • Gilles Sebhan, "Retour à Duvert" (Le Dilettante)
Le jury du prix Décembre 2015 se compose de Josyane Savigneau (présidente), Laure Adler, Pierre Bergé, Michel Crépu, Charles Dantzig, Cécile Guilbert, Patricia Martin, Eric Neuhoff, Dominique Noguez, Amélie Nothomb, Philippe Sollers et Arnaud Viviant.

La prochaine sélection sera dévoilée le mardi 20 octobre.

Pour les sélections des prix Goncourt et Goncourt des lycéens, c'est ici.
Pour celles du Renaudot ici, du Médicis ici, du Wepler ici.