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mardi 18 janvier 2022

Dernier de la saison, le prix Mémorable

Dernière note sur les prix littéraires 2021 avec l'attribution du quatorzième prix Mémorable, décerné par les libraires du groupement Initiales, à Luisa Carnés pour son roman "Tea Rooms" (traduit de l'espagnol par Michelle Ortuno, La Contre Allée), une plongée dans le Madrid des années 30 via son personnage de Matilde qui cherche un emploi dans un contexte de crise.




Palmarès complet

Prix Envoyé par la poste (26 août)
  • Julie Ruocco pour son premier roman "Furies" (Actes Sud)

Prix du Roman Fnac (6 septembre)
  • Jean-Baptiste del Amo pour "Le fils de l'homme" (Gallimard)

Prix Blù Jean-Marc Roberts (15 septembre)
  • Mathieu Palain pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste).

Prix Senghor (17 septembre)
  • Annie Lulu pour son premier roman, "La mer Noire dans les grands lacs" (Julliard)

Prix François Billetdoux (24 septembre)
  • Robert Bober pour "Par instants, la vie n'est pas sûre" (P.O.L.)

Prix Nobel de littérature (7 octobre)
  • Abdulrazak Gurnah, écrivain tanzanien dont trois livres ont été traduits en français mais sont actuellement indisponibles

Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (12 octobre)
  • Annie Ernaux, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard principalement)
  • Abigail Assor, bourse de la Découverte pour "Aussi riche que le roi" (Gallimard)

Prix du Premier roman (18 octobre)
  • Maud Ventura pour "Mon mari" (L'Iconoclaste) en littérature française 
  • Daniel Loedel pour "Hadès, Argentine" ((traduit de l'anglais par David Fauquemberg, La Croisée) en littérature étrangère 
  • Mention spéciale à Gisèle Berkman pour "Madame" (Arléa)

Prix de la langue française (20 octobre)
  • Pierre Bergounioux, "dont l'œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française."

Prix Guez de Balzac (21 octobre)
  • Michel Deguy

Prix Femina (25 octobre)

Romans français
  • Clara Dupont-Monod pour "S'adapter" (Stock)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabane, Actes Sud)
Essais
  • Annie Cohen-Solal pour "Un étranger nommé Picasso" (Fayard),

Prix Médicis (26 octobre)

Romans francophones
  • Christine Angot pour "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)
Essais
  • Jakuta Alikavazovic pour "Comme un ciel en nous" (Stock)

Prix Victor Rossel (27 octobre)
  • Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte)

Grand prix du roman de l'Académie française (28 octobre)
  • François-Henri Désérable pour "Mon maître et mon vainqueur" (Gallimard)

Prix Décembre (29 octobre)
  • Xavier Galmiche pour "Le poulailler métaphysique" (Le Pommier)

Prix Goncourt (3 novembre)
  • Mohamed Mbougar Sarr pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Philippe Rey)

Prix Renaudot (3 novembre)

Romans
  • Amélie Nothomb pour "Premier sang" (Albin Michel, lire ici)
Essais
  • Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité)

Prix de Flore (4 novembre)
  • Abel Quentin pour "Le voyant d'Etampes" (L'Observatoire)

Prix Wepler (8 novembre)
  • Antoine Wauters pour "Mahmoud ou la montée des eaux" (Verdier)

Grand prix de littérature américaine (9 novembre)
  • Joyce Maynard pour "Où vivaient les gens heureux" (traduit par Florence Lévy-Paolini, Philippe Rey)

Prix Albert-Londres du Livre (15 novembre)
  • Emilienne Malfatto pour "Les Serpents viendront pour toi" (Les Arènes Reporters)

Prix du livre européen (15 novembre)
  • Christos A. Chomenidis pour "Niki" (traduit du grec par Marie-Cécile Fauvin, Viviane Hamy).

Prix Interallié (17 novembre)
  • Mathieu Palain  pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste) 

Prix du Meilleur livre étranger (24 novembre)
noms des traducteurs ajoutés par mes soins

Fiction
  • Gouzel Iakhina pour "Les enfants de la Volga" (traduit du russe par Maud Mabillard, Noir sur Blanc) 
Non-fiction
  • Kapka Kasabova pour "L'écho du lac" (traduit de l'anglais par Morgane Saysana, Marchialy)

Prix Goncourt des lycéens (25 novembre)
  • "S'adapter", Clara Dupont-Monod (Stock)


Prix des 5 continents de la francophonie (16 décembre)
  • "Le Palais des deux collines", de Karim Kattan (Elyzad 
Mention
  • "Héritage", de Miguel Bonnefoy (Rivages)

Prix Jean Giono (15 décembre)
  • "Sur les toits", de Frédéric Verger (Gallimard)

Prix Mémorable (janvier 2022)
  • "Tea rooms", de Luisa Carnés, traduit de l'espagnol par Michelle Ortuno (La Contre Allée)

mardi 3 janvier 2017

Les jolies étrennes des librairies Initiales


Depuis 1997 (vingt ans cette année!), l'association Initiales rassemble des libraires indépendants passionnés et dynamiques (lire ici). Ils sont quarante et un aujourd'hui, installés en France et en Belgique (A livre ouvert à Bruxelles, Livre aux Trésors à Liège et Point Virgule à Namur, liste complète ici).

On leur doit depuis l'été 2015 la sortie du "Magazine Initiales" trois fois par an, ainsi que la publication hivernale, sous forme de petit livre, d'une nouvelle inédite. Thomas Vinau et son "Blanc" ont concrétisé l'idée en décembre 2015 (téléchargeable ici).
Angélique Villeneuve a suivi fin décembre 2016 avec le très beau texte "Sur tes genoux" (inédit offert par les libraires Initiales, 40 pages) - la romancière française est également à l'honneur dans le quatrième numéro du magazine.
Bien sûr, tous ces petits bonheurs littéraires sont offerts par le groupement Initiales qui en dispose sous format papier dans ses officines - jusqu'à épuisement du stock. Une bonne raison de pousser la porte des librairies indépendantes. Et de chouettes étrennes inattendues.

Avec son titre doux plein de promesses, "Sur tes genoux" offre un très agréable moment de lecture. Angélique Villeneuve compose une fort belle histoire  à propos du lien fille-père dans une écriture ciselée dont chaque mot se savoure. Ciselée mais pas précieuse. Au contraire. Un regard au scalpel assemble les mots pour nous raconter l'intimité des deux personnages, un père veuf vieillissant, une fille unique en visite dominicale.

La nouvelle commence ainsi.
"Je sais exactement ce que tu es en train de faire.
Je te vois. Je te sais.
Tu ne fais rien, justement. Tu te tiens sans bouger, posé là sur ton tabouret."
Depuis la rue qu'elle arpente en direction du supermarché, la narratrice dresse un portrait précis, physique, de son père resté à l'appartement. Le lecteur pourrait le dessiner. En même temps, elle dépeint son histoire à petites touches. Ses histoires plutôt. Ses manies. Ses habitudes. Ses raisons. Comment il était avant. Comment il ne voudrait pas être vu aujourd'hui.

La fille fait les courses, comme pilotée à distance par son père. Mais le train-train dominical est soudainement mis par terre. Ouvre d'autres perspectives, active d'autres réflexions. Des souvenirs aussi, beaucoup de souvenirs. La jeune adulte se remémore l'enfant, en admiration devant son père. Et les comparaisons avec le présent viennent naturellement. Ainsi que les questions.

Incroyable comme un grain de sable dans le rituel du dimanche peut dévoiler (dé-voiler) des horizons infinis entre une fille grandie et son père solitaire. Peu de mots entre eux, beaucoup de silences, cristallisation de phrases bloquées quelque part. Un très beau texte sur ce qui se pense mais ne se dit pas quand les parents vieillissent, sur les joies et les peines des moments d'échange, sur les rêves des femmes qui restent des petites filles aspirant à la sécurité qu'assurent les genoux d'un papa, même si les chemins de vie se sont peu à peu diversifiés.

Autant de choses nées de la vision d'un tabouret et condensées dans un texte bref, sans gras, plein d'émotions vécues et à vivre.



mercredi 1 juillet 2015

Le magazine Initiales se met en marche


Initiales, c'est une association de libraires indépendants, trente-sept en France et deux en Belgique (Livre aux trésors à Liège et Point Virgule à Namur, mais une enseigne bruxelloise se tâte, me dit-on). Ils "souhaitent réaffirmer le rôle essentiel du livre comme outil de connaissance, de réflexion et de liberté et affermir dans la diversité sa présence dans la vie culturelle", expliquent-ils sur leur site.

Ces hommes et ces femmes dynamiques et passionnés défendent le livre qu'on aime et son corollaire, la librairie indépendante, de mille manières. A la fois collectivement au sein de leur réseau (partage de coups de cœur, etc.) et chacun à sa façon dans sa librairie (expos, rencontres, etc). A leur actif, dossiers thématiques, prix littéraires, revue bibliographique, nouvelles inédites d'écrivains et, maintenant, un magazine qui paraîtra trois fois par an et s'intitule... "Initiales".

Tiré à 8.500 exemplaires sur beau papier distribués dans les librairies Initiales ou téléchargeable sur le site, le premier numéro de 44 pages attire le regard par sa belle mise en page. Waw! le vert fluo pour le dossier au sujet intriguant: "Marcher parmi les livres". Sait-on assez que la marche est présente au cours de toute l'histoire de la littérature? Hé oui, déjà Homère présentait un aède itinérant. Plus proche de nous, Rousseau défend l'idée de marcher pour penser. Et Flaubert celle de partir loin et de rentrer tard.

Ce dossier estival présente une sélection de trente livres, tous en rapport avec la marche. Des romans, des récits, des essais, une bande dessinée. Piétons des villes et vagabonds des champs, marcheurs de l'extrême ou au long cours. Rien à redire sur ces choix, excellents et agréablement présentés à raison de deux par page. Rien à redire sauf que, et même si on sait que toute liste d'ouvrages suscite le réflexe de penser tout de suite à ceux qui n'en sont pas, il n'y a aucun auteur de sexe féminin dans les "marcheurs". Dingue, non? Alors qu'à mon humble avis, Alix de Saint-André et son "En avant, route!" (Gallimard, 2010, Folio, 2011) sur ses trois marches vers Saint-Jacques de Compostelle y aurait eu sans peine sa place. Et pourquoi une bande dessinée et pas d'album jeunesse? "Promenade au parc" d'Anthony Browne (Duculot, 1977, Kaléidoscope, 2013) semblait tout indiqué. Mais c'est pas grave, chacun rebondit comme il veut quand il découvre des titres de livres, variés et bien choisis, je répète.

Pour le reste, le magazine Initiales donne carte blanche à une librairie pour traiter un sujet de son choix. Ici, Atout livre à Paris présente les excellentes éditions Verdier. On trouve encore une rencontre avec l'auteur tchèque Michel Ajvaz, un cahier photos consacré à "Beyond the Forest", de Marc Wendelski chez Yellow now, un choix de lectures pour tous âges et une interview au ton inhabituel, Léonor de Recondo dans cette livraison. Bref, il y a de quoi lire! Et on attend le second numéro.