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mardi 6 septembre 2016

Gosh! Un prélude bruxellois au festival America de Vincennes


Le week-end prochain, du 8 au 11 septembre précisément, se tiendra en divers lieux de Vincennes (Paris) la huitième édition du formidable Festival America, conviant tous les deux ans le public à rencontrer une fameuse brochette d'écrivains américains. On y a croisé les plus grands, de Toni Morrison à Russell Banks en passant par Margaret Atwood et Richard Ford, et ceux qui font que les titres qui nous parviennent de la littérature américaine sont des découvertes ou des enchantements (ou les deux). Mais aussi ceux et celles qui sont en train de devenir les plus grands de demain.

En effet, l'équipe du festival fondé en 2002 par Francis Geffard, également libraire et éditeur de littérature étrangère, a à cœur de braquer les feux des projecteurs sur les auteurs dont les textes, même les premiers, sont excellents et donc à découvrir grâce aux mots de leurs traducteurs (souvent) attitrés. Chaque édition suit un thème (lire ici, iciici et ici). Cette fois-ci, ce sera "L'Amérique dans tous ses états": commémoration du 240e anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis, fin du deuxième mandat de Barack Obama, préparation des nouvelles élections présidentielles, quinzième anniversaire des attentats du 11 septembre. De la politique, mais surtout de la littérature car les écrivains présents reflètent à merveille l'état de leur société, l'interrogent, la bousculent ou la recréent. Ce qui enchante chaque fois le public présent en nombre à Vincennes (plus de 36.000 personnes en 2014).

Si une cinquantaine d'écrivains américains se retrouveront pour quatre jours de débats, de rencontres et de tables rondes avec le public français, cinq d'entre eux seront à Bruxelles ce mercredi 7 septembre (20h15) en prélude au week-end à Vincennes. Et pas des moindres! James Ellroy, Rachel Kuschner, Kevin Powers, Jane Smiley et David Treuer. Cela se passera, en anglais, à Flagey, à l'initiative de Passa Porta, de Flagey et du Festival (infos ici).

La soirée se déroulera en deux parties. D'abord un débat, modéré par Frank Albers, entre Rachel Kushner, Kevin Powers, Jane Smiley et David Treuer qui se penchent tous sur l'histoire de leur pays dans leurs livres. Ensuite, ce sera la figure mythique du roman noir américain qui répondra aux questions de Jérôme Colin.

Après cela, retour à Paris pour la tenue du festival America lui-même. Une cinquantaine d'écrivains donc, dont Marlon James, Laura Kasischke, Greil Marcus, Colum McCann, Stewart O'Nan,  Don Winslow, Joseph Boyden, Laird Hunt, Hector Tobar... Cela commencera dès jeudi soir avec la soirée James Ellroy. Soirée d'hommage à Jim Harrison le lendemain. Puis deux jours débordant de rencontres, débats, tables rondes, dédicaces, expositions, joutes de traduction, prix littéraires... Le catalogue complet se trouve ici, les infos pratiques ici.

Dans cet énorme programme, j'aurai le plaisir d'animer quatre rencontres.

  • "L'Amérique des humbles" avec David Joy, Alice McDermott et Willy Vlautin (samedi  à 15 heures)
  • "Destins de femmes" avec Cynthia Bond, Molly Prentiss et Andria Williams (samedi à 17 heures)
  • "Les jeunes années" avec Derf Backderf, Christopher Bollen et Cynthia Bond (samedi à 19 heures)
  • "Les drames de la vie" avec Karen Joy Fowler, Forrest Gander et Bret Anthony Johnston (dimanche à 16 heures).


En guise d'apéritif à cette extraordinaire littérature américaine, je vous propose l'épais recueil "20 + 1 short stories/nouvelles" (Albin Michel, "Terres d'Amérique", 648 pages) qui fête les vingt ans de la collection "Terres d'Amérique", créée par Francis Geffard en 1996. Oui, celui de la librairie Millepages à Vincennes, oui, celui du Festival America, oui, celui du Grand prix de littérature américaine (lire ici). De "Bonnes nouvelles d'Amérique" comme dit à juste titre le bandeau qu'on déguste comme autant de saveurs différentes.

Le principe du livre est tout simple: composer une anthologie des meilleures nouvelles parues dans la collection "Terres d'Amérique" qui a, au fil de ses 20 ans pour le moment, fait connaître au public français un nombre incroyable de fabuleux écrivains américains. Avec le choix éditorial fort de la nouvelle, genre boudé par le public français, souvent à tort, par méconnaissance en général de ce genre que l'autre côté de l'Atlantique transforme en bijoux de textes.

Voilà 21 textes courts donc, à lire ou redécouvrir. Vingt d'entre eux proviennent de recueils déjà publiés dans la collection au cours des vingt années écoulées. On y retrouve avec joie les noms de ces auteurs aussi aimés que différents: Sherman Alexie, Joseph Boyden, Dan Chaon, Michael Christie, Charles D'Ambrosio, Craig Davidson, Anthony Doerr, Louise Erdrich, Ben Fountain, Holly Goddard Jones, Richard Lange, Benjamin Percy, David James Poissant, Eric Puchner, Jon Raymond, Elwood Reid, Karen Russell, Wells Tower, Brady Udall et Scott Wolven. Ainsi qu'un inédit, dû à Callan Wink, dont le livre paraîtra au printemps prochain. Un festival d'écritures, un foisonnement de littérature.

Pour feuilleter le recueil "20 + 1 short stories", c'est ici.

Pour écouter Francis Geffard parler de sa collection, c'est ici.


Parcours d'un éditeur hors du commun

Francis Geffard.
Lecteur, libraire, éditeur de la collection "Terres d'Amérique", directeur littéraire du département étranger d'Albin Michel, organisateur du festival America,... Francis Geffard a publié près de 200 livres en vingt-cinq ans, dont les trois quarts sont de la littérature. Un parcours où différents éléments du destin semblent s'être donné la main.

Lecture. "Petit, je lisais. J'ai toujours adoré les livres, pour ce qu'ils renvoient d'évasion, de distraction et apportent de connaissances. La richesse de la littérature, c'est de donner la possibilité d'être dans la peau de tas de gens, d'époques, de cultures et de pays différents, de parvenir à une expérience collective alors qu'on est un individu."

Littérature nord-américaine. "Dès l’adolescence, j’ai trouvé chez les auteurs américains quelque chose de particulier, un dynamisme, une modernité. J’ai lu des auteurs qui n’étaient pas forcément des contemporains: Hemingway, Dos Passos, Fitzgerald, Faulkner, etc. A 20 ans, je suis allé pour la première fois en Amérique du nord. J’ai découvert le pays et sa littérature en anglais."

Librairie. "La même année, j'ai ouvert une librairie, contre l'avis de mes parents. J'ai beaucoup soutenu la littérature américaine dont on découvrait la diversité. Longtemps, les seuls auteurs traduits étaient ceux qui étaient connus chez eux. Depuis les années 80 s'est mis en place un travail pointu sur la littérature étrangère. La France s'ouvrait sur le reste du monde."

Edition. "Les Indiens ont joué dans le fait que je devienne éditeur. De par le caractère récent de leur rencontre avec les Européens et le reste du monde, les Indiens ont dans leur histoire les grands mécanismes qui ont été à l'œuvre sur terre et ont prévalu à ce qu'on impose notre mode de vie et nos façons de penser au reste de la planète. Le monde indien était l'occasion de porter un regard décalé sur l'Amérique. Les écrivains indiens n'étaient presque pas traduits! Il y avait quelque chose à faire. En les publiant, j'ai mis les doigts dans la prise."

Direction littéraire. "Tous les ans, je reçois 500 manuscrits et j'en choisis huit ou neuf. Ce sont des parcours avec des gens chez qui on perçoit quelque chose de particulier ou de différent, une petite musique un peu singulière. Quand j’ouvre un livre, je ne cherche rien, si ce n'est que quelqu'un m'emmène quelque part et me fasse ressentir des émotions, éprouver des sentiments, naître des réactions. Je suis persuadé que ce sont les écrivains qui font les éditeurs, et non l'inverse. Nous sommes des chiens truffiers un peu particuliers."








lundi 5 octobre 2015

Le premier Grand prix de littérature américaine

Et voilà, la semaine du 2 novembre est complète! Avec l'annonce de la création du premier Grand prix de littérature américaine, qui sera dévoilé le vendredi 6 novembre, on aura un prix littéraire par jour! Au moins! Le prix Décembre le lundi 2, les Goncourt et Renaudot le mardi 3, le Femina le mercredi 4, le Médicis le jeudi 5 et le petit nouveau le vendredi 6.

Francis Geffard.
"Couronner un roman américain, paru depuis le 1er janvier, qui se distingue par ses qualités littéraires de premier plan afin d'offrir un repère aux lecteurs qui apprécient en nombre cette littérature et les écrivains qui l'animent",
est l'objectif du nouveau Grand prix de littérature américaine, lancé par le libraire et éditeur Francis Geffard, déjà fondateur du formidable festival America (une année sur deux en septembre à Vincennes).

Quelle chance de voir la littérature américaine de qualité ainsi mise à l'honneur!
Neuf livres apparaissent dans la première sélection, qui seront restreints lors d'une deuxième annoncée pour le 13 octobre.
Si le prix sera annoncé le 6 novembre, en cette semaine de folie, il sera remis fin novembre à l'auteur couronné.

Première sélection
  • "Orfeo", de Richard Powers, traduit par Jean-Yves Pellegrin (Le Cherche-Midi)
  • "& Fils", de David Gilbert, traduit par Clément Baude (Actes Sud)
  • "Six jours", de Ryan Gattis, traduit par Nicolas Richard (Fayard)
  • "Intérieur nuit", de Marisha Pessl, traduit par Clément Baude (Gallimard)
  • "Les lance-flammes", de Rachel Kushner, traduit par Françoise Smith (Stock)
  • "Avant et après la chute", de Richard Bausch, traduit par Stéphanie Levet (Gallimard)
  • "Les intéressants", de Meg Wolitzer, traduit par Jean Esch (Rue Fromentin)
  • "Peindre, pêcher et laisser mourir", de Peter Heller, traduit par Céline Leroy (Actes Sud)
  • "Neverhome", de Laird Hunt, traduit par Anne-Laure Tissut (Actes Sud)

Le jury
Neuf personnes composent le jury.
Trois critiques littéraires:  les journalistes Orianne Jeancourt (Transfuge), Philippe Chevilley (Les Echos) et Bruno Corty (Le Figaro littéraire)
Trois libraires: les libraires Sylvie Loriquer (L'attrape-cœurs), Jean-Christophe Millois (Librairie de Paris) et Pascal Thuot (Millepages)
Trois éditeurs: Emmanuelle Heurtebize (Stock), Olivier Cohen (L'Olivier) et Francis Geffard (Albin Michel).

On notera que le fondateur du prix et membre du jury, Francis Geffard, qui a donné naissance à la très belle collection "Terres d'Amérique" chez Albin Michel et qui dirige la littérature étrangère à la rue Huyghens, n'a pas de titre de sa maison en lice. Pas plus qu'Olivier Cohen. Ce qui n'enlève rien à leur talent d'éditeurs et à la qualité des romans qu'ils publient.

On notera encore que "Neverhome", magnifique roman de Laird Hunt, en deuxième tour du prix Femina, est en piste - à lire bientôt dans ce blog. Et que "Les lance-flammes" de Rachel Kuscher, également finaliste, figure dans les titres retenus pour le prix du Meilleur livre étranger qui sera remis le 26 novembre.

Sélections
pour le prix du Meilleur livre étranger, communiquées par un jury qui ne mentionne pas les noms des traducteurs - mais je les ajoute

Romans
  • Martin Amis, "La zone d'intérêt" (Calmann-Lévy), traduit par Bernard Turle
  • Stefan Brijs, "Courrier des tranchées" (Héloïse d'Ormesson), traduit par Daniel Cunin
  • Javier Cercas, "L'imposteur" (Actes Sud), traduit par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic
  • Lidia Jorge, "Les mémorables" (Métailié), traduit par Geneviève Leibrich
  • Rachel Kuschner, "Les lance-flammes" (Stock), traduit par Françoise Smith
  • Alessandro Mari, "Les folles espérances" (Albin Michel), traduit par Anna Colao
  • Dinaw Mengestu, "Tous nos noms" (Albin Michel), traduit par Michèle Albaret-Maatsch
  • Eirikur Orn Norddahl, "Illska" (Métailié), traduit parEric Boury
  • Marilynne Robinson, "Lila" (Actes Sud), traduit par Simon Baril
  • Diane Setterfield, "L'homme au manteau noir" (Plon), traduit par Carine Chichereau

Essais
  • Alysia Abbott, "Fairyland" (Globe), traduit par Nicolas Richard
  • Rosa Montero, "L'idée ridicule de ne jamais te revoir" (Métailié), traduit par Myriam Chirousse
  • Christoph Ransmayr, "Atlas d'un homme inquiet" (Albin Michel), traduit par Bernard Kreiss


Les autres sélections

Goncourt et Goncourt des lycéens, ici
Wepler, ici
Renaudot, ici
Médicis, ici

Décembre, ici
Jean Giono, ici
Flore, ici
Femina, ici
Grand Prix du roman de l'Académie française, ici
Interallié, ici