Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Jean Leroy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean Leroy. Afficher tous les articles

lundi 20 juillet 2015

Prince, roi, princesse et reine

En préparation de la fête nationale du royaume de Belgique,
le 21 juillet, quatre albums pour enfants de circonstance: avec des couronnes. Quatre belles histoires.

Célia Le Dressay - Cati Baur
"Un Très Grand Prince"
L'école des loisirs, 40 pages

Voilà un album remarquable à tous égards. Le joli texte de Célia Le Dressay campe le portrait d'un jeune prince, misanthrope absolu, qui se laisse apprivoiser pour ne pas dire humaniser par une dynamique demoiselle à jupes arc-en-ciel ou pastèque. Les illustrations de Cati Baur réjouissent le regard et capturent l'attention.

Comment se sont- ils rencontrés, alors que le grognon vit seul sur une île minuscule où ne se dresse que son magnifique chapeau de sable? Que le solitaire chasse tout poisson ou toute mouette osant s'approcher de son royaume? Tout simplement, parce que la petite fille a accosté un beau matin sur sa plage et a frappé à sa porte. Qu'il l'a renvoyée et qu'elle s'est mise à pleurer.

Le Prince et ses jumelles. (c) l'école des loisirs.
Coincé, le prince a trouvé une solution: installer la visiteuse sur une autre île, pleine de végétation, visible à l'horizon. L'histoire aurait pu s'arrêter là si le prince n'avait eu envie de savoir ce que devenait sa naufragée. Et ce qu'il voit dans ses jumelles lui déplaît au plus haut point: la demoiselle danse, avec un pirate, une otarie et un singe. Il ne peut supporter cela et saute dans sa barque à trône royal.

Et là bien sûr, il va découvrir une autre manière de vivre. S'amuser entre amis, rire, danser, manger, boire. Ce jour-là, à l'occasion de l'anniversaire de la dernière arrivée, ce qui permet quelques quiproquos qui vont déboucher sur une autre relation entre le Très Grand Prince et la petite fille, surtout que les deux îles se sont par miracle rapprochées.

Y a d'la joie. (c) l'école des loisirs.

Si cet album est aussi enchanteur, c'est bien sûr à cause du talent de sa narratrice qui multiplie les épisodes prenants et enfile superbement rires et émotions, romantisme et réalité, mais aussi en raison des magnifiques illustrations de Cati Baur - elle a déjà passe en BD deux tomes des "Quatre sœurs" de Malika Ferdjoukh (Rue de Sèvres). Ses images à l'aquarelle, sobres ou luxuriantes, en vignettes sur fond blanc ou en larges plans à l'italienne, créent une magnifique atmosphère à laquelle il est difficile de rester insensible tout en prolongeant de mille détails superbes l'histoire de base. Son trait plein de finesse excelle aussi à rendre avec force les sentiments des personnages. Un vrai bonheur de lecture que cette histoire.

Les planches originales en vrac. (c) Cati Baur.



Jean Leroy - Matthieu Maudet
"Le pirate et le roi"
L'école des loisirs, 44 pages

Changement d'ambiance, d'époque (la Marine est alors royale) et de couleurs (variation de gris sombres relevés de points de jaune) dans cet album où le roi Jehan 1er, unique rescapé d'un terrible naufrage, débarque sur une île habitée seulement par un pirate hirsute, Matt le Maudit, au langage plutôt direct: "Alors, mon gros? On est tombé d'son bateau?" sont les mots qui accueillent le monarque. Ses oreilles n'ont pas fini de siffler...

Première rencontre. (c) l'école des loisirs.

Les deux lions, aussi opposés qu'on peut imaginer, vont devoir apprendre à vivre ensemble. Une cohabitation qui leur fait prendre chacun un peu de l'autre. Au point qu'ils finissent par se ressembler comme deux frères, l'un portant toujours sa couronne néanmoins.

Un an passe avant qu'une voile n'apparaisse à l'horizon et ne fasse route vers l'île. Et c'est là que le naturel va reprendre le pouvoir. Jehan en sera pour ses frais, pas tout à fait cependant, Matt s'étant montré un peu moins mauvais qu'imaginé.

On s'amuse beaucoup lors des conversations entre le pirate et le roi et on ne peut que s'étonner de l'aveuglement des marins de ce dernier. Des zèbres! Proches de la bande dessinée, les images donnent une belle présence aux deux personnages dont on suit avec plaisir l'évolution de la relation.


Christine Naumann-Villemin
Marianne Barcilon
"L'autre princesse"
Kaléidoscope, 32 pages

Eliette et Alice, les deux cousines-copines, les deux princesses, sont en vacances. Dans une caravane et en camping. Elles s'amusent rudement bien, prennent plaisir à tout ce qui se présente à elles, la caravane, le jardin, la piscine, les bonbons, la vaisselle, la plage... tandis qu'une voisine ne cesse de les houspiller, de les diminuer. Mais à deux, elle font la paire contre la solitaire, plus attachée à ce qui se voit plutôt qu'à ce qui se vit. Jusqu'au jour où Eliette et Alice vont sauver la vie de Victorine et entamer une autre relation avec elle.

Des lunettes pour ne pas avoir mal aux mirettes. (c) Kaléidoscope.

A savourer les dialogues entre les deux princesses et l'autre, par exemple: "Salut, les plouquettes! Vous allez vraiment dormir dans cette cagette? Moi, ma caravane est en or, comme le carrosse de la reine d'Angleterrre!", "Eh ben, nous, à l'intérieur, tout est en diamant! C'est pour ça qu'on met des lunettes: pour ne pas avoir mal aux mirettes!" Ces joutes verbales se prolongent agréablement dans les illustrations. Jalousie, quand tu nous tiens, manque d'amitié, quand tu nous perds...


Gaby Swiatkowska
"La Reine du Mercredi"
adapté de l'américain par l'auteure
Le Genévrier, collection "Est-Ouest"
40 pages

Des peintures épaisses mais des sujets à l'ancienne délicatement dessinés, souvent en des pages à l'italienne, pour ce premier album en solo d'une Polonaise habitant en France. Avec une belle sobriété, il met en scène Thelma, qui s'ennuie tellement qu'un mercredi, "elle décide de devenir la reine". Un choix qui lui impose mille activités tout au long de la semaine, à tel point qu'elle s'épuise et renonce à sa couronne. Le mercredi suivant, Thelma s'ennuie de nouveau mais on dirait bien qu'une nouvelle idée germe en elle... Un bel album sur l'imagination reine où toutes les illustrations sont à regarder en détail.

Les trois premières doubles pages de "La Reine du mercredi". (c) Le Genévrier.





jeudi 31 octobre 2013

LC quelle conseillère est la faim

Quand l'estomac fait "kruîîk", il faut agir. C'est ce que fait le héros du très rigolo album "Un jeune loup bien éduqué". Une histoire de Jean Leroy, illustrée par Matthieu Maudet (L'école des loisirs, 36 p.), sobre, expressive et efficace. Un duo d'auteurs bien rôdé puisqu'il en est déjà à  sa neuvième collaboration chez cet éditeur en cinq ans seulement. Après huit albums pour les tout-petits, le voilà qui vise les enfants en âge d'école maternelle. Et il vise drôlement bien.

C'est un peu normal, Jean Leroy raconte partout que l'album publié en est la 4807e version, celle où Matthieu Maudet décida de remplacer le mouton prévu par un petit garçon. Un auteur bien éduqué?

Tout commence donc par le "kruîîk" de l'estomac d'un jeune loup à qui, on l'apprend tout de suite, ses parents ont appris les bonnes manières. Il s'en va chasser dans la forêt, seul, pour la première fois. On le voit sortir d'une très haute maison, le toit arrive à la cime des arbres, équipé d'un filet, genre filet à papillons.

Très vite, il attrape un lapin avec son arme! Bien éduqué, il interpelle sa victime: "Bonjour! Que désires-tu avant que je te mange?" Sa liberté étant d'office exclue, le lapin demande au loup de lui lire une histoire. Problème: le chasseur n'a pas de livre avec lui. Ayant appris de ses parents que "la dernière volonté doit toujours être respectée", il retourne chez lui, rassuré par la déclaration du lapin, assis à côté du filet: "Je ne bouge pas d'un poil, c'est promis!" Les images montrent le héros aller, choisir un livre et revenir.

Aller, prendre un livre, revenir. (c) L'école des loisirs.

Bien entendu, à ce moment, le lapin a disparu. Et il faut bien regarder l'image suivante pour savourer la mimique contrariée du loup...

Contrarié il l'est, le jeune loup. (c) L'école des loisirs.

Le chasseur débutant va ensuite capturer une poule qui aura également une dernière volonté et qui lui jouera aussi le tour du lapin. Le loup apparaît de plus en plus furieux et se jette en finale sur un petit garçon pour le manger, après avoir exaucé son souhait ultime. On appréciera au passage les jeux de mots entre poil, plume et cheveu.

Et c'est là que l'album prend toute sa saveur car le petit garçon est aussi bien éduqué que le jeune loup. Lui honore sa promesse de rester sur place. Va-t-il alors être mangé? Sans doute, mais avant, il veut montrer le dessin que le loup lui a fait à des amis à lui. Le lecteur comprendra tout à la page suivante...

Les auteurs ont concocté une fin terrible à "Un jeune loup bien éduqué" tout en laissant chacun libre de l'interpréter à sa guise. Voilà un album à l'excellent rapport texte-images qui déride les zygomatiques et joue habilement sur la peur. Une excellente version finale du projet initial!


**


Dans le craquant album venu de Grande-Bretagne "Trois chats & un pingouin",
à l'intéressant graphisme de veine assez contemporaine, de Helen Hancocks (traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope, 40 p.), on découvre trois chats rouges plutôt affamés. S'ils n'ont rien à se mettre sous la dent chez eux, les matous découvrent par contre quelques pièces de monnaie qui traînent.

En chemin vers l'épicerie, ils croisent un cinéma au programme alléchant: "Le festin de poisson"! Les voilà au cinéma, toujours le ventre vide. A la sortie de la séance, ils sont plus affamés que jamais mais ont une idée: s'offrir leur propre festin de poisson...

Le film "Le festin de poisson". (c) Kaléidoscope.

Pour cela, il leur faut un pingouin. Qu'à cela ne tienne, ils font une visite nocturne au zoo et fourrent un pingouin dans le sac que, prévoyants, ils avaient emmené avec eux. L'affaire n'est pas encore gagnée car ils ne parlent pas bien pingouin et ne peuvent expliquer à leur otage ce qu'ils attendent de lui: pêcher, tout simplement, ce que racontent très clairement les images.
Néanmoins, le lendemain ils partent sur leur tridem, avec le pingouin encagé, en pleine circulation automobile. Ce qui donne l'occasion au prisonnier de s'échapper. On va le voir se fondre dans divers décors appropriés et c'est extrêmement réussi.

Opération camouflage. (c) Kaléidoscope.

Entre les nonnettes sur la place, derrière un homme chapeauté dans le métro, en maître d'hôtel dans un restaurant, le pingouin a toujours une longueur d'avance sur ses poursuivants. Jusqu'au moment où il croise un oiseau qui va définitivement le sauver et inverser la situation au profit du pensionnaire du zoo. Un album tout simple mais bien pensé, graphiquement réussi et extrêmement drôle. Quelque part, on aime toujours que ce soit le plus petit qui gagne.



**


Reconnaître un chameau d'un dromadaire, c'est facile. Mais distinguer un crocodile d'un alligator... Ils sont tellement confondus que les cousins Pedro et George décident d'établir leurs différences. Tel est l'incipit du sympathique grand format en noir, blanc, vert et rose "Pedro Crocodile et George Alligator" de Delphine Perret. Il paraît aux toutes jeunes éditions Les fourmis rouges qu'ont lancées début 2013 Valérie Cussaguet (ex-Thierry Magnier) et Brune Bottero.

Et parce que ce sont les enfants de l'autre bout du monde qui les confondent, ils décident d'aller leur faire la leçon. Et pourquoi pas, d'y goûter à ces mômes peu documentés. "C'est un peu sucré mais ça se mange", affirme l'un. Sur son calepin, Pedro Crocodile note donc: "Man-ger des en-fants."

Arrivés à destination, ils apprennent que les enfants sont à cette heure à l'école. Ils s'y rendent illico et déboulent dans la classe de Madame Muiche, en pleine séance de dictée. Si ce n'était que ça. Ceux qui regardent attentivement les images, souvent sur doubles pages, remarqueront tout de suite les mille détails amusants qui enrichissent le récit. Donc Madame Muiche dicte: "Dans le matin frais, virgule...". Elle n'est pas du tout convaincue par les cris de Joséphine qui affirme qu'un crocodile lui mord le pied, jusqu'à ce que son regard quitte son livre de dictées. Elle n'a qu'un mot: "Iiiiimondieuc'estpaspossiblec'estpasvraiqu'est-cequec'estqueca!!", même que Claude croit qu'il doit l'écrire dans sa dictée.

Séance de dictée en classe. (c) Les fourmis rouges.

Finalement George n'avait pas tort: les enfants ne font pas la distinction entre un crocodile et un alligator. Car c'est bien lui qui a mordu le pied de Joséphine, et c'est encore lui qui a été la proie d'une prise de judo de sa victime. Pendant ce temps, Pedro se tenait à carreau!

La classe est en position attaque nucléaire, les élèves cachés sous ou derrière les tables. La maîtresse pense faire une petite leçon de choses: "Regardez, les enfants... Un cro-co-dile!" Mais elle a tout faux comme le lui fait savoir la petite voix de Théodore qui fait à l'assemblée un exposé sur les crocodiles et les alligators. Les uns et les autres vont évidemment se réconcilier et ce sera l'occasion d'autres pages pleines de détails narratifs à débusquer, dont une "semaine du crocodile et de l'alligator".


Tout va bien désormais à l'école. (c) Les fourmis rouges.

Les deux cousins seront toutefois bien obligés de rentrer chez eux un jour. Et on verra en finale de ce très agréable album combien Pedro est un crocodile bien léché et George un alligator retors. La grande force de Delphine Perret est, outre son efficace dessin en ligne claire, le soin qu'elle apporte aux petits riens qui transforment une histoire simple en récit à tiroirs. Entre Pedro et George, on choisit rapidement son ami. Et tant pis, si l'autre a une dent contre vous.