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mercredi 5 août 2026

La triste nouvelle du décès de Didier Decoin

EDIT: Témoignage de Manuel Carcassonne, directeur des Editions Stock (en fin de note).

Didier Decoin. (c) Académie Goncourt.

Avant de le rencontrer, je passais lui choisir une fleur dans mon jardin afin de la lui offrir. Didier Decoin, dont on apprend le décès à l'âge de 81 ans ce 5 août, adorait les fleurs et les jardins qu'il visitait régulièrement avec un couple d'amis versaillais. Quand il ne s'occupait pas des siens en Normandie et dans le Cotentin. Au moins autant que les livres, ceux à lire et ceux à écrire. Sans oublier les faits divers, la presse, le cinéma, la mer, les chats, autres centres d'intérêt de ce profond croyant. Sans oublier non plus son art de converser, d'écouter aussi. Un atout dans les conflits qu'il a permis d'apaiser. Sans oublier enfin son art de vivre et son implication dans les actualités du monde. Car Didier Decoin, c'est évidemment l'Académie Goncourt. Une assemblée où il a passé près de trente ans et qu'il a traînée ici et là, bravant les dangers, pour annoncer une sélection et résister.
 
Le communiqué de l'Académie Goncourt rappelle élégamment tout cela. 
"L'Académie Goncourt a l'immense tristesse de faire part du décès de Didier Decoin à l'âge de 81 ans. Succédant à Jean Cayrol au troisième couvert en 1995, il fut le secrétaire général de l'Académie pendant de longues années avant d'en devenir le Président de 2020 à 2024. Lauréat du prix Goncourt en 1977 pour son roman "John l'Enfer", Didier Decoin était un romancier qui avait une haute idée de la langue comme son œuvre en témoigne. Passionné par les faits divers, la mer, les jardins, homme de cinéma et de télévision, animé d'une foi profonde, il était au sein de l'Académie un lecteur attentif et un camarade d'une noble humanité. Par-dessus tout, il n'avait de cesse de faire partager sa passion pour les livres, allant à la rencontre de tous les publics, en France comme à l'étranger, se faisant ambassadeur de la littérature française dans sa riche diversité. Il était surtout un homme d'une grande bonté, généreux, attentif aux autres, convivial, avec lequel nous avons eu la chance de partager les mots, les idées, les moments, le pain et le vin."
Né le 13 mars 1945 à Boulogne-Billancourt, Didier Decoin est le fils du cinéaste Henri Decoin (1890-1969). Après ses études secondaires, il commence une carrière de journaliste à "France Soir". Il collaborera à plusieurs journaux comme "Le Figaro", "Les Nouvelles littéraires", participera à Europe 1 et à la création du magazine VSD. Féru de navigation, il a longtemps été chroniqueur à la revue "Neptune Moteur". En parallèle, il entame à vingt ans une carrière de romancier avec "Le Procès à l'amour". Le premier d'une trentaine de titres où il voyagera dans le monde et dans le temps. Il sera également essayiste (une douzaine de titres) et scénariste pour le cinéma et la télévision.
 
Son fils, l'écrivain Julien Decoin, a déclaré à l'AFP:
"Didier Decoin est mort mercredi matin à l’hôpital de Villejuif (Val-de-Marne), après s'être battu avec force et courage contre le cancer depuis plusieurs années. Il sera enterré face à la mer, qu'il aimait tant, à Auderville (Manche), une commune du cap de la Hague, dans le Cotentin, où il possédait une maison. La maladie ne l'a pas empêché de travailler jusqu'au bout. Il était 'encore, il y a quelques jours, en train de lire les livres de la rentrée littéraire.Il aimait tellement lire. Soit il lisait, soit il écrivait." 
Il y a treize ans, Didier Decoin m'avait écrit: "Je déteste les retours de vacances: il y a toujours des mauvaises surprises qui guettent, embusquées sous le ciel gris." Au mitan de l'été, je lui retourne la pareille aujourd'hui. Tristesse.
 
Pour retrouver les articles de Didier Decoin sur mon blog, c'est ici (d'autres sur le site du "Soir"). 
 
Bibliographie complète
 
Romans
  • 1966    "Le Procès à l'amour" (Seuil)
  • 1967    "La Mise au monde" (Seuil)
  • 1969    "Laurence" (Seuil)
  • 1970    "Élisabeth ou Dieu seul le sait" (Seuil)
  • 1971    "Abraham de Brooklyn" (Seuil)
  • 1973    "Ceux qui vont s'aimer" (Seuil)
  • 1973    "D'Amour et de flammes" (Hachette)
  • 1975    "Un policeman" (Seuil)
  • 1976    "La Dernière Troïka" (Hachette)
  • 1977    "John l'Enfer" (Seuil)
  • 1978    "La Dernière Nuit" (Balland)
  • 1981    "L'Enfant de la mer de Chine" (Seuil)
  • 1983    "Les Trois Vies de Babe Ozouf" (Seuil)
  • 1987    "Autopsie d'une étoile" (Seuil)
  • 1988    "Meurtre à l'anglaise" (Mercure de France)
  • 1991    "La Femme de chambre du Titanic" (Seuil)
  • 1992    "Lewis et Alice" (Robert Laffont)
  • 1994    "Docile" (Seuil)
  • 1996    "La Promeneuse d'oiseaux" (Seuil)
  • 1997    "La Route de l'aéroport" (Fayard)
  • 1998    "Louise" (Seuil)
  • 2002    "Madame Seyerling" (Seuil)
  • 2005    "Avec vue sur la mer" (Nil Éditions)
  • 2006    "Henri ou Henry, le roman de mon père" (Stock)
  • 2009    "Est-ce ainsi que les femmes meurent?" (Grasset)
  • 2011    "Une Anglaise à bicyclette" (Stock)
  • 2013    "La Pendue de Londres" (Grasset)
  • 2017    "Le Bureau des jardins et des étangs" (Stock)
  • 2023    "Le Nageur de Bizerte" (Stock)
  • 2026    "Maypops" (Stock)

Essais, récits et ouvrages religieux
  • 1975   " Il fait Dieu" (Julliard (rééd. Fayard en 1997)
  • 1979    "La Nuit de l'été" (Balland)
  • 1982    "Il était une joie... Andersen" (Ramsay)
  • 1984    "Béatrice en enfer" (Lieu Commun)
  • 1989    "L'Enfant de Nazareth" (avec Marie-Hélène About, Nouvelle Cité)
  • 1991    "Élisabeth Catez ou l'Obsession de Dieu" (Balland)
  • 1994    "La Bible racontée aux enfants" (Calmann-Lévy)
  • 1999    "Jésus, le Dieu qui riait" (Stock)
  • 2009    "Dictionnaire amoureux de la Bible" (Plon)
  • 2012    "Je vois des jardins partout" (JC Lattès)
  • 2014    "Dictionnaire amoureux des faits divers" (Plon)

Jeunesse

Collection"Mademoiselle Âge tendre"
  • 1970    "Il suffit d'un nuage" (Filipacchi-Odege)
  • 1970    "Un amour à l'américaine" ( Filipacchi-Odege)
  • 1972    "Anne et la punition" (Filipacchi)
Série "Le Clan du Chien bleu"
  • 1983    "La Ville aux ours" (Hachette)
  • 1983    "Le Lac de la louve" (Hachette)
  • 1983    "Pour dix petits pandas" (Hachette)
  • 1984    "Les Éléphants de Rabindra" (Hachette)
  • 1984    "Le Rendez-vous du monstre" (Hachette)

Albums illustrés
  • 1991    "La Hague" (Isoète)
  • 1992    "Cherbourg" (Isoète)
  • 1996    "Presqu'île de lumière" (Isoète)
  • 1997    "Sentinelles de lumière" (Desclée de Brouwer)

Théâtre

  • 1980     "Une chambre pour enfant sage" (créée au Théâtre Tristan-Bernard)

Bande dessinée

  • 2021    "Le Sang des Valois", tome 1 (avec Jérôme Clément et Marc Jailloux, Glénat)
  • 2023    " Le Sang des Valois", tome 2 (avec Jérôme Clément et Marc Jailloux, Glénat)
 
 
 
 
(c) Benjamin Decoin.
"Triste, je le suis amicalement à plus d'un titre.
C'est il y a une vingtaine d'années autour de la collection "Ceci n’est pas un fait divers" chez Grasset, que j'avais fait mieux connaissance avec Didier: il y a une boucle naturelle entre "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?" (2009), ce livre étincelant consacré à d'affreux meurtres à New York et le dernier roman de Didier, merveille de cruauté suave, de candeur dans la description du crime d'être né différent, ce roman intitulé "Maypops" qui vient de paraître chez Stock.
Ils sont de la même trempe qui explore la noirceur de l'âme humaine comme sa possible rédemption. Un chrétien ne pouvait pas ne pas penser au salut de ses personnages.
Didier était un capitaine et un styliste hors pair. Je suis fier d'avoir été à ses côtés toutes ses années d'édition et de complicité.
Capitaine parce que l'ancien secrétaire général, puis président du Jury Goncourt possédait le don rare d'une autorité naturelle, douce, alerte, favorisant la littérature de l'imaginaire mais ouverte à d'autres genres, avec une curiosité toujours en éveil, une boussole le menant vers d'autres rives, lui le capitaine, le marin, qui tenait son cap.
Styliste, depuis le début, dans la volupté des mots, la moisson des sens qu'il fauchait à chaque page, les goûts, les odeurs, les gestes, parvenant à reconstituer en détails le Japon médiéval autant que le Sud humide et raciste des États-Unis, l'Amérique l'une de ses passions, dans son dernier roman qu'on lira comme son testament d’écrivain.
Nous perdons un précieux défenseur de la langue, de l'imaginaire, mais qui fut aussi un ami généreux attentif aux sujets des confrères écrivains, à tous les autres.
Toute la maison Stock qui appréciait tant sa gentillesse et sa bonne humeur lors des multiples rencontres, se joint à moi ici. Nous sommes tous en deuil de Didier. J'ai une pensée d'affection et de tendresse pour Chantal, qui fut en permanence à ses côtés, et pour ses enfants dont il était à juste titre si fier.
So long, Capitaine Didier."  
Manuel Carcassonne, Directeur Général des éditions Stock