May Angeli en Tunisie, son deuxième pays. (c) Karim Ben Smail.
A l'avant-veille de l'ouverture de la 63e Foire du livre pour
enfants de Bologne, on apprend le décès de l'immense artiste
May Angeli. Quelle
tristesse! L'évoquer, c'est voir tout de suite surgir son sourire malicieux et
les merveilleuses gravures sur bois qu'elle utilisait principalement dans ses
albums pour enfants. Une technique qui n'allait pas de soi pour les éditeurs à
ses débuts - elle me l'a rappelé
ici à Moulins quand elle y a reçu le Grand prix de l'illustration - mais ne
rebutait pas ses jeunes lecteurs, bien au contraire. Le choix des couleurs et la
justesse du trait comme du propos les ont convaincus depuis belle lurette.
"Le chat qui s'en allait tout seul", de Rudyard Kipling. (c) Seuil
Jeunesse.
Combien de générations ont-elles été enchantées par la virtuose de la xylographie, elle qui
était née le 6 août 1937 à Clichy, d'une mère catholique de noblesse
mi-bretonne, mi-gasconne, et d'un père juif ashkénaze tchèque, sous le nom de
May Blumenfeld? Sa bibliographie entamée en 1961 à La Farandole après des
études à l’École nationale supérieure des arts appliqués est richissime et une
petite centaine de ses titres sont toujours disponibles, le dernier ayant été
publié il y a un an (voir
ici).
C'est ce que rappelle le Seuil Jeunesse en annonçant son décès sur les réseaux
sociaux.
"C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de
May Angeli, autrice et illustratrice dont l'œuvre a marqué plusieurs
générations de lectrices et lecteurs. May Angeli a grandi au
croisement de cultures qui ont façonné son regard sur le monde. Cette
richesse d'héritage, on la retrouve dans toute son œuvre: une œuvre
habitée par la tolérance, l'ouverture et un profond respect de
l'altérité. Formée aux Métiers d'art à Paris, May Angeli s'est
d'abord illustrée par ses travaux à la gouache, à l'encre et à
l'aquarelle. Mais c'est en 1980 qu'elle découvre ce qui deviendra sa
signature artistique: la gravure sur bois, dont elle deviendra l'une des
grandes maîtres. Ses albums, qu'elle crée en tant qu'illustratrice ou
autrice-illustratrice, portent cette empreinte unique: la force du trait,
la vibration de la couleur, la poésie des matières naturelles. Son
talent l'a menée à collaborer pour le livre, le théâtre, le cinéma, et à
transmettre sans compter lors d'ateliers auprès des enfants. Tout au long
de sa carrière, elle a su faire de ses images des espaces d'émotion, de
dialogue et d'humanité. Nous souhaitons aujourd'hui saluer une
artiste lumineuse, engagée, curieuse, généreuse; mais aussi une femme
profondément attachée à la liberté, à la beauté du monde et au partage.
Son œuvre continuera longtemps d'accompagner les jeunes lecteurs, d'ouvrir
des horizons, et de transmettre cette douceur grave qui lui était
propre. Nos pensées vont à sa famille, à ses proches, et à toutes
celles et ceux qui ont été touchés par son travail."
Gravure sur bois, encore et toujours.
L'ancien éditeur tunisien Karim Ben Smail annonce aussi la triste nouvelle.
"May Angeli nous a quittés. Notre amie May était une immense auteure
jeunesse, publiée partout, en Tunisie aussi, son deuxième pays, où elle
rejoignait tous les ans pour plusieurs mois son compagnon Hassen Filali,
qui nous a quittés il y a quelques années. May a laissé
beaucoup d’amis, beaucoup d'amour et de respect; une femme rare dont
l'appartement parisien a toujours été le refuge, la porte ouverte à tous
ses amis tunisiens. May savait accueillir, dans la simplicité. Farouche
défenseure de toutes les libertés, je me souviens de ce jour à Paris où un
policier contrôlait un peu trop brutalement un passant noir, elle s'est
approchée, très près. Et quand on lui a dit «Circulez», elle a répondu
«Non, j'observe, je témoigne». Sacrée nana. May, c'était un regard de
calme et de bonté. Quand elle nous hébergeait à Paris, dans son salon, il
y avait une presse d'impression manuelle sur laquelle elle produisait ses
belles gravures, une ambiance de magie créative, lumineuse. Quand
mon beau-père, très malade, a dû aller se faire soigner à Paris, c'est
elle qui l'a accueilli, sans hésiter. Comme pour tant d'autres, May était
toujours là, bienveillante, intelligente, courageuse et malicieuse. La
Tunisie est très présente dans ses livres, dans son cœur, beaux cadeaux à
son pays d'adoption. Nous lui avons rendu visite il y a une semaine à
peine, épuisée par la maladie, douleurs et fatigue. Malgré cela, elle a
tenu à se lever, à s'installer dans le fauteuil, parlant difficilement,
mais trouvant toujours assez d'énergie pour nous sourire, «Je suis
entourée de sauvages», manière de dire «Je veux partir», sans le dire.
Puis «Sauf vous!». Je garderai toujours le souvenir de sa main dans la
mienne, un geste inhabituel entre nous; elle m'a regardé et a esquissé un
rire un peu essoufflé, avec un précieux «la main dans la main!», un petit
éclair de malice dans les yeux, une dernière fois. Je l'avais
appelée il y a quelques jours, elle allait mieux, mais était lucide, «Je
ne m’inquiète pas», «Tu vas aller mieux, on t'attend à Tunis!».
Hésitation, presque gênée, pudique: «Ça n'est pas possible». Lucide, peu
de mots. Et quand je lui ai dit qu'on l’embrassait fort, elle a répondu
«Oui, très fort, très fort». Une douceur profonde, jusqu'à sa
dernière phrase pour l'aide-soignant à ses côtés, lors d'un bref et ultime
moment, dans les brumes des calmants: «Vous êtes un très bon ami». De la
gentillesse, jusqu'à la fin. Nous t'embrassons May, fort, très
fort. Quel privilège de t'avoir côtoyée! Merci pour
tout."
"L'école est fermée". (c) La joie de lire.
Nédra Ben S., une autre de ses amies tunisiennes dit ceci:
"Il existe des femmes qui vous apprend ce que c'est que la liberté. May
Angeli était de celles-là. Libre, audacieuse, elle ne renonçait pas à son
désir. Elle vous apprenait aussi la droiture et l'intégrité,
intellectuelle et affective. May est une amitié et une leçon.
Merci."
L'illustrateur français Mathias Friman témoigne:
"Tellement triste de cette nouvelle. May était talentueuse, drôle. J'étais
toujours heureux de la croiser, de rigoler avec elle … Tu vas me
manquer May"
Une autre personne rappelle qu'elle avait une collection de cuillères du
monde.
May Angeli
était beaucoup plus qu'une artiste créatrice de livres. Au fil de son
chemin, elle avait travaillé avec différents éditeurs, La Farandole et le
Sorbier à ses débuts, le Père Castor et Syros ensuite. Très vite, Cérès en
Tunisie. Les années 2000 la voient rencontrer Thierry Magnier et suivre
Françoise Mateu, ex-Syros, au Seuil Jeunesse. En 2015, le titre
"L'école est fermée, vive la révolution!"
(lire
ici), "un album très important pour moi", m'avait-elle écrit, ne trouve
pas preneur chez ses éditeurs habituels et paraît en Suisse à La Joie de lire.
En 2018, May Angeli suit Caroline Drouot et Ilona Meyer qui quittent le Seuil
pour fonder les Éditions des Éléphants qui deviendront sa maison d'édition
principale des dernières années, en parallèle aux rééditions au Seuil Jeunesse
et à quelques titres chez Didier Jeunesse (dont un avec le Belge Carl Norac,
"Le carnaval des animaux sud-américains").
En juillet 2019,
May Angeli a fait don à
la BnF de plus de 900 planches, dessins et matrices originaux représentatifs
de son travail. Bonne fée de la bibliothèque de l'Heure Joyeuse, elle a donné maquettes et gravures de plusieurs de ses livres au Fonds patrimonial.
Généreuse, elle a aussi offert chaque année des œuvres pour la vente aux
enchères du Muz. Sa carrière de plus soixante ans est d'une foisonnante vitalité.
Il faut absolument s'y plonger, le bonheur s'y trouve. Que ses titres, souvent
animaliers, soient empreints d'expériences quotidiennes, de contes classiques
et de fables modernes, d'engagements. Tendresse, humour, narration, engagement, tout ce qui fait un bon livre pour enfants se trouve dans ses merveilleuses illustrations.
Une vaste exposition lui a été consacrée en novembre 2021 à la Bibliothèque
François-Mitterrand, donnant à voir son exceptionnelle vitalité picturale. En
parallèle, un très beau numéro hors-série de la Revue des livres pour enfants
lui a été consacré,
"May Angeli, les couleurs de l'enfance"
(voir
ici, commander
ici).
Au fil des ans, j'ai consacré plusieurs notes de blog à May Angeli dont j'ai toujours admiré et apprécié le travail (ici).
Les derniers titres de May Angeli, nouveautés et rééditions.
On connaît assez bien
Sydney Smith
chez nous. Qu'ils soient réalisés en solo ou en duo, la plupart des albums de l'artiste canadien né en 1980 en Nouvelle-Écosse sont traduits en français et ont été mis à l'honneur. Je l'ai
rappelé à l'occasion du prix Hans Christian Andersen de l'IBBY dont il a été
lauréat l'an dernier (lire
ici).
Les albums de Sydney Smith traduits en français.
Prix Andersen 2024, Sydney Smith a donc réalisé la couverture de l'"Illustrators Annual 2025"
de la Foire de Bologne et y a bénéficié d'une exposition (lire
ici). Une magnifique exposition même pour laquelle il avait fait le déplacement du
Canada en Italie. L'occasion de le rencontrer brièvement.
Comment avez-vous abordé l'illustration de la couverture de l'"Annual
Illustrator"?
Illustrer la couverture était vertigineux. Je me suis retrouvé dans la
situation de quelqu'un qui commence à illustrer. J'étais complètement libre de
faire ce que je voulais. Je balançais entre excitation et responsabilité. En
Amérique du Nord, on n'a pas la même créativité qu'en Europe. Je voulais
expérimenter, me pousser hors de mon confort. J'ai testé différentes idées sur
ce que représente pour moi l'illustration. Et puis, j'ai vu mes enfants. Mes
enfants dans ma salle à manger. Un moment qui m'a transcendé.
L'illustration de couverture complète.
Vos dessins se reconnaissent de loin.
Ma liberté a été encouragée par ce qui se passe ici à la Foire du livre pour
enfants de Bologne.
Vous êtes né et avez grandi à la campagne. Est-ce que cela influence votre
œuvre?
Oui, je pense que l'environnement a une influence sur le travail. L'océan, les frontières, ce n'est pas rien.
Nous étions des personnes isolées mais nous avions de l'humour. J'ai effectivement grandi à la
campagne, dans une ferme. Je fais des albums pour connecter les lecteurs à
cela, pour me connecter moi-même aussi, pour retrouver ces moments d'enfance qui sont très
naturels pour moi. En tant qu'adulte, j'ai l'impression d'avoir un peu perdu
cela avec l'âge.
Quelles sont vos sources d'inspiration?
Tous mes livres sont inspirés de mon expérience ou de mes observations. Je suis
aussi inspiré par l'enfant que j'étais que par la personne que je suis
maintenant. Par contre, quand je fais mes livres, je ne pense pas aux enfants qui vont me
lire. Je pense à l'enfant que j'étais, moi. Bien sûr, il y a énormément de manières de faire des livres, il n'y a pas de mauvaise manière.
Quel enfant étiez-vous?
J'étais un enfant sensible. Petit, je voulais
déjà devenir un artiste. J'ai fait des études artistiques dans une école. Bien
avant de terminer l'école, j'avais choisi de faire des livres pour les
enfants. Être très sensible est un état. C'est le rôle de l'artiste.
Vous faites des livres en duo, en illustrant les textes d'autres, et des
livres en solo. Comment organisez-vous cela?
Pour moi, écrire est une lutte. J'éprouve même parfois de la peine à écrire le texte de mes
livres. Jamais à les illustrer. Pour cela, j'utilise un mélange de techniques, l'aquarelle,
la gouache, les pigments. Je scanne les illustrations pour ajuster les
contrastes mais pas trop. Par contre, illustrer le texte de quelqu'un d'autre est un
challenge. Le résultat est unique quand on est deux et qu'on est deux à
résoudre les problèmes. En solo, les problèmes sont différents.
Vous avez une manière particulière de souligner vos personnages d'une ligne
blanche.
La ligne blanche est ma signature. J'essaie d'inventer quelque chose chaque
fois. J'ai besoin de me sentir excité et mon excitation vient de la nouveauté
à trouver.
Quelques-unes des illustrations de Sydney Smith exposées à la Foire de Bologne 2025. (c) BCBF.
Événement gigantesque, la Foire du livre pour enfants de Bologne (lire ici) remet ses propres distinctions, les BRAW, les BolognaRagazzi Awards (lire ici), un peu avant son ouverture. Elle en accueille d'autres pendant son déroulé sur sa scène principale. Notamment, le prix Andersen de l'IBBY un an sur deux en ouverture le lundi, le prix Astrid Lindgren chaque année le mardi. Et aussi celui de la Fondacion SM.
Les prix Andersen 2024
Lundi 8 avril, Liz Page, la présidente du jury du prix IBBY, a annoncé les deux lauréats du prix Hans Christian Andersen 2024 choisis parmi les douze finalistes (lire ici). Il s'agit de l'écrivain autrichien Heinz Janisch et de l'auteur-illustrateur canadien Sydney Smith. Ce dernier était déjà finaliste en 2022 (lire ici).
Très connu en Autriche comme auteur de livres pour enfants, Heinz Janisch, 64 ans, par ailleurs journaliste radio et écrivain, est moins célèbre en terres francophones. On le connaît principalement pour trois albums, un peu anciens, "Le Roi et la mer. 21 petites histoires", illustré par Wolf Erlbruch (La joie de lire, 2009), "L'Arche de Noé", illustré par Lisbeth Zwerger (Minédition, 2008) et "Une maison au bord de la mer", illustré par Helga Bansch (Belin, 2010).
Ce qu'en dit le jury:
"Heinz Janisch affirme que "rien n’est trop petit pour la littérature". Il est né en 1960 dans le Burgenland, non loin de la frontière hongroise et vit aujourd'hui à Vienne. Janisch est un maître du récit court qui laisse place à l'imagination des lecteurs. Bien que beaucoup de ses œuvres soient humoristiques, voire parfois absurdes, il y a un élément philosophique dans son écriture qui rend souvent ses livres profonds. Ses textes simples sont significatifs, et le dicton "moins c'est plus" peut s'appliquer à l'auteur lauréat 2024. Son écriture est universelle et séduit les enfants et les jeunes du monde entier. De plus, sa contribution à la littérature est énorme, non seulement à travers ses écrits, mais aussi par ses nombreuses lectures, ateliers d'écriture littéraire et créative pour enfants et adultes, y compris des ateliers de création pour jeunes artistes handicapés. L'écriture de Janisch est nuancée par de nombreuses couches, ce qui la rend universelle et édifiante."
"Le jardin de Baba", illustré par Sydney Smith. (c) Didier Jeunesse.
Le nom de Sydney Smith est plus familier aux francophones. L'auteur-illustrateur canadien a sept albums et un roman publiés ici depuis 2015. Un d'eux, "Le jardin de Baba", a reçu le prix Sorcières Carrément beau maxi 2024 le mois dernier (lire ici). Amateur de dessin enfant, Sydney Smith en a fait le sujet de ses études à Halifax. Affichiste à Toronto, il s'est orienté vers la littérature de jeunesse en 2010 en rejoignant un atelier d'artistes. Il utilise diverses techniques, le plus souvent l'encre et le pinceau. Aujourd'hui, il est retourné dans sa Nouvelle-Écosse natale où il continue de rechercher et de capturer "des moments sublimes trouvés dans des endroits banals".
"Tu te rappelles" (traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo, Kaléidoscope, 2024) égrène les souvenirs d'une mère et de son fils.
"Le jardin de Baba" (texte se Jordan Scott, traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier Jeunesse, 2023) évoque les sons et les odeurs que ressent un enfant chez sa grand-mère adorée, Baba, particulièrement dans son jardin. Avant que les rôles ne s'inversent.
"Splash" (roman de Kenneth Oppel, traduit de l'anglais par Eric Betsch, PKJ, 2023) est le nom de la petite goutte d'encre qui s'anime une nuit et devient l'amie de la famille en résolvant ses problèmes de mots.
"Je parle comme une rivière" (texte de Jordan Scott, traduit de l'anglais par Shaïne Cassim, Didier Jeunesse, 2021), la promenade au bord de la rivière d'un enfant qui bégaie et son papa qui l'aide à trouver sa voix.
"Perdu dans la ville" (traduit de l'anglais par Rosalind Elland-Goldsmith, Kaléidoscope, 2020) inquiète le lecteur au début, avec ce mini-héros qui déambule seul en ville mais la fin se fera rassurante.
"D'ici, je vois la mer" (texte de Joanne Schwartz, traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier Jeunesse, 2019) est un dialogue dans les années 50 entre un jeune garçon au bord de la mer et son père qui y travaille.
"Le chat blanc et le moine" (texte de Jo-Ellen Bogart, traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope, 2017) dit la complicité entre un savant et un chat dans la quiétude d'un monastère.
"Les fleurs de la ville" (Jon Arno Lawson, Sarbacane, 2015), un album sans paroles où une petite fille en rouge apprécie les couleurs de sa ville grise et les partage.
Ce qu'en dit le jury:
"Dans une interview avec le professeur Deirdre Baker en avril 2022, Sydney Smith a déclaré que "l'écoute… correspond davantage à la façon dont j'aborde les histoires" lorsqu'il illustre les textes des autres et qu'il illustre ses propres histoires. Smith est né en 1980 dans une région rurale de la Nouvelle-Écosse et est maintenant revenu dans la province avec sa famille après avoir vécu plusieurs années à Toronto. Le travail de Smith s'apparente à un récit visuel ou à un court souvenir musical, ce qui fait écho à sa déclaration selon laquelle l'écoute est la manière dont il aborde les histoires. Il utilise des techniques apparemment simples pour raconter l'histoire – en réalité le résultat d'une pratique intense. Ses personnages modestes mais authentiques sont à la fois sympathiques et doux. Il utilise la couleur pour introduire la nature, les odeurs et le drame dans chaque livre. Le dicton "moins c'est plus" peut également s'appliquer à chacune de ses œuvres puisqu'il élimine le superflu pour exprimer des émotions. Smith est un artiste véritablement universel."
Le prix IBBY-Asahi Reading Promotion Award 2024 va à l'association ATD Quart Monde (ATD Fourth World, All Together in Dignity), une série de soixante bibliothèques de rue offrant des espaces de lecture aux enfants pauvres.
Les lauréates du prix IBBY-iRead Outstanding Reading Promoter Award 2024 sont Basarat Kazim, du Pakistan, et Irene Vasco de Colombie.
La cérémonie d'annonce peut être revue sur Youtube ici.
Palmarès du prix Andersen
Auteur (depuis 1956)
2022 Marie-Aude Murail (France)
2020 Jacqueline Woodson (USA)
2018 Eiko Kadono (Japon) 2016 Cao Wenxuan (Chine) 2014 Nahoko Uehashi (Japon) 2012 Maria Teresa Andruetto (Argentine) 2010 David Almond (Grande-Bretagne) 2008 Jürg Schubiger (Suisse) 2006 Margaret Mahy (Nouvelle-Zélande) 2004 Martin Waddell (Irlande) 2002 Aidan Chambers (Grande-Bretagne) 2000 Ana Maria Machado (Brésil) 1998 Katherine Paterson (USA) 1996 Uri Orlev (Israël) 1994 Michio Mado (Japon) 1992 Virginia Hamilton (USA) 1990 Tormod Haugen (Norvège) 1988 Annie M. G. Schmidt (Pays-Bas) 1986 Patricia Wrightson (Australie) 1984 Christine Nöstlinger (Autriche) 1982 Lygia Bojunga Nunes (Brésil) 1980 Bohumil Riha (Tchécoslovaquie) 1978 Paula Fox (USA) 1976 Cecil Bødker (Danemark) 1974 Maria Gripe (Suède) 1972 Scott O'Dell (USA) 1970 Gianni Rodari (Italie) 1968 James Krüss (Allemagne) José Maria
Sanchez-Silva (Espagne) 1966 Tove Jansson (Finlande) 1964 René Guillot (France) 1962 Meindert DeJong (USA) 1960 Erich Kästner (Allemagne) 1958 Astrid Lindgren (Suède) 1956 Eleanor Farjeon (Grande-Bretagne)
Illustrateur (depuis 1966)
2022 Susy Lee (Corée du sud)
2020 Albertine (Suisse)
2018 Igor Oleynikov (Russie) 2016 Rotraut Susanne Berner (Allemagne) 2014 Roger Mello (Brésil) 2012 Peter Sís (République tchèque) 2010 Jutta Bauer (Allemagne) 2008 Roberto Innocenti (Italie) 2006 Wolf Erlbruch (Allemagne) 2004 Max Velthuijs (Pays-Bas) 2002 Quentin Blake (Grande-Bretagne) 2000 Anthony Browne (Grande-Bretagne) 1998 Tomi Ungerer (France) 1996 Klaus Ensikat (Allemagne) 1994 Jörg Müller (Suisse) 1992 Kveta Pacovská (République tchèque) 1990 Lisbeth Zwerger (Autriche) 1988 Dusan Kállay (Tchécoslovaquie) 1986 Robert Ingpen (Australie) 1984 Mitsumasa Anno (Japon) 1982 Zbigniew Rychlicki (Pologne) 1980 Suekichi Akaba (Japon) 1978 Svend Otto S. (Danemark) 1976 Tatjana Mawrina (URSS) 1974 Farshid Mesghali (Iran) 1972 Ib Spang Olsen (Danemark) 1970 Maurice Sendak (USA) 1968 Jirí Trnka (Tchécoslovaquie) 1966 Alois Carigiet (Suisse)
Pour ne pas s'embrouiller entre les différents prix Andersen, c'est ici.
Le prix Astrid Lindgren
Le prix Astrid Lindgren 2024 a été attribué le mardi 9 avril à l'organisation australienne "Indigenous Literacy Foundation", fondée en 2011.
Le coup de téléphone au lauréat.
L'Indigenous Literacy Foundation (ILF) a été créée pour encourager la lecture et promouvoir l'alphabétisation en garantissant l'accès à de la bonne littérature aux enfants des Premières Nations d'Australie. Le travail de promotion de la lecture de l'ILF repose sur la collaboration et l'engagement des communautés locales. À travers divers programmes, elle propose des packs de livres aux enfants et aux familles des communautés des Premières Nations en Australie et sur les îles du détroit de Torres, elle traduit des livres, organise des activités de lecture à haute voix et soutient la publication de livres pour enfants créés dans les communautés. Aujourd'hui, l'ILF travaille dans 427 communautés des Premières Nations sur tout le continent australien.
Ce qu'en dit le jury:
"Avec curiosité et respect, l'Indigenous Literacy Foundation travaille dans le domaine de la lecture et du conte chez les enfants des Premières Nations d'Australie. En étroite collaboration avec les communautés, elle met en valeur la valeur des langues et des histoires de chacun. En diffusant des livres et en stimulant la lecture, le conte et la créativité, la Fondation pour l'alphabétisation autochtone suscite le désir de lire et favorise la fierté, la confiance en soi et le sentiment d'appartenance. Chaque enfant a droit à sa langue et à ses histoires."
(c) Indigenous Literacy Foundation.
Les lauréats ALMA précédents
2023 Laurie Halse Anderson (lire ici) 2022 Eva Lindström (lire
ici) 2021 Jean-Claude Mourlevat (lire
ici) 2020 Baek Hee-na (lire
ici) 2019 Bart Moeyaert (lire
ici) 2018 Jacqueline
Woodson (lire
ici) 2017 Wolf Erlbruch (lire
ici) 2016 Meg Rosoff (lire ici) 2015 Praesa (lire ici) 2014 Barbro Lindgren (lire ici) 2013 Isol 2012 Guus Kuijer (lire
ici) 2011 Shaun Tan 2010 Kitty Crowther 2009 Tamer Institute 2008 Sonya Hartnett 2007 Banco del Libro 2006 Katherine Paterson 2005 Philip Pullman et Ryôji Arai 2004 Lydia Bojunga 2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger
Le prix international de l'illustration Fundación SM
Le prix Fundación SM 2024 va à l'illustrateur brésilien Henrique Moreira, âgé de 25 ans. Diplômé en design graphique, le lauréat se dit très intéressé à explorer la façon de communiquer des histoires avec des illustrations, en particulier en travaillant avec des livres muets.
Jury: Philip Giordano (illustrateur), Ayami Moriizumi Cometti (Itabashi Art Museum), Sara Rioja Gutiérrez (Designer SM Madrid).
Créé en 2009, le Prix international de l'illustration Foire du livre jeunesse de Bologne - Fundación SM est réservé aux artistes de moins de 35 ans qui ont déjà été sélectionnés pour l'Exposition des Illustrateurs. Il est doté d'un chèque de 15.000 € afin de donner au lauréat es ressources nécessaires pendant un an pour développer un livre d'images qui sera publié et commercialisé sur le marché mondial par les Espagnols. Les illustrations originales du livre seront présentées à la prochaine édition du Salon du livre jeunesse de Bologne pour une exposition personnelle dédiée au lauréat.
L'Association des Librairies Spécialisées Jeunesse
(ALSJ) et l'Association des Bibliothèques de France
(ABF), ont dévoilé le palmarès des
prix Sorcières 2024.
Bravo aux albums lauréats! A noter qu'un a obtenu le prix IBBY Belgique
francophone 2024 de l'album belge et qu'un autre figurait parmi les dix titres
sélectionnés pour le prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album (lire
ici).
CARRÉMENT BEAU MINI
"Chez Bergamote", de Junko Nakamura (MeMo, 2023, lire ici).
Les autres finalistes étaient
"À la faveur de l'été", de Koshiro Hata (traduction de Valentine Barge,
Ed. Michi)
"Tourne, pense, regarde", de Beau Gardner (Les Grandes
Personnes)
"Notre voyage", de Romain Bernard (La Partie)
"L'escapade", de Marine Schneider
(Cambourakis)
CARRÉMENT BEAU MAXI
"Dans
le jardin de Baba", de Jordan Scott et Sydney Smith (traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier jeunesse).
Les autres finalistes étaient
"La chambre de Warren",
de Jérémie Moreau (Albin Michel)
"Frères", de Marie Le Cuziat &
Hua Ling Xu (L'étagère du bas)
"Hazel la petite sorcière", de Phoebe
Wahl (traduit de l'anglais par Ilona Meyer et Caroline Drouault, Les Éditions des Éléphants)
"Ah
les voyages!", de Marie Caudry (Thierry Magnier)
CARRÉMENT PASSIONNANT MINI
"Monstres", de Stéphane Servant et Nicolas Zouliamis
(Éditions Thierry Magnier).
Les autres finalistes étaient
"La prophétie de Beatryce", de Kate DiCamillo
(trad. Rosalind Elland-Goldsmith, Seuil Jeunesse)
"Petite et grandes
ourses", de Bernadette Gervais (La Partie)
"Trois petites lumières",
de Maria Ramos (L'école des loisirs)
"L’étoile du soir", de Siècle
Vaëlban (Albin Michel)
CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI
"Nous traversons des orages", d'Anne-Laure Bondoux
(Gallimard Jeunesse).
Les autres finalistes étaient
"Le
souffle du puma", de Laurine Roux (L'école des loisirs)
"Mille
pertuis, tome 1 - La sorcière sans nombril", de Julia Thévenot (Gallimard
Jeunesse)
"De larmes et d'écume", de Stéphane Michaka
(PKJ)
"Pony", de R.J. Palacio (Gallimard Jeunesse)
CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION
"Nuit de chance",
de Sarah Cheveau (La Partie, lire ici).
Les autres finalistes étaient
"Les pins", de Lisa Adbage (Cambourakis)
"Les
printemps", d'Adrien Parlange (La Partie)
"Le secret des sables", de
Levi Pinfold (trad. Claire Billaud, Kaleidoscope)
"Ö", de Raul Nieto Guridi (Cotcotcot)
CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION
"L'imagier", d'Émilie Chazerand et Anna Wanda Gogusey
(La ville brûle).
Les autres finalistes étaient
"Le grand livre de la main", de Magda Gargulakova et
Vitezslav Mecner (Casterman)
"Animaux et humains", de Yoko Heiligers
(Hélium)
"Balade en Fromagie", de Bernard Friot et Aurore
Paillusson, illustré par Thomas Baas et Charlotte Fréreau (Milan)
"Africana",
de Kim Chakanetsa, illustré par Alabi Mayowa (Milan)
François David des éditions Motus nous informe du décès du professeur de lettres et poète Alain Boudet (une trentaine de recueils destinés aux adultes ou aux enfants). Né le 1er août 1950 au Mans, il avait 71 ans: "Je viens d'apprendre la mort d'Alain Boudet. Il était non seulement bon poète (et Motus avait été heureux de publier son très beau texte "Le rire des cascades"), mais un homme de grande qualité, vraiment. Disponible, tendrement souriant, généreux et d’une modestie qui n’était pas feinte. Sur son site, La toile de l'un, il avait mis en lumière et fait découvrir tant de textes, tant de poètes. On peut y lire, encore, les deux derniers poèmes qu'il y a placés."
L'amitié qui se lit de la main à l'épaule ressemble aux mots qui n'ont pas d’âge La lumière est sans faille Le temps qui passe reste sans prise Rien ne s'efface rien ne se brise chaque visage est un sourire
Alain Boudet
(Au coeur le poème
La vague à l'âme)
D'un jour à l'autre je ricoche ma vie vers des ondes affaiblies Viendra une heure inattendue bien que certaine où le rebond sera absent L'heure où s'effaceront nos mots Où commencera le silence.
Alain Boudet
Ici là, sur le rivage
(Les Éditions de la Renarde Rouge, 2010)
Un autre poème sur le site accompagne l'annonce du décès d'Alain Boudet.
Rien n'est à nous
Ni le vent
ni la mer
ni l'écume
Ni les odeurs
ni l'ombre qui nous accompagne
Notre envie de marcher
justifie le chemin
Notre envie et rien d'autre
Et quand nous avançons
à chaque mouvement du corps
nous réinventons la lumière.
Alain BOUDET
Sur le rivage, Écho Optique
Alain Boudet, je l'avais découvert en 2001, à la sortie du recueil "Le rire des cascades", librement illustré par Michelle Daufresne (Editions Motus). Des poèmes courts, très courts, souvent drôles. Aussi denses que brefs. Telle est l'œuvre d'Alain Boudet, découverte sur l'internet par l'éditeur François David. Délicat recueil que "Le rire des cascades". Un souffle de fraîcheur et d'imagination, ancré dans le quotidien. Les textes s'égrènent sur trois ou quatre lignes. "Dans le lait d'un nuage/la paille traînante d'un avion/ Ravitaillement en vol" ou "Perdu au coeur du pré/le brin d'herbe/croit peut-être/qu'il est seul". Ce petit format a permis un retour aux sources à la maison Motus: elle débuta en 1988 par de la poésie brève. "Souvent les poèmes très brefs offrent paradoxalement beaucoup à la pensée et à l'imaginaire", explique François David. Les textes de Boudet parlent de nature, d'oiseaux, d'arbres, de lumière, de liberté...
Alain Boudet a publié dans plusieurs maisons d'édition jeunesse, chez Didier Jeunesse, chez Rue du Monde, aux Carnets du Dessert de lune (lire ici) et dans de toutes petites maisons.
Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque7
Baek Hee-na.
Jointe au téléphone ce matin par le jury du prix Astrid Lindgren pour lui annoncer ses lauriers tout neufs, la Coréenne BaekHee-na ne comprend pas bien. La liaison est mauvaise. Au "You are the laureate" de son correspondant, elle répond "You mean I'm the winner?" avant de réaliser ce qui vient de lui être dit et de demander de continuer par mail.
C'est donc une auteure-illustratrice coréenne qui remporte cette année la plus importante récompense en matière de littérature de jeunesse (lire ici et ici). Mal connue en français puisque nous ne disposons que de trois de ses albums en traduction. Mais dans la lignée d'Astrid Lindgren, nous assure le jury du prix. Son style graphique unique présente des figurines miniatures faites à la main et des environnements soigneusement éclairés et photographiés
Née à Séoul en 1971, Baek Hee-na a étudié les sciences de l'éducation dans sa ville puis l'animation aux Etats-Unis. Après avoir travaillé dans la publicité et le multimédia pour les enfants, elle a commencé à créer ses propres livres d'images à la naissance de sa fille.
Elle a été élue illustratrice de l'année à la Foire internationale du livre de Bologne en 2005. Elle est l'auteur de treize albums pour enfants en Corée, populaires dans toute l'Asie, et dont certains ont été traduits. Le jury a salué son travail, "porte vers le merveilleux: sensuel, vertigineux et piquant".
Trois de ses albums nous sont parvenus en traduction française.
Les petits pains au nuage Baek Heena Hyang-soo Kim
traduit du coréen par Claire Lanaspre
Didier Jeunesse
40 pages, 2006
Comment venir en aide à papa, terriblement en retard et coincé dans un embouteillage? En cuisinant de délicieux petits pains au nuage, pardi! Une histoire tendre et farfelue dans un quotidien citadin, au milieu des gratte-ciel. Un album inventif sur le plan graphique.
Le fil rose Baek Hee-Na
traduit du coréen par Yeong-Hee Lim et adapté par Michèle Moreau
Didier jeunesse
22 pages, 2010
Une petite fille s'amuse avec un fil de laine rose qui sera le fil conducteur de sa journée. Il se fait nœud pour ses cheveux et elle sort. Il se fait laisse pour son chien. Il devient corde à sauter pou jouer au square avec les copains...
Chat-Chelou Baek Heena
traduit du coréen par Lim Yeong-hee
Picquier Jeunesse
40 pages, 2017
Lors d'une visite au poulailler, un gros matou peu recommandable vole un œuf, le gobe tout rond…et donne naissance à un poussin tout penaud. Ces deux là n'ont rien en commun et pourtant ils ne se quitteront plus. Une histoire d'amour, portée par l'originalité des personnages et la force de leurs sentiments.
La cérémonie de remise officielle, fixée au 1er juin, est reportée.
Quelques images de son travail, existant ou pas en français.
2017 Wolf Erlbruch (lire ici) 2016 Meg Rosoff (lire ici) 2015 Praesa (lire ici)
2014 Barbro Lindgren (lire ici) 2013 Isol 2012 Guus Kuijer (lire ici) 2011 Shaun Tan 2010 Kitty Crowther 2009 Tamer Institute 2008 Sonya Hartnett 2007 Banco del Libro 2006 Katherine Paterson 2005 Philip Pullman et Ryôji Arai 2004 Lydia Bojunga 2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger
Ce n'est pas pour rien que le Astrid Lindgren Memorial Award est aujourd'hui considéré comme l'équivalent jeunesse du prix Nobel de littérature, détrônant les prix Andersen de l'IBBY de cette appellation. Avec sa dotation de 5 millions de couronnes suédoises (480.000 €), il est le prix en littérature de jeunesse le plus important au monde.