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mardi 24 mai 2022

La trilogie Angie s'achève de façon trépidante

Couverture de Levente Szabo pour "À l'hôtel du Pourquoi-Pas?" (c) l'école des loisirs.

Roman du confinement et de la solidarité familiale, la trilogie pour ados "Angie" de Marie-Aude et Lorris Murail s'achève un an après la parution du premier volume (lire ici et ici) avec "A l'hôtel du Pourquoi-Pas?" (l'école des loisirs, Médium, 409 pages). Un troisième tome trépidant, bien épais, qui se déroule bien entendu aussi au Havre - le covid est toujours là, sous forme de couvre-feu cette fois. Ses épisodes haletants vont plonger Angie dans des situations inconfortables si pas critiques. On le sait, la romancière l'a terminé seule au-delà des 150 premières pages que Lorris Murail avait concoctées avec elle avant son décès (lire ici).

Secrets de la famille d'Angie dans le premier tome, secrets d'une famille de notables du Havre dans le deuxième, secrets de la famille d'Augustin Maupetit dans le troisième, les Murail maîtrisent les arbres généalogiques et leurs embranchements les moins attendus. Dans "A l'hôtel du Pourquoi-Pas?", le genre du polar pour ados va en plus être poussé au plus loin de ses retranchements et se doubler d'un conte d'avertissement. Sites de rencontres, site collaboratif "Tous enquêteurs!?", chaînes YouTube,.., attention, internet n'est pas toujours net, glissent en douce les auteurs. On le comprendra pleinement une fois la lecture achevée.

On l'a vu précédemment, le capitaine Augustin Maupetit a été mis en disponibilité depuis l'affaire Lecoq résolue dans "Souviens-toi de septembre" (lire ici). Sa chienne renifleuse Capitaine aussi. Pour tromper son ennui, il lit un thriller de Cornelia Finch, adulée par la libraire locale. Il dispense aussi quelques cours à ses "stagiaires", la jeune Angie et sa copine Rose-May. Pas de quoi vraiment enthousiasmer le fringant enquêteur. C'est dire s'il accueille positivement la requête du commissaire Lamblin, lancer le BAC, le Bureau des affaires classées. Parmi toutes les affaires locales non élucidées, il choisit celle qui s'est déroulée sur le paquebot France en 1972: un petit garçon a disparu juste avant l'arrivée du navire au port du Havre. Pourquoi celle-là? Parce qu'elle ressemble étrangement au bouquin qu'il est en train de lire.

Cela, c'est pour le début du livre. Car les événements vont s'y succéder, s'y enchevêtrer, s'y complexifier, s'accompagner de bizarreries et même se dramatiser à un rythme inouï, les nombreux personnages se rencontrant, se croisant ou même se cognant les uns aux autres à leur heure. Alice Verne, la supérieure hiérarchique d'Augustin à la police, tente de trouver l'amour sur un site de rencontre. Elle est blonde, comme les deux jeunes femmes qui viennent d'être mystérieusement assassinées dans le coin. Un père de famille est également actif sur ce réseau, inquiétant personnage au passé trouble. L'infirmière Emma Tourniquet, la mère d'Angie, nous permet de rencontre d'autres personnages lors de ses tournées, dont la vieille Alphonsine, passionnée de faits divers. Elle-même s'interroge sur son avenir amoureux: Augustin ou le père d'Angie qui a réapparu au tome un (lire ici). Tante Thérèse et son pendule sont toujours là, discrets et efficaces; vont-ils enfin répondre aux questions d'Augustin sur ses parents? Comme les deux policiers semblent vouloir enquêter sur leur affaire classée sans les deux  "stagiaires", celles-ci se lancent dans leurs propres investigations sur les affaires en cours. Elles les publient sans inquiétude sur la chaîne YouTube qu'elles ont créée en toute discrétion. Elles y évoquent leurs recherches, lancent des hypothèses sans imaginer une seule seconde qu'internet est accessible à tout le monde. Aussi aux personnes peu recommandables qui ont fait des "attrape-rêves" indiens des fétiches. Aussi aux serial killers. Elles se mettent en danger et l'ignorent.

Ramifié en diable, ce troisième épisode des aventures d'Angie et compagnie est certainement celui qui est le plus palpitant et le plus angoissant pour le lecteur qui en sait davantage sur les protagonistes que chacun d'entre eux. Marie-Aude et Lorris Murail ont établi une formidable toile où se superposent parfois passé et présent. Encore faut-il savoir où. Le commissaire Lamblin et le capitaine Maupetit s'y emploient de toutes leurs forces, décidés à retrouver cet enfant évaporé qui, s'il n'est pas mort comme ils le croient, est un adulte quinquagénaire à l'heure actuelle. Pressés qu'ils sont également de découvrir l'identité de la romancière secrète Cornelia Finch, ils auront la surprise de leur vie quand ils visionneront la "Chaîne du crime" des deux demoiselles. Il leur faudra revenir au présent, intervenir et vite. Saupoudré d'histoires d'amour à tous les âges, "A l'hôtel du Pourquoi-Pas?" est un passionnant thriller pour ado, mené de mains de maîtres. 

Trilogie?
Avançant en ce moment dans la Saison 7 de "Sauveur & Fils" avec sa fille Constance (lire ici) - elles en sont à la page 130 -, Marie-Aude Murail n'exclut pas de prolonger un jour la trilogie d'Angie si l'envie lui prenait d'écrire un nouveau roman policier avec les mêmes personnages. Dans ce cas, elle laisserait le nom de son frère Lorris sur la couverture car ceux-ci appartiennent autant à lui qu'à elle, dit-elle. 


 

vendredi 28 janvier 2022

Nous sommes tous Malik

Guillaume Guéraud.

A près de cinquante ans - il va les avoir ce 30 janvier-, le fécond romancier Guillaume Guéraud (une trentaine de romans enfants et ados, une vingtaine d'albums et de bd jeunesse, trois livres chez les adultes), signe, chez un nouvel éditeur, un formidable roman coup de poing. "Rien nous appartient" (PKJ, 158 pages) s'inscrit dans la longue liste des romans pour ados aux sujets difficiles que l'auteur apprécie et où il excelle. Rappelons en trois: son premier, "Cité Nique-le-ciel" (Rouergue Jeunesse, 1998), "Je mourrai pas gibier" (Rouergue Jeunesse, 2005), "Ma grand-mère est une terreur" (Rouergue, 2017).

Ici, l'écrivain nous fait rencontrer Malik, 19 ans, qui laisse deviner la couleur dès l'avant-propos:
"Avant de faire ce que j'ai à faire,
je voudrais mettre les choses au clair.
Parce qu'après, ça va forcément m'échapper.
Et je ne serai plus là."

Le héros narrateur donne immédiatement des précisions en ouverture du premier chapitre:

"Déjà, avant que les flics ou les médias racontent n'importe quoi, je vous annonce que je suis pas musulman. Alors n'allez pas croire que c'est un acte terroriste organisé par Daesh ou un attentat islamiste signé Ai-Qaïda et compagnie. Aucun rapport."
Voilà le lecteur prévenu, Malik va commettre un attentat. Mais il n'en sait pas plus. Tout en répétant régulièrement son intention, le narrateur va raconter son itinéraire de vie. Le confier au papier et aux yeux qui s'y posent, l'air débonnaire. Comme si tout était habituel. Car pour lui, c'est sa vie. En vrac, il explique la banlieue, la cité, le nom étranger, la famille éclatée, la religion (ou non), l'école où il excelle, Fatima dont il est amoureux, les copains, les petits larcins, celui qui a mal tourné et l'a mis à l'ombre, les années d'isolement qui lui ont fait découvrir ce qu'il pouvait faire de son existence, comment réaliser ses rêves de liberté et vivre une vraie vie... C'était sans compter la pandémie - le roman se déroule actuellement.

Guillaume Guéraud aborde tout cela sans jugement, montrant le racisme et les fachos comme les solidarités et la confiance. Il le fait de son écriture vive, incisive, vivante, qui cogne parfois. Il nous happe avec son Malik qui glisse sur la pente du terrorisme. Maîtrisant sa narration et le suspense, il avance dans le destin de son héros tout en se mettant lui-même en danger en tant que romancier. En interpelant le lecteur. En plaçant son roman régulièrement à la limite du déséquilibre. Mais jamais il ne vacille ni ne tombe. Bien au contraire. "Rien nous appartient" est le cri d'un tout jeune adulte qui se révèle à nous dans ce qu'il a de meilleur et de pire, dans ses rêves et ses projets, dans ses illusions fracassées par un sale petit virus. Combien d'ados ne pourraient-ils pas être Malik? Un roman aussi dur qu'émouvant, remettant chacun à sa place sur le grand échiquier de la terre. A partir de 14 ans.

Les trois premiers paragraphes






mardi 19 octobre 2021

Quand Hamlet vient hanter la ville du Havre



On savait, en terminant la lecture d'"Angie!", le roman ados à deux voix de Marie-Aude et Lorris Murail (lire ici), qu'un tome 2 était écrit et allait sortir à la rentrée. "Souviens-toi de septembre!" (l'école des loisirs, Médium, 462 pages) est là, palpitant de bout en bout. Le décès de Lorris Murail, le 3 août dernier (lire ici), faisait planer un doute sur un éventuel tome 3. Le 2 ne se terminait-il pas d'ailleurs par ces mots: "Y aura-t-il un troisième épisode? Elle [Angie] l'ignore, nous l'ignorons, car oui, vraiment, demain est incertain". Des mots que Lorris Murail avaient posés dans la nuit du 7 au 8 mars 2021. On sait aujourd'hui que Marie-Aude Murail poursuit seule l'écriture du troisième tome des aventures d'Angie, dont les 150 premières pages ont été composées avec son frère.

Ce deuxième donc, et non second, tome des aventures d'Angie commence le 5 septembre 2020. Le coronavirus est toujours là, avec ses masques, son cortège de mesures sanitaires, l'insouciance des uns, les terreurs des autres, un nouveau confinement. On retrouve avec plaisir les mêmes héros, principaux comme secondaires - on rencontrera aussi de nouveaux personnages, la famille Lecoq et sa maison principalement mais aussi, un rappeur, un indic, une artiste, un curé loubard, un jardinier... Angie Tourniquet bien entendu, ado de 12 ans hypermnésique, élève peu assidue qui préfère mener un "stage d'observation" à la brigade des stupéfiants de la police du Havre plutôt qu'aller à l'école. Son "maître de stage" n'est autre qu'Augustin Maupetit, séduisant policier et voisin de palier qui a retrouvé ses deux jambes et sa moto abîmées dans le premier volume. Capitaine, le chien détecteur de drogue de la brigade des stups. Emma Tourniquet, mère plus tout à fait en solo d'Angie, infirmière dévouée et très demandée, assez intéressée par son voisin qui ne porte jamais l'uniforme. Tante Thérèse et son pendule. Alice Verne, la commissaire de police, dont le cœur bat pour son subordonné...

Le roman débute par une scène historique, le bombardement du Havre par les Anglais le 5 septembre 1944. Une scène qui s'avèrera l'élément clé de cette intrigue allant davantage farfouiller dans la bonne société du Havre que chez les narcotrafiquants. Les deux Murail tiennent le lecteur en haleine tout au long de ce récit captivant qui se termine à Noël en une finale époustouflante. Ici aussi des secrets de famille, des secrets de bonne famille à nouveau, vont éclater au grand jour. Tout ça parce qu'Angie s'intéresse à un concours d'écriture du journal local. Le thème en est "Les enfants havrais durant la guerre 39-45". La demoiselle veut interviewer à ce sujet un notable et mécène local qui vient de fêter ses cent ans.

Bonne idée, dira-t-on, mais qui ne plaît pas à tout le monde dans l'entourage du vieil homme qui s'est laissé aller à quelques confidences, dont de curieux prénoms féminins. Son fils, sénateur de son état, est furieux. Sa petite-fille, juge de paix, essaie de comprendre mais s'inquiète des pleurs d'enfant qu'elle entend la nuit au Château-Maurice. Car toute la famille Lecoq vit dans la même belle demeure familiale qui abrite aussi la belle-mère de Manon, le secrétaire du député, les infirmières de jour et de nuit de l'aïeul, la cuisinière, le chauffeur, le jardinier. La magistrate s'inquiète encore davantage et se confie à Augustin avec qui elle est déjà en relation professionnelle quand elle reçoit des lettres de menaces dont une est claire "Souviens-toi de septembre". Enfin claire, elle le sera surtout à la fin de ce polar sociologique, profondément humain grâce à ses personnages bien présents, brillant par ses dialogues enlevés, amusant par ses innombrables touches humoristiques, clignant de l'œil à Tijl Uilenspiegel et à la Belgique, passionnant de bout en bout avec ses multiples péripéties comme la saga autour d'une vidéo qui fait le buzz et fait réfléchir au travail des médias ou la disparition d'une garde-malade. 
"Augustin n'a besoin que d'un court instant de réflexion pour parvenir à la conclusion qu'il n'y a aucun problème à partir à la recherche d'une personne disparue en compagnie d'une stagiaire de 12 ans, de la chienne des Stups et d'une sexagénaire armée d'un cristal de roche."
Extrêmement serrée et ramifiée, l'histoire des Lecoq livrera ses terribles secrets dont celui de la bague de famille garnie d'une magnifique émeraude au terme d'une enquête minutieuse d'Augustin Maupetit, souvent menée de sa propre initiative. Le policier dévidera en finale cette pelote emmêlée. 
"Quelle embrouille! Avec ce Maupetit, plus on en apprend, moins on comprend."
Impeccablement monté et haletant, "Souviens-toi de septembre!" se tourne régulièrement vers Shakespeare, reprenant même certaines lignes de "Hamlet", collant son caractère à un des personnages mais résumant aussi la pièce: "l'histoire d'un roi assassiné qui vient hanter son château pour demander à son fils, le jeune prince Hamlet, de le venger." Un roman qui éclaire un présent particulièrement embrouillé par un passé que certains pensaient bien enfoui et que d'autres ont ressenti sans savoir y poser de mots. Mais la vérité a ses droits et finit par éclater, terrifiante pour les protagonistes comme pour les lecteurs. Le parcours d'un homme dans une vie de tricherie et de vol.




















mardi 20 avril 2021

Plantureuses agapes littéraires en mai


On le sait, la Foire du livre de Bruxelles aura lieu cette année sous la forme d'un festival littéraire en ligne (lire ici). Comme annoncé lors de la présentation du programme flamand, le désormais célèbre Flirt Flamand (lire ici), les organisateurs ont dévoilé ce 20 avril le programme complet des onze jours d'agapes littéraires. Un programme qui ne changera plus, même si sont annoncées de nouvelles mesures gouvernementales. "La Bibliothèque royale sera notre quartier général du 6 au 16 mai", a expliqué Marie Noble, commissaire générale. C'est là en effet que se dérouleront principalement les rencontres, entretiens, perles poétiques, ateliers, etc... Filmées, les séances seront ensuite diffusées gratuitement en ligne sur le site de la Foire du livre (ici) et sur les réseaux sociaux. Le festivalier pourra suivre le festival de chez lui, sur son écran. En direct et en différé. Histoire de choisir entre un marathon frénétique et une promenade tranquille.

Si le livre est nourrissant, on se réjouit qu'il ne soit pas une nourriture terrestre car, vu le copieux programme des 250 auteurs invités à une centaine de rencontres durant ces onze jours, on prendrait vite du poids! Du 6 au 16 mai, chaque journée est organisée de 10 heures à 21 heures selon les grands rendez-vous gourmands suivants - d'autres rendez-vous littéraires sont évidemment prévus en dehors de ce planning quotidien.
  • à 10:00, café ou thé: prendre soin de soi et des autres, mais comment?
  • à 10:30, collation "trois minutes pour une voix": un auteur lit quelques pages de son dernier ouvrage ou le présente.
  • à 12:00, tartines avec le couple d'auteurs, un néerlandophone, un francophone, du Flirt Flamand (programme ici)
  • à 16:00, goûter en famille avec plein de propositions à l'attention de la jeunesse (programme ci-dessous)
  • à 19:30, apéro des auteurs européens avec Isabelle Wéry, lauréate belge de l'EUPL 2013, qui nous fera découvrir "l'Europe d'une plume à l'autre"
  • à 20:00, à table pour les grandes rencontres, parfois en direct mais en majorité enregistrées, Erri De Luca et Alain Damasio, Florence Aubenas et Dimitri Rouchon-Borie, lauréat du prix 1ère (lire ici), Hervé Le Tellier et Clémentine Mélois, Lisette Lombé, Joy Sorman et Gringe, Adeline Dieudonné et Victoire Tuailllon, Lola Lafon et Christine Aventin, Néhémy Pierre-Dahomey et Jean d'Amérique et d'autres encore.
Sans oublier les rencontres avec les auteurs belges, grands habitués de la Foire du livre comme Amélie Nothomb ou Eric-Emmanuel Scmitt, ou Adeline Dieudonné comme nouveau talent. Et celles avec d'autres invités qui viendront par exemple de France, ceux habitant plus loin restant chez eux mais rejoignant Bruxelles par la grâce de l'internet.

Le festival révélera aussi des parts insolites de Bruxelles: un Gueuloir poétique dans les Galeries Royales Saint-Hubert, un atelier d'écriture féminin intitulé "Le chant des supportrices", une Murder Party à la Bibliothèque royale, la lecture d'histoires par deux drag-queens dans l'Église protestante de Bruxelles et ce n'est pas tout. Programme complet du jeudi 13 mai par Brussels, City of Stories ici.

Tisseuse de lien, la Foire du livre invite aussi à son festival de mai
  • le Flirt Flamand, à suivre sur l'application Skagen, avec notamment le mariage de Lize Spit et Thomas Gunzig qui sera célébré par Carl Norac (#THOMIZE)
  • la Suisse qui délègue sept auteurs, dont Léonie Bischoff déjà sur place (lire ici), Élisa Shua Dusapin, Alain Freudiger et Bruno Pellegrino
  • l'Europe avec la réalisation live d'une fresque graphique au Vauxhall (parc de Bruxelles) sur les valeurs européennes par une vingtaine de dessinateurs de BD
  • les libraires qui permettront au public d'acheter les livres des auteurs présents au festival et d'éventuellement se les faire dédicacer

A noter encore que le recueil "Des murs et des mots, Écritures  contraintes" présentant l'enfermement sous toutes ses formes via 19 plumes (Naziha Atar, Isabelle Bary, Véronique Bergen, Valérie Cohen, François Coune, Víctor del Árbol, Carine Devos, Julien Dufresne-Lamy, Fatima Farahy, François Filleul, Marcel Leroy, Philippe, Rachida, Philippe Raxhon, Pedro Romero, Fatiha Saïdi, Nicolas Swysen, Denis Uvier, Isabelle Wéry, Jacques André Wilmart), un thème choisi en décembre 2019, in tempo non suspecto, sera la première publication de la nouvelle maison Foire du Livre de Bruxelles Editions (en librairie le 1er mai).

A noter enfin que c'est le "média de la Foire du livre de Bruxelles" qui assurera l'édition en ligne des contenus durant le festival, leur apportant de la valeur ajoutée sous diverses formes. Un média sans nom actuellement car il deviendra une plateforme en septembre, laquelle est encore actuellement à la recherche de son appellation. Toutes idées bienvenues.

Programme complet ici.


Goûter littéraire en famille
06 mai: Wauter Mannaert
07 mai: Noémie Favart
08 mai: Marie Colot et Françoise Rogier
09 mai: Gabrielle Vincent
10 mai: Jérôme Poncin et Ian De Haes
11 mai: Vincent Wagner
12 mai: Marion Arbona
13 mai: Manon Fargetton
14 mai: Carl Norac
15 mai: Jeanne Ashbé
16 mai: Edna et Cléo




mardi 6 avril 2021

La bande dessinée belge contemporaine au CBBD

Les 27 artistes de l'expo "United Comics of Belgium". (c) CBBD


Prenez neuf figures de la bande dessinée belge, des deux côtés de la frontière linguistique. Nommez-les commissaires. Demandez à chacun des neuf de choisir deux invités "coup de cœur". Vous avez vingt-sept artistes dont les œuvres sont à voir au Centre Belge de la Bande Dessinée (CBBD) jusqu'au 26 septembre (infos et réservations ici). L'exposition "United comics of Belgium" croise très agréablement les hommes et les femmes, les jeunes et les aînés, la BD classique et la BD numérique, le dessin de presse et le récit graphique, la Flandre, Bruxelles et la Wallonie. Elle a été conçue avec l'AKA (Akademie des Auteurs de BD belge) et l'ABDIL (Auteur.trice.s de Bande Dessinée et de l'Illustration Réuni.e.s). Les cimaises labyrinthiques et quelques vitrines permettent tant un dialogue entre auteurs qu'entre œuvres. Particularité de cette expo: elle ne propose que des œuvres récentes, de 2019 ou 2020 même. On devine donc que le coronavirus y a sa place.

2020, année covid. (c) CBBD/Daniel Fouss.


Les 27 auteurs

Johan de Moor

Marec

Kim Duchateau

Séraphine

Jean-Claire Lacroix

Ephameron

Noémie Marsily

Mathilde Vangheluwe

Aurélie William Levaux

Marc Hardy

Hermann

Benoît Feroumont

Mobidic

Ptiluc

Léonie Bischoff

Exaheva

Chariospirale

Thijs Desmet

Judith Vanistendael  

Wide Vercnocke

Romain Renard

Jana Vasiljevic

Valentine Gallardo

Elodie Shanta

Olivier Grenson

José Parrondo

Max de Radiguès


United comics of Belgium, CBBD.(c) Daniel Fouss.

L'expo

United comics of Belgium, CBBD. (c) Daniel Fouss.
La visite commence par les dessins de presse de Johan de Moor, tableaux et films célèbres  détournés par le covid entre autres, ceux de Marec sur le même sujet et plus politiques sur Charlie et Léopold II. On passe à une BD de facture plus classique, puis à la BD numérique interactive de Exaheva. Souvent des crayonnés, des chemins de fer, des secrets de fabrication. Aux cimaises en face, des originaux, des croquis et des études de Léonie Bischoff tandis qu'une vitrine abrite les restes de ses crayons "magiques" multicolores utilisés pour son Anaïs Nin (lire ici). On arrive aux étonnantes couleurs à la fois vives et délavées d'Aurélie William Levaux, au travail classique d'Olivier Grenson, aux très belles planches d'Ephameron. On retrouve avec plaisir Jean-Claire (Lacroix) et les vieux potes que sont José Parrondo ("I am the Eggman") et Max de Radiguès ("Ketje"). Judith Vanistendael propose la touchante amitié entre un facteur et une baleine de bibliothèque, Romain Renard ses noirs, Jana Vasiljevic ses vues de Zomergen confinée, en grand format et tons francs. On découvre les céramiques de Thijs Desmet, les petits dessins de Noémie Marsily, les broderies d'Elodie Shanta. Une belle diversité, très belge finalement, réunie au même endroit. Un témoignage à chaud sur cette année 2020 qui ne nous avait pas prévenus des surprises qu'elle allait nous réserver. "United comics of Belgium" offre une diversité de styles qui titille l'œil et permet de belles découvertes, les aînés se révélant aux plus jeunes et vice-versa, l'illustration jeunesse croisant la bande dessinée, les langues d'origine se mélangeant allègrement au profit du trait et de la recherche graphique.

Quelques-unes des originaux exposés.

Aurélie William Levaux.
Elodie Shanta.
Ephameron.
Jean-Claire Lacroix.
Johan de Moor.
José Parrondo.
Judith Vanistendael.
Léonie Bischoff.
Marec.
Max de Radiguès.
Noémie Marsily.
Romain Renard.
















Et ici, le site de l'exposition "United comics of Belgium", fort complet et bien illustré où chacun des 27 artistes invités est présenté dans sa langue et invité à répondre aux trois questions suivantes:
  1. lorsqu'on parle de la Bande dessinée belge, qu'est-ce que cela évoque pour vous? 
  2. pourriez-vous décrire en quelques mots les œuvres qui seront exposées dans "United comics of Belgium"?
  3. quelle place accordez-vous au travail exposé dans votre parcours créatif?




mercredi 31 mars 2021

Il y en a un peu plus, je vous le mets? A propos de l'édition 2021 du Passa Porta Festival

Le PPF2021 s'est déroulé en digital.

Le Passa Porta Festival 2021 s'est tenu, on le sait du 21 au 28 mars (lire ici). Il s'est déroulé en digital, émaillant la semaine de rencontres littéraires plus merveilleuses les unes que les autres. Inconvénient de la formule: pas de présentiel. Avantage: la possibilité de tout suivre de chez soi, en direct ou en rediffusion, la plupart des événements étant même sous-titrés. Un fameux atout quand on ne maîtrise pas complètement une langue. Avantage au carré: la possibilité de revoir toute l'édition 2021 chez soi jusqu'au 5 avril. Mais attention il faut prendre les tickets au plus tard le 1er avril (ici).

Annelies Beck à Bruxelles et Maggie O'Farrell à Edimbourg.

Alors, si comme moi, vous n'avez pas tout vu tout de suite, foncez.
Dans ce que j'ai suivi, l'entretien avec Maggie O'Farrell était une merveille, celui avec Hervé Le Tellier d'une intelligente douceur, celui avec Eduardo Hualfon décoiffant, celui avec Adeline Dieudonné et Geneviève Damas sincère et intime, les New Voices in Brussels passionnantes... Bref, il me reste six jours pour éponger mes retards et je compte bien le faire.







vendredi 19 mars 2021

Un Passa Porta Festival 2021 de huit jours, une folle semaine de littérature


Bruxelles fêtera le printemps avec une nouvelle édition du Passa Porta Festival, qui se déroulera du 21 au 28 mars. Soit huit jours au lieu des deux et demi habituels. On s'en doute, la majorité des lectures, rencontres, conversations, débats, performances,.. se dérouleront en ligne, mesures sanitaires obligent. Quarante rendez-vous à suivre en direct, ou en replay jusqu'au 5 avril. Une édition qui usera moins les semelles des chaussures puisqu'il suffira d'un clic pour passer d'un rendez-vous à l'autre.

Si confinement et couvre-feu sont des murs, les mots et la littérature n'en ont cure. Intitulée "the author is present", cette édition 2021 du festival interroge les auteurs. Regardent-ils le passé? Imaginent-ils le futur? Se confrontent-ils au présent?

Sept auteurs ont été contactés par Passa Porta pour leur demander par quoi ils étaient traversés. Belges ou non, chacun depuis son coin du monde a répondu, à sa manière, de l'essai à la poésie, de l'écologie au plurilinguisme. Les sept textes inédits sont signés
  • du Belge résidant au Mexique Hubert Antoine, "Chiconneries", ici
  • de la Française Marie Darrieussecq, "Les Autres Animaux"
  • de la Nigériane installée aux Etats-Unis à Atlanta Chika Unigwe, "A Hand Across Her Back" qu'elle lira pendant le festival
  • de la Polonaise installée à Bruxelles Aleksandra Lun, "Antimatter", ici
  • du Britannique de Bath Max Porter, un long texte poétique qu'il lira pendant le festival
  • de la Hollandaise Marieke Lucas Rijneveld, un cycle de poèmes qu'elle lira pendant le festival
  • de la Camerounaise installée aux Etats-Unis Imbolo Mbue, "Power", ici

A ces sept s'ajouteront notamment l'Irlandaise Maggie O'Farrell, la Française Nastassja Martin, la Britannique Deborah Levy, la Franco-Marocaine Fatima Ouassak, l'Helvéto-Camerounais Max Lobe, les Belges Jean-Philippe Toussaint, Caroline de Mulder, Lisette Lombé, Lize Spit, David Vandermeulen, Stefan Hertmans, la Japonaise Yoko Ogawa, le Guatémaltèque Eduardo Halfon, le Tchèque Marek Sindelka, l'Argentine Samanta Schweblin, le Suisse Joseph Incardona, l'Ougandaise Jennifer Nansubuga Makumbi, le Norvégien Matias Faldbakken... Leurs noms permettent de comprendre qu'on aura du roman, de l'essai, de la bande dessinée et des surprises lors de leurs rencontres. En français, en néerlandais ou en anglais (avec des sous-titres bilingues lors des lectures).

Pour le dire autrement, les 80 intervenants et plus peuvent également se répartir ainsi:
35 écrivains vivant en Belgique
Adnan Adil - Ubah Cristina Ali Farah - Hasna Ankal - Avery Bertrand Iradukunda - Rua Breathnach - Véronique Clette-Gakuba - Geneviève Damas - Saskia De Coster - Caroline De Mulder - Heleen Debruyne - Adeline Dieudonné - Souad El Mesbahi - Andy Fierens - Dalilla Hermans - Stefan Hertmans - Zuher Karim - Lisette Lombé - Aleksandra Lun - Monem Mahjoub - Jeroen Olyslaegers - Hosheng Ossi - Grażyna Plebanek - Barrack Rima - Ammen S. Ogedengbe - Gaea Schoeters - Leslie-Sefora Sesa - Aiko Solovkine - Lize Spit - Tracy Tansia - Kristof Van Baarle - Charlotte Van den
Broeck - Nikkie Van Lierop - Katrien Vandenberghe - David Vandermeulen - Catherine
Vuylsteke

20 écrivains francophones
Hubert Antoine – Daniel Casanave – Véronique CletteGakuba – Geneviève Damas – Marie Darrieussecq – Caroline De Mulder – Adeline Dieudonné – Souad El Mesbahi –Joseph Incardona – Max Lobe – Lisette Lombé – Nastassja Martin - Carl Norac – Fatima Ouassak - Elisa Shua Dusapin - Aiko Solovkine – Lucie Taïeb - Jean-Philippe Toussaint – Kristof Van Baarle - David Vandermeulen

22 écrivains néerlandophones
Hasna Ankal - Simone Atangana Bekono - Avery Bertrand Iradukunda - Saskia De Coster - Heleen Debruyne - Andy Fierens - Dalilla Hermans - Stefan Hertmans - Lisette Ma Neza - Malique Mohamud - Jeroen Olyslaegers - Ilja Leonard Pfeijffer - Marieke Lucas Rijneveld - Ammen S. Ogedengbe - Gaea Schoeters - Leslie Sefora Sesa - Lize Spit - Tracy Tansia - Charlotte Van den Broeck - Nikkie Van Lierop - Katrien Vandenberghe - Catherine Vuylsteke

7 écrivains anglophones
Deborah Levy - Jennifer Nansubuga Makumbi – Imbolo Mbue - Maggie O'Farrell - Max Porter - Douglas Stuart - Chika Unigwe

20 écrivains en langue étrangère
Adnan Adil - Ubah Cristina Ali Farah - Rua Breathnach – Tania Haberland - Eduardo Halfon – Matias Faldbakken – Roy Jacobsen – Mia Kankimäki – Zuher Karim – Aleksandra Lun - Monem Mahjoub – Lamia Makaddam – Jakub Małecki – Hosheng Ossi - Grażyna Plebanek - Barrack Rima – Judith Schalansky – Samanta Schweblin – Marek Šindelka – Yoko Ogawa

9 traducteurs littéraires:
Najoua Bentayeb - Elizabeth Bryer - Linda Coverdale - Katelijne De Vuyst - Catherine Gibert - Charles Recoursé - Lori Saint-Martin - Saskia van der Lingen - Theo Veenhof
La semaine qui vient sera donc une folle semaine de littérature, à suivre en ligne en direct ou en différé jusqu'au 5 avril, le matin, le midi, l'après-midi, le soir ou même la nuit. Des grands entretiens, des rencontres à propos de nouveaux livres, des thématiques, des présentations originales...

Quelques temps forts

Dimanche 21 mars
18:00-19:00 Lecture de son texte par Max Porter
20:00-21:00 Rencontre avec Maggie O'Farrell, à l'occasion de la sortie de son nouveau roman, "Hamnet" (Belfond), en anglais, sous-titré en français et néerlandais

Lundi 22 mars
17:00-19:00 Atelier d'écriture sur l'écologie avec Lisette Lombé

Mardi 23 mars
12:30-13:30 Alexandra Lun, son texte "Antimatière" et d'autres sujets (en anglais)
18:30-19:30 entretien entre Caroline Lamarche et Hervé Le Tellier, choix Goncourt de la Belgique (lire ici), gratuit.
21:30-22:30 Eduardo Halfon, dont "Cancion" vient de paraître (La Table ronde), en anglais, sous-titré en français et néerlandais

Mercredi 24 mars
14:30-15:30 Nouvelles voix en Belgique, le poète Irakien Zuher Karim, la romancière polonaise Grażyna Plebanek, l’auteur de BD Libanais Barrack Rima, gratuit, en plusieurs langues, sous-titré en français et néerlandais
15:30-16:30 Nouvelles voix en Belgique, l'Italienne d'origine somalienne Ubah Cristina Ali Farah, le poète et écrivain syrien kurde Hosheng Ossi et le poète et philosophe libyen Monem Mahjoub, gratuit, en plusieurs langues, sous-titré en français et néerlandais
17:30-18:30 Geneviève Damas et Adeline Dieudonné, romancières, dramaturges, comédiennes et féministes, gratuit
20:00-21:00 l'épopée éditoriale de "Sapiens" de Yuval Noah Harari, essai passé en bande dessinée par le Belge David Vandermeulen (au scénario) et le Français Daniel Casanave (au dessin)
21:30-22:30 Caroline De Mulder ("Manger Bambi", Gallimard) et Joseph Incardona ("La Soustraction des possibles", Finitude) à propos du goût du pouvoir

Jeudi 25 mars
14:30-15:30 Chika Unigwe et son texte "A Hand Across her Back", en anglais, sous-titré en français et néerlandais
22:30-23:30 Douglas Stuart, lauréat du Booker Prize 2020 pour son premier roman, "Shuggie Bain", non encore traduit en français, en anglais

Vendredi 26 mars
18:30-19:30 Jean-Philippe Toussaint et l'idée de perte
19:30-20:30 Yoko Ogawa, en japonais, sous-titré en anglais

Samedi 27 mars
10:30-11:30 Lize Spit et son nouveau roman, en néerlandais et français
18:30-19:30 Aleksandra Lun et la langue dans laquelle on écrit, en anglais

Dimanche 28 mars (heure d'été)
14:30-15:30 Hubert Antoine ("Les Formes d'un soupir", Verticales), Elisa Shua Dusapin et Max Lobe à propos de l'endroit d'où ils écrivent
18:30-19:30 Marie Darrieussecq, Nastassja Martin et Lucie Taïeb à propos de l'écologie
20:00-22:00 Poésie
20:30-21:30 Max Porter, celui qui avait ouvert le festival


En pratique
Une partie des 40 rendez-vous du festival sera visible gratuitement.
Les autres seront accessibles selon deux formules, ticket unique ou Festival Pass, donnant accès à tout.
Programme complet, spécifiant la langue des rencontres ici.
Renseignements et réservations ici.


jeudi 18 mars 2021

Onze lauréates et lauréats aux prix SACD-Scam


Partant de la maxime visionnaire de l'environnementaliste américain David W. Orr, "La planète n'a pas besoin d'encore plus de gens qui "réussissent". La planète a désespérément besoin d'encore plus de faiseur·euses de paix, de guérisseur·euses, de conteur·euses d'histoires, et de passionné·es de toute sorte", les prix SACD et Scam ont repensé leur édition 2020, le maelström pandémique ayant bousculé la donne. 

Au lieu d'honorer comme d'habitude des auteurs et des autrices dans le domaine de la fiction et du documentaire, en célébrant une œuvre spécifique de leur répertoire qui a marqué la saison de programmation, les deux comités SACD et Scam ont opté pour positionnement spécial: mettre en lumière cette année des parcours de création, mais aussi, des personnalités qui accompagnent par leur engagement, la naissance et le développement des écritures.


Prix SACD

  • Prix du Spectacle vivant - Isabelle Bats, Madame "ben j'men fous"
  • Prix Cinéma - Hinde Boujemaa ("Noura rêve)
  • Prix Web - Caroline Taillet & Martin Landmeters ("La Théorie du Y")
  • Les Jumelles d'Or,mises à l'honneur symboliques pour donner un coup de projecteur à des personnalités et/ou collectifs qui œuvrent en faveur des auteurs et autrices, de la création et la diversité culturelle en Belgique: Safia Kessas et Le Collectif des Blocs


Prix Scam

  • Prix Littérature - Charline Lambert, poétesse
  • Prix Radio - Claire Gatineau et Yves Robic (revue radiophonique "Le Grain des choses")
  • Prix Cinéma - Benoît Dervaux, couteau suisse du cinéma 


Prix SACD & Scam

  • Jawad Rhalib, cinéaste 
  • Lisette Lombé, slammeuse
  • F.(s) et Elles font des films, collectifs

Présentée par Isabelle Wéry en présence des lauréats et lauréates, la cérémonie de remise des prix SACD et Scam a eu lieu  le jeudi 18 mars à 18 heures en Facebook live. La vidéo est visible depuis sur les sites de la SACD et de la Scam.


Prochain rendez-vous en décembre 2021 pour la soirée Famous in Belgium.




samedi 13 mars 2021

Deux Murail + un confinement = "Angie", passionnant roman ado du temps présent

La couverture, par Levente Szabo. (c) l'école des loisirs.

On croyait Marie-Aude Murail occupée l'an dernier à écrire le septième et dernier tome de sa saga "Sauveur & Fils" (lire ici), le sixième étant sorti le 19 août 2020. Hé bien, pas du tout! L'an dernier, la romancière abandonnait provisoirement l'attachant psychologue et sa tribu que l'on suit avec bonheur depuis mai 2016. Pas par manque d'inspiration mais à cause de deux urgences liées, une sanitaire et une familiale. En, 2020, année du confinement, elle a voulu écrire en distanciel avec son frère Lorris un roman du temps présent. 

Voici donc "Angie!", l'épatant roman policier qu'ont imaginé Marie-Aude et Lorris Murail (l'école des loisirs, Médium +, 444 pages) durant le confinement du printemps 2020. Un polar palpitant ancré au Havre, leur ville natale, mais au temps du covid, et une comédie attachée à l'humain, soit une confluence des spécialités des deux Murail. Une brique palpitante qui se dévore grâce à ses multiples personnages se débattant dans la réalité pimentée de questions pressantes, entre coronavirus, cas positifs, masques, quarantaine, école à la maison... Des interrogations bousculées par l'irruption du monde de la drogue et de ses trafiquants plutôt déterminés, allant jusqu'à tuer.
"Angie!" inaugure une nouvelle saga car un second tome est déjà annoncé pour septembre, "Souviens-toi de septembre". Un troisième suivra peut-être.
Pour les amateurs de musique, "Angie" est bien sûr la chanson des Rolling Stones (1973) - elle interviendra dans le roman. Pour les amateurs de littérature ado, Angie sera le prénom de Mademoiselle Tourniquet, bientôt douze ans, qui vit avec sa mère infirmière, Emma. Mère solo et fille ont pour voisin Augustin, un policier célibataire qui enquête sur un trafic de stupéfiants via des containers arrivés au port. Dont ceux des cafés Sibon, entreprise florissante de la famille des notables Sitbon.

Si le roman démarre le 5 janvier 2020, quelque temps avant le confinement, lors d'une fête à l'occasion de la galette des rois, il s'ouvre sur un épisode de juin 2000 dont on découvrira petit à petit la raison d'être. Lors du spectacle festif, Emma Tourniquet reconnaît une ancienne amie d'enfance. Lydia, l'épouse de Yann Sitbon, l'actuel patron des cafés, est accompagnée de sa fille Angélique. Participe aussi à la fête, Capitaine, la chienne du voisin policier. On ne le sait pas encore, mais quasiment tous les ingrédients du roman sont là. Il suffira d'une filature qui tourne mal pour que le policier se retrouve chez lui, en chaise roulante. Un peu médium, sa tante Thérèse le lui avait bien prédit mais il ne l'avait pas écoutée. Dans l'appartement voisin, Angie, obligée de suivre l'école à la maison, seule, sa mère dispensant ailleurs ses soins infirmiers. Alors que plus curieuse que la demoiselle n'existe pas.

A partir de là, Marie-Aude et Lorris Murail nous entraînent dans une époustouflante histoire policière, aux intrigues multiples qui se croisent et s'entrecroisent, qui s'éclairent les unes les autres dans un climat d'angoisse et de stress proportionnel au confinement qui a enfermé auteurs et protagonistes. On se balade dans tous les coins du Havre (carte en pages de garde). On côtoie dockers et amateurs de jeux de hasard. On démonte des secrets de famille et des meurtres anciens. On frémit devant des morts violentes. On découvre des histoires d'amour, passées, présentes et peut-être futures. On plonge dans les trafics les plus lucratifs et les mécanismes qui les gouvernent. On guette avec Tante Thérèse la couleur des auras au-dessus des uns et des autres, signes de danger ou de tranquillité. On triche un peu avec les règlements de police. On promène Capitaine avec tout ce que cela peut causer comme événements. On tremble, on vibre, on rit, on enquête et on s'inquiète pour tous ces personnages de papier tellement bien racontés qu'on a l'impression de les connaître pour de vrai. "Angie!" est un polar superbement bien concocté, terriblement prenant, tendrement humain, diablement bien écrit, le défi parfaitement réussi de deux auteurs confinés.

Le théâtre des actions du roman. (c) l'école des loisirs.

Curiosités de lectrice

Comment s'est passée cette écriture à deux auteurs? En distanciel on le sait mais, plus précisément, concernant le scénario, les personnages?
Lorsque nous sommes revenus de Bordeaux en mars 2020, explique le mari de Marie-Aude Murail, à la veille du confinement - nous venions d'entendre à Bordeaux l'allocution du président Macron qui nous annonçait que nous étions en guerre-, Marie-Aude avait pris, dans la voiture, la résolution d'écrire avec Lorris, malade depuis plusieurs mois. C'est la façon qu'elle avait trouvée, une fois repartie, d'accompagner son frère à distance, de le soutenir.
lls ont décidé d'emblée de revenir au Havre, lieu de leur enfance. C'est Marie-Aude qui a proposé de mettre rapidement Augustin dans un fauteuil roulant. Cette idée - l'enquêteur immobilisé - leur est venue du film de Hitchcock "Fenêtre sur cour".
Je ne crois pas qu'ils se soient attribué des personnages, mais ils ont sûrement l'un et l'autre leurs préférences. Souvent, après discussion entre 17 et 19 heures, Marie-Aude envoyait la trame d'un chapitre que Lorris écrivait dans la nuit et que Marie-Aude assemblait dans la matinée à ce qu'elle écrivait de son côté. Marie-Aude a beaucoup lu sur les intrigues policières et a beaucoup travaillé cet aspect du roman.

C'est donc vraiment une écriture à quatre mains.
Lorris suggérait récemment que c'était maintenant plutôt une écriture à deux voix, comme celles de deux conteurs qui raconteraient la même histoire, ensemble et tour à tour, Dragon (logiciel de reconnaissance vocale) se chargeant du tapuscrit (Marie-Aude, elle, écrit encore à la main, avant de dicter).
Ils ont conçu ensemble les thèmes, le décor, le port, ses trafics, Lorris fournissant le matériau qu'il pêchait sur Internet pendant la nuit. Ils savaient à peu près où ils allaient, mais pas par où ils passeraient. Le souci principal de Marie-Aude a été de donner de la chair à leurs personnages. Lorris a déjà expliqué à propos de "Golem" qu'il n'était intéressé que par les descriptions, mais il a évolué. Son autre souci était de ralentir l'intrigue pour la faire durer. Elle ignorait au départ, et Lorris aussi, s'ils iraient jusqu'au bout d'"Angie!" ensemble. 

Comment ralentir?
Il leur fallait ralentir sans alourdir ni créer de longueurs, donc inventer des péripéties, ce qui est typiquement l'art du feuilleton. Ainsi Delphine, personnage totalement secondaire, a abondamment servi à nourrir la fin avec son enlèvement, l'histoire du conteneur, etc... Ce rebondissement haletant n'était absolument pas prévu mais nos feuilletonistes ont... feuilletonné.

Des feuilletonistes qui feuilletonnent donc.
Depuis mars 2020, le frère et la sœur ont un entretien quotidien, au début d'une heure, une heure et demie qui, aujourd'hui s'est un peu réduit, alors que la rédaction de "Souviens-toi de septembre!", leur deuxième opus qui paraîtra en... septembre, vient de s'achever. De son côté, Lorris a réalisé ce qu'il avait toujours rêvé de faire: écrire comme les feuilletonistes du XIXe. Comme ses doigts ont perdu leur motricité, il a réussi autre chose aussi, à quoi il ne croyait guère au départ: écrire en dictant, pendant la nuit, puisque son rythme de vie, qui n'a guère varié, est depuis des décennies de se coucher à 5 heures du matin et de se lever vers midi et demi.


Ecrire en famille
  • Avec Elvire Murail, alias Moka, Marie-Aude Murail écrit "Souï-Manga" (l'école des loisirs,1999) et "Il était trois fois" (l'école des loisirs, 2008).
  • Les trois écrivains de la fratrie de quatre - le frère aîné, Tristan Murail est compositeur -, Lorris Murail, Marie-Aude Murail, Elvire Murail (alias Moka), se lancent en 2002 (Pocket Jeunesse) dans l'aventure "Golem", en cinq tomes ("Magic Berber", "Joker", "Natacha", "Monsieur William" et "Alias, Golem").
  • Avec Lorris Murail, Marie-Aude Murail écrit dans la foulée du "Golem" "L'Expérienceur" (l'école des loisirs, 2003).



jeudi 29 octobre 2020

Le salon de Montreuil sans les stands d'éditeurs


Partout, on s'étonnait de la volonté du Salon du livre et de presse jeunesse en Seine-Saint-Denis de poursuivre l'édition 2020 par vents et marées, certes dans une version aménagée (lire ici) mais avec les stands des maisons d'édition. Ces derniers jours, plusieurs d'entre elles avaient annoncé leur intention de ne pas participer à sa 36e édition. Ce jeudi soir, la décision est tombée: le Salon de Montreuil n'accueillera finalement pas les stands d'éditeurs du 2 au 7 décembre. Mais aux mêmes dates, les rencontres, hors salon, des auteurs sont maintenues, comme le programme de télévision et des vidéoconférences.

Voici le communiqué du SLPJ.

L'annonce par le Président de la République, ce mercredi 28 octobre au soir, d'un confinement généralisé de plus d'un mois nous impose de faire évoluer le dispositif prévu pour notre Salon du livre et de la presse jeunesse.
Ainsi, malheureusement, la partie stands des éditeurs, valorisant le dynamisme et la grande diversité du livre ne pourra pas avoir lieu dans l'espace Paris-Est Montreuil. Mais pour autant, du 2 au 7 décembre, le Salon retentira, à Montreuil, en Seine-Saint-Denis et partout en France. En conformité stricte avec les règles sanitaires, les deux cents autrices et auteurs qui ont accepté l'invitation du Salon rencontreront,  sous de multiples formes, leur jeune public.
Avec:
- la diffusion 24/24 de la télévision du Salon sur tous les écrans (TNT et Internet). Un programme inédit d'émissions littéraires, de leçons de dessins, des rendez-vous autour de la littérature de jeunesse, flash édition, expositions animées...
- un réseau partenaire de 500 bibliothèques et librairies qui avaient déjà accepté d'être des relais décentralisés et d'accueillir des temps du Salon (mise en avant des "Pépites", prix littéraires du Salon, reproduction de l'exposition du Salon...) S'ils sont - comme nous le pensons souhaitable - ouverts en décembre, ils pourront, tout au long du mois et pour les fêtes de fin d’année, être ces relais si essentiels.
- un système de visioconférences mis en place pour maintenir le programme prévu de rencontres scolaires et des temps d’échanges professionnels.
- la transformation d'une partie du budget artistique du Salon en achat d'ouvrages des autrices et des auteurs invités et des éditeurs présents au Salon. Ces ouvrages seront destinés à des dizaines de milliers d'enfants du département de Seine-Saint-Denis, dans les établissements scolaires, les centres sociaux, les IME, les établissements hospitaliers, les structures d'accueil de l'aide sociale à l'enfance.
Nous y insérerons, sous forme de dédicace, une adresse aux enfants des autrices et auteurs invités et accompagnerons ces livres, ces histoires, ces trésors littéraires, objets de première nécessité, d'imagiers qui illustrent pour les parents et les enfants, toutes les façons de lire ensemble.
Enfin, malgré ces temps agités et confinés, nous espérons toujours qu'il sera possible de monter à Montreuil en extérieur, la grande exposition du Salon, comme signe manifeste, optimiste et résolu de la nécessité absolue, pour les enfants, de s’évader La Tête dans les images. Un acte symbolique, un espace de beauté et de liberté pour l’imaginaire, qui pourra dépasser le temps prévu du Salon et pour le moins être une destination de promenade pour les milliers de riverains proches du lieu.



mardi 27 octobre 2020

Premier confinement, mon tiercé gagnant

Une double page de "Be my Quarantine". (c) Helvetiq.


Le confinement du printemps a donné des ailes à ceux qui se croyaient écrivains. On s'en rappelle. Egalement aux écrivains qui se voyaient philosophes. On s'en rappelle aussi. La maison de campagne, le tapis de yoga, le pain au levain et les cookies, les apéros sur écran, tout nous a été infligé jusqu'à plus soif. Heureusement, il y a eu des résistants. Parmi eux, Iegor Gran et David Dufresne. Ainsi que, dans une dimension différente, plastique, le photographe suisse Marco Stevic. Trois ouvrages à se procurer d'urgence, à l'heure où se dessine de plus en plus précisément un deuxième confinement.


Découvrir le titre du livre de Iegor Gran, "Ces casseroles qui applaudissent aux fenêtres" (P.O.L., 140 pages), assorti de son bandeau, "Avoir bonne conscience, c'est magique", c'est sautiller déjà de joie à l'idée de parcourir un texte qui va nous faire du bien - on connaît le gaillard -, établir une juste distance et remettre en place les choses qui doivent l'être. Lecture faite, c'est encore mille fois mieux qu'imaginé. Un texte féroce et bienvenu, un décodage jubilatoire, impitoyable pour les casseroles et ceux qui les ont générées, attentif à tous les invisibles qui souffrent, en silence, eux, des conséquences des mesures sanitaires.

Si Iegor Gran nous enchante par son mauvais esprit salutaire - son passage sur les affichettes "masque" et "se laver les mains" est un pur régal -, son coup de gueule a aussi l'immense mérite de dézinguer cette empathie exhibitionniste qu'il est bon ton de pratiquer. L'écrivain décortique le sens des mots, applaudir par exemple, qui signifie marquer sa joie, son approbation. Quel spectacle applaudissait-on à 20 heures, demande-t-il? Le décompte quotidien des morts sur les ondes à 19h30? Les vivants, souvent réduits à l'état de zombies? Personnellement, c'était l'heure où mon jardin réclamait d'être arrosé (pompe à moteur mais eau de citerne). 

Iegor Gran a vécu le confinement. Deux mois qui lui sont mal passés et qu'il nous rappelle via sa grille d'analyse. La maladie, la vieillesse, la mort, la soi-disant empathie, la peur, l'appel à la délation, la médecine éberluée, l'hôpital dépassé, la culture anéantie, la précarité économique inaperçue mais galopante,.. Sa façon d'écrire est lumineuse, ses commentaires mordants et d'autant plus éclairants sur ce qu'on n'a pas vu, ou pas voulu voir, sur ce qui a été caché, sur ce qui a fait de nous des êtres obéissants.

Si l'auteur de "L'écologie en bas de chez moi" (P.O.L., 2011) épingle la gestion française de la crise, son texte se lit évidemment ailleurs aussi, les mesures ayant été semblables et la "vox casseroli" s'étant aussi fait entendre ailleurs. Il s'emporte devant les soumissions, les décisions, les certitudes, les matchs experts-politiques, et nous emporte au fil de sa plume acérée en plus d'être tellement drôle. "Pour ne pas devenir comme l'Italie", écrit-il, "on a fait comme l'Italie." Il s'indigne devant l'oubli auquel ont été condamnés les livres. "Pour la première fois depuis Gutenberg, on a dit: le livre est superflu." Et il n'oublie pas d'incriminer les médias qui "ont battu le tocsin de la peur". Par son esprit de résistance et son ton si particulier, Iegor Gran nous sauve de la morosité.

Pour lire en ligne le début de "Ces casseroles qui applaudissent aux fenêtres", c'est ici.


Les 57 jours du confinement en France


Du 16 mars au 11 mai 2020, David Dufresne a tenu chaque jour sur son blog (lien ici) son journal de confiné. Découpé selon les moments de la journée, matin, midi, après-midi, soir et assorti chaque fois d'une cotation en quatre points, moral du jour, ravitaillement, sortie, speedtest internet. L'écrivain et documentariste français y consignait ses impressions suite aux interventions du gouvernement, ses réactions aux reportages des médias. Tout de suite, il a compris: "En une fraction de seconde, tout se met en place. Nous serons surveillés et punis, dans un grand rétrécissement des libertés." 

Le Parisien notait également ce qu'il voyait ou ne voyait plus, entendait ou n'entendait plus de sa fenêtre, ou lors de ses rares sorties, muni de son attestation dérogatoire dûment complétée. Il inscrivait encore ses veilles sur Twitter (allô, place Beauvau, qui a donné le livre "Dernière sommation" (lire ici), c'est lui) à propos des violences policières et des gilets jaunes,  ses échanges par téléphone avec ses enfants et ses amis. Ses lectures et ses films. Ses rencontres avec le petit voisin du balcon d'en face et d'autres voisins. Aucun exhibitionnisme mais un journal incarné qui a vite trouvé son ton et est devenu pour des milliers d'internautes un rendez-vous quotidien. Une petite fenêtre dans un long tunnel fait d'empêchements et d'interdictions. Au dixième jour du confinement français, j'écrivais à David Dufresne: "Merci pour ce journal que je lis chaque jour, confinée à Bruxelles. Cela me donne d'autres nouvelles, plus proches de la réalité, de la France confinée. J'admire votre résistance." 

Ces rendez-vous quotidiens sont devenus un livre, le recueil "Corona Chroniques" (Editions du Détour, 240 pages), reprenant les textes tels que publiés, avec peut-être un léger lifting sur la forme pour que ce soit mieux lisible). A les reparcourir, on retrouve l'observateur-écrivain qui a créé un monde dans ce petit peuple des fenêtres. On n'avait pas oublié le voisin méfiant, la banderole militante sans propriétaire, le petit garçon fier d'applaudir chaque soir qui disparaît soudainement. Petites lumières dans des nouvelles asphyxiantes, projets de lois liberticides, rumeurs d’émeutes, abus de pouvoir, comportements délateurs, ministres perdant pied.

David Dufresne a heureusement fait une lecture personnelle et politique de ces deux mois inédits, extrêmement documentée, et a constamment appelé à ne pas baisser la garde face aux attaques contre les libertés collectives et individuelles.


Un principe qu'il a aussi appliqué dans son film "Un pays qui se tient sage" qui est à l'affiche des cinémas en ce moment et confronte sur grand écran les images de violences policières qu'on a vues en petit sur différents réseaux sociaux et différentes personnes qui les analysent et en discutent. Des rencontres qui rendent visible la violence au bout de la matraque et lui confèrent davantage de vérité et de réalité que leur vue sur un écran de téléphone.



Contre-plongées en séries à Lausanne


Prodigieux livre de photos que celui de Marko Stevic, avec des textes de Caroline Stevan, que ce "Be my Quarantine" (Helvetiq, 208 pages, édition trilingue français-allemand-anglais), qui réunit les clichés, assortis de considérations écrites, que le photographe a pris d'amoureux, de voisins, de solitaires ou de familles, tous penchés à leurs fenêtres dans sa ville de Lausanne, durant leur confinement. "Be my Quarantine" pour la Juliette à qui Roméo aurait pu dire, caché sous son balcon, "Be my Valentine". Mais aussi déclaration d'amour aux habitants de cette ville et à son architecture magnifique dont la plastique est particulièrement bien mise en valeur.

Marko Stevic. (c) Helvetiq.

Au début, on tourne les pages et on savoure les images. Tous ces gens souriants. Et puis, on se rend compte que la plupart des photos sont en contre-plongée. Les sujets photographiés sourient mais d'en haut. Tilt! Mais oui, c'est bien sûr, c'était le confinement, plus précisément le semi-confinement en Suisse. Du coup, "Be my Quarantine" donne un aspect joyeux, positif même à cette période étrange.

Marko Stevic. (c) Helvetiq.

Si le livre est né de l'idée de documenter cette période, Marko Stevic a vite spécifié ses choix: "J'ai pris quelques clichés des rues vidées de leurs habitants", écrit-il. "Mais finalement, ça me faisait penser à un dimanche et Lausanne désertée était bien moins impressionnante qu'une mégalopole chinoise. Je suis alors passé sous les fenêtres et balcons de quelques amis pour discuter et je les ai photographiés depuis le trottoir. La série a démarré comme ça, sans préméditation."

Marko Stevic. (c) Helvetiq.

Le confinement a réveillé l'envie de créer du photographe qui a demandé à ses sujets, consentants, de poser pour lui, qui a chaque fois essayé d'avoir le maximum de personnes aux fenêtres d'un bâtiment. "J'ai toujours aimé photographié les gens dans leur cadre", ajoute celui dont la grand-mère vit dans un bloc soviétique à Belgrade. L'architecture des immeubles lausannois donne un très bel aspect graphique aux clichés. Surtout quand les photos sont agencées en séries, procédé que permet la photographie et que Marko Stevic pratique avec un immense talent.

Œuvre de création autant que marque documentée d'un moment,  le moyen format bien épais qu'est "Be my Quarantine" célèbre la vie, même la vie à distance, même la vie au balcon. Il y a une vraie jubilation, doublée d'un immense plaisir esthétique, à découvrir et rencontrer ces gens perchés et à les voir sourire, rire, vivre malgré les mesures sanitaires.

Marko Stevic. (c) Helvetiq.