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vendredi 27 mars 2026

Le prix Prem1ère 2026 à Jeanne Rivière

Jeanne Rivière entre Laurent Dehossay, président du jury, et
Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF. (c) Jan Van de Vel.

Comme chaque année depuis 2007, les auditeurs ont choisi le prix Première 2026 (4.000 euros, 1.000 de moins que l'an dernier) parmi les dix titres finalistes (lire ici). Il a été décerné pour la vingtième fois ce jeudi 26 mars à la Française Jeanne Rivière pour "Lorraine brûle" (Gallimard, collection Sygne, 2025, 182 pages). Habitant Metz, elle est venue à Bruxelles recevoir son prix et rencontrer le jury, composé de dix auditeurs et auditrices de La Première qui ont lu la sélection de dix premiers romans proposés par un comité de professionnels du livre (lire ici).
 
 
Blouson léopard, deux bagues à chaque main, mais pas aux mêmes doigts, stylo à encre violette, Jeanne Rivière enchaîne les interviews à propos de son prix Prem1ère. Avec naturel et élan. Cash. Sans se cacher derrière les mots. "Lorraine brûle" est un excellent premier roman. On le dit punk, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Je dirais plutôt un roman du réel, des petites choses, de la vie comme elle vient, comme elle va et comme elle ne va pas. Des routines et des galères dans cette Lorraine sinistrée. Des nuages et des éclaircies. De grands soleils aussi. Un milieu rare en littérature, ce n'est pas Zola mais ce n'est pas Versailles, porté par une écriture fluide à la première personne qui tape, se remarque, accroche et séduit. De courts chapitres, une voix qui s'adresse au lecteur, qui lui raconte, en choisissant toutefois des mots qui vont ensemble, qui sonnent bien. Écho à la batterie dont joue l'auteur? Dans des groupes punk, forcément. 
 
Jeanne Rivière.

On va rencontrer une tribu foutraque autour d'une narratrice non nommée mais "elle aurait pu s'appeler Daisy", me glisse la primo-romancière. Et de son fils Tarzan, douze ans, qui se désespère de ne pas savoir faire de roulades arrière. Jeanne Rivière, elle, elle peut toujours. "Je suis toujours capable de faire une roulade arrière. Mais pas le grand écart. A 44 ans, mon corps est un peu usé."

A 44 ans, elle publie son premier livre, un roman: "J'ai toujours écrit. Petite, je tenais des journaux sur tout ce qui se passait dans la maison, j'écrivais de la poésie, je lisais des poèmes dans ma chambre, je faisais des fanzines, des publications sur les réseaux sociaux, quelques textes pour mes groupes de musique. Et puis, un jour, j'ai décidé d’écrire ces quiproquos de la vie en un texte plus long. Pendant un an, j'ai écrit en cachette de tout le monde. Avant d'écrire un livre, on ne sait pas qu'on écrit un livre. Dire qu'on écrit un livre, je trouve cela prétentieux. J'ai envoyé mon texte aux éditeurs. C'est devenu un livre dans la collection Sygne de Gallimard."

"Lorraine brûle" ouvre les portes d'un monde entre Metz et Nancy. On suit la narratrice dans son quotidien, au boulot, avec son fils préado, avec les cochons d'Inde malades, avec Pablo, son mari quitté après dix-sept ans de compagnonnage avec qui elle s'entend bien. Elle travaille, mais elle joue aussi de la batterie, donne des concerts, sort. Elle écoute beaucoup ses proches, principalement des amies. "Il y a beaucoup de femmes dans le livre. Je suis toujours mieux avec des femmes. Je ne lis que des femmes depuis dix quinze ans. J'ai lu assez d'hommes avant."

Une galerie féminine qui nous emmène dans des clubs BDSM ou à l'hôpital, en excursion à la mer ou à Berlin. En filigrane, la quête de l'amour, le spectre de la mort. Bien visible, une bonne dose d'humour, souvent noir. Autant de raisons de penser que la narratrice et la romancière pourraient ne faire qu'un. "Non, non", se récrie-t-elle en souriant, "elle n'est pas moi." Ah bon?
 
Ce premier roman nous entraîne là où on ne va pas souvent, auprès de ces déshérités magnifiques qui s'en sortent à leur façon. "Écrire pour moi, c'est une solution pour trouver l'unité, pour réparer. Écrire m'aide à trouver l'unité. Nager aussi mais c'est arrivé plus tard." 
 
Nager, comme les lignes en lien avec la natation que pratique quotidiennement la narratrice qui closent les chapitres, bouées subtiles qui aident à garder la tête hors de l'eau. "Les lignes en fin de mes textes n'étaient pas systématiques au début. Il y en avait beaucoup mais pas partout. C’est Thierry Laroche, mon éditeur, qui m'a suggéré d'en rajouter quelques-unes. Comme il est éditeur, je me suis dit qu'il savait."
 
"Le point de départ", reprend Jeanne Rivière, "c'est que j'avais envie de parler de tout ce dont on parle peu. De ce qu'on ne dit pas chez la boulangère ou dans la salle de café et qui est constitutif de l'humanité. Le point de départ, c'est comment dealer l'existence au quotidien, la tragédie du quotidien, dans ces mondes invisibles, ces communautés dont on parle peu. Ça m'intéresse. Je le fais de manière frontale, dans les phrases, dans les mots. Je n'ai pas envie d'y aller par quatre chemins dans la littérature. Un livre, ce n'est rien d'autre que des mots. La musique que je fais est dans cette esthétique-là. Punk sans grande maîtrise technique."

Avec son titre en écho au tatouage de l'amie Delfine, trouvé au moment d'envoyer aux éditeurs le texte dans lequel il figure sur un bracelet, "Lorraine brûle" est une très belle découverte qui fait espérer d'autres textes... punk.
 
Pour lire en ligne le début de "Lorraine brûle", c'est ici.
 
 
 
Lauréats précédents
  • 2025 Pauline Valade pour "Bruno et Jean" (Actes Sud, 2024, lire ici)
  • 2024 Sébastien Bailly pour "Parfois l'homme" (Le Tripode, 2023, lire ici)
  • 2023 Anthony Passeron pour "Les Enfants endormis" (Globe, 2022, lire ici)
  • 2022 Mario Alonso pour "Watergang" (Le Tripode, 2021 lire ici)
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, 2020, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018)
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" Editions Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" (Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour "Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008)
  • 2008 Marc Lepape, pour "Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006) 

 

jeudi 28 octobre 2021

Le Grand Prix du roman de l'Académie française va au jeune François-Henri Désérable

François-Henri Désérable. (c) Francesca Mantovani.


Joueur de hockey professionnel pendant dix ans, écrivain en parallèle depuis ses 18 ans également, François-Henri Désérable a remporté du haut de ses 34 ans ce jeudi 28 octobre, au 3e tour de scrutin, par dix voix contre neuf à Gilles Martin-Chauffier ("Le dernier tribun", Grasset), le Grand Prix du roman de l'Académie française (10.000 euros) pour son quatrième roman publié chez Gallimard, "Mon maître et mon vainqueur". Un roman nourri de littérature, Rimbaud et Verlaine en l'occurrence, comme l'était son précédent, "Un certain M. Pielkieny", qui rendait hommage à Romain Gary. Un roman qui dissèque la passion amoureuse à la façon d'un polar. Une manière pour l'écrivain de dépasser par la fiction la passion amoureuse qui l'a dévoré, à laquelle il répond par la poésie et un pseudo-polar. L'écriture virtuose du lauréat nous emporte. Elle a su séduire les dix-neuf académiciens présents aujourd'hui sous la Coupole, l'Académie comptant actuellement trente-quatre membres sur quarante.

Pour en lire le début en ligne, c'est ici.

Quant à Mohamed Mbougar Sarr, auteur de "La Plus Secrète Mémoire des hommes" (Philippe Rey), obtiendra-t-il un des prix littéraires de l'automne? Multisélectionné, il est encore en lice pour le Goncourt, le Renaudot, le Wepler et le Jean Giono. L'histoire a toutefois démontré que souvent un candidat figurant dans de nombreuses sélections n'obtenait aucun prix en finale. Ce fut notamment le cas en 2017 pour François-Henri Désérable. Allez comprendre.



Attributions

Prix Envoyé par la poste (26 août)
  • Julie Ruocco pour son premier roman "Furies" (Actes Sud)

Prix du Roman Fnac (6 septembre)
  • Jean-Baptiste del Amo pour "Le fils de l'homme" (Gallimard)

Prix Blù Jean-Marc Roberts (15 septembre)
  • Mathieu Palain pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste).

Prix Senghor (17 septembre)
  • Annie Lulu pour son premier roman, "La mer Noire dans les grands lacs" (Julliard)

Prix François Billetdoux (24 septembre)
  • Robert Bober pour "Par instants, la vie n'est pas sûre" (P.O.L.)

Prix Nobel de littérature (7 octobre)
  • Abdulrazak Gurnah, écrivain tanzanien dont trois livres ont été traduits en français mais sont actuellement indisponibles

Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (12 octobre)
  • Annie Ernaux, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard principalement)
  • Abigail Assor, bourse de la Découverte pour "Aussi riche que le roi" (Gallimard)

Prix du Premier roman (18 octobre)
  • Maud Ventura pour "Mon mari" (L'Iconoclaste) en littérature française 
  • Daniel Loedel pour "Hadès, Argentine" ((traduit de l'anglais par David Fauquemberg, La Croisée) en littérature étrangère 
  • Mention spéciale à Gisèle Berkman pour "Madame" (Arléa)

Prix de la langue française (20 octobre)
  • Pierre Bergounioux, "dont l'œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française."

Prix Guez de Balzac (21 octobre)
  • Michel Deguy

Prix Femina (25 octobre)

Romans français
  • Clara Dupont-Monod pour "S'adapter" (Stock)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabane, Actes Sud)
Essais
  • Annie Cohen-Solal pour "Un étranger nommé Picasso" (Fayard),

Prix Médicis (26 octobre)

Romans francophones
  • Christine Angot pour "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)
Essais
  • Jakuta Alikavazovic pour "Comme un ciel en nous" (Stock)


Prix Victor Rossel (27 octobre)
  • Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte)

Grand prix du roman de l'Académie française (28 octobre)
  • "Mon maître et mon vainqueur", de François-Henri Désérable (Gallimard)
  • "Le Dernier Tribun", de Gilles Martin-Chauffier (Grasset)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)

Sélections

Prix Décembre (29 octobre)
  • "Le poulailler métaphysique", de Xavier Galmiche (Le Pommier)
  • "Wonder Landes", d'Alexandre Labruffe, (Verticales, lire ici)
  • "La semaine perpétuelle", de Laura Vasquez  (Sous-sol)

Prix Goncourt (3 novembre)
  • "Le Voyage dans l'Est", de Christine Angot (Flammarion)
  • "Enfant de Salaud", de Sorj Chalandon (Grasset)
  • "Milwaukee Blues", de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  • "La plus secrète mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)

Prix Renaudot (3 novembre)

Romans
  • "La Carte postale", d'Anne Berest (Grasset)
  • "Murnau des ténèbres", de Nicolas Chemla (Cherche-Midi)
  • "La Définition du bonheur", de Catherine Cusset (Gallimard)
  • "La France goy", de Christophe Donner (Grasset)
  • "Les Envolés", d'Étienne Kern (Gallimard)
  • "Premier sang", d'Amélie Nothomb (Albin Michel, lire ici)
  • "Feu", de Maria Pourchet (Fayard)
  • "Le Voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)

Essais
  • "Comme un ciel en nous", de Jakuta Alikavazovic (Stock)
  • "Saint Phalle", de Gwenaëlle Aubry (Stock)
  • "La Honte est un sentiment révolutionnaire", de Frédéric Gros (Albin Michel)
  • "Dans ma rue y avait trois boutiques", d'Anthony Palou (Presses de la Cité)
  • "La Dame couchée", de Sandra Vanbremeersch (Seuil)

Prix de Flore (4 novembre)
  • "Grande couronne", de Salomé Kiner (Christian Bourgois)
  • "Wonder Landes", d'Alexandre Labruffe (Verticales, lire ici)
  • "Mobylette", de Frédéric Ploussard (Héloïse d'Ormesson)
  • "Feu", de Maria Pourchet (Fayard)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "Mon mari", de Maud Ventura (L'Iconoclaste)

Grand prix de littérature américaine (8 novembre)
  • "Les Prophètes", de Robert Jones Jr, traduit par David Fauquemberg (Grasset)
  • "Où vivaient les gens heureux", de Joyce Maynard, traduit par Florence Lévy-Paolini (Philippe Rey)
  • "Olive", d'Elizabeth Strout, traduit par Pierre Brévignon (Fayard)

Prix Wepler (8 novembre)

Contrairement à de nombreuses distinctions littéraires, le Prix Wepler-Fondation La Poste ne dévoilera pas de seconde liste des ouvrages en lice. Il a en effet été créé dans le but de soutenir une sélection de livres dans sa diversité, et de donner un élan, de la visibilité et un destin à tous les écrivains désignés par le jury 2021.

  • "Si maintenant j'oublie mon île", de Serge Airoldi (L'Antilope)
  • "Comme un ciel en nous", de Jakuta Alikavazovic (Stock)
  • "Le Roman de Jim", de Pierric Bailly (P.O.L)
  • "Petites Cendres ou la capture", de Marie-Claire Blais (Seuil)
  • "Mort aux girafes", de Pierre Demarty (Le Tripode)
  • "Rivage au rapport", de Quentin Leclerc (L'Ogre)
  • "Un corps tropical", de Philippe Marczewski (Inculte)
  • "Ultramarins", de Mariette Navarro (Quidam)
  • "Hors gel", d'Emmanuelle Salasc (P.O.L)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "La Semaine perpétuelle", de Laura Vazquez (Sous-Sol)
  • "Mahmoud ou la montée des eaux", d'Antoine Wauters (Verdier)

Prix Interallié (17 novembre)
  • "Ne t'arrête pas de courir", de Mathieu Palain (L'Iconoclaste) 
  • "On ne parle plus d'amour", de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)
  • "Mon maître et mon vainqueur", de François-Henri Désérable (Gallimard) 
  • "Bellissima", de Simonetta Greggio (Stock)

Prix Albert-Londres du Livre (15 novembre)
  • "Flic, un journaliste a infiltré la police", de Valentin Gendrot (Editions Goutte d'or)
  • "Les Serpents viendront pour toi", d'Emilienne Malfatto (Les Arènes Reporters)
  • "La Honte de l'Occident", d'Antoine Mariotti (Tallandier)
  • "Toxique", de Sébastien Philippe et Tomas Statius (Puf - Disclose)

Prix des 5 continents de la francophonie (16 décembre)
  • "Ceux qui sont restés là-bas", de Jeanne Truong (Gallimard)
  • "Dans le ventre du Congo", de Blaise Ndala (Mémoire d'encrier )
  • "Héritage", de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Le Jardin du Lagerkommandant", d'Anton Stoltz (Maurice Nadeau)
  • "Les Lumières d'Oujda", de Marc Alexandre Oho Bambe (Calmann-Lévy)
  • "Les Orphelins", de Bessora (JC Lattès)
  • "Le Palais des deux collines", de Karim Kattan (Elyzad 
  • "Pas même le bruit d'un fleuve", d'Hélène Dorion (Alto)
  • "Soleil à coudre", de Jean d'Amérique (Actes Sud)
  • "Les villages de Dieu", d'Emmelie Prophète (Mémoire d'encrier)

Prix Jean Giono (décembre)
  • "Le fils de l'homme", de Jean-Baptiste Del Amo  (Gallimard)
  • "Les bourgeois de Calais", de Michel Bernard (La Table Ronde)
  • "Milwaukee blues", de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  • "S'adapter", de Clara Dupont-Monod (Stock)
  • "Mohican", d'Éric Fottorino (Gallimard)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "Pleine terre", de Corinne Royer (Actes Sud)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "Sur les toits", de Frédéric Verger (Gallimard)

Et aussi

Prix Mémorable
  • "André-la-poisse", d'Andreï Siniavski (Typhon, lire ici)
  • "Ardinghera", de Régis Messac (La Grange Batelière)
  • "Confession d'un rebelle irlandais", de Brendan Behan, traduit de l'anglais par Mélusine de Haulleville (L'Échappée)
  • "Chant des plaines", de Wright Morris, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent (Christian Bourgois)
  • "Hemlock", de Gabrielle Wittkop (Quidam)
  • "La vie seule", de Stella Benson, traduit de l'anglais (Angleterre) par Leslie de Bont (Cambourakis)
  • "Les Jardiniers du bitume et La Grande Descente", de Roger Riffard (Bouclard)
  • "Les ratés de l'aventure", de Titaÿna (Marchialy)
  • "Tea rooms", de Luisa Carnés, traduit de l'espagnol par Michelle Ortuno (La Contre Allée)
  • "Romance in Marseille", de Claude McKay, traduit de l'anglais par Françoise Bordarier & Geneviève Knibiehler (Héliotropismes)


vendredi 9 avril 2021

Baudelaire, de "Fleurs" en Polaroïd Flowers

Edition illustrée par Mathieu Trautmann. (c) Folio.


Le 9 avril 2021 pourrait être une date comme un autre. Ce n'est pas le cas. C'est celle du bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire (9 avril 1821). On avait oublié, pas pensé... On se rattrape en plongeant dans une luxueuse édition illustrée en tirage limité des "Fleurs du Mal". Face aux textes, les sublimes polaroïds de fleurs du photographe contemporain Mathieu Trautmann. Une formidable idée de l'éditrice de la collection "Folio Classique" Blanche Cerquiglini. Des arums bien entendu, fleur érotique par excellence, mais aussi des roses, des tulipes, des camélias, des jacinthes. Même des chrysanthèmes car le photographe dit avoir souvent ramassé ses fleurs dans les cimetières ... Toujours des vanités, pratique aujourd'hui oubliée, datant de la Renaissance, mettant en avant la décadence à laquelle l'homme est promis. Ces "Polaroïd Flowers" sont donc des fleurs déjà fanées, des fleurs abandonnées, des fleurs qui ont vécu mais encore tellement belles sous l'objectif de l'appareil Polaroïd 600 SE datant de 1978.

Les pages de garde. (c) Folio.

"Nous avons choisi de donner ces poèmes sans commentaires"
, explique Blanche Cerquiglini en introduction du recueil, "tels que les ont découverts les contemporains de Baudelaire, ces hommes et des femmes des années 1860. Nous souhaitons recréer le même choc - esthétique, intellectuel, visuel -, selon le principe de la confrontation ou de la correspondance, qui est celui du poète. Ce choc esthétique est renforcé par les natures mortes contemporaines de Mathieu Trautmann. Sorties de leur environnement naturel, détachées de leur contexte végétal, les fleurs sont transfigurées par le regard du photographe. Tantôt épanouies, tantôt fanées, inquiétantes toujours, c'est à peine si, parfois, on les reconnaît. L'alchimie a lieu sous nos yeux."


Les sublimes "Flowers Polaroïds" de Mathieu Trautmann,
mariées avec les "Fleurs du Mal" de Baudelaire. (c) Folio.

Le lecteur contemporain sera sans doute moins choqué par les textes que celui du temps de Baudelaire. Il n'en sera pas moins fasciné par ces poèmes qui disent l'amour et l'érotisme, le temps qui file, le corps qui se dégrade, la jeunesse qui s'enfuit, le monde qui s'échappe. La relation entre les textes et les images, à fond perdu, crée un choc esthétique et poétique inouï et renouvelle la perception qu'on pouvait avoir des "Fleurs du Mal"

"Les Fleurs du Mal", de Charles Baudelaire, illustrées par les polaroïds de Mathieu Trautmann (Gallimard, Folio, 272 pages dont 20 de photos).



jeudi 13 décembre 2018

Déjà, des noms d'invités au Passa Porta Festival


Quels écrivains seront à Bruxelles fin mars? On apprend aujourd'hui la participation de Jonathan Coe, Adeline Dieudonné, Jenny Erpenbeck, Rachida Lamrabet, Marie Ndiaye, Ilja Leonard Pfeijffer, Olga Tokarczuk et Ali Smith à la septième édition du Passa Porta Festival. Et on remarque avec plaisir l'abondance de noms féminins. Le PPF19 se tiendra du vendredi 28 mars au dimanche 31 mars, dans trois gros mois à peine.

Sortez vos agendas car une centaine d'auteurs et d'artistes seront à Bruxelles pour ce désormais traditionnel week-end d'entretiens, de débats, de dialogues et de rencontres. Plus de 70 rencontres se tiendront dans une dizaine de lieux du cœur de Bruxelles (Passa Porta, Beursschouwburg, KVS, Espace Magh, la Bellone, etc).

Le programme complet du festival sera publié le jeudi 28 février.

Les premiers noms

Jonathan Coe
Jonathan Coe. (c) Alexandra Cool.
L'écrivain britannique a signé des romans satiriques tels que "Testament à l'anglaise" (traduit de l'anglais par Jean Pavans, Gallimard, 1995) et "Bienvenue au club" (traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin , Gallimard, 2003). Dans son douzième roman, "Middle England", il a récemment proposé le portrait tranchant d'un pays traversant une profonde crise identitaire, le Royaume-Uni.
A Bruxelles, Jonathan Coe évoquera l’écriture à l'ombre du Brexit. Le vendredi 29 mars, jour officiel du Brexit, il sera également sur scène lors de la "conférence-concert" Goodbye Hello.

Adeline Dieudonné 
Adeline Dieudonné. (c) St. Remael.
Le "phénomène" de la littérature francophone 2018 avec son premier roman, "La Vraie Vie" (L'iconoclaste), recueille un immense succès critique et public. Il a reçu les prix Rossel, du roman Fnac, Filigranes, Choix Goncourt de la Belgique, Renaudot des lycéens (lire ici). L'histoire de cette jeune adolescente qui refuse de devenir une proie a déjà touché des dizaines de milliers de lecteurs et s'apprête à être traduite en une dizaine de langues.

Jenny Erpenbeck
Jenny Erpenbeck. (c)Nina Subin.
Une des grandes voix littéraires allemandes actuelles a remporté l'Europese Literatuurprijs avec son roman "Aller Tage Abend" (2012). Pour son roman "Gehen, ging, gegangen" (2015), elle s'est longuement entretenue avec des réfugiés tentant leur chance en Allemagne. Ce livre, qui entremêle la question des réfugiés et la complexité de l'histoire allemande, a notamment été récompensé par le Premio Strega Europeo.

Rachida Lamrabet
Rachida Lamrabet. (c) Koen Broos.
L'écrivaine et juriste  a remporté le Vlaamse Debuutprijs il y a plus de dix ans avec son roman "Vrouwland". Récemment, elle a publié un essai tranchant, "Zwijg, allochtoon!", ainsi que le roman historique "Vertel het iemand". Lors du Passa Porta Festival, elle donnera la parole à quatre jeunes auteures flamandes issues de l'immigration. Dans de nouveaux textes écrits à l'occasion du tricentenaire de Robinson Crusoé, elles uniront leurs réflexions sur le racisme et la décolonisation, sur le silence imposé et la faculté de prise de parole.

Marie NDiaye
Marie NDiaye.
Elle a commencé à écrire très jeune. Elle n'a que 18 ans quand paraît son premier roman, "Quant au riche avenir" (Minuit, 1985). La consécration viendra avec "Rosie Carpe" (Gallimard, 2001, prix Femina) puis "Trois femmes puissantes" (Gallimard, 2009, Prix Goncourt). Au festival, cette auteure majeure reviendra sur son œuvre multiple (romans, jeunesse, théâtre, nouvelles) et sur "La Cheffe" (Gallimard, 2016), roman d'une cuisinière.

Ilja Leonard Pfeijffer
Ilja Leonard Pfeijffer.
L'écrivain et poète néerlandophone a remporté le Jan Campertprijs pour son recueil de poèmes "Idyllen" et le Libris Literatuur Prijs pour son roman "La Superba". Ce mois-ci sort son nouveau roman "Grand Hotel Europa".



Olga Tokarczuk
Olga Tokarczuk. (c) J. Kołodziejski.
Polonaise, l'auteure du roman "Les Pérégrins" (traduit du polonais par Grazyna Erhard, Noir sur Blanc, 2012) a été récompensée en 2018 par le Man Booker International Prize pour la traduction anglaise de son roman. Son dernier roman, "Les Livres de Jakób" (traduit du polonais par Maryna Laurent, 2018), sur les Juifs d’Europe centrale au dix-huitième siècle, a lui aussi raflé les prix, tout en entraînant dans son sillage brûlant d’actualité son lot de controverses… et même des menaces de mort.

Ali Smith
Ali Smith. (c) Christian Sinibaldi.
Sebastian Barry l'appelle le "futur Prix Nobel écossais". La romancière a parcouru un chemin parsemé de romans à thèse cinglants, dont le primé "Comment être double" (traduit de l'anglais par Laetitia Devaux, L'Olivier, 2017). Lors du Passa Porta Festival, elle présentera son nouveau roman "Spring", troisième volet d’un cycle débuté avec "Autumn" et "Winter".
Ali Smith rejoindra Jonathan Coe, l'Aurora Orchestra britannique et le grand ténor Ian Bostridge lors de la "conférence-concert" "Goodbye Hello" le vendredi 29 mars.


Les tickets pour le Passa Porta Festival 2019 sont en vente à tarif réduit d'aujourd'hui au dimanche 6 janvier sur passaporta.be.