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lundi 16 novembre 2020

Ne pas confondre le prix Astrid Lindgren avec le prix Astrid Lindgren

Jakob Wegelius. (c) Lena Sjöberg.


Les Editions Thierry Magnier se réjouissent sur les réseaux sociaux de l'attribution du Prix Astrid Lindgren 2020 à Jakob Wegelius pour "La rose du Hudson Queen", le deuxième tome de sa série romanesque "Sally Jones" (traduits du suédois par Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy), les palpitantes aventures d'une gorille mécanicienne au grand cœur.

A noter que le premier tome et l'album (le préquel des aventures) sont disponibles aux Editions Thierry Magnier et que le premier tome vient de sortir en poche en Folio Junior (Gallimard Jeunesse).









Attention, il s'agit ici du prix Astrid Lindgren (50.000 couronnes suédoises jusqu'en 2016, 100.000 depuis) créé par la maison d'édition suédoise Rabén & Sjögren en 1967 pour fêter les 60 ans de l'écrivaine, et destiné à un auteur suédois pour enfants ou adolescents. Il est décerné chaque année le 14 novembre qui est le jour de l'anniversaire d'Astrid Lindgren (elle était née en 1907).

A ne pas confondre avec le Astrid Lindgren Memorial Award, ALMA (5.000.000 couronnes suédoises), cinquante fois mieux doté, décerné chaque année en avril depuis 2003, un an après le décès de la romancière suédoise, également présenté comme le prix Astrid Lindgren et actuellement la plus grande récompense au monde en littérature de jeunesse (lire ici).


Une confusion du même genre existe à propos des trois prix dénommés Andersen (lire ici).



jeudi 28 février 2019

Le décès de la romancière Pierrette Fleutiaux

Pierrette Fleutiaux. (c) John Foley/Opale/Actes Sud.

Ce sont les éditions Actes Sud, qui la publient depuis 2003, qui annoncent avec tristesse "le décès de PIERRETTE FLEUTIAUX, survenu mercredi 27 février 2019, à la suite d’un malaise cardiaque, à Paris." Elle était née le 8 octobre 1941 à Guéret dans la Creuse.

Tout de suite reviennent à l'esprit quelques-uns de ses titres, "Des phrases courtes, ma chérie" (2003) bien entendu qui a marqué les esprits mais aussi "Bonjour, Anne" (2010) et "Destiny", son dernier (2016, tous Actes Sud), pour les plus récents. "Nous sommes éternels" (1990, prix Femina, Gallimard) et "Allons-nous être heureux" (1994, Gallimard) pour ceux qui la suivent depuis plus longtemps. Sans oublier qu'elle a aussi publié en littérature ado, "Mon frère au degré X" (1994, l'école des loisirs), "La Maison des voyages", avec Alain Wagneur, son mari (1997, Gallimard Jeunesse, lire plus bas), "Trini fait des vagues" et "Trini à l'île de Pâques" (1997 et 1999, Gallimard Jeunesse, Folio junior)

Car des livres, Pierrette Fleutiaux en a écrits, et de qualité, romans, recueils de nouvelles, livrets d'opéra, textes divers. C'est l'enthousiasme d'Anne Philipe, alors éditrice chez Julliard, qui lui vaut la publication de son premier roman, "Histoire de la chauve-souris", en 1975. Dix ans plus tard, l'écrivaine entrera chez Gallimard où Roger Grenier devient son éditeur pour "Métamorphoses de la reine" (1985). Elle obtiendra le Femina cinq ans plus tard pour "Nous sommes éternels". En 2003, elle passe chez Actes Sud avec "Des phrases courtes ma chérie". Son dernier livre, "Destiny", paru en 2016, décrit le combat d'une jeune migrante Nigériane pour assurer sa survie et celle de ses enfants.

Sur son site, l'écrivaine se raconte ainsi.
"Je suis née en 1941 à Guéret, dans la Creuse, petite ville sur les marches du Massif Central, moins de 10.000 habitants à l'époque. J'ai passé le meilleur de mon enfance dans la ferme de mes grands-parents paysans. Moments heureux avec mon jeune frère dans ce petit village creusois qui remonte aux Gallo-Romains, où ma famille maternelle est implantée depuis des générations.
Souvenirs: une vache devenue folle dans la cour, des bombardiers passant haut dans le ciel, deux prisonniers allemands affectés à la ferme, l'un si gentil et l'autre qui faisait peur. La Seconde Guerre mondiale, à l'orée de ma vie, mais aussi l'autre, celle de mes grands-parents, la Grande Guerre, qui avait rempli le cimetière de jeunes hommes qui étaient leurs cousins, neveux… Et malgré tout, le bonheur de vivre à la campagne, dans une vraie ferme de cette France rurale presque disparue aujourd'hui.
Ma mère était professeur de sciences naturelles, mon père directeur de l'Ecole normale d'instituteurs. Je suis ainsi tombée dans l'école dès mon plus jeune âge, comme Obélix dans la potion magique (reste à déterminer quelle force, ou quelle faiblesse, cela m'a donné). J'ai grandi au milieu de garçons (ces normaliens) qui se faisaient une idée quasi apostolique de leur futur métier. Un jour de septembre est arrivé un élève qui deviendra mon premier mari. Il avait 15 ans, j'en avais 14.
Jeunesse provinciale propice au rêve et à la lecture, seule ouverture sur le monde au-delà de nos collines. J'ai lu abondamment dans la bibliothèque de l'école de mon père. Bibliothèque à l'ancienne, rayonnages jusqu'au plafond. Durant les vacances, dans le silence de l'école désertée, j'ai passé là des moments comme je n'en connaîtrais plus. Cette passion pour les livres inquiétait un peu ma mère: "Ça va te tourner la tête, tout ça", mais elle m'achetait tout de même chaque semaine un volume de la collection rose ou verte dans une petite librairie de la rue des Pommes.
Mes premiers grands souvenirs de lecture: "Perlette goutte d'eau" (album du Père Castor), "Les enfants du capitaine Grant", "Michel Strogoff" (Jules Verne), "Les quatre filles du docteur March" (Louisa May Alcott), "Les Hauts de Hurlevent", "Jane Eyre" (les sœurs Brontë), les romans de Jane Austen…, et aussi "La Caverne de Platon", texte auquel je ne comprenais rien mais que je trouvais rigolo et très excitant.
Cette excitation devant un texte qui me restait opaque par bien des aspects, je l'ai retrouvée beaucoup plus tard en lisant, à ma façon, Gilles Deleuze ("L'anti-Œdipe", "Mille plateaux", etc...), Gilles Rosset ("Le réel et son double"). Cette part de mystère qui résiste dans une lecture est peut-être celle qui permet au lecteur d'avancer dans le dédale de son obscurité propre, secrètement, sans harcèlement, selon des voies qu'un éclairage trop cru aurait masqué.
Du côté de ma mère une longue lignée de paysans. Du côté de mon père, des instituteurs (ces fameux hussards noirs de la République), mais aussi des médecins et un anthropologue, Léonce Manouvrier, spécialiste du cerveau, qui affirmait que le cerveau des femmes et des Noirs n'était pas plus petit que celui des hommes et des Blancs. Position avancée à l'époque, presque scandaleuse!
C'était en 1900.
J'ai fait mes études à Limoges, Poitiers, Bordeaux, Londres. Agrégation d'anglais à La Sorbonne. Paris, un choc. Mes condisciples me paraissaient tellement plus intelligents, plus au fait de tout. Et cette ville, où chaque pierre porte un pan d'histoire!
Mon départ pour New York a été une libération. J'y ai vécu plusieurs années avec ma famille, y ai élevé mon fils (voir "Allons-nous être heureux?"). J'ai enseigné au Lycée français, travaillé épisodiquement pour l'ONU et fait divers petits boulots. J'ai été correctrice à Scott Meredith Literary Agency. J'ai été mannequin de cabine, mais je ne voulais pas couper mes cheveux et j'avais les bras trop longs, soi-disant!
J'ai fait de nombreux voyages à l'étranger. En particulier, ce séjour à l'île de Pâques en novembre 1997, expérience très marquante, dans laquelle je puiserais pour mon roman "L'expédition", Gallimard, 1999.
Je vis maintenant entre Paris et Royan. J'ai d'abord été publiée par Anne Philipe. Après la mort de Gérard Philipe, elle était devenue directrice littéraire aux éditions Julliard. Rencontre capitale pour moi, que je raconte dans mon livre "Bonjour Anne" chez Actes Sud, 2010. Elle m'a accueillie (recueillie?) plusieurs étés à Ramatuelle lorsque ma vie n'allait pas très rondement. J'ai ensuite été publiée par Roger Grenier (autre rencontre étonnante), chez Gallimard. Puis, Marie-Catherine Vacher, éditrice chez Actes Sud, a publié plusieurs de mes livres, dont le dernier "Destiny"… en avril 2016."


Toujours sur son site, Pierrette Fleutiaux indique comme "activités":

  • Administratrice de la Société des Gens de Lettres
  • Vice-présidence de la Société des Gens de lettres depuis 2014
  • J'aime essentiellement m'occuper de mes petites-filles et de mon petit-fils.
  • Autre activité prenante: contempler le ciel tous les soirs.




Huitième volume de la très belle collection "Page blanche" de Gallimard Jeunesse, sorti en 1997, le roman pour ados "La maison des voyages" d'Alain Wagneur et Pierrette Fleutiaux a été réédité en Folio Junior en 2002.

On imagine sans peine combien peuvent être difficiles et/ou distantes les relations entre un père, capitaine au long cours et veuf, et Sonia,sa fille de 14 ans. Ce récit vif et délicat brosse de manière très attachante le rapprochement qu'ils vont vivre. Cette rencontre a lieu, comme souvent, quand on s'y attend le moins: suite à des embouteillages autoroutiers dans le cas présent. Le conducteur emprunte la première bretelle de sortie qui se présente. La voiture aboutit près d'une maisonnette abandonnée que le père reconnaît. Il la fréquentait durant son adolescence. Il raconte à sa fille, avec franchise et émotion, cette période clé de sa jeunesse. Sonia découvre à l'occasion de cette confession une facette de son père qu'elle ignorait totalement. Pas de sentimentalisme dans ces pages vibrantes mais une confession poignante, le récit d'une tranche d'existence intensément vécue. Dès 12 ans.





lundi 18 janvier 2016

Le "métier d'écrivain" de Michel Tournier, décédé ce lundi

Michel Tournier.

Un de mes rêves se fracasse: rencontrer Michel Tournier. L'écrivain, âgé de 91 ans, est décédé ce lundi 18 janvier chez lui, dans son presbytère de Choisel dans les Yvelines où il s'était installé en 1957.

Pourquoi cette envie de le rencontrer, inscrite en moi depuis longtemps? Pas parce que son premier roman, "Vendredi ou les Limbes du Pacifique" (Gallimard), publié en 1967 quand il avait 42 ans, reçut la même année le Grand prix du roman de l'Académie française. Pas parce qu'il reçut le prix Goncourt pour "Le roi des Aulnes" (Gallimard), son deuxième roman, en 1970. Pas parce qu'il fut membre de l'Académie du même nom de 1972 à 2010.

Peut-être parce qu'il a repris ses textes à destination de la jeunesse:  "Vendredi ou les Limbes du Pacifique" est devenu "Vendredi ou la Vie sauvage" (Flammarion Père Castor, 1971, Gallimard Jeunesse ensuite) dont le début peut être lu ici. Certaines nouvelles illustrées sont devenues des albums, "Pierrot ou les secrets de la nuit" (avec Danièle Bour, Gallimard/Enfantimages, 1979), "Barbedor" (illustré par Georges Lemoine, Gallimard/Enfantimages, 1980), le conte biblique  "Les Rois Mages" (1983), "Les Contes du médianoche" (1989).

Sans doute parce qu'il s'est consacré au "métier d'écrivain", peu importe l'âge de son public.

Michel Tournier était né en 1924, d'un père gascon et d'une mère bourguignonne, universitaires et germanistes. Les parents envoient chaque année leurs quatre enfants en vacances à Fribourg-en-Brisgau dans un foyer d'étudiants catholiques où ils peuvent pratiquer la langue. Michel Tournier est alors, selon ses dires, "un enfant hypernerveux, sujet à convulsions, un écorché imaginaire". De ses séjours en Allemagne, il dit: "J'ai connu le nazisme à neuf ans, à dix ans, à onze ans, à douze ans. Ensuite ç'a été la guerre." Il se souvient des parades militaires du nazisme, des discours du Führer, dénoncés par son père. Mauvais écolier, il est exclu de plusieurs établissements puis, dès 1935, fait son collège à Saint-Germain-en-Laye avant d'être inscrit comme pensionnaire chez les pères d'Alençon.

En 1941, la famille quitte la maison familiale de Saint-Germain-en-Laye, occupée par l'armée allemande, pour un appartement à Neuilly. Michel Tournier découvre alors la philosophie au lycée Pasteur de Neuilly, où il a pour condisciple Roger Nimier. Les livres de Gaston Bachelard le décident à opter pour une licence de philosophie à la Sorbonne après le bac. En 1946, il obtient de se rendre en Allemagne, à Tübingen, où il rencontre Gilles Deleuze, pour apprendre la philosophie allemande. Il y reste quatre ans et, à son retour, se présente au concours de l'agrégation de philosophie, où il échoue. "Ma vie a été détruite, j'étais en morceaux",  confiera-t-il.

Pour gagner sa vie, il fait des traductions chez Plon puis entre à la radio. En 1955, à la création d'Europe n° 1, il fait partie de l'équipe. Il rédige les messages publicitaires "de couches-culottes, de démaquillants et de la lessive". En 1959, il entre chez Plon. Il propose aussi à la télévision une émission mensuelle, "Chambre noire", consacrée aux grands photographes.

Michel Tournier entame sa carrière littéraire en 1967 et partage depuis son temps, à part quelques voyages, entre écriture, articles, essais mais aussi et surtout, rencontres avec son public, la jeunesse.
Il l'a raconté dans ce merveilleux livre qu'est "Les vertes lectures" (Flammarion, 2006, Folio, 2007) où il relit avec panache les grands livres de l'enfance. Quel plaisir que son regard curieux et lettré sur des ouvrages qu'on croit connaître et qu'on redécouvre grâce à lui.

Conseillée, déconseillée, réhabilitée, la comtesse de Ségur zigzague au fil du temps et des prescriptions littéraires à l'usage des enfants. Elle et neuf autres écrivains sont l'objet du passionnant essai de Michel Tournier. Le "visiteur familier des classes depuis le jardin d'enfants jusqu'à l'université" s'est penché sur les lectures de l'enfance. Il remet chacune dans le contexte de son époque, l'analyse, la frotte à la philosophie, la traduit presque: sous les images, il montre les vérités graves, perçues par les enfants.

L'auteur de "Vendredi ou la Vie sauvage", version "réécrite, dégraissée, clarifiée" de "Vendredi ou les Limbes du Pacifique", a retenu la comtesse de Ségur, Jules Verne, Lewis Carroll, Jack London, Karl May, Selma Lagerlöf, Rudyard Kipling, Benjamin Rabier, Hergé et Pierre Gripari. Il éclaire lumineusement leurs livres et ses analyses se dégustent avec un immense plaisir.

On apprend le pourquoi des souvenirs écossais de la Comtesse au "féminisme agressif", qui chérit tant Gaston, son premier-né. "La fortune de Gaspard" est pour Tournier "un des romans les plus noirs de notre histoire littéraire". L'appellation "Alice au pays des merveilles" lui paraît une "cruelle ironie" alors que la fillette est soumise à des épreuves proches de la "douloureuse initiation".

Dans sa promenade livresque, il n'oublie pas Selma Lagerlöf, auteur du "Merveilleux Voyage de Nils Holgersson". "Ce livre-fétiche ne m'a jamais quitté", écrit-il, racontant la genèse de cette admirable parabole, "le numéro 1 de ma bibliothèque", le livre par lequel le roi des robinsonnades est "entré en littérature". Le voilà parti, avec son drôle de petit bonnet tricoté posé sur le crâne.




mercredi 28 janvier 2015

Une seconde chance tendue et saisie

En cette période où l'idée de "seconde chance" pour les gamins refait heureusement surface, voilà que paraît en poche l'excellent roman pour jeunes ados "Mauvais garçon" de Michael Morpurgo, subtilement illustré par Michael Foreman (traduit de l'anglais par Diane Ménard, Gallimard Jeunesse, Folio Junior, 107 pages).

Il a paru fin 2012 dans la collection "Roman junior" de Gallimard Jeunesse (135 pages), format plus grand, meilleur papier, illustrations et texte mieux mis en valeur (10.000 exemplaires écoulés). Si on peut se permettre de dépenser 8,50 euros plutôt que 5,60 pour le poche, il faut le faire. Si ce n'est pas possible, le "Folio Junior" ne diffère guère du "Roman junior": le texte est plus resserré, quelques dessins ont changé de place.

Dans "Mauvais garçon", un grand-père donne à son petit-fils un cahier où il raconte à la première personne comment, petit, il a failli mal tourner. Il est né pendant la Seconde Guerre mondiale, sans père, dans une fratrie nombreuse de six enfants. Comment Mam pouvait-elle faire face à tout cela?

A l'école, ce n'était pas la gloire. Sauf à la classe de musique de Miss West. Mais Miss West a été déplacée. Et le narrateur privé de la musique qu'il adore, son repère, et de cette institutrice qui a osé lui faire confiance plonge. Un petit larcin, un autre. Et cette étiquette de "Mauvais garçon" que son entourage lui colle sur le front! En rupture d’école, de société, de famille, le grand ado sera placé en "maison", c'est-à-dire en maison de redressement, pendant un an.

Ce sera sa chance finalement. Car il rencontre là un vieil homme, M. Alfie, qui lui servira un peu de père. Il y découvrira surtout aussi le monde des chevaux qui deviendra sa vie professionnelle, sa raison de vivre. Dans ce milieu dur, où il faut travailler beaucoup, il réalisera ainsi que sa vocation n’est pas d'être voleur mais de marier si possible musique et équitation. N'est-ce pas lui seul qui est parvenu à apprivoiser Dombey, le cheval violent car autrefois maltraité? Parce que M. Alfie lui redonne confiance en lui, comme Mlle West l'avait fait et a continué à le faire de loin, le narrateur recouvrera son estime de lui-même.

Avec Dombey, illustration de Michael Foreman. (c) Gallimard Jeunesse.

Le roman se poursuit avec les épisodes de sa vie, privée et professionnelle, pleine de bonnes surprises. L'entrée à l'armée, la rencontre avec la future grand-mère, au-delà de la rupture définitive avec sa mère. "J'ai eu de la chance, finalement", écrit le narrateur de ce livre sensible et prenant.

"Mauvais garçon" est un très beau roman de la seconde chance, qui fut offerte au narrateur. Et qu'il a pu saisir parce qu'il était encore capable de le faire. Il n'est pas resté voyou parce que Mlle West a cru en lui, et ensuite M. Alfie. Il n'était pas que l'appellation par laquelle il était désigné. Mais s'il n'avait eu ces précieux soutiens, il aurait pu mal tourner.

En choisissant qu'un grand-père raconte sa vie à son petit-fils, Michael Morpurgo prend une intéressante distance temporelle. De ce passé, il raconte une histoire s'adressant au présent de ses lecteurs. Son repenti peut ainsi donner l’air de rien une leçon de vie. Dire que tout le monde n'est pas parfait. Qu'on peut faillir mais aussi se redresser.

Son roman donne aussi de nombreuses explications sur les "maisons de redressement" dans l’Angleterre de l’immédiat après-guerre, sévères, violentes mais dévouées à leur tâche. Elles prônaient le travail et l'effort physique pour rééquilibrer un mental en recherche. Elles avaient de l'intérêt pour les gamins pris individuellement.

Si le roman à fin heureuse peut paraître un peu angélique, il se lit avec beaucoup d'intérêt et de plaisir. Sa position par rapport à la "seconde chance" en fait un cadeau. Les illustrations en noir et blanc de Michael Foreman rendent un bel hommage aux chevaux et font superbement naître l'ambiance du texte.


Le début de la version poche de "Mauvais garçon" peut être lu ici.





jeudi 9 octobre 2014

"Catherine Certitude", le délicat roman jeunesse du tandem Modiano-Sempé

Je bouquine, septembre 1988.
Gallimard, grand format,1988.



Folio Junior, 1992.
Folio Junior, 2011.
Folio, 2005.


Parce que je n'entends personne en parler dans les médias, je rappelle que Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014, a aussi écrit le texte d'un très beau roman pour enfants, "Catherine Certitude", illustré par Jean-Jacques Sempé.

On y découvre l'univers tendre d'une petite fille dont l'enfance se déroule dans le Paris des années 60. Myopes tous les deux, Catherine Certitude et son papa ont l'habitude d'ôter leurs lunettes quand ils veulent s'absenter du quotidien. Ils découvrent alors un monde doux, brumeux. Le temps s'arrête et ils sont bien.


Mme Certitude est retournée à New York pour y mener sa vie de danseuse, le père et la fille habitent au-dessus du magasin paternel. Un magasin auquel est associé M. Casterade, Raymond de son prénom, surnommé "Le Crampon", un homme qui aime dicter des lettres et déclamer des vers

Avec un talent infini, Modiano et Sempé dévoilent petit à petit un monde sans aspérités, flou, duveteux, où on discute de la vie et de ses valeurs. On assiste aux leçons de danse de la petite Catherine chez une fausse émigrée russe, aux conversations du père et de la fille, à la vie de tous les jours. Le tout est décrit avec humour et délicatesse: textes et dessins de ce roman illustré se dégustent avec gourmandise.

Ceux qui suivaient le magazine "Je Bouquine" (Bayard) ont découvert "Catherine Certitude" dans le numéro de septembre 1988. Peu après, le récit a paru en grand format chez Gallimard.

Ont suivi les éditions de poche, en Folio Junior d'abord (1992), version récemment renouvelée (2011), en Folio ensuite (2005).