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jeudi 8 décembre 2016

Dingue! Le millionième Harry Potter 8 vendu


Ils sont contents chez Gallimard Jeunesse.
Je les comprends.

L'éditeur annonce avoir vendu aujourd'hui, 8 décembre 2016, le millionième exemplaire du Harry Potter 8, "Harry Potter et l'enfant maudit" (traduit de l'anglais par Jean-François Ménard), pièce de théâtre sortie le 14 octobre dernier (lire ici et ici).

J.K. Rowling doit être contente aussi, pour autant que la romancière britannique parvienne encore à compter les millions d'exemplaires  de ces livres vendus dans le monde.

Un million donc! Impressionnant. Mais je n'arrive pas à comprendre quel boulier compteur permet de repérer le millionième exemplaire écoulé. Je vais peut-être demander à l'Ecole des Sorciers: "Poudlard, m'entends-tu?" Pas de réponse. Je m'en référerai donc au communiqué officiel.





vendredi 14 octobre 2016

"Harry Potter et l'enfant maudit" se perd un peu dans le temps avec lequel il joue

Voilààà. Après un entracte nocturne égayé de sang de dragon et de gâteau aux araignées, comme promis hier (lire ici), j'ai repris et achevé la lecture du Harry Potter 8, soit "Harry Potter et l'enfant maudit" ("Harry Potter and the Cursed Child", une pièce de théâtre de Jack Thorne d'après une nouvelle histoire originale de J.K. Rowling, John Tiffany & Jack Thorne, traduite de l'anglais par Jean-François Ménard, Gallimard Jeunesse, 352 pages) qui sortait ce 14 octobre à 00h01.

Autant le savoir. J'opère comme J.K. Rowling. Je table sur le fait que tout le monde se souvient de tous les épisodes de la saga pottérienne. Et donc, je n'explique rien. Tant pis pour les Moldus.

On savait déjà qu'il est dangereux de jouer avec le feu. Dans ce nouvel épisode, sous forme de pièce de théâtre, je le rappelle, Albus et Scorpius, respectivement les fils de Harry Potter et Drago Malefoy, à moins que le second ne soit le fils de Voldemort comme le rapporte avec insistance une rumeur, nous enseignent qu'il est encore plus dangereux de jouer avec le temps. Car depuis que les ados ont eu recours à un Retourneur de temps, appareil totalement interdit et censé introuvable, même s'ils l'ont utilisé pour une bonne cause, ramener Cedric Diggory à la vie, le lecteur ne s'en sort plus. Albus et Scorpius sont retournés dans le passé et ont tenté de le modifier. Les époques se sont mélangées. Passé et présent s'entremêlent en partie et il est très difficile de s'y retrouver. Surtout que les explications se trouvent la plupart du temps dans les données scéniques, peu agréables à lire. Ron et Hermione sont-ils mariés ou pas? Ont-ils une fille dénommée Rose ou pas? Est-on aujourd'hui ou dix-neuf ans plus tôt? Et le temps remonté dont on nous parle ici ou là est-il celui qui a été modifié ou l'original? En répliques de théâtre, c'est assez dur à suivre. Pour les personnages comme pour les lecteurs. On retrouve au présent des héros dont le passé a été rétrospectivement changé. Ces deux mondes se superposent par moments. Vraiment pas simple...

J.K. Rowling a visé haut mais elle n'a peut-être pas utilisé le bon sort. Elle remue dans sa grande casserole des éléments connus, en y ajoutant l'ingrédient de l'enfant maudit, qui ne sera évidemment pas celui qu'on pensait. Fausses pistes, renversements de situations, suspenses, humour parfois, utilisation de sorts figurent dans la recette. Mais au final, le plat passe plutôt mal, se perdant entre des dialogues souvent insipides et sans fin, des scènes pseudo-déchirantes entres pères et fils, des disputes ici et là... L'ensemble est assez décevant. C'est d'autant plus dommage que l'idée de retrouver le petit monde de Poudlard était une promesse de plaisir de lecture. Enfin, s'il fallait faire un film de "Harry Potter et l'enfant maudit", le scénario serait quasiment prêt.





jeudi 13 octobre 2016

Le nouvel Harry Potter sort à minuit

Les sorties à minuit du nouvel Harry Potter, il y en a marre!
Ces ventes à minuit ne sont que du marketing depuis que la sortie du tome 4 en 2000 les a imposées. Cela commence à bien faire. On nous a fait le coup  2000 pour "Harry Potter et la Coupe de feu", en 2003 pour "Harry Potter et l'Ordre du phénix", en 2005 pour "Harry Potter et le Prince de sang-mêlé", en 2007 pour "Harry Potter et les Reliques de la Mort". Ce n'est pas pour cela que j'avais respecté les embargos décrétés, bien au contraire, je n'en avais pas tenu compte et publié chaque compte-rendu avant l'heure.

On se rappellera quand même que les traductions françaises des tomes 1 à 3 avaient paru en Folio Junior à prix raisonnable, "Harry Potter à l'école des sorciers", "Harry Potter et la Chambre des secrets" et "Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban" en 1999, contrairement aux épisodes suivants qui ont eu les faveurs et le prix du grand format pour leur sortie. Après le pli était pris. Et J.K. Rowling, ou son agent, ou son éditeur, n'ont pas changé de manière à la sortie de ses livres pour adulte, écrits parfois sous le pseudonyme de Robert Galbraith. L'embargo, une drogue dure?

Soi-disant, à l'époque d'Harry Potter, qu'il fallait laisser les enfants découvrir les textes les premiers sans que les critiques ne s'en mêlent. Mais à l'époque, il y avait du suspense puisque la saga était en cours de création. Maintenant, même si un nouveau livre s'ajoute, les sept volumes sont disponibles et peuvent être lus sans attente à la suite les uns des autres. Alors pourquoi cette nouvelle sortie à minuit?

Cette nuit sera donc mis en vente le huitième Harry Potter, pas un roman mais une pièce de théâtre, "Harry Potter et l'enfant maudit", une pièce de théâtre de Jack Thorne d'après une histoire originale de J.K. Rowling (traduite de l'anglais par Jean-François Ménard, Gallimard Jeunesse, 352 pages). Le premier tirage du livre est de 600.000 exemplaires, a confié Hedwige Pasquet, la directrice de Gallimard Jeunesse. Et il est toujours loisible de le réimprimer.

Le début du livre est à lire ici (heureusement, tous les éléments juridiques n'apparaissent pas: on pense ouvrir un livre de littérature, on se retrouve face à un contrat).
La suite, je vous en dis ce que j'en pense.
Ma première impression est qu'il faut aimer lire du théâtre, apprécier les dialogues puisqu'il n'y a que cela et accepter les indications techniques de scènes. Ma seconde est qu'il faut bien avoir l'univers de Harry Potter en tête pour suivre l'intrigue car tout est considéré comme connu.

Nous voilà de retour à Poudlard avec les enfants de Harry et Ginny Potter cette fois, James, Albus et Lily, dont les prénoms sont, je suppose, autant d'hommages à des morts (les parents de Harry, 37 ans désormais, et Dumbledore). Sur le quai 9 3/4 de la gare, ils rencontrent Ron (Granger) et Hermione (Weasley) et leur fille Rose. A bord du Poudlard Express, les futurs écoliers vont rencontrer d'autres personnes plus ou moins sympathiques, dont Scorpius Malefoy (oui, le fils de Drago) accompagné d'une rumeur insistante à propos de sa naissance. Il y a déjà du Voldemort dans l'air. Et le souvenir de Cedric Diggory.

On se retrouve en territoire connu: arrivée à l'école, le choixpeau et ses choix de maison parfois surprenants, les personnages du passé (il faut vraiment avoir lu tous les épisodes précédents pour s'en sortir). Par contre, on découvre les réactions des enfants des précédents héros, toutefois bien présents aussi, dont l'opposition d'Albus à son père Harry. Potions et autres magies sont de sortie bien entendu. Ainsi que des objets aussi précieux que des Retourneurs de temps.

Evidemment, c'est fort agréable de retrouver ces personnages avec qui on a déjà passé tant d'heures de lecture, le géant Hagrid, les différents professeurs, les envoyés de Voldemort, la tante Pétunia ou les Moldus. Par contre, la lecture d'une pièce de théâtre est moins passionnante que celle d'un roman. Même en cas de suspense. Explorant toujours la lutte contre les forces du mal et les étendues des ténèbres, le livre revient sur la question du passé de Harry, un héritage qu'il aurait peut-être transmis au second de ses fils. Bon, j'ai déjà lu la moitié de "Harry Potter et l'enfant maudit", je lirai la suite demain. Je dois maintenant aller en librairie attendre les douze coups de minuit.


Toute la saga Harry Potter est publiée par Gallimard Jeunesse.









mercredi 13 avril 2016

Le soutien de ses auteurs à Geneviève Brisac


Le 5 avril est apparu sur la toile le blog "la ficelle", énigmatiquement sous-titré "Si ton cerf-volant est cassé, garde la ficelle".

S'y sont regroupés des écrivains de l'école des loisirs, démunis devant le changement de ligne éditoriale de la maison cinquantenaire.
Ils se présentent ainsi:
"Une grande maison d'édition jeunesse, L'Ecole des Loisirs, change de cap sans prévenir. Des auteurs de romans restent à quai, d'autres sont tombés à l'eau. Dans ce blog, des auteurs concernés prennent la parole pour donner leur point de vue. Ils souhaitent dire ce que L'école des Loisirs représentait pour eux; parler littérature jeunesse, celle qu'ils aiment et qu'ils veulent écrire; montrer leur soutien à ceux qui partent ou ceux qui restent; et pourquoi pas parler économie, politique éditoriale et politique au sens large. Bref, dialoguer, s'exprimer et dire à Loisirs."
Depuis le 5 avril, les billets-témoignages d'écrivains s'y succèdent. Dix à cette heure: Alice de Poncheville, Nastasia Rugani, Isabelle Rossignol, Claire Castillon, Fanny Chiarello, Coline Pierré, Gilles Barraqué, Charles Castella, Agnès Desarthe... Les lire devrait être réjouissnt. Vu les circonstances, c'est d'une tristesse absolue mais nécessaire. Tous racontent le passé avec Geneviève Brisac, la responsable des romans depuis 1989, écartée sans ménagement à la fin de l'année dernière (elle est officiellement toujours en place, mais en arrêt maladie). Un temps où la littérature avait le droit, même le devoir, d'exister pour les enfants. Chacun dit à sa façon une manière de faire magnifique, un souci des auteurs et des lecteurs. Humanité et talent professionnel.

Les lire est d'une tristesse absolue car ils disent le passé. Louis Delas, le nouveau directeur de l'école des loisirs, a défini pour "Livres-Hebdo" la ligne éditoriale des romans: "Nous publions des romans avec des personnages positifs et entreprenants auxquels il arrive des aventures qui permettent aux lecteurs de s'identifier et de se construire dans un monde complexe." Oui, on se pince. On tentera de ne pas se remémorer l'aventure qu'a été la publication de Robert Cormier ou des deux Christophe, Honoré et Donner... Maintenant, les machines sont réglées. Ecrivains, placez-vous dans les lignes désormais. Ne dépassez pas.

Quel sera l'avenir des romans à l'école des loisirs? On peut s'en inquiéter. Car peu répondent aux normes actuelles. Heureusement il reste deux milliers de livres formidables en collections Mouche, Neuf et Médium qui ont été publiés et souvent réimprimés. Pas tous hélas. Et j'attends avec impatience que le site renouvelé dernièrement de l'école des loisirs mentionne aussi les livres épuisés, par respect du lecteur, de l'étudiant, de l'amateur de littérature de jeunesse ou du chercheur dans ce domaine.

Je pensais à tort qu'avait été écarté du catalogue de l'école des loisirs le chef-d'œuvre qu'est "Le passage" de l'Américain Louis Sachar (traduit de l'anglais par Jean-François Ménard, 2000)  - alors que "Manuel de survie de Stanley Yelnats pour le camp du lac vert", qui y est lié l'est (Médium, 2004)! Je suis rassurée que c'est le résultat d'embrouilles avec le nouvel agent de Louis Sachar. Il a contacté Gallimard Jeunesse et signé avec cette maison en "ignorant" que la traduction française existait depuis plus de quinze ans à l'école des loisirs.

Je vous passe le détail des courriers entre les trois parties intéressées. Le résultat en est que "Le passage" de Louis Sachar est maintenant disponible chez Gallimard Jeunesse, en coédition avec l'école des loisirs (c'est écrit en tout petit sur la couverture), toujours donc dans la traduction de Jean-François Ménard. Ce serait évidemment bien que le site de l'école des loisirs l'indique même si la commercialisation du livre est assurée par Gallimard.

En tout cas, "Le passage" est un livre total, mêlant western, amour fou, trésor et apprentissage. Le dix-neuvième, à l'époque, que l'auteur avait écrit pour la jeunesse. Plébiscité par des centaines de milliers de lecteurs. Un texte superbe, admirablement construit où on découvre la vie, si on peut l'appeler ainsi, au camp du lac vert.

Un lieu loin de tout, cuit et recuit par le soleil qui en a fait disparaître la moindre goutte d'eau. Là, des jeunes qui ont eu maille à partir avec la justice creusent des trous. Tous les jours. Sous une impitoyable chaleur. Dimensions imposées: 1,5m de diamètre, 1,5m de profondeur. La taille d'une pelle. Dans quel but? Pour "se forger le caractère" sans doute mais aussi pour servir certains projets du directeur. Petit à petit, le lecteur découvre ce quotidien éprouvant. Des bribes d'existence se dévoilent à lui, croisant des destins, entrecoupées de pans d'autres vies qui se sont déroulées plus de cent ans auparavant. "Le passage" est un livre terriblement émouvant, mais aussi très drôle par moments. C'est un roman d'une qualité rare qui ouvre le lecteur aux autres et à lui-même. Un texte indispensable.


Et donc, je répète, n'oubliez pas de lire "la ficelle" régulièrement. C'est un parfait plaidoyer pour une belle littérature de jeunesse, exigeante et réjouissante.

Ci-après, un communiqué de l'école des loisirs
au sujet des romans de la maison.