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mercredi 22 avril 2026

La petite voix de Grasset-Jeunesse


 
On sait qu'Olivier Nora, patron des éditions Grasset, s'est fait sauvagement virer par Vincent Bolloré, le milliardaire breton qui dirige d'une main de fer le groupe Vivendi. Son limogeage a suscité tribunes et interviews dans la presse, départs de nombreux auteurs (quasi 200 à l'heure actuelle) et un appel signé par 300 auteurs et autrices à une "clause de conscience" (analogue à celle qui existe dans la presse en France).
 
Mais Grasset a aussi un petit département dédié depuis plus de 50 ans à la littérature de jeunesse. Environ 680 titres y sont nés. Créé par François Ruy-Vidal (lire ici), Grasset-Jeunesse a été dès ses débuts une maison innovante. Elle a accueilli ensuite une collection menée par Etienne Delessert. Beaucoup de grands noms de la littérature jeunesse y ont été publiés. Entrée en 2003 comme assistante de Marielle Gens, Valeria Vanguelov la remplacera à son départ en 2009. Elle publie peu, 12 titres par an actuellement, principalement des albums, d'excellents choix, lançant de nouveaux auteurs tout en préservant les anciens. Chez Grasset-Jeunesse aussi, les auteurs et les autrices sont inquiets. Ils viennent de publier une tribune, soutenue par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, qui comporte 72 signatures de personnes publiant ou ayant publié chez Grasset Jeunesse. La voici.
 

N'oubliez pas la jeunesse !
Tribune de 72 autrices et auteurs de Grasset-Jeunesse pour une clause de conscience

Il y a 53 ans, François Ruy-Vidal créait une collection jeunesse au sein des éditions Grasset. Guidée par l'imagination et la liberté de ce créateur à part dans le monde de l'édition, Grasset-Jeunesse était née.
Une petite Maison dans la Maison.
Une maison, c'est un foyer, un lieu de confiance et de partage, et ce lieu s'est construit peu à peu, main dans la main avec les autrices et les auteurs qui l'ont habité et l'habitent encore.
Il arrive parfois que de nouvelles personnes emménagent, alors l'atmosphère peut changer. Parce que l'ADN d'une maison d'édition dépend des gens qui y vivent et la font vivre.
Nous, les autrices et les auteurs de Grasset-Jeunesse, nous sommes les hôtes de cette maison à laquelle nous sommes attachés. Nous savons à quel point l'enfance est précieuse et fragile, et à quel point la littérature lui est essentielle. Elle est une porte ouverte sur le monde : c'est l'imagination au pouvoir, la liberté au lecteur de se poser toutes les questions qu'il veut et de chercher ses propres réponses ; c'est la liberté de rire, de pleurer, de s'amuser, de s'indigner, d'aimer...
Nous qui chérissons cette liberté de création, nous n'avons pas le pouvoir de décider de ce que deviendront nos ouvrages dans une maison qui accueille de nouveaux hôtes.
C'est pour cela que nous nous joignons au débat sur le droit à une clause de conscience qui nous laisserait le choix de rester ou de déménager.
Nous avons toujours travaillé dans le respect et la confiance avec notre éditrice Valéria Vanguelov, ainsi qu'avec les autres personnes salariées de Grasset. Aujourd'hui, nous espérons que cette maison qui nous a accueillis saura nous traiter avec le même respect. Et nous souhaitons rappeler que si les bons livres font les bons amis, la liberté de création est indispensable aux bons livres.


Signataires :
Frank Andriat, Thomas Baas, Sandrine Beau, Christophe Besse, Estelle Billon-Spagnol, Serge Bloch, Alice Bohl, Boll, Sandrine Bonini, Elodie Bouédec, Simon Boulerice, Vincent Bourgeau, Arturo Ichiro Bozzi, Riccardo Bozzi, Maïa Brami, Lucia Calfapietra, Audrey Calleja, Jack Chaboud, Jean-Philippe Chabot, Julia Chausson, Nicole Claveloux, Claude Clément, Wes-Marie Clément, Janik Coat, Marion Cocklico, Sarah Cohen-Scali, Laetitia Colombani, Marianna Coppo, Pierre Cornuel, Anne Cortey, Morgane de Cadier, Alice de Nussy, Julien Delmaire, Stéphanie Demasse-Pottier, Christian Demilly, Ilaria Demonti, Kasya Denisevich, Maxime Derouen, Agnès Domergue, Gérard DuBois, Pauline Ferrand, Elise Fontenaille, Isabelle Forestier, Laurent Gapaillard, Bruno Gibert, Émilie Gleason, Ilya Green, Cécile Hennerolles, Cécile Hudrisier, Sandrine Kao, Stéphane Kiehl, Kochka, Olivier Latyk, Didier Lévy, Heng Swee Lim, Guillaume Long, Paul Mager, André Marois, Jean-François Martin, Beatriz Martin Vidal, Elonora Marton, Anais Massini, Christophe Merlin, Henri Meunier, Alain Pilon, Jérémy Piningre, Clémence Pollet, Lionel Richerand, Bertrand Santini, Marc Séassau, Emma Lidia Squillari, Gaia Stella, Miguel Tanco, Sande Thommen, Séverine Vidal, Carole Zalberg.

Dans le contexte de concentration opérée par Vincent Bolloré et suite à l'éviction d'Olivier Nora des éditions Grasset, la Charte a décidé de soutenir les auteur·ices de Grasset-Jeunesse signataires de la tribune qui vous est envoyée. Nous serons à leurs côtés pour les aider au mieux à défendre leurs droits.
 
 

mardi 9 juillet 2024

Pierre Zenzius, Révélation Livre jeunesse 2024

Un vieux chat trouve un jour refuge sous une bardane,
le début d'une belle histoire. (c) Albin Michel Jeunesse.

Il y avait quinze albums en lice pour la Révélation Livre jeunesse 2024 (lire ici), récompense créée par l'ADAGP (société française de droits d'auteur) en partenariat avec la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse afin de valoriser et d'encourager le travail d'auteurs et autrices émergent·es, travaillant ou résidant en France et ayant publié trois albums à compte d'éditeur au maximum dont au moins un entre le 1er juin 2023 et le 31 mai 2024.

C'est Pierre Zenzius qui a été choisi par le jury pour son album "Oreille de géant" (Albin Michel Jeunesse, collection "Ronces", 48 pages). Un récit à la fois documentaire et poétique qui met en scène une plante, la grande bardane, aussi appelée "oreille de géant" et son amitié avec un vieux chat. Ce moyen format carré aborde de façon originale la cohabitation des animaux et des végétaux en ville. Son graphisme expressif agréable propose un usage adéquat du pantone vert fluo.

Le jury, coprésidé par les artistes Rebecca Digne et Antoine Schneck, était composé de Raphaële Botte (journaliste à "Télérama"), Rozenn Brécard (Révélation Livre jeunesse 2023), Roland Garrigue (auteur illustrateur), Anne Jouchoux (responsable BD et Livre jeunesse au Festival du livre de Saint-Etienne), et Marion Kadi (Révélation Livre jeunesse 2022). Il a salué un très beau travail, des illustrations à "hauteur d'enfants", une recherche de cadrage original et une exploration intéressante, se situant entre écriture documentaire et narrative.

Pierre Zenzius travaille dans le cinéma d'animation depuis 2012 en tant que peintre et dessinateur. Il recevra 5.000 euros pour le prix attribué à son second album et bénéficiera d'une présentation dédiée sur les cimaises de l'ADAGP, accompagnée soit d'un texte critique, soit de prises de vue de son travail. Le lauréat avait publié un premier album jeunesse en 2017, au ton et au graphisme très différents, "L'Ascension de Saussure" (Rouergue, 2017, lire ici).

"Oreille de géant", le nouvel album de Pierre Zenzius, commence comme une devinette graphique. On y distingue d'abord une sorte de chat saucisse, l'animal blanc portant une collerette autour du cou, et de grosses gouttes de pluie. Il n'aime pas ça et trouve un abri "sous une plante aux grandes feuilles velues". Qui est-elle? Une rhubarbe? Non, pas en pleine ville. C'est une bardane qui l'accueille avec sympathie.

Le vieux chat en route avec ses étoiles. (c) Albin Michel Jeunesse.

Nous allons assister aux conversations de la bardane avec son entourage. Le chat bien entendu qui réalise son envie de promenade, le pissenlit qui pousse à côté d'elle, les bourdons et les abeilles qui vont ici et là, le papillon qui part vers le sud. Seule, l'hiver venu, l'oreille de géant reste sur place, devenue un squelette aux rameaux terminés d'étoiles. Des étoiles hérissées de crochets qui vont pouvoir s’emmêler dans le pelage du chat et exploser en graines à l'endroit que le matou aura choisi. Si l'album s'achève avec deux pages d'explications détaillées sur la bardane, il propose avant une escapade en ville peu commune, à hauteur de pavés. Une fiction portée par des illustrations zoomées ou en plans larges, mystérieuses et intrigantes, pleines de détails à repérer.
 
Des compositions graphiques intrigantes. (c) Albin Michel Jeunesse.

 

 

lundi 10 juin 2024

Quinze albums, dont "Petits riens", en lice pour la Révélation Livre jeunesse 2024

Les 15 titres présélectionnés en 2024.

Parmi les palmarès à suivre, il y a celui de la Révélation Livre jeunesse 2024 de l'ADAGP (société française de droits d'auteur), récompense créée en partenariat avec la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse afin de valoriser et d'encourager le travail d'auteurs et autrices émergent·es, travaillant ou résidant en France et ayant publié trois albums à compte d'éditeur au maximum dont au moins un entre le 1er juin 2023 et le 31 mai 2024.

Particulièrement en cette édition qui a présélectionné un album publié par la maison belge CotCotCot Editions. "Petits riens" de Marion Pédebernade avait aussi été remarqué à la Foire de Bologne de cette année ( lire ici).




Les 15 albums présélectionnés

  • "La malédiction du royaume de Pépin de Florie Briand" (Éditions Thierry Magnier)
  • "Manqué!" d'Antonin Faure (Les Éditions des Éléphants)
  • "Salade de fruits", de Charline Giquel (L'Agrume)
  • "Minigolf", de Lisa Laubreaux (Maison Georges)
  • "Jeu de Pom", de Léa Louis (Éditions courtes et longues)
  • "Petits riens" de Marion Pédebernade (CotCotCot Éditions, lire ici)
  • "Les fruits et les gumes" de Jérémy Piningre (Éditions 2024, coll. 4048)
  • "La mer, la nuit" de Carine Prache (hélium éditions)
  • "Une petite histoire qui compte" de Morgane Rospars (Éditions Thierry Magnier)
  • "L'adorable ours des neiges" de Lionel Tarchala (Sarbacane)
  • "La Forêt éveillée" de Paul Testelin (Le Genévrier)
  • "Le lendemain" de Tom Vaillant (Éditions Thierry Magnier)
  • "Fjord" de Willy Wanggen (HongFei)
  • "Oreille de géant" de Pierre Zenzius (Éditions Albin Michel)
  • "Coucou !" d'Anne Zeum (Les Fourmis Rouges)


En juin, un jury composé d'illustrateur·ices et de professionnel·les du livre jeunesse désignera la Révélation Livre jeunesse 2024 parmi ces auteurs et autrices.
Le lauréat ou la lauréate recevra 5000 € et bénéficiera également d'un texte critique ainsi que d'une présentation de son travail sur les cimaises de l'ADAGP.

Palmarès

  • Révélation 2023 Rozenn Brécard pour "Le détour" (La Partie, lire ici)
  • Révélation 2022 Marion Kadi pour "Les reflets d'Hariett" (L'Agrume)
  • Révélation 2021 Sahean Parc pour "Papa Ballon" (Éditions 2024)
  • Révélation 2020 Charline Collette pour "Au bois" (Les Fourmis Rouges)
  • Révélation 2019 Anne-Hélène Dubray pour "L'Alphabet cocasse & illustré" (L'Agrume)
  • Révélation 2018 Claire Schvartz pour "Le gravillon de pavillon qui voulait voir la mer" (Les Fourmis Rouges) 

 

mercredi 26 septembre 2018

Claire Schvartz, Révélation Livre Jeunesse 2018

Claire Schvartz.

En septembre, on apprenait la création de la Révélation Livre Jeunesse (lire ici), un partenariat ADAGP-Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse.

Hé bien, c'est Claire Schvartz, née à Rennes (Bretagne) en 1984, qui en est la première lauréate. Graphiste et illustratrice, elle est l'auteur de l'album "Le gravillon de pavillon qui voulait voir la mer" (Les fourmis rouges, 2017).

Elle recevra donc une dotation de l'ADAGP de 5.000 euros et bénéficiera d'un portrait filmé et diffusé sur le site d'Arte.

Félicitations à elle et à sa maison d'édition.





Les premières pages du "Gravillon..." (c) Les fourmis rouges.



mercredi 19 septembre 2018

Les 12 lauréats du concours "émergences!"


Rappelez-vous! Le 17 avril dernier, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (1.400 auteurs jeunesse) lançait le concours de nouvelles "émergences!", adressé à tous les auteurs et autrices débutant(e)s ou en voie de professionnalisation (lire ici).

Aujourd'hui, douze lauréat(e)s ont été sélectionnés parmi les 62 candidatures reçues. Il s'agit de

  • Lilie Bagage 
  • Gaël Bordet 
  • Stéphane Botti 
  • Judith Bouilloc 
  • Damien Galisson 
  • Pierre-François Kettler 
  • Aylin Manço 
  • Gilles Monchoux 
  • Delphine Pessin 
  • Betty Piccioli 
  • Laura P. Sirkoski 
  • Frédéric Vinclère


Ils recevront:

  • un parcours de formation avec des auteur(e)s confirmé(e)s comme Marion Achard, Sophie  Adriansen, Mathieu Sylvander, Emmanuel Trédez, Flore Vesco et Séverine Vidal. 
  • la parution d'un recueil réunissant les douze nouvelles en novembre.
  • des rencontres privilégiées avec des éditeurs pendant le salon du livre de Montreuil.
  • des événements littéraires de valorisation des textes en 2019.


Le jury était composé des auteurs et autrices Clémentine Beauvais, Marie-Aude Murail et, pour la Charte, Camille Brissot et Guillaume Nail, des professionnels de la littérature jeunesse Valérie Beaugier et Marilyne Duval pour les bibliothèques de Montreuil, Emmanuelle Chesnel, professeure de Lettres et présidente du Festival du Livre jeunesse de Cherbourg, Tom Lévêque, blogueur, Charlotte Rigaux, libraire chez Millepages Jeunesse (Vincennes), Céline Robert, responsable des librairies Leclerc au niveau national.


mercredi 18 avril 2018

"Qui a bouleversé le contenu de ma tirelire?" Un concours de nouvelles pour les jeunes auteur(e)s


La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a lancé hier, 17 avril, un premier concours de nouvelles à destination des auteur(e)s jeunesse débutants ou en voie de professionnalisation, chartistes ou non. "émergences!" s'avère une initiative réjouissante qui clouera aussi le bec à tous ceux qui affirment que la Charte ne fait que se plaindre ou manifester. On se souvient toutefois avec plaisir des événements créés à l'occasion du salon de Montreuil par exemple (lire ici et ici). Sans oublier évidemment, pour le côté actif, les voyages à Bologne pour les illustrateurs.

Le concours donnera lieu à l'édition d'un recueil réunissant les nouvelles lauréates, à deux journées de formation en novembre (comment présenter son projet; comment négocier son contrat) pour leurs auteur(e)s, à des rencontres privilégiées avec des éditeurs pendant le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, fin novembre et à la création, début 2019, d'un spectacle théâtral à partir de ce travail littéraire.

Le projet "émergences!" concrétise la volonté des auteurs réunis sous la bannière de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (1.400 personnes), d'accompagner les talents émergents sur le chemin de la professionnalisation. Que faire quand on débute dans l'écriture, où aller, qui rencontrer? Autant de questions qui ne trouvent pas toujours de réponses aisées et que les chartistes souhaitent faciliter.

Pour participer à "émergences!", les auteur(e)s doivent avoir à leur actif entre une et trois publications. Ils enverront au jury avant le 18 juin une nouvelle écrite pour l'occasion: maximum 5.000 signes, public de 9 à 12 ans, à partir de la phrase "Je casse ma tirelire. Elle est vide! Où est mon argent? À la place, juste une feuille de papier pliée".

Le recueil des douze nouvelles sélectionnées par le jury sera édité par la Charte des auteurs et illustrateurs de jeunesse et adressé aux professionnels du livre, éditeurs, libraires, journalistes, responsables de salons et de festivals, afin de promouvoir la jeune création en littérature de jeunesse. Edité en version bilingue français-anglais, il sera aussi présenté à l'international.

Calendrier
  • Appel à concours le 17 avril
  • Date limite d'envoi des nouvelles le 18 juin
  • Délibération du jury et proclamation des résultats mi-septembre
  • Date de parution du recueil "émergences!" mi-novembre

Pour participer
Deux documents sont à télécharger.

  • la fiche d'inscription (ici)
  • le règlement du concours (ici)

Renseignements supplémentaires: ecrire@la-charte.fr
00 33 (0)1 42 81 19 93.



dimanche 27 novembre 2016

Dingue! Les créateurs jeunesse mangent aussi!


Comme chaque année à cette époque, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (française mais beaucoup d'artistes belges y sont affiliés) se rappelle au grand public avec une campagne destinée à l'informer du système de rémunération des auteurs en vigueur. Une façon toujours originale de dénoncer la réalité économique qui en découle. Parce que s'ils créent, les auteurs mangent aussi! Et pour nombre d'eux, le quotidien est précaire.

Après les olives, miettes, pépins etc. de l'an dernier (lire ici), il s'agit cette fois de se mettre "dans la peau d'un auteur jeunesse". Comparaison étant souvent raison. La nouvelle brochure de la Charte comporte dix-huit pages. Fièrement propulsée par Dorothée de Monfreid et son kilo de bananes (à condition qu'elle vende 4 livres), elle est réalisée en partenariat avec la Société des Auteurs dans les arts graphiques et plastiques. Elle explique avec brio et humour la situation des auteurs jeunesse.

C'est facile à comprendre. En jeunesse, les droits d'auteur sont extrêmement minces, aux alentours de 6 % du prix d'un livre vendu. Ce qui signifie 0,567 euros pour un livre vendu 10 euros. Bien entendu, ces cinquante cents sont à se partager lorsqu'il y a un auteur et un illustrateur. Oui, 6 % seulement, ce n'est vraiment pas gras, alors que les droits d'auteur en littérature générale tournent en général en France autour de 10 %. Pourquoi moins en jeunesse? Voilà une question à laquelle il serait intéressant de recevoir des réponses. 

Mais la brochure n'est pas là pour faire pleurer. Ou alors pleurer de rire. Car le choix a été fait de montrer le quotidien, par le biais de l'humour et du non sense, le fait que tout créateur qu'il soit, l'auteur ou l'illustrateur doit aussi gagner sa vie, c'est-à-dire de bénéficier de droits d'auteur corrects.

Pour la télécharger, c'est ici.

La quatrième de couverture de la nouvelle brochure. (c) La Charte.

Dorothée de Monfreid a la banane.(c) Charte.
Ils sont seize auteurs et illustrateurs jeunesse à s'être prêtés au jeu "Dans la peau d'un auteur jeunesse". Ils sont photographiés par Laura Stevens dans des mises en scène très amusantes, en lien avec leur quotidien. Une légende explique chaque fois le choix de l'objet quotidien retenu. Pourquoi un paquet de café moulu pour Olivier Philipponneau (7 livres vendus), un tube de dentifrice pour Valentine Goby (5 livres vendus), un sèche-cheveux pour Marion Billet (71 livres vendus), , une baguette croustillante pour Roland Garrigue (2 livres vendus), une chemise fleurie pour Marc Boutavant (62 livres vendus), une paire de chaussettes pour Joëlle Jolivet (8 livres vendus), une paire de baskets pour enfants pour Marc Lizano (62 livres vendus), un vélo de ville pour Magali Le Huche (353 livres vendus), une place de cinéma pour Séverine Vidal (18 livres vendus), une boîte de paracétamol pour Marcelino Truong (4 livres vendus), une paire de lunettes pour Gilles Bachelet (530 livres vendus), un ordinateur pour Sara (1676 livres vendus), un poulet fermier pour Fred Bernard (18 livres vendus), une maison pour Karim Ressouni-Demigneux (388.008 livres vendus), une valise à roulettes pour Yaël Hassan (87 livres vendus)...

Gilles Bachelet.
Joëlle Jolivet.
Marc Boutavant.

Les autres participants sont à découvrir dans la nouvelle brochure ou sur la page Facebook de la Charte ou sur son compte Twitter.

Et ce n'est pas tout. La Charte invite les créateurs jeunesse, auteurs et illustrateurs de tous horizons, à se mettre également en scène, accompagnés de l'objet de leur choix, en précisant son équivalent en nombre de livres vendus et à poster cette photo sur le Facebook ou Twitter de la Charte.

Certains ont déjà répondu. Allez-voir sur Facebook ou Twitter comment ils prolongent l'esprit de la campagne 2016. Et les photos personnelles ne cessent d'arriver...

Elise Fontenaille.
Martine Bourre.



Alice Brière-Haquet.
Maïa Brami.













Au Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis, la Charte occupe le stand G2 au niveau 0. Rendez-vous y pour discuter avec les membres présents et découvrir l'exposition photographique qui accompagne la brochure.











lundi 30 novembre 2015

Signer contre miettes, croûtes, pépins, olives...

Une des bannières web.

Etre payé en miettes, en croûtes, en pépins, en olives..? C'est avec ces comparaisons éloquentes que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse entend attirer l'attention du public et des professionnels, souvent ignorants des pratiques éditoriales françaises en matière de droits d'auteur. Le moment est bien choisi puisque le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis pointe le bout de son nez (il se déroulera à Montreuil du 2 au 7 décembre, sans scolaires pour raison de sécurité mais en invitant tous les adultes à être les ambassadeurs du livre auprès des enfants).

Que veut faire savoir la Charte? Tout simplement qu'en France les droits d'auteur en littérature de jeunesse (album et roman) sont inférieurs à ceux d'autres secteurs. Ils se montent en général à 6 % alors qu'ils sont de 10 % en littérature générale et en bande dessinée. Naturellement, si l'auteur et l'illustrateur de l'album sont deux personnes, ils doivent se partager les 6 %. Que reste-t-il?

La Charte a donc créé ces infographies efficaces:
"Si le livre était une baguette, les auteurs gagneraient... les miettes."
"Si le livre était un fromage, les auteurs gagneraient... les croûtes."
"Si le livre était une pomme, les auteurs gagneraient... les miettes." 
"Si le livre était une pizza, les auteurs gagneraient... les olives."









Les autres bannières web.
Et l'association a lancé une pétition en ligne à ce sujet, à signer ici si vous adhérez, ce qu'ont déjà fait plus de 5.500 personnes.





Marque-pages et bannières web complètent l'action de la Charte, d'autant plus justifiée que d'autres pays se montrent plus généreux en droits d'auteur. N'entrons peut-être pas dans ce débat-là, contentons-nous de rendre publique cette injustice, d'autant plus irritante que c'est la jeunesse qui s'en sort le mieux économiquement dans le secteur de l'édition. Une seule petite remarque sur les visuels: l'usage du mot "gagne" me dérange un peu car il donne l'idée du gain sans amener celle des frais, le matériel pour les auteurs-illustrateurs, la fabrication pour les éditeurs... Les chiffres avancés sont plutôt ceux de la répartition des postes dans le prix d'un ouvrage jeunesse.

Mais ce n'est pas très grave. Ce qui l'est, c'est la situation financière des auteurs et illustrateurs jeunesse dont nous admirons tellement les œuvres. N'ont-ils pas le droit de vivre de leur travail comme les autres auteurs? Ils méritent donc des droits d'auteur à 10 %, surtout qu'ils sont très souvent à répartir entre deux personnes.


D'où vient cette différence? Héritage historique sans doute. Il n'y a pas tellement de temps que les enfants sont bien considérés dans la société, leurs auteurs devaient sans doute être pénalisés par manque d'intérêt plutôt que par intention. Aujourd'hui, il est grand temps de revoir leurs conditions de travail.

Les marque-pages, côté recto et côté verso.