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mardi 7 août 2018

DTPE 19 Lisez jeunesse, riez jeunesse

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Rien de tel que de rire en lisant aux enfants. Sélection.


Parler le plutonien. (c) l'école des loisirs.

Apprendre le plutonien


Le plein de Blorg
Matthieu Sylvander
Perceval Barrier
l'école des loisirs
Mouche, 56 pages

Misère! Alors que la jeune Ninon garde la ferme de ses grands-parents partis faire les courses, un vaisseau spatial y atterrit... Ce qui donne lieu à mille discussions entre les animaux. Les choses se compliquent lorsque le module s'ouvre et que des créatures en sortent et se mettent à parler en plutonien (alphabet en postface). Que veulent-ils dire? Que demandent-ils? Quoi? Ils veulent détruire la Terre dans une heure et ils ont besoin de faire le plein de blorg? Ce serait facile si on savait ce qu'est le blorg.
Un petit roman hilarant avec des animaux qui parlent bien, une Ninon qui ne s'en laisse pas compter, de savoureux dialogues avec ces Plutoniens qui s'appellent tous Jean-quelque chose et une finale totalement inattendue. Encore une merveille de livre signée du duo gagnant Matthieu Sylvander et Perceval Barrier (lire ici, ici et ici). Pour lecteurs débutants.

Le début du roman. (c) l'école des loisirs.


La bande à Coco


Mimi commande
Christophe Nicolas
Anouk Ricard
Les fourmis rouges
32 pages
Ouin-ouin Chagrin
Christophe Nicolas
Anouk Ricard
Les fourmis rouges
32 pages



Membre de la Douzou team au Rouergue, Anouk Ricard fait aussi partie du top 25 des Françaises les plus drôles décerné par le magazine GQ. C'est dire si elle s'y connaît en matière de poilade. Avec Christophe Nicolas, elle crée la "Bande à Coco", dont voici les créatures trois et quatre (après "Coco Bagarre" et "Princesse Caca").

"Mimi commande". (c) Les fourmis rouges.
"Mimi commande" donne le ton dès la couverture: avec Mimi, on ne rigole pas, c'est la demoiselle qui commande! Enfin, c'est ce qu'elle voudrait bien. Car ni Jojo, ni Princesse, ni Coco ne semblent prêts à l'écouter, ce qui déclenche des torrents de larmes chez Mimi. Le trio est de bonne volonté mais Mimi est trop carrée pour ne pas susciter l'hilarité, y compris celle du lecteur et de la lectrice régulièrement pris à partie dans cette histoire hilarante.

"Ouin-Ouin chagrin". (c) Les fourmis rouges.
"Ouin-Ouin chagrin" est tout aussi explicite dès la couverture: le rose personnage va pleurer beaucoup, se montrer inconsolable, user des centaines de mouchoirs, enchaîner les expériences plus attristantes les unes que les autres mais se laissera en finale consoler par ses potes et par ses lecteurs-lectrices.

L'impertinence de la Bande à Coco est une merveille d'observation fine de l'enfance, sans aucune moquerie mais avec un sens certain de la réalité. Les dessins malicieux et le texte joliment tourné et sonnant agréablement à l'oreille se conjuguent à merveille pour nous faire rire. Dès 3 ans.


Farceuse, cette langue rouge


J'ai perdu ma langue
Michaël Escoffier
Sébastien Mourrain
Seuil Jeunesse
28 pages carton

Variation sur un thème connu: as-tu perdu ta langue? Où est donc passée la langue de l'enfant qui raconte l'histoire? Elle a disparu subitement quand, la veille, il mangeait tout simplement une glace.

L'aide du policier. (c) Seuil Jeunesse.
Cet album tout carton conte avec une très amusante fantaisie sa longue recherche. Chaque double page comporte une étape que détaille un texte écrit en grandes lettres cursives bleues, prolongé par une image dépouillée, elle aussi, dans laquelle se détache la petite langue égarée, toute rouge. A chacun de comprendre, sans donner sa langue au chat, car la fofolle prend mille allures: casque de policier, gâteau, baignoire, fleur... Une fantaisie sympathique et très drôle dont la chute inattendue fera rire les petits tout en leur ayant offert une agréable promenade entre les formes et les mots. Dès 2 ans.


Qui cherche-t-on, au fond?


Don Romualdo
Margarita Del Mazo
Natascha Rosenberg
traduit de l'espagnol par Laura Ciezar
P"titGlénat
36 pages

L'album commence de façon classique: il nous présente Don Romuldo chez lui et puis durant sa journée dont chaque épisode nous est présenté. Il sort de chez lui, traverse la rue, prend l'autobus, travaille, mange un peu parce qu'il est nerveux. Il a en effet rendez-vous avec une demoiselle! Tout cela est bien mignon mais qui est Don Romualdo?

En réalité, il est caché dans les images qui débordent de personnages, et ce n'est qu'en lisant l'histoire jusqu'au bout qu'on parviendra à l'identifier!  Il faudra alors vite relire tout le livre pour le débusquer partout où il se trouvait et retrouver tous les indices qui l'indiquaient! L'idée est très amusante et les illustrations fort agréables à regarder. Dès 3 ans.

Pour lire les premières pages de l'album, c'est ici.

Où est Don Romualdo? (c) p'titGlénat.


Etre super heureux


Mon feel good book
Françoize Boucher
Casterman
120 pages

Loin des livres de "développement personnel" tellement à la mode, une série de "90 trucs pour être super heureux et trop zen" particulièrement bien trouvés et drôlement encourageants.
L'humour et la perspicacité de Françoize Boucher (les "Foufous", lire ici) font mouche et font beaucoup rire. Un style direct dans le texte, des illustrations efficaces qui font relativiser et amusent. Pour bons lecteurs.

Pour feuilleter le livre en ligne, c'est ici.

(c) Casterman.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)
DTPE 15: "Je vous embrasse" de Pascale Pujol (roman, Lunatique)
DTPE 16: Partir en vacances avec le Muz
DTPE 17: "La poule Germaine" pour les sept ans de mon blog (texte, Lucien Noullez)
DTPE 18: "Ta vie ou la mienne" de Guillaume Para (premier roman, Anne Carrière)



mardi 29 novembre 2016

Vive la famille Foufou de Françoize Boucher!

Etre contactée par un éditeur qui vous propose de lui créer une série d'albums jeunesse alors que vous vous dites incapable de dessiner, c'est l'amusante aventure qu'a vécue Françoize Boucher.

Et pourtant, ses épatants Foufous sont là! Deux volumes sont déjà sortis, "Les Foufous à table" et "Les Foufous en voiture" (Casterman, 48 pages chacun). D'autres suivront, un tous les six mois.

La famille Foufou. (c) Casterman.
Entre bande dessinée et roman graphique très illustré, les albums mettent en scène différents sujets du quotidien de la famille Foufou (deux parents et cinq enfants dont un poulpe, soit Mam's, Pap's, Bob, Dolly, Poulpix, Curly et Baby) et ses animaux domestiques, le Chachien, Dronevador. La présentation des différents protagonistes se fait en pages de garde, c'est pratique. Puis viennent les histoires, assez déjantées, drôlement bien observées, admirablement envoyées, pleines de péripéties et de rebondissements, 48 pages, cela permet plein de choses, entre franches pintes de rigolade et petites leçons de vie. Le tout dans des tons souvent fluos bien tempérés. C'est extra et pour tous à partir de 7/8 ans.

Bien sûr, on retrouve dans cette nouvelle série l'inspiration et l'humour ravageur qui ont fait la renommée de Françoize Boucher, auteur depuis 2010 d'une bonne douzaine de titres trop rigolos chez Nathan (traduits en 23 langues): "Le  livre qui te rend super méga heureux" (lire ici) et aussi, "Le livre qui te dit enfin tout sur l'amour", "Le livre qui t'explique tout sur les copains", "Le livre qui te dit enfin tout sur les filles et les garçons (la fin du grand mystère!)", "Faites l'amour, pas la guerre!","Le livre qui t'explique enfin tout sur les parents. Pourquoi ils te font manger des légumes et tout le reste", "Le livre qui fait aimer les livres même à ceux qui n'aiment pas lire!", et d'autres. 
A noter que le "Happy stickers" de Françoize Boucher (Nathan) vient de sortir: 400 autocollants de toutes les tailles, repositionnables, drôles et fluo bien entendu, originaux et très marrants. Des mots, des expressions, des dessins légendés... de quoi reconsidérer le quotidien et le détourner.

Les aventures de la famille Foufou sont bien plus que ce qu'on pourrait en imaginer. Car au-delà de ses héros en culbutos et de ses blagues rock'n'roll, Françoize Boucher maîtrise ses sujets. Elle fait beaucoup rire ses lecteurs de tous âges et les incité à réfléchir aussi. Le terme de Foufous donne une bonne idée de ceux qu'elle a créés: des personnages déjantés, c'est sûr,  mais qui font fondre également. Pensez à l'usage qu'on fait du terme "foufou" dans la vie courante. Plutôt mignon et positif, non?

L'histoire "Les Foufous à table" commence dans la rue. C'est déjà un petit traité de sociologie urbaine. Suivent alors l'idée du repas idéal et sa réalité, dûment chronométrée: les parents Foufou crient "à table" et personne ne vient. Que font les enfants? Dronevador, un drone domestique, apporte les réponses. Seule option désormais possible: le chantage. Et ça marche! Sauf qu'être à table déclenche tout de suite des bagarres. Bien plus tard, le dîner peut enfin commencer. Quoique. On l'a compris, les embûches sont encore nombreuses avant que le repas puisse être avalé. Mais ce qui compte surtout, ce sont toutes les observations que Françoize Boucher communique dans ces pages drolatiques, grouillantes d'histoires parallèles, reflet criant de la réalité de nombreuses familles.

Les Foufous sont plus ou moins appréciés par leurs voisins. (c) Casterman.
De la fiction à la réalité... (c) Casterman.

Pour feuilleter le début des "Foufous à table", c'est ici.


On s'amuse autant avec "Les Foufous en voiture". Toute ressemblance avec une situation vécue ne sera pas un fruit du hasard. Pourtant, là, tout commence très mal: la voiture des Foufous a été volée. Excellente raison d'en acheter une nouvelle, ce qui causera de sérieuses discussions avant que la balade envisagée puisse commencer. On se doute que ce ne sera pas une sinécure. Mais comme pour l'autre album, les pages nombreuses sont truffées de choses à lire et à regarder et résumer cette vivacité, cette truculence, cette joie, cette originalité n'est pas aisé.

Le voiture des Foufous a été volée. (c) Casterman.

C'est l'occasion d'en avoir une nouvelle, mais laquelle? (c) Casterman.

Pour feuilleter le début des "Foufous en voiture", c'est ici.


Françoize Boucher.
7 questions à Françoize Boucher

Comment sont nés les Foufous?
L'éditrice Céline Charvet de Casterman m'a demandé de créer un univers proche de la BD. C'était une proposition en or, j'avais carte blanche, j'ai donc dit oui. Est alors venue la question: que faire? Je viens du marketing, des collections de textiles. Au début, je faisais juste des livres pour rigoler. Les Foufous sont dans la continuité de ce que je fais chez Nathan mais ils sont différents. Ce sont des BD. Dès le premier rendez-vous avec l’éditrice, j'ai eu l'idée d'une famille réelle dont je raconterais les aventures de la vie quotidienne, les hauts, les bas, les failles, la cohésion, la folie et la bienveillance. Je voulais des héros positifs. Mes mots-clés sont: drôle et intelligent, absurde, rythmé, à partager. Il faut que le livre passe le test de tous ces mots-clés.
Quelle est la particularité des Foufous?
Je voulais une cible familiale avec une lecture différente que l'on soit enfant, parent ou grand-parent. Je voulais que le livre soit un outil de communication dans les familles par le biais de son humour. Je voulais dédramatiser les situations quotidiennes. Les situations familiales qui bloquent sont souvent les mêmes partout. C'est bien de prendre du recul et d'en parler. Je lance des piques à la famille, mais je glisse aussi des messages sur l'environnement, sur l'alimentation, sur la consommation, sur les règles de vie de base.
Comment travaillez-vous?
Quand je crée une histoire, le texte et le dessin me viennent en même temps. J'ai un fil clair, l'histoire des personnages. Les Foufous sont mon travail le plus inspiré de ma vraie vie avec mes quatre enfants (23, 21, 18 et 16 ans). Je leur ai ajouté des animaux domestiques que je n'ai pas dans la vraie vie. Les animaux sont plus physiques qu'humains. Le chachien n'est jamais d'accord, il est une métaphore des humains. Mon plus gros challenge est le dessin. J'ai dessiné des culbutos. Petite, j'aimais Barbapapa et les Shadoks. Je n'ai pas de bureau. Je n'ai pas de table. Je travaille par terre dans le salon, comme un enfant, avec mes stabilos et des ciseaux. J'écris mes idées dans un cahier. Mais je tape le texte à l'ordinateur puisqu'une typo spécifique a été créée d'après mon écriture manuscrite. En fait, j'ai un côté bricolé très construit.
On découvre chez vous un poulpe et un drone.
Le poulpe est un animal très tendance depuis la coupe du monde de foot. C'est un animal intelligent et, graphiquement, un bijou. Le drone est là parce que je suis moderne. Je suis aussi curieuse. J'aime savoir ce qui s'est passé.
Vous évoquez Brangeline au moment où Brad Pitt et Angelina Jolie se séparent.
Brangeline, c'est un hasard. Cela symbolise pour moi la société people. Je voulais chercher des petits bouts de tout ce qui fait la société aujourd'hui. Vous noterez que Simone de Beauvoir apparaît plus loin dans le même livre.
Votre prénom de Françoize comporte un "Z". Pourquoi?
Le "Z" de mon prénom est là pour signifier que j'ai changé moi-même et aussi parce que j'aime l'énergie de cette lettre. Le fait que mes enfants soient grands m'a donné une sorte de deuxième vie même si nous sommes toujours très proches.
Dans quel ordre avez-vous créé ces deux Foufous?
J'ai d'abord fait les Foufous à table. J'ai noté dans un carnet la liste de tout ce qui pouvait être rigolo à travailler par les familles à table, ainsi que des messages, de bonnes manières par exemple, que je voulais faire passer. La voiture est venue ensuite. Elle est le véhicule familial par excellence et un objet symbolique énorme. Quand toutes les idées sont là commence le travail. Je gribouille, puis je sors mes stabilos, puis j'extrais les feuilles du carnet. J'articule les idées entre le début et la fin du repas, le début et la fin du trajet en voiture. J'organise les feuilles entre elles en un chemin de fer, en faisant attention au rythme, à l'absurde et à la poésie.






vendredi 15 novembre 2013

L7E tabli un petit semainier de romans courts

On n'a pas toujours le temps, pas toujours l'envie, de lire des romans longs. Pareil pour les moins de douze ans. A leur intention, une sélection de sept romans courts, un semainier en quelque sorte.
Des livres drôles, tendres, ou un peu tristes, mais toujours ancrés dans la vie. Ils sont présentés selon l'ordre alphabétique de l'initiale du prénom de leurs auteurs.


"Mes zombis"
Béatrice Fontanel
Oskar éditeur, Court Métrage, 47 pages.

Auteure multirécidiviste en littérature de jeunesse (romans et documentaires), en art de vivre, en littérature générale (un très beau roman, "L'homme barbelé", Grasset, 2009), Béatrice Fontanel met en scène un petit garçon qui hérite d'une télé dans sa chambre après le départ du foyer familial de son père. Sa maman croyait bien faire! Elle était également persuadée qu'il saurait gérer son temps devant l'écran...
Que regarder, que ne pas regarder? Mère et fils ne partagent pas les mêmes goûts. Ni les mêmes idées sur l'heure d'éteindre la fameuse télé. Plusieurs fois, le roman s'écarte gentiment de son propos initial. Il donne une leçon sur les bâillements, revient aux films d'horreur et de zombis, repart sur les jeux vidéo et retombe dans la réalité à cause d'un bête mensonge pour lequel le narrateur se fait pincer. Et c'est toute la vie du duo mère-fils qui défile, et surtout ce qui y coince. Les deux vont se réconcilier évidemment mais verront leurs vies encore modifiées lors d'une énorme panne d'électricité dans tout le quartier. Un petit texte sympa, vif, écrit à la première personne, plein de sympathiques surprises.


"Le  livre qui te rend super méga heureux"
Françoize Boucher
Nathan, 112 pages.

En pages, c'est le plus long des sept livres choisis, mais il est plein d'images; "les textes (intelligents) et les illustrations (un peu ratées) sont de moi", précise l'auteur qui n'en est pas à son coup d'essai. Elle a déjà commis précédemment, selon cette formule, "Le livre qui fait aimer les livres" et "Le livre qui explique tout sur les parents" (même éditeur). Cette fois, elle se présente comme le "nouveau coach en bonheur" du lecteur. Pour commencer, elle compose un schéma comparatif des ventes de son livre "merveilleux" (!), du "Petit Prince" et des 7 tomes de "Happy (!) Potter": sans surprise, elle est largement en tête.
Mais, au fond, tout le monde peut-il être heureux? Réponses par le texte et l'image. Sur le thème délicat du bonheur, Françoize Boucher a concocté un opus drôle, original et percutant. Efficace aussi car elle repère (et encourage) les attitudes qui font qu'un enfant a une vie joyeuse, riche et amusante. Pour cela, elle se sert bien sûr de comparaisons éloquentes. Adepte d'une méthode Coué à prendre au second degré, elle invite à reconnaître le bonheur où il est, à inventorier ses ingrédients, à les booster pour être encore plus heureux, à surtout, utiliser positivement son énergie. L'air de rien, elle a fait un petit ouvrage de philosophie du bonheur.


"Le plus joli des rêves"
Nathalie Brisac
L'école des loisirs, Mouche, 53 pages.

Face à face, Mougueule, le plus puissant des hommes d'un royaume, et le grand Gaston, chargé par le premier de lui apporter vite fait non pas un rêve, mais LE rêve qui n'a encore été rêvé par personne. A leurs côtés, Rosalie, qui viendra en aide au grand dadais par son état d'enfant. Car si le grand Gaston repère assez vite le fameux rêve, libre comme l'air, ce dernier impose une épreuve en trois étapes pour perdre sa liberté. "Je suis le plus joli des rêves et je ne m'offrirai qu'au plus merveilleux des humains." Les trois devinettes seront posées à Mougueule, sans succès. Grand Gaston, aidé par Rosalie, s'en sort beaucoup mieux. Il saisit même cette occasion pour réfléchir à ses choix de vie. Subtilement illustrée par Rascal, cette jolie et tendre histoire s'inspire des contes et fait un clin d’œil au délicieux album qu'est "Le petit de la poule" (Margaret A. Hartelius, Père Castor), épuisé depuis trop longtemps. Elle rappelle que les rêves sont indispensables à la vie et que les enfants en détiennent les clés.


"La célèbre Marilyn"
Olivier de Solminihac 
L'école des loisirs, Neuf, 71 pages.

Auteur pour enfants, auteur pour adultes, Olivier de Solminihac est aussi le pisteur  de nombreux "ready-made poems" sur Facebook, qu'il numérote inlassablement (687 pour le moment, fréquence un peu en baisse). Dans ce nouveau roman, il raconte les relations compliquées entre le jeune narrateur et Marilyn, sa voisine de rue et sa voisine de classe. Lui est plutôt tourné vers le positif, appréciant le congé inattendu d'une grippe, retrouvant ensuite ses copains avec plaisir. Elle, plutôt d'un genre compliqué, se montre d'habitude bavarde , taiseuse le lendemain.
Que remâche-t-elle dans sa petite tête? Que voudrait-elle sans l'exprimer? Broie-t-elle vraiment du noir? "Je n'ai pas d'autre ami que toi. Si tu n'es pas là, je ne compte pour personne." Pauvre petite Marilyn. Heureusement que son voisin, "à l'école et dans la vraie vie", est là pour la soutenir, l'épauler, la consoler. Même s'il mène aussi sa vie à lui, entre copains, famille, livres et rendez-vous hebdomadaires avec son père après l'entraînement de basket de ce dernier. Ils se racontent alors, tard, des petits bouts de vie. Même que la phrase de l'un peut interférer dans la vie de l'autre sans qu'il le sache... "Ah, la célèbre Marilyn!",  la phrase paternelle d'un soir peut se concrétiser le lendemain lorsque l'intéressée déclare à son unique ami: "Je veux devenir célèbre." Une déclaration qui va faire pas mal de chemin chez les uns et chez les autres. Olivier de Solminihac s'amuse à raconter cette nouvelle célébrité dans tous ses détails, autographes compris, avec ses avantages et ses conséquences. Pas de morale mais une attention aux choses et aux êtres qui invite  à réfléchir tout en incitant aux expériences. Un roman plein de rires et de finesse.


"Small"
Pef
Rue du monde, 95 pages (illustrées).

Pef, ce sont bien sûr les Motordus (mots tordus) et plein d'autres albums pour rire. Avec "Small", délicat album au dos toilé, où texte et images se posent sur des fond blancs, il change de registre. Tout en continuant à jouer avec les mots. Avec deux mots en réalité, "petit" et "grand". Il nous fait prendre conscience de leur fréquence et de leur pouvoir à travers l'histoire douce-amère d'un héros prénommé Small qu'on va suivre de la naissance à la mort. Un petit bonhomme avec des rêves mais guère d'ambition, un gentil qui se fait avoir souvent mais mène en finale une vie simple qui le comble. Après plusieurs déceptions amoureuses, quand son jeune neveu aura grandi, il rencontrera l'amitié d'un chien, compagnon fidèle comme on le sait. Un petit traité de vie, qui se joue de nombreuses expressions de la langue française. Un tout petit format, mais un grand album, aussi humain que serein.


"Une girafe un peu toquée"
Séverine Vidal 
Motus, Mouchoir de poche, 32 pages.

On sait bien que les enfants s'inventent des codes magiques, garants de nombreuses prophéties: ne marcher que sur les dalles blanches du couloir, ne pas glisser du rebord étroit du trottoir, manger ses petits pois et ses carottes selon un ordre établi, répéter les derniers mots des phrases... Autant de rituels qui peuvent donner une amoureuse, le beau temps, un frère quasi éternel... Mais trop de manies enferment et étouffent. Quelques phrases et à peine plus d'images en fils de fer, font un sort à ces gages et ces paris épuisants. Jusqu'à la finale, pleine de nouveaux possibles.


"Sept jours à l'envers"
Thomas Gornet
Rouergue, doado, 72 pages.

Du dimanche au dimanche précédent de ce mois de décembre, un narrateur en âge de collège, égrène ce qui s'est passé dans sa famille et qui est cette famille. Ce deuil qui ne dit qu'à la fin l'identité du mort mais bouleverse atrocement tous ceux qui restent, même si tous ne le montrent pas. "On n'oublie pas. On fait avec." Chaque chapitre remonte d'un jour dans le temps et se termine par une réponse différente à une mystérieuse devinette. Cette construction à reculons crée une atmosphère un peu oppressante mais non morbide, touchante plutôt car on perçoit immédiatement les flots d'amour de et pour l'absent.
Le livre est comme une photo Polaroïd qui se révélerait peu à peu sous nos yeux,  quand il donne à chaque page davantage de détails sur ce fils unique et sa famille. Des indices sont fournis au lecteur pour composer son puzzle. L'écriture de Thomas Gornet est sobre, soignée, agréablement travaillée. L'auteur a de nombreuses trouvailles, le choix de la  marche arrière pour son récit, les dialogues anciens qui entrecoupent le temps présent, des formules comme le "sourire horizontal". Un roman apaisant sur le deuil et la perte.