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jeudi 18 septembre 2025

"Marginales", saison 4


Il y a trois ans, Vincent Engel
annonçait le nouveau départ de la revue "Marginales" après une pause de deux ans (lire ici) et l'ouvrait à la Francophonie et aux contributions graphiques. Toujours avec comme thème fondateur "La fiction pour dire le monde". 
 
On a eu depuis:
  • Numéro 307    Balance ton peuple (automne 2022)
  • Numéro 308    La loi phallique est dure (printemps 2023)
  • Numéro 309    Qatarsis et Qatarstrophe sont dans un bateau (été 2023)
  • Numéro 310    Mon chat, GPT… (automne 2023)
  • Numéro 311    Putaclic ou foules sentimentales (été 2024)
  • Numéro 312    Nos ancêtres, les Gaulois (hiver 2024)
  • Numéro 313    E-pui-sés!? (78 contributions, été 2025)
On le voit, les trois numéros en ligne annuels, accessibles gratuitement, sont devenus deux, complétés chaque fois d'un numéro papier ou PDF, payant, reprenant les meilleures contributions de l'année (Ker Editions). Le numéro 314 aura pour thème MAGAaargh!
 
La revue était soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce n'est plus le cas. Mais il en faut davantage pour décourager Vincent Engel. Il va intégrer "Marginales" dans sa maison d'édition, Edern Éditions. Il s'en explique:
"La Commission des lettres, qui statue sur les demandes de subsides, a décidé de ne pas reconduire le subside dont bénéficie "Marginales" depuis très longtemps. Il faudra un jour que l'on m'explique pourquoi elle acceptait de financer une revue papier dont le nombre de contributeurs, strictement belgo-belges, ne dépassait guère celui des abonnés, revue que l'on trouvait difficilement en librairie et qui ne se vendait pas à plus de 50 exemplaires. Mais ne perdons pas de temps en vaines cogitations. La Commission estime que 180 contributeurs et contributrices venus du monde entier ne peuvent pas faire mieux, c'est son problème. Pas le nôtre.

Parce que Marginales va poursuivre son chemin et même l'amplifier!

Jusqu'à présent, héritage du passé, elle existait sous l'égide de mon excellent ami Xavier Vanvaerenbergh, directeur des éditions Ker. La disparition du subside – qui était lié à Xavier – a conduit logiquement celui-ci à entériner ce qui était déjà une réalité, à savoir que, mis à part la fabrication et l'impression du numéro annuel dont Xavier se chargeait avec talent et qui étaient rendus possibles grâce au subside, cette revue était gérée entièrement par votre serviteur. 

"Marginales" intègre donc le giron d'Edern Éditions, et Xavier restera un compagnon de route; je profite de cette opportunité pour lui adresser tous mes remerciements car, sans lui, sans son professionnalisme et son sang froid, "Marginales" aurait cessé d'exister bien avant la disparition de Jacques De Decker.

Concrètement, rien ne changera, sinon en mieux. L'appel est toujours lancé, et l'objectif de dire le réel (et de dénoncer ses travers de plus en plus nombreux) par la fiction reste notre mot d'ordre.

Nous allons "profiter" de cet épisode pour lancer une refonte en profondeur du site, afin de le rendre encore plus agréable à lire, mais aussi pour en faire l'outil de création de la revue, de la soumission des contributions à leur validation et à leur mise en ligne.

Ce travail prendra un peu de temps. C'est pourquoi j'ai décidé de reporter la parution du prochain numéro au printemps 2026. Nous n'avons plus de compte à rendre à personne, profitons-en pour assurer la qualité de cette nouvelle évolution.

Je vous tiendrai au courant, évidemment. Dans l'attente, je vous demande instamment de n'envoyer aucune contribution par email. Vous serez informés de la procédure et de la nouvelle date limite dès que possible. Cette procédure consistera dans un premier temps à devenir membre du site (c'est gratuit, je vous rassure), pour pouvoir suivre de votre côté les principales étapes, de la soumission à la mise en ligne.

"Marginales" reste plus vivante et gratuite que jamais. Le numéro annuel sera réalisé et distribué par Edern Éditions. Bien sûr, les abonnements de soutien sont bienvenus pour nous permettre de financer les frais inévitables, dont ceux nécessaires pour l'évolution du site et de la plateforme de gestion; mais c'est un combat par la littérature qui ne peut pas s'éteindre. 

J'en profite pour vous rappeler l'appel à soutenir Pen Belgique francophone et à vous y affilier éventuellement (vous pouvez apporter votre soutien sans vous affilier).
 
Enfin, si "Marginales" existe, c'est d'abord grâce à vous; soyez-en chaudement remerciés! Je vous attends pour le prochain numéro, 

Amicalement" 

Nous aussi, on attend ce numéro, entre nouvelles et contributions graphiques. 





  
 

vendredi 14 octobre 2022

"Marginales", saison 3

"Marginales", saison 3.

Fondée en 1945 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par l'écrivain et poète Albert Ayguesparse (1900-1996) et quelques compères, la remarquable revue littéraire belge "Marginales" était en pause depuis le décès de Jacques De Decker (1945-2020, lire ici) qui, élu en 1997 à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique à la succession... d'Albert Ayguesparse, lui avait redonné vie en 1998, fermant une parenthèse de sept ans. L'écrivain et essayiste belge Vincent Engel la ressuscite aujourd'hui tout en renouvelant sa formule.

  • Saison 1: Albert Ayguesparse, 1945-1991, numéros 1 à 229
  • Saison 2: Jacques De Decker, 1998-2020, numéros 230 à 304, les livraisons 305 et 306 assurées par Vincent Engel étant des hommages au disparu
  • Saison 3: Vincent Engel, 2022-xxxx, le numéro 307 "Balance ton peuple" est consacré aux nationalismes, l'appel pour le numéro 308 "La loi phallique est dure" est déjà en ligne (ici)

Depuis plus de trente ans, Vincent Engel considère que "la fiction est le moyen le plus accompli pour dire le monde". Il fait remarquer que le terme "nouvelle" désigne aussi bien un texte littéraire que l'information délivrée par les médias.

Désormais éditée par Ker éditions et dirigée par Vincent Engel, "Marginales" saison 3 applique le changement dans la continuité.

Ce qui est maintenu:
  • "Marginales" cherche les vérités de l'actualité à travers le prisme de la fiction, des nouvelles en l'occurrence
  • "Marginales" suit une thématique d'actualité par numéro

Ce qui est modifié:
  • "Marginales" sera dorénavant en ligne et en accès libre (ici)
  • "Marginales" s'ouvre à toute la francophonie
  • "Marginales" s'ouvre aux contributions graphiques, photos ou dessins
  • "Marginales" se fait en partenariat avec le journal belge "Le Soir"
  • "Marginales" paraît trois fois par an désormais, en février, juin et octobre
  • "Marginales" publiea un numéro papier par an, reprenant les contributions les plus représentatives de l’année écoulée

Dans le numéro 307 de "Marginales", sur les nationalismes, tout juste mis en ligne, on trouve deux éditos, trente-quatre nouvelles en provenance du monde entier, cinq contributions en images et textes et trois varias dont le premier épisode d'un feuilleton par Alain Berenboom. Dix contributions de femmes sur les quarante-deux de la première livraison. Un numéro costaud, balayant toute la francophonie, au graphisme agréable, de navigation aisée, qui renouvelle la formule sans l'appauvrir mais l'ancre dans son époque.

Le sommaire du numéro 307.









mercredi 15 mai 2019

Mawda, qui a deux ans pour toujours

Mawda, son sourire et son bob.

L'an dernier, dans la nuit du 16 au 17 mai 2018, sur une autoroute belge, pas loin de la frontière française, une petite fille est morte. Elle se trouvait dans une camionnette, blanche comme il se doit. Le fourgon transportait des migrants et fuyait la police qui l'avait pris en chasse. Un policier a sorti son arme. Il a tiré. Il a tué Mawda, petite fille kurde de deux ans. Emotion dans le pays, comme souvent quand un enfant meurt - rappelez-vous Aylan -, émotion plutôt dans une partie du pays car le drame a vite été instrumentalisé par le gouvernement pour rendre les parents de Mawda en particulier et les migrants en général responsables de leur malheur. On a menti, officiellement, pour cacher la vérité. On a beaucoup menti.

Une fois encore, la société civile a été là pour recueillir Shamdin, Phrast et Hama Shawri, les parents et le frère de quatre ans de la petite victime. Pour accompagner cette famille dévastée par le chagrin, perdue sur les routes et dans la clandestinité faute de papiers de réfugiés. La presse n'a pas beaucoup bougé par rapport à cette bavure, se contentant de relayer les mensonges officiels sans rien vérifier. Sauf Michel Bouffioux qui a publié une formidable contre-enquête dans "Paris-Match Belgique" et a parfaitement démontré que l'affaire Mawda était directement liée aux opérations Medusa visant les migrants.

Mawda, son sourire et son bob. Aujourd'hui, un an après la mort de cette petite innocente qui aura toujours deux ans parce, sort un livre atypique dont les bénéfices seront versés à sa famille. "Deux ans et l'éternité" de Vincent Engel et Michel Bouffioux (Ker Editions, dessin de couverture de Benjamin Cuvelier, 212 pages, 10 euros) se compose de deux parties complémentaires. D'abord un "récit" d'écrivain, très impliqué dans son époque et sa société, sous forme chorale, ensuite une enquête de journaliste, sérieuse, approfondie. L'ensemble plaide pour un "plus jamais ça", incite à un monde plus juste et plus humain.

Vincent Engel reprend librement les faits réels de l'"affaire Mawda" et les précède d'une hallucinante séance à la Chambre des Représentants le 22 novembre 1938 - la Nuit de Cristal venait d'avoir lieu. Il choisit de se glisser successivement dans la peau des différents acteurs du drame. "La fiction est une manière de dire le monde, l'espoir et la souffrance", écrit-il. Il est Mawda, petite Kurde parlant le rare sorani qui nous raconte par bribes son histoire, celle de ses parents, celle de son frère. Il est la traductrice. Il est le passeur. Il est le tireur. Il est aussi le témoin d'une conversation glaçante entre le "Premier" et le "Secrétaire". Ces voix nous permettent de revoir l'affaire sous différents points de vue et sont autant d'occasions pour Vincent Engel de porter le fer là où cela fait mal. Une démarche d'écrivain jouant avec les mots n'empêche pas les prises de position et les engagements. Car la démocratie est menacée par cette affaire aussi désolante que sordide.

La deuxième partie du livre reprend la série d'articles que Michel Bouffioux, journaliste d'investigation courageux, a consacrés à l'affaire Mawda dans "Paris Match Belgique" et sur le site ParisMatch.be entre le 20 décembre 2018 et le 7 mars 2019. Soit une impeccable contre-enquête, basée sur de multiples témoignages et divers écrits et rapports officiels, qui a démonté les mensonges officiels, a mis en lumière les opérations policières Medusa et les multiples dysfonctionnements du système policier, complétée d'une interview de l'avocate de la famille. Des incidents techniques qui effacent les enregistrements précieux à la préparation d'une version policière collective en passant par la sinistre manière dont ont été traités les parents et le frère de Mawda alors que la petite fille mourait seule dans une ambulance et l'ordre de quitter le territoire remis quasi immédiatement à tous les passagers du fourgon maudit. Même si on l'a lue lors de sa publication, cette enquête rend muet de stupéfaction et d'indignation. La Belgique est-elle devenue ça? Et va-t-elle le rester?