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samedi 10 novembre 2018

Nager, flotter, sourire et réfléchir dans la merveilleuse piscine de Geneviève Casterman

Une longueur de 3,59 mètres. (c) Esperluète.

Entre mille activités, dessiner pour elle, donner cours d'illustration à ses étudiants, animer des ateliers pour enfants (lire ici), voyager, lire, jardiner, cuisiner, Geneviève Casterman en a une très régulière et fort matinale, aller à la piscine. Là, elle enfile les longueurs, s'immerge dans l'eau, flotte sur le dos. Normal. Ce qu'elle fait aussi, c'est observer les autres nageurs, les écouter, fixer leurs traits et leurs attitudes dans son esprit, les bébés qui rient, les enfants qui jouent ou qui pleurent, les adultes qui posent sur le bord ou dans les couloirs, ceux qui déposent leurs soucis au vestiaire pour savourer un instant de liberté, les maîtres-nageurs qui encouragent ou terrifient, les nageurs qui papotent, discutent, se cognent, se posent, s'opposent.


Tout ce petit monde de la vie à la piscine municipale, Geneviève Casterman l'a couché de ses pinceaux et ses crayons dans le leporello tout juste sorti de la douche, le formidable "Se jeter à l'eau" (32 volets à déplier, Esperluète, collection "Accordéons"). Un format livre de poche, qui, déplié, avoue ses 3,59 m au mètre-ruban. Une immense fresque longiligne qui présente une seule piscine, de la petite à la grande profondeur, ses différents usagers et leurs accessoires. Quoique, parfois, l'eau de la piscine prenne le dessus sur le bord carrelé du bassin et nous emmène dans une immensité aquatique à tendance marine.

Déplié.
(c) Esperluète
Les séquences de ce livre-accordéon sont d'une infinie richesse, avec une légèreté de trait qui se pose sur une observation tendre et précise de tout ce petit monde en caleçon de bain, bikini ou maillot une pièce, coiffé de l'obligatoire bonnet.

On croise les divers usagers de la piscine aimablement croqués dans leurs apprentissages, jeux, défis, entraînements, exercices d'aquagym, retrouvailles, exploits.

On appréhende des micro-événements natatoires dans de mini-textes joliment tournés ("Les petits se cramponnent, les moyens s'abandonnent, les grands papillonnent" ou "Parfois un roi Dagobert a mis son maillot à l'envers").

On découvre aussi des souvenirs personnels de l'auteure-illustratrice nageuse qui éveilleront questions et réflexions ("Le stress et la fatigue n'entrent jamais avec moi. Ils m'attendent au vestiaire ou dans la cafétéria" ou "Si jamais on pleure dans l'eau où vont les sanglots?" ou "L'eau dissout mes colères, filtre mes peurs, épuise mes doutes, je nage").

En ligne de fond des pages qui ondulent, toute une série de verbes ayant un rapport avec la natation ou la piscine et en lien avec la portion de fresque, "patauger, faire trempette, avoir pied, inspirer, expirer, respirer, mettre sa tête sous l'eau..." Jusqu'à la conclusion, "Tout ce qui arrive à la piscine se passe aussi dans la vie..."

Le petit bain où on a pied. (c) Esperluète.

Il y a mille histoires à observer chez les baigneurs mouillés de Geneviève Casterman. Ou les secs, car il se passe aussi plein de choses au bord du grand bain. Chacun a sa manière de nager et cette diversité - plus de cent cinquante nageurs sont dessinés - enchante par sa neutralité, dans le respect et la tolérance. "Quitté le premier bassin où l'on évoluait sans peine de notre mer intérieure à la piscine municipale nager ne s'apprend pas sans mal" sont les mots qui ouvrent l'album.

Que se passe-t-il? L'eau monte. (c) Esperluète.

Quand la piscine devient la mer. (c) Esperluète.

Avec "Se jeter à l'eau", superbement dessiné, pensé et composé, Geneviève Casterman s'adresse aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Ce qu'elle nous partage fait sourire et émeut quand ses mots ne résonnent pas profondément en nous. Une justesse qui s'accompagne aussi d'imagination comme lorsque la piscine s'échappe vers les grandes profondeurs de la mer, poissons, dauphins, méduses, crabes, pieuvre, algues, coraux et coffre au trésor y étant au rendez-vous pour faire la ronde avec les explorateurs en maillots et bonnets. Voilà un leporello charmant, tendre et joyeux pour tous les publics.

On arrive à l'autre bout du bassin, avec le plongeoir. (c) Esperluète



Geneviève Casterman apprécie le livre-accordéon. Il suffit de se souvenir des trois précédents qu'elle a publiés chez Esperluète, les superbes "Costa Belgica" (2008), "E 411" (2005) et "rue De Praetere" (1999, épuisé).





lundi 3 septembre 2018

A vos télés, puis à vos pinceaux

(c) Panique! - RTBF.

Rappelez-vous. Au printemps 2015, Geneviève Casterman publiait le superbe ouvrage "100(0) moments de dessin" (Esperluète, 320 pages), génial recueil de pistes pour dessiner avec les enfants et pour qu'ils osent dessiner. Ou pas (lire ici).  Un épais volume qui réfléchit mais ne se prend pas la tête. Au contraire. On s'y amuse drôlement bien.

 c est suite à une commande que beaubourg m a faite que j ai contacté Rachel Marino (  avec ) qui (on) a réalisé une première dizaine de capsules visibles dans la web série «  mon œil » sur le site de Beaubourg . C est Suite à cette commande que Rachel a eu l idée de proposer une nouvelle série à la RTBF .

Suite à cette publication, l'artiste et enseignante a été approchée par le Centre Beaubourg à Paris pour en faire une web série pour enfants. Le sujet était là, les idées aussi mais il fallait les passer en 3D et en mouvement. Geneviève Casterman a alors contacté une de ses étudiantes de l'ERG, Rachel Marino. Une première dizaine de capsules est sortie de cette association. Elles sont visibles sur le site "Mon œil" du Centre Pompidou (ici). D'où l'idée ensuite de proposer l'idée d'une série télé pour enfants à la RTBF. Un producteur a été trouvé, Vincent Tavier de Panique! Et voilà les "100 manières de dessiner" lancées en Belgique avec la même équipe créatrice.

100 manières de...

Un an de boulot plus tard, la boucle est bouclée. "100 manières" voit le jour. Les vingt-six épisodes inspirés du livre, longs  de quatre minutes, sont en boîte. De quoi assurer pendant cinq semaines une diffusion quotidienne durant la semaine.

Chacun des épisodes propose un thème, une idée, un jeu, une technique qui inspireront aux enfants autant de manières de dessiner et de moments de dessin. Pas besoin de savoir dessiner, il suffit d'en avoir envie.

100 manières de...

C'est même ce soir (lundi 3 septembre) que passe le premier épisode, "Lancer d'objets". Ce sera à 19h46 sur Ouftivi, juste avant les Niouzz. Demain, mardi 4 septembre, il y sera question de "Peinture signature".
Pas de commentaires pendant la séquence mais le suivi de l'avancement de deux dessins réalisés par des enfants à partir de lancer d'objets, des perles allongées roses et des gros boutons dans ce cas-ci. De nombreuses séquences montrent l'évolution de ces deux dessins sur un fond musical. Lancer, contour des pièces, retrait des pièces, élaboration de dessins imaginatifs sur ces tracés aléatoires. Elles sont suivies d'autres idées proposées en bref.


Trois étapes d'un dessin d'une des 100 manières. (c) Panique! - RTBF.

La série est également diffusée sur la Trois, du lundi au vendredi à 8h55 et 19h45 (rediffusion) et les épisodes seront mis en ligne après leur diffusion sur la plateforme auvio de La Trois-OUFtivi.





samedi 21 mars 2015

Cent mille idées, au moins, pour dessiner

"100(0) moments de dessin" est le titre du nouvel ouvrage de Geneviève Casterman (Esperluète, 320 pages), un précieux et emballant recueil de pistes pour dessiner avec les enfants mais pas que, pour créer, pour oser dessiner. Comment lire le titre? Modestement, l'éditrice dit "cent ou mille moments de dessin". Personnellement, j'opterais plutôt pour "cent mille moments de dessin" tant l'ouvrage est riche, inventif, et, surtout, encourage à passer à l'action.

Auteur-illustratrice pour la jeunesse, artiste, enseignante, Geneviève Casterman s'intéresse depuis toujours aux dessins des enfants. A l'école quand elle était institutrice, hier et aujourd'hui dans les ateliers qu'elle anime. Rappelez-vous. C'était déjà elle l'auteur de "Copains gribouill'arts" (Milan - Ligue des Familles, 1995) et surtout de "Copains des peintres" (avec Kitty Crowther, Milan, 1997), des ouvrages alors remarquables par leurs propos, aujourd'hui épuisés.

Ses réflexions sur le rapport entre l'enfance et la création se sont poursuivies et l'ont portée à publier ce magnifique nouveau livre, "100(0) moments de dessin". Pas de panique: ce n'est pas parce qu'on réfléchit qu'on fait compliqué. Au contraire! On s'amuse même beaucoup dans ces pages. Le volume est plutôt un manuel de dessin rêvé qui ouvre grand les portes de la créativité. Il est basé sur un concept totalement inédit. Ouvrez-le. Ou feuilletez-le en ligne ici. Du jamais vu, dans le bon sens du terme.

L'ouvrage se compose de trois parties: un mode d'emploi, dix listes de cent propositions pour dessiner comme ceci ou comme cela ou ne pas dessiner, et une formidable suite de 168 images, sur simple ou double page, qui composent un marabout-boutdeficelle aussi réjouissant qu'impressionnant. Ni trucs ni recettes mais d'innombrables pistes pour se lancer dans un dessin, ou deux, ou cent, ou mille... ou zéro comme le propose en souriant la dixième liste. Un recueil d'images d'art à simplement regarder aussi.

Une double page dans la partie des listes. (c) Esperluète.

Le sujet des listes est simple: dessiner quoi? avec quoi? où? quand?... et les cent propositions variées et surprenantes. Exemples, pris dans la première liste, "dessiner quoi?": 1. quelque chose d'important 2. quelque chose qui bouge tout le temps 3. quelque chose qu'on trouve beau à côté de quelque chose qu'on trouve laid 4. quelque chose de très détaillé 5. quelque chose d'emmêlé, d'embrouillé (...) 100. le monde à l'envers.

Dessin d'artiste et dessin d'enfant. (c) Esperluète.

La suite d'images commence avec une photo de cabane perchée sur un poteau dans le ciel, se poursuit avec la photo de deux grues au-dessus de deux maisons. Viennent ensuite le dessin d'un vol d'oiseaux et un dessin d'enfant de fenêtres et de maison. On remonte alors sur les toits avant de plonger dans des plans d'architecte... C'est passionnant de bout en bout et on ne se lasse pas de regarder encore et encore ces images pleines de sens, véritables tapis rouges pour l'imagination. Un immense bravo assorti d'un tout aussi grand merci pour ce livre unique dans son genre.

Geneviève Casterman.
Comment un tel ouvrage voit-il le jour?

Mes questions à Geneviève Casterman.

D'où vient l'idée de "100(0) moments de dessin"?
Le projet de ce livre est né quand j'ai appris que "Copain des peintres" ne serait pas réédité. Je travaille avec les enfants depuis 1980 - j'ai commencé par être institutrice - et j'ai toujours observé leurs dessins. J'ai alors relu "Copain des peintres" et je me suis rendu compte que mes idées avaient évolué. Si je me pose toujours autant de questions par rapport aux dessins d'enfants, j'ai par contre abandonné l'idée principale du livre, celle du maniérisme: dessiner à la manière de Matisse, à la manière de Mondrian… Je suis arrivée à une idée plus fondamentale: qu'est-ce que dessiner? Les enfants sont friands de ressemblances, j'ai voulu désamorcer cela dans cette nouvelle perspective.

Comment avez-vous procédé?
J'ai commencé par faire des listes des idées de dessin que j'avais pratiquées avec des enfants, sans modèle, à partir de mes expériences longues ou courtes. J'ai d'abord rassemblé toutes ces idées, je les ai ensuite séquencées en chapitres. J'avais été très impressionnée par le livre d'Umberto Eco, "Vertige de la liste" (Flammarion). J'ai compris que c'était cela que je voulais faire, des listes. Cet ouvrage m'a pris près de trois années de travail. Tout y est fait à la main, les textes sont tous écrits grâce à une  réglette-pochoir à lettres. Même le code-barre de la quatrième de couverture est dessiné à la main!

Et pour les images?
Une de mes intentions était que figurent aussi des dessins d'enfants dans ce livre, qu'il y ait une alternance entre dessins d'enfants, dessins d'artistes et photos. J'ai même deux dessins d'artistes quand ils étaient enfants, Anne Brouillard et Christophe Fink. L'autre était que ce soit un marabout-boutdeficelle d'images. Soit je les avais, ces images, soit elles proviennent de rencontres, d'expositions, ou d'internet. Il m'a fallu demander tous les droits pour toutes... Mais chaque image a une histoire, un lien, avec moi. Il y a 270 pages d'images qui sont autant de clins d'yeux.

Comment les avez-vous choisies?
J'ai choisi des images qui illustrent des verbes liés à l'enfance, habiter, se cacher, jouer… Les enchaînements se font en fonction de cela.


Encore deux doubles pages d'images. (c) Esperluète.