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samedi 3 décembre 2022

Et pourtant, les enfants lisent!

Une bibliothèque bien composée en ouverture. (c) Gallimard Jeunesse.


En duo, l'explorateur Fombelle et le professeur Chaud ont dressé un très plaisant et original catalogue illustré des jeunes lecteurs. Hommage magnifique à ces gamins et ces gamines d'aujourd'hui qui se débrouillent pour lire partout et tout le temps simplement parce qu'ils adorent la lecture. Invite délicate également à ceux qui n'ont pas encore été pris par le virus de la lecture. "101 façons de lire tout le temps" est un épais et magnifique album dû à Timothée de Fombelle pour les textes et à Benjamin Chaud pour les illustrations. Deux gaillards qui se sont immédiatement entendus et proposent une galerie de jeunes lecteurs joyeuse, fantaisiste, imaginative. Comme sont les enfants quand ils lisent.
"Je prends depuis longtemps des notes, comme un ethnologue ou un collectionneur, sur les postures des enfants qui lisent", explique Timothée de Fombelle. "J'observe ce qu'ils font de leur corps quand ils basculent dans l'imaginaire. Je regarde les ruses des plus passionnés pour glisser de la lecture partout et tout le temps. En écrivant pour eux, en les rencontrant, je crois avoir trouvé le meilleur poste d'observation. Et mes carnets se remplissent d'enfants lisant les pieds en l'air, en boule sous les tables, planqués dans les espaces à bagages des trains. Peu à peu j'ai vu naître dans cette accumulation une célébration des jeunes lecteurs, de leur manière de résister à un monde où on ne cesse de dire qu'ils ne lisent plus, à ce monde où ils auraient en effet toutes les raisons de ne pas le faire... Et pourtant, ils lisent!" 
(c) Gallimard Jeunesse.

Il fallait bien tout le talent de Benjamin Chaud pour s'emparer de ces 101 portraits, en général de quelques mots seulement, leur donner une continuité graphique grâce au choix de teintes chaudes, et ainsi rehausser chacune des situations rapportées par l'auteur. Pas question de redondance entre le texte et l'image. Non, il s'agit d'une vraie belle et grande union générant une dimension supplémentaire.

(c) Gallimard Jeunesse.
Quel régal que tous ces jeunes, lecteurs et lectrices, saisis dans leur passion avec justesse et tendresse tant dans les mots que dans les dessins. Les auteurs préviennent: "le [lecteur] classique est vraiment rare", comprenez un lecteur assis sur une chaise. Mais cet énergumène n'embarrasse absolument les 100 autres postures agréablement mises en page. Il y a ceux qu'on imagine aisément. L'autruche sous sa couette, le chat perché sur une branche d'arbre, l'escargot installé aux toilettes, la déménageuse et sa pile à la bibliothèque, la résistance escaladée par enfants et toutou... Il y a ceux qui apparaissent plus surprenants. Le chihuahua réfugié sous la table, la culturiste au bouquin immense, le zéphyr au livre minuscule, les barbares qui déchirent les pages pour lire le même livre à quatre...


(c) Gallimard Jeunesse.


Bref, que du bonheur à découvrir ces 101 lecteurs enchantés qui se succèdent en un délicat marabout-boutdeficelle, une posture, une idée ou un décor en amenant un autre sans qu'on ne s'en rende compte vraiment. Un album irrésistible pour les lecteurs qui s'y reconnaîtront et pour ceux qui ne le sont pas encore car ils y percevront un bonheur magique qu'ils auront peut-être l'envie d'expérimenter. Vive les lecteurs et vive les livres!

"La cancre n'a pas de temps à perdre". (c) Gallimard Jeunesse.



Pour feuilleter en ligne "101 façons de lire tout le temps", c'est ici.

En voici quelques images.




jeudi 3 mai 2018

Quand Nathalie Novi peint les Enfants de Syrie

Enfants de Syrie. (c) Nathalie Novi.

Le monde de la littérature de jeunesse se mobilise beaucoup à propos des réfugiés politiques, appelés aujourd'hui migrants, de leurs enfants et des enfants des pays en guerre en général. Que ce soit par l'engagement personnel aux côtés de ces gamins arrivés en Europe qui souffrent, ballottés entre des règlements auxquelles ils ne comprennent rien. Que ce soit en organisant des ateliers de dessins pour les enfants et les adultes. Que ce soit en mettant en place des ventes de leurs dessins.

Chacun fait comme il veut, chacun fait comme il peut, contre ce monde de guerre qu'on nous impose. Nathalie Novi, elle, a choisi de peindre des portraits d'Enfants de Syrie, ce pays en guerreS depuis sept ans. Depuis le 10 avril, elle a publié chaque jour sur Facebook un portrait d'Enfant de Syrie, elle l'a légendé. Elle a donné une humanité à ces enfants noyés dans les flots des statistiques. Elle les a rendus vivants. Par ses tableaux d'enfants reliés par un fil rouge, son cri de douleur et de colère transformé en geste artistique, elle nous a touchés, émus, bouleversés. Aujourd'hui, elle baisse un peu le rythme de ses parutions mais encourage chacun à diffuser ses portraits.

Nathalie Novi:
"Voilà, depuis quelque temps, je peins chaque jour un Enfant de Syrie, déjà 23 portraits je crois, une goutte d'eau comparée aux sept années de guerre qu'ils subissent. Un petit rien qui sert si peu. Je n'abandonne pas ma quête, je "rêve toujours à l'impossible étoile". Cependant, je dois réduire ma cadence, faire quelques pas de côté. Je me limiterai donc à un rendez-vous hebdomadaire, ou presque, avec ces enfants de nos guerres. Je ne les oublie pas mais (...) 
Ces portraits feront peut-être l'objet d'un album, ils seront exposés ici et là, pourquoi pas? En attendant, emparez-vous d'eux pour les afficher dans vos médiathèques, dans vos écoles ou vos librairies, vos boutiques, je vous fais confiance pour imaginer comment les porter haut. Retrouvons-nous très bientôt pour ne jamais les oublier, ni eux, ni les enfants de toutes les guerres. Merci aux courageux photographes à qui j'emprunte les clichés pour être au plus près de ces enfants. Merci M. Raphaël Pitti qui me donnez sans le savoir les ailes pour réaliser ces peintures."

Voici donc les 23 portraits déjà réalisés, beaux, forts, infiniment humains.



Enfant de Syrie, enfant de nos guerres, chaque matin je peindrai ton portrait, celui de la terreur que tu ne devrais pas connaître, celui de la tristesse qui trouble ton regard , ton cri muet, notre abandon, ton beau visage de douleur que je ne parviens pas même à dessiner tellement ta peur est au cœur. Tu ne veux pas mourir, nous ne le voulons pas non plus. Nous non plus ne comprenons pas de quel rouge plus sanglant pourrait être ce fil depuis trop longtemps rompu.
Enfant de Syrie, je te peindrai chaque jour pour te dire que je ne t'oublie pas.
10-04-18


Enfant de Syrie, je ne t'oublie pas. Tes yeux d'ombre sont comme une supplique et mes pinceaux tentent de faire résonner ton appel silencieux.
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque jour.
11-04-18


Enfant de Syrie, tu murmures "ne m'oublie pas".
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque jour, grâce aux photographies des reporters qui impriment la poussière qui trouble ton regard.
Enfant de Syrie je ne t'oublie pas.
12-04-18


Enfant de Syrie, tu as peur mais tu souris, tu regardes le monde qui n'est que guerre,
ton enfance est une grande partie de cache-cache depuis que tu es né-e mais tu te caches pour ne pas mourir. Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque matin.
Enfant, je ne t'oublie pas.
13-04-18


Enfant de Syrie, tu sembles ne pas comprendre notre monde, moi non plus.
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque jour pour te dire que je ne t'oublie pas.
14-04-18 


Enfant de Syrie, tu me regardes, tu m'intimides, tu sembles en colère, contre nous, contre la guerre, je te comprends.
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque matin, je ne t'oublie pas.
15-04-18

Enfant de Syrie, tu croises tes bras, pas vraiment pour te protéger, plutôt comme si tu n'attendais plus rien. J'espère me tromper.
Enfant de nos guerres, chaque jour je te peindrai.
16-04-18 


Enfant de Syrie, depuis huit jours, chaque matin je te peins, tu ne le sais pas, ça n'est pas grave. Toi, voici sept années que tu vis dans l'enfer de la guerre.
Enfant de Syrie, je ne t'oublie pas.
17-04-18


Enfant de Syrie, où vas-tu avec ton seau, pars-tu repeindre le Monde?
Non, enfant de nos guerres, tu vas juste chercher de l'eau.
Enfants, je ne vous oublie pas.
18-04-18


Enfant de Syrie, ton regard est sombre, profond, on s'y perdrait, mais dedans, on y verrait peur, tristesse et toute la guerre.
Enfant, je te peindrai, je ne t'oublie pas.
19-04-18


Enfant de Syrie, que regardes-tu? L'oiseau qui chante dans le jardin?
Non, à la guerre, il n'y a plus d'oiseaux, plus de jardins.
À toi, enfant, je peindrai des fleurs, des arbres et des oiseaux, je ne t'oublie pas.
20-04-18


Enfant de Syrie, tu penches, comme la terre autour de toi.
Je te peins et tu sembles tomber, je voudrais tant te rattraper.
Je ne t'oublie pas.
21-04-18


Enfant de Syrie, est-ce le bruit de l'avion dans le ciel que tu refuses d'entendre ou le silence assourdissant du Monde qui tourne sans ton rire?
C'est dimanche ici et je ne t'oublie pas.
22-04-18 


Enfant de Syrie, aujourd'hui, je t'esquisse, je m'esquive, je file apprendre quelques pas de danse. Et toi, enfant de nos guerres, danses-tu encore?
Je ne t'oublie pas.
23-04-18


Enfant de Syrie, je trace cette ligne rouge, mon dessin est fini, je pars le semer. Comme toi, enfant de nos guerres, tu plantes ton sourire ici, dans la poussière, là, dans notre conscience.
Enfant, je ne t'oublie pas.
24-04-18


Enfant de Syrie, qu'écrirais-tu si tu pouvais aller à l'école?
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
25-04-18 


Enfant de Syrie, ce soir, je t'offre un oiseau, pour rêver, un peu.
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
26-04-18


Enfant de Syrie, je te dessine tard, tu me regardes, tu me mets au défi mais je continue à te peindre, chaque jour, comme une promesse.
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
27-04-18


Enfant de Syrie, je t'assois sur ton territoire, une terre dessinée par les hommes, à coups de guerres, à coût de vies. Et pourtant, cette terre est vierge de tout Homme.
Enfant, je ne t'oublie pas, cette feuille sera ton royaume.
28-04-18


Enfant de Syrie, je t'ai promis un arbre pour rêver, le voici.
Enfant de nos guerres, je voudrais tant que tu respires de nouveau cet air de liberté.
Je ne t'oublie pas.
29-04-18


Enfant de Syrie, un arbre et un oiseau poussent sur mon dessin, c'est pour décrire toute l'émotion que j'éprouve à te peindre chaque jour depuis trois semaines. Sans les photographies des reporters de guerre, aucun de ces portraits ne serait possible, merci.
Enfants, je ne vous oublie pas.
30-04-18


Enfant de Syrie, je te dessine et tu deviens forêt, une forêt triste, sombre, profonde. J'aimerais tant éclairer tes ombres, mais je ne le peux pas.
Je ne sais que peindre, alors, je te peins.
Enfants de nos guerres, chaque matin, chaque soir, je ne t'oublie pas.
01-05-18


Enfant de Syrie, tu es en cage, je pense au poème de Prévert
 "Pour faire le portrait d'un oiseau" et te peins dans un champ d'herbes folles.
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
02-05-18


D'autres initiatives en faveur des réfugiés:

  • Vente de dessins originaux d'illustrateurs jeunesse (ici et ici)
  • Ateliers de dessin (ici)
  • Publication, albums et romans (lire ici)