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mercredi 17 juin 2026

Palmarès du prix Bernard Versele 2026


Les livres lauréats 2026, mis visuellement en scène
par Marine Schneider. (c) Ligue des Familles.

Ils ont été 40.000 enfants
à participer cette année au prix Bernard Versele de la Ligue des familles. 39.820 exactement. Trois mille de plus que l'an dernier (lire ici). Une remontée par rapport à 2024 où ils étaient plus de 45.000 (lire ici)! Ces jeunes lecteurs ont désigné le meilleur du livre jeunesse parmi les vingt-cinq titres qui leur avaient été proposés au cours de l'année scolaire 2025-2026. 
 

Depuis 1979, année de sa création, la mécanique du prix est bien huilée. Vingt-cinq livres sont sélectionnés par 300 volontaires (adultes). Les livres entament alors leurs périples à travers les classes et bibliothèques de Wallonie et de Bruxelles. Chaque enfant participant découvre les cinq livres correspondant à son niveau de lecture. Les enfants lisent seuls ou grâce à la complicité d'un lecteur adulte, en classe, en bibliothèque ou à la maison, avant de voter pour leur titre préféré. Ils peuvent voter pour leur coup de cœur même s'ils n'ont pas lu la totalité des cinq livres d'une catégorie. Ils peuvent aussi voter en dehors de leur catégorie d'âge.

Le palmarès des différentes éditions du prix Bernard Versele constitue une sorte de bibliothèque idéale, rendant compte des goûts des enfants (lire ici). Humour et exigence en général. S'ils aiment rigoler, ils sont aussi touchés par des sujets plus difficiles.
 
Ce qui frappe dans le palmarès 2026, c'est la proximité de votes entre les prix et les labels en catégories 1 et 2 chouettes. Respectivement plus de 4.000 votes et 3.000 votes! Les autres catégories suivent leurs courbes habituelles.
A noter que les éditions Motus, placées en liquidation judiciaire en décembre 2025, ont été reprises en mai de cette année par le groupe luxembourgeois Sansolano Média qui entend les faire renaître en 2027, une nouvelle structure juridique étant en création.

 

Palmarès
 

1 chouette
(dès 3 ans)


Lauréat
3,2,1… Go !  
Delphine Bournay
l'école des loisirs

Quand l'atelier bricolage d'une télécommande de l'espace ne se déroule pas comme prévu.
 
4.263 votes
 
 
 

Label

La Piscine Pastèque
Bonsoir Lune
traduit du coréen par Kevin Jasmin Hamard
Cambourakis

Dans des pastèques à maturité, on creuse pour obtenir de gigantesques piscines de jus sucré. Rafraîchissant mais gare aux pépins!

4.122 votes
 
 


2 chouettes
(dès 5 ans)

Lauréat

Pagaille en pagaies
Marie Dorléans 
Sarbacane
 
Un format à l'italienne pour voir ce qui se passe sous l'eau lors d'une compétition de canotage.

3.459 votes


Label
 
Canicule
Doug Salati
traduit de l'anglais par Gaël Renan
Le Genévrier
 
Le discours intérieur d'un jeune teckel qui accompagne sa maîtresse, tous deux terrassés par la canicule.

3.181 votes


3 chouettes
(dès 7 ans)


Lauréat

Edith, la petite fille qui avait cent ans
Catharina Valckx
l'école des loisirs
 
Vieillir ou ne pas vieillir, le dilemme de la jeune héroïne.
 
2.947 votes  
 
 
Label
L'âne et le bœuf 
Jihad Darwiche et Gilles Rapaport
Éditions Oui dire
 
Une adaptation d'un conte traditionnel des Mille et Une Nuits qui nous entraîne dans une fable pleine de sagesse sur l’amitié et les conséquences de nos actes.

1.422 votes



4 chouettes
(dès 9 ans)

Lauréat

Jonquerettes et Pâquilles
Pija Lindenbaum
traduit du suédois par Catherine Renaud
Cambourakis
 
Quand les enfants de la maison aux volets rouges et ceux de la maison aux volets bleus s'interrogent sur la cheffe qui décide de tout.
 
1.263 votes



Label

Murmures des sous-bois
Kengo Kurimoto
traduit de l'anglais par Fanny Soubiran
l'école des loisirs/Rue de Sèvres

La découverte émerveillée de la vie sauvage, et son partage. 
 
904 votes



5 chouettes
(dès 11 ans)


Lauréat

Un amour de tronçonneuse
Colin Thibert et Juliette Gaillard
Éditions Thierry Magnier

Une tronçonneuse à réparer? Un combi jaune orangé? Une tante déjantée? Les ingrédients d'un road-trip super rythmé.

1.253 votes




Label
Le tyran des mots
Rémi David et Valérie Michel
Éditions Motus
 
Un tyran peut-il interdire aux habitants de prononcer certains mots pour mieux contrôler leurs pensées?
 
678  votes





Les 25 titres proposés aux suffrages des enfants
 
1 chouette (dès 3 ans) 
  • "La course des mamans", Emma Virke et Joanna Hellgren (traduit du suédois par Aude Pasquier, Cambourakis)
  • "La piscine Pastèque", Bonsoir Lune (traduit du coréen par Kevin Jasmin Hamard, Cambourakis)
  • "Chez Bergamote", Junko Nakamura (Memo, lire ici)
  • "3,2,1…Go", Delphine Bournay (l'école des loisirs)
  • "Didlidam didlidom", Sabine De Greef (l'école des loisirs/Pastel)
 
2 chouettes (dès 5 ans)
  • "Nuit de chance", Sarah Cheveau (La Partie, lire ici)
  • "Bertha et moi", Beatrice Alemagna (l'école des loisirs, lire ici)
  • "Canicule", Doug Salati (traduit de l'anglais par Gaël Renan, Le Genévrier
  • "L'œuf", Emilie Chazerand et Christine Roussey (Sarbacane)
  • "Pagaille en pagaies", Marie Dorléans (Sarbacane)
 
3 chouettes (dès 7 ans)
  • "L'âne et le bœuf", Jihad Darwiche et Gilles Rapaport (Éditions oui dire)
  • "Le son du silence", Katrina Goldsaito et Julia Kuo (traduit de l'anglais par Chun-Liang Yeh, Hongfei, lire ici)
  • "Edith la petite fille qui avait cent ans", Catharina Valckx (l'école des loisirs)
  • "La tempête", David Wautier (Le diplodocus)
  • "Hazel la petite sorcière: une année dans la forêt", Phoebe Wahl (traduit de l'anglais par Ilona Meyer et Caroline Drouault, Les éditions des éléphants)
  
4 chouettes (dès 9 ans)
  • "Jonquerettes et Pâquilles", Pija Lindenbaum (traduit du suédois par Catherine Renaud, Cambourakis)
  • "La confiture de Berbéranza", Florence Médina et François Ravard (Didier jeunesse)
  • "Solo", Marc Daniau (Éditions Thierry Magnier)
  • "Mischka", Edward Van de Vendel & Anoush Elman, Annet Schaap (traduit du néerlandais par Maurice Lomré, l'école des loisirs)
  • "Murmures des sous-bois", Kengo Kurimoto (traduit de l'anglais par Fanny Soubiran, l'école des loisirs/Rue de Sèvres)
 
5 chouettes (dès 11 ans)
  • "Le tyran des mots", Rémi David et Valérie Michel (Éditions Motus)
  • "Un amour de tronçonneuse", Colin Thibert et Juliette Gaillard (Éditions Thierry Magnier)
  • "Animaux & humains", Yoko Heiligers (traduit du néerlandais par Clara Arconada, Hélium)
  • "Pauline en voyage", Marie Desplechin et François Roca (l'école des loisirs)
  • "Le défilé", Kouam Tawa et Marco Chamorro (Voce Verso éditions)
 
 

mardi 14 avril 2026

Foire de Bologne, jour 2, avec le prix Lindgren

La bibliothèque BRAW.

À la foire de Bologne, il faut de bonne chaussures car on marche des kilomètres dans les différents pavillons vitrés qui abritent les centaines d’exposants, les nombreuses expositions et les lieux de rencontres et de discussions. Un parapluie n’est pas superflu cet année pour rejoindre la Foire et passer d’un pavillon à un autre. Pour une fois, il pleut durant cette gigantesque manifestation dédiée à la littérature de jeunesse de À à Z, de l’auteur et/ou illustrateur, en passant par l’éditeur, l’agent, le traducteur et l’imprimeur. À ses produits dérivés aussi, de plus en plus nombreux, que ce soient des dessins animés, des applications, des jeux en trois dimensions. Même si le message général de la foire demeure le soutien à la création et à l’imagination, on sent bien qu’il faut vendre. Et que certains réinventent tout pour vendre.

Samy Ramos.
Bien sûr, il y a des moments de grâce, comme la découverte de Samy Ramos, lauréate d’un des Bologna Ragazzi Awards (lire ici) en train de signer tout sourire.
Ou la découverte des BRAW Outstanding Books virevoltant au bout de leurs ficelles.

Ou la rencontre inopinée avec Rita Marshall de l’excellente maison américaine The Creative Company, revenue à Bologne après douze ans et qui craint ne pas y revenir avant douze ans. Pendant quelques minutes, l’âme de son défunt mari, le merveilleux auteur-illustrateur Étienne Delessert (lire ici) a plané sur nous.


Cette année, des protections auditives n’étaient pas inutiles tant l’annonce de certains prix étaient sonores. À croire que Kevin De Bruyne avait marqué un goal en finale de la Coupe du monde de foot. Tout comme les lunettes solaires tant certains stands brillent de mille feux. Comme toujours, le pire côtoie le meilleur, parfois côte à côte. Côté odorat, on est davantage gâté avec les arômes de café qui flottent ici et là. Ou de pizzas. Ou même de plats asiatiques quand on se promène dans le coins des imprimeurs chinois.

Du monde devant les stands italiens.

Dans les allées de stands italiens, c’est la grande foule. Et il devient difficile d’apercevoir les livres sur les tables. Non seulement des auteurs et des illustrateurs dédicacent leurs livres, mais là, et pour ceci comme partout ailleurs dans la foire, les illustrateurs viennent présenter leur travail. Carton de dessins sous le bras ou tablette en main. Ils font la queue un peu partout, rappelant le Bologne du tournant du siècle. Et, au fil des ans, la Foire de Bologne leur alloue de plus en plus de place. Bien sûr, il y a la traditionnelle exposition des illustrateurs (lire ici) mais aussi des rencontres, des master classes données par des maîtres du genre, des murs à envahir… Sans oublier les écoles dédiées à l’illustration qui occupent de nombreux stands.

Suspense avant la proclamation du prix Astrid Lindgren.

Le deuxième jour de la Foire du livre pour enfants de Bologne est aussi celui où est décerné le prix Astrid Lindgren, récompense annuelle qui va à un auteur, un illustrateur ou un outil de promotion de la lecture. Il a été créé en 2002 à la mort de la merveilleuse écrivaine suédoise et est généreusement doté : 5 millions de couronnes suédoises, soit 464.000 euros.

Le lauréat 2026 est le Canadien Jon Klassen.

L’excellent choix des jurés 2026 s’est porté sur l’artiste canadien Jon Klassen, l’homme aux différents chapeaux lors de ses débuts, l’homme aux crânes plus récemment. Il a été choisi entre 263 candidats provenant de 74 pays. Il perpétue en effet merveilleusement l’esprit d’Astrid Lindgren, qui a toujours encouragé et célébré l’imagination, le courage et l’empathie.

La motivation du jury:
« À travers sa narration subtile et évocatrice en mots et en images, Jon Klassen ouvre de nouvelles perspectives sur notre place dans l'univers. Que se passe-t-il lorsqu'un rocher tombe du ciel, lorsque les chapeaux disparaissent ou qu'un crâne commence à vivre sa propre vie? Avec précision, émotion et esprit inventif, les défis de l'incertitude et de l'espoir de la vie sont dépeints dans une interaction de couleur et de forme. Les contes brillants de Jon Klassen se démarquent par leur élégance sans effort et leur profondeur ambiguë, où le lecteur devient un co-créateur. »
 Jon Klassen est né en 1981 à Winnipeg, au Canada. Son premier album, « I Want My Hat Back » (2011), révèle déjà son talent, l’excellence de son rapport texte-images et sa complicité avec l’enfant lecteur.  Il inaugure une trilogie qui s’est poursuivie avec « This Is Not My Hat » (2012) et « We Found a Hat » (2016). Ces trois titres ont été publiés en français chez Milan: « Je veux mon chapeau », « Ce nest pas mon chapeau » et « On a trouvé un chapeau » (2020, 2021 et 2024).


Depuis l’album « The rock from the Sky » (« Le rocher tombé du ciel ») en 2022, il est traduit en français chez Pastel, imprint belge de l’école des loisirs. Trois cartonnés pour les plus jeunes y ont suivi en 2025, le trio « Your Forest », « Your Farm » et « Your Island », devenus « Ta forêt », « Ta ferme », « Ton île ». Juste avant, en 2024, on y avait eu le très drôle et intriguant « Le crâne ».


Jon Klassen est aussi l'illustrateur de la série « Pax » de Sara Pennypacker, en français chez Gallimard Jeunesse. Et il a publié toute une série de livres pour enfants renommés avec Mac Barnett, y compris une trilogie sur les formes géométriques.

Jon Klassen a le talent de traiter les questions existentielles avec astuce et humour, bousculant gentiment ses lecteurs. Je reviendrai à ses livres plus en détail.

mardi 23 décembre 2025

Quinze albums jeunesse nés en Belgique

Le merveilleux "Troupeau" de Sarah Cheveau. (c) La Partie.

Choisis dans ce qui m'est parvenu depuis l'été, des albums belges de tous les genres mais qui réjouiront les jeunes lecteurs et les plus grands. 
  
 

Leporello 

 
Troupeau
Sarah Cheveau
La Partie, 24 pages
pour tous dès la naissance 
 
Quelle merveille que le travail de Sarah Cheveau (lire ici), toujours aux charbons à dessin faits de sa main. Son livre accordéon emmène le lecteur, depuis les tout-petits, à la montagne. D'un côté, c'est l'hiver, la vie à la bergerie, les naissances. De l'autre, c'est l'été, la montée vers l'alpage, avec sa faune, sa flore, ses paysages. Le texte ne figure que sur la jaquette: distribution complète des animaux présents dans les pages, panoramas à copier ou à inventer, manières de faire tenir les pages debout - elles se plient dans les deux sens et rendent donc mille combinaisons possibles -, en ligne, en rond, en zig-zag... Les illustrations de toute beauté sont à laisser infuser, pour rêver, imaginer, comprendre la nature et jouer avec elle. Un QR code propose des sons en lien avec les lieux. Une vidéo donne une idée des manipulations possibles (ici).
 

Les plis rendent toutes les combinaisons possibles. (c) La Partie.
 
 

A noter aussi, cet autre leporello de Sarah Cheveau,  "Charbonner!", de douze pages, créé à l'occasion de Grafixx (collection Sporen, 2024). Il est à déplier, plier, tourner et retourner à l'infini pour recomposer des images, des chemins ou simplement apprécier des contrastes et associations de paysages.
 
 
 
 
 
 

Calendrier

 
Une année
Bernadette Gervais 
La Partie, 56 pages
dès 2 ans
 
Pas de texte dans ce grand format tout en hauteur correspondant au châssis d'une fenêtre mais vingt-quatre vues, tout au long de l'année, avec toujours le même cadrage. En couverture et en garde avant, un gâteau avec trois bougies, en garde arrière, un gâteau avec quatre bougies. Que s'est-il passé durant ces douze mois? Réponse dans ces magnifiques images réalisées au pochoir (lire ici) où tout est à regarder, à observer, pour voir les changements de saisons. Aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la maison. De quoi passer un temps infini.
 
Décembre. (c) La Partie.

Un dessin en cours de réalisation.

 
 

Expédition

 
Luchien chez les Marchiens
Frédéric Stehr
l'école des loisirs/Pastel, 32 pages
dès 3 ans 
 
On retrouve avec plaisir Luchien. Il a envie d'explorer l'espace. Il a un casque, une fusée, il y va. A son arrivée, il est accueilli par des Marchiens, Luchia, Sebastchien, Luchienne, Félichienne, Chounioukas et Grachien. Ils l'invitent à une très belle fête avec un super gâteau en forme de fusée avant de lui révéler leur surprise: voler dans l'espace. Les voilà tous en l'air, à flotter, cabrioler, diantrement bien s'amuser. Bien entendu, le retour sur terre se fait en soucoupe volante. Une joyeuse histoire pleine d'imagination, entre rêve et réalité, dans laquelle les jeunes lecteurs entreront avec plaisir.
 
Quelle fête pour Luchien et les Marchiens!
(c) l'école des loisirs/Pastel.
  
 
 

Respiration 


Mon œil!
Sylvain Alzial 
Loïc Gaume
Versant Sud, 40 pages
dès 4 ans
 
Inspiré d'un conte traditionnel camerounais, cet agrébale récit met en scène un jeune hippopotame qui a perdu un œil en s'ébrouant dans l'eau pour chasser des insectes. Panique à bord! Le héros cherche encore et encore, remuant largement la vase, empêchant évidemment toute réussite. Ses amis ont beau lui recommander de ne pas faire ci et de ne pas faire ça, il n'écoute rien. Jusqu'à une ultime injection: "Respire, respire!" Enfin calmé, l'eau redevenue claire, il est en mesure de retrouver son œil! Une jolie incitation à dominer ses peurs, portée par les très belles images africaines du graphisme allant à l’essentiel de Loïc Gaume.
 
Comment sortir de la panique? (c) Versant Sud.

  
 

Oppositions 

 
La balade du panda
Ludovic Flamant
Sara Gréselle
L'étagère du bas
dès 4 ans, 40 pages
 
Un panda débonnaire et rassasié quitte sa forêt de bambous et embarque dans un train à destination de la ville. Il apprécie son voyage et ne s'étonne pas de la fuite des habitants lors de son arrivée en gare. Il découvre de manière positive cet univers minéral sur lequel plane un immense nuage. Repos, plaine de jeu, boutique de chaussures, cinéma, piscine, bibliothèque, tout semble l'enchanter. Les illustrations très réussies avec leurs multiples petites hachures disent, elles, un univers inquiétant, que les humains semblent avoir déserté. La séance au supermarché interroge aussi le lecteur: pourquoi manger des conserves, en l’occurrence des pousses de bambous, alors que le rayon jardinage en fait pousser des vraies? Le héros y reprend des forces avant de songer au retour. À pied car aucun train n'est annoncé et en compagnie car un jeune panda, libéré du zoo, qui l'a rejoint. Un excellent album à lire aussi entre les lignes. 
 
Pas facile de trouver la bonne pointure. (c) L'étagère du bas.

 
 

Sorties scolaires 

 
La grande journée au musée
Jean-Luc Englebert 
l'école des loisirs/Pastel, 40 pages 
dès 4 ans 
 

Aujourd'hui, c'est le grand jour! La classe va visiter le musée de la laine et du tricot avec les grands-parents. Déconvenue à son arrivée: il n'y a ni papys, ni mamys. Par erreur, ceux-ci se sont tout simplement rendus au musée du jouet! La visite des lieux faite, les deux groupes se demandent chacun où les autres auraient pu aller. Et les voici partis chacun de leur côté vers un autre musée. Chou blanc encore une fois. Qu'à cela ne tienne, ils optent tous les deux pour une nouvelle destination muséale. On devine la suite... jusqu'à la rassurante finale. Voilà un cache-cache très réussi jouant à la fois du comique de répétition. Il ouvre aussi l'idée d'autres univers à visiter tout en présentant à chaque page une formidable série de personnages à observer, enfants ou grands-parents, pour y dénicher plein de petites histoires en marge du récit. Le tout porté par d'expressives illustrations à l'aquarelle.
 
Les deux groupes se cherchent sans tout savoir.
(c) l'école des loisrs/Pastel.
 
 
 

Acrobaties


Regardez, je marche
Michel Van Zeveren
l'école des loisirs/Pastel, 48 pages
dès 4 ans 
 
Dès la première page, le ton de l'humour est donné. Car le "C'est mon papa" concerne un cheval et non le cow-boy qui le monte. Le narrateur explique comment il est né mais qu'il ne s'est pas mis immédiatement sur quatre jambes comme les autres poulains. Pas grave, ses parents ont accepté son rythme. Jusqu'au jour où le héros s'est levé, a marché, a bondi, a fait une culbute... mais sur deux jambes seulement. Une particularité qui permettra aux siens et aux autres chevaux du troupeau de redevenir ce qu'ils étaient, des chevaux sauvages. L'histoire est renforcée grâce aux mimiques terriblement expressives des protagonistes. Sous couvert d'humour, elle permet aussi de réfléchir aux prescrits familiaux et à l'idée de domestication.
 
Et un matin, débout! (c) l'école des loisirs/Pastel.
  
 
 

Mousses

 
Notre ami Lépi
Marina Philippart
MeMo, 56 pages
dès 4 ans 
 
Sève et son petit frère Racine vivent seuls dans une grotte, isolés à cause d'un environnement de cailloux et de brouillard. Ils n'ont pas grand-chose, une théière, deux tasses, un livre encyclopédique et des mousses. Plein de mousses qui leur servent à tout, à se nourrir, à se réchauffer. Ils sont toutefois aidés par les enfants des mousses. Un jour où Racine a fait des rêves étranges qui l'agitent beaucoup, ils sortent se promener. Ils vont découvrir une immense bête aux antennes blanches et poilues en mauvaise posture. Le lépidoptère, identifié grâce au grand livre, a une aile déchirée. Il a besoin de soins. Les mousses vont être très efficaces mais le papillon s'affaiblit. Les enfants des mousses vont trouver la solution, une solution qui fera que Sève et Racine ne seront plus jamais seuls. Une histoire originale, qui fait du bien, superbement illustrée.
 
Cailloux, brouillard et mousses. (c) MeMo.

 
 

Sœurs 


La forêt en toi
Gaya Wisniewski
MeMo, 48 pages
dès 5 ans 
 
Inga et Ivy vivent près de la forêt, lieu qui les inquiète, nourries qu'elles sont des histoires de leur grand-mère. Quand la sœur aînée pousse sa cadette à y pénétrer, on devine les différences de caractère entre les deux. Leurs chemins vont en effet se séparer, leurs destins fortement différer mais leur affection l'une pour l'autre demeurer. Fusains et couleurs racontent ces chemins dans et hors de la forêt avec grâce et poésie.
 
La forêt, voisine fascinante et inquiétante. (c) MeMo.
 

 

Spéléologie

 
Lilly sous la terre
Thomas Lavachery
l'école des loisirs/Pastel, 60 pages
dès 7 ans
 

Il y a quatre ans, on avait eu "Lilly sous la mer" (même éditeur) qui se déroulait en 1920 et reçut le prix Sorcières Carrément Passionnant mini 2022 (lire ici). Ici, on avance dans le temps, on est en 1947. L'héroïne se lance dans une nouvelle expédition scientifique avec quelques compagnons, sous terre cette fois, à la recherche du troglote. Le mythique homme-triton figurerait fort bien dans le zoo de Jack Diamond, chasseur notoire d'animaux exotiques. Il intéresse aussi au plus haut point le savant Hallur Einarsson et elle-même, scientifique qu'elle est. Le format à l'italienne cette fois suit les explorateurs dans leurs recherches et dans de sinueux boyaux sous terre. L'occasion de larguer le trop intéressé homme d'affaires. Le duo scientifique spéléologue fera d'incroyables découvertes et aura à décider de la destinée de ces moments précieux. Un album prenant, égayé de pages qui se déplient et qui fait réfléchir à la responsabilité des découvreurs vu ceux qui les entourent. Une thématique similaire avait été abordée par François Place dans "Les derniers géants" (Casterman, 1992). 
 
Surprise des savants après leurs péripéties.
(c) l'école des loisirs/Pastel.
 
 
 

Sagesse


La porte cachée
Beatrice Borso
Albin Michel Jeunesse, 40 pages
dès 6 ans
 
Un album où tout sert le propos, le format, la couverture, le papier, les illustrations à bord perdu. Un jour, dans un monde d'animaux superbement représentés, une cage tomba sur terre. Pleine de barreaux que l'on va voir à l'endroit, à l'envers et de mille façons. Quelle est la réaction des protagonistes? Les uns s'en réjouissent, d'autres s'en accommodent, certains s'en balancent, d'autres contestent les dimensions ou l'escaladent ou la rêvent volatilisée. Est-elle indispensable? Faut-il la détruire? Ou la défendre?Personne n'aura-t-il l'idée d'une porte, tellement utile? Autant de situations évoquées par les différentes espèces animales, nommées ou non, qui portent une très belle fable métaphorique sur l'importance de l'esprit critique et du questionnement. Sans oublier les magnifiques illustrations faites de crayons de couleur, de gouaches et de calques.
 
La cage, oui ou non? (c) Albin Michel Jeunesse.

 
 

Réhabilitation 


Laïka, de la rue aux étoiles
Almudena Pano
Versant Sud, 56 pages
dès 6 ans 
 
Si on se rappelle que Laïka est le premier être vivant à avoir été envoyé dans l'espace le 3 novembre 1957, il y a 68 ans, à bord de Spoutnik 2, on ne sait pas grand chose de l'existence de la chienne. On oublie même souvent qu'elle a perdu la vie dans cette avancée pour la science. L'auteure-illustratrice portait ce destin canin en elle depuis l'enfance. Elle a enquêté et fait cet album qui raconte la vie de Laïka quand elle était une chienne de rue. Peut-être plus heureuse alors. En filigrane, la question de la responsabilité et de la considération pour le vivant. Les très belles images s'inspirent du style soviétique. Une petite réserve sur la typographie Soyuz créée par Roman Gornitsky qui rend difficile la lecture des enfants tout juste capables de lire. 
 
Le monde découvre Laïka. (c) Versant Sud.
 
 
 

 Jeu vidéo

 
On a perdu Sacoche
Anne Herbauts
Casterman, 96 pages
dès 6 ans 
 
En forme de bande dessinée, le récit extrêmement drôle et bien observé d'un petit garçon qui, au retour de l'école, fait découvrir l'univers des jeux vidéo à la chèvre Sacoche. Ce sera POPMatchWatch, en version 3.1., à reprendre au niveau 1. Tout va bien même si l'animal pose pas mal de questions pertinentes dans la réalité, jusqu'au moment où il disparaît. Comment le retrouver? En réussissant les niveaux. On n'attendait pas forcément Anne Herbauts dans ce genre de sujet mais elle y réussit totalement. En en utilisant les codes, elle démontre par l'absurde l'effet console, alors qu'il y a une leçon sur les déterminants possessifs à réviser pour l'école. Gentiment iconoclaste, cette palpitante et facétieuse aventure entre réel et virtuel enchante.
 
Sacoche va être initiée aux jeux vidéo. (c) Casterman.
  
 

Présage

 
Au pied des montagnes
Gwendoline Gauthier
Sarah Hebborn
Fanny Dreyer
Versant Sud, 136 pages 
dès 8 ans
 
Impressionnant roman en neuf chapitres qui évoque à la manière d'une fable la guerre, le fascisme, la résistance et la trahison. On est pris par le récit de Kuzma qui vit avec sa maman. Une guerre a rassemblé les habitants, la famine leur a fait élire un président aux belles promesses. Le Boucher qui porte bien son nom, va diviser la population en deux groupes, les Parallélogrammes et les Triangles. Les premiers sont les "bons", les seconds les boucs-émissaires à éliminer. On pense immédiatement à nombre de situations réelles. Une seule issue pour Kuzma, fuir, seule. Pour s'aider, elle se crée une sœur imaginaire, la puissante Adna. On va les suivre de chapitre en chapitre, dans leur dangereux périple et leurs rencontres. Occasion de découvrir d'autres destins malmenés et aussi d'apprendre de la botanique, source de légèreté comme les nombreuses illustrations qui tempèrent les propos. Un récit costaud mais lumineux, invitant à être acteur de sa vie et à l'espoir, très bien servi par la mise en page bien pensée.
Un QR code en fin d'ouvrage permet d'écouter cette fiction sonore qui est aussi un spectacle.
 
La chèvre, élément-clé du récit. (c) Versant Sud.

 

Veillée 

  
Les contes du terrier

Ludovic Flamant
Emilie Seron

La Partie, 192 pages
dès 6 ans 
 
Une grande histoire animalière en soixante-trois chapitres illustrés, un signet permettant une reprise facile de la lecture. On est tout de suite pris par les échanges littéraires, souvenirs, contes, poèmes, chansons, entre Lièvre, Blaireau, Madame Lapin, Campagnol, Grand Duc et d'autres voisins. Chaque élément du texte bien troussé, très souvent dialogué, ne comporte que quelques pages. Stop ou encore? Souvent encore tant on est charmé par ce petit monde subtilement portraituré. Un parfait livre de chevet.
 

Un excellent rapport texte-images. (c) La Partie.