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dimanche 5 avril 2020

Décès d'Alain Gauthier et Bernard Epin

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque13

Les temps sont durs pour les aînés de la littérature jeunesse, pour leurs proches et pour ceux qui les ont connus.
On a appris deux décès, ceux de Bernard Epin et Alain Gauthier.

Bernard Epin.
Né le 27 mai 1936 à Paris, instituteur, auteur de littérature jeunesse, critique littéraire, Bernard Epin, s'est éteint le mercredi 1er avril, à l'âge de 83 ans, victime du coronavirus. Toute sa vie, il s'est engagé pour le partage de la culture et pour des changements de société. Il s'est intéressé très tôt, dès 1968, à la littérature de jeunesse, la souhaitant de qualité, inventive et ouverte à tous les enfants, y compris ceux des quartiers populaires. Témoin des premières heures de cette littérature, Bernard Epin a analysé des centaines de livres et a publié plusieurs livres de réflexion dont "Les livres de vos enfants, parlons-en" (La Farandole, 1985) ou "Découvrir la littérature d'aujourd'hui pour les jeunes" (Seghers).

Poète et historien, il a aussi écrit pour les enfants. Ses mots, incitant à rêver ou à réfléchir, ont été illustrés tant par Serge Bloch, que par Pef ou Daniel Maja. Il a été publié successivement à la Farandole et chez Rue du monde.







Alain Gauthier.
Illustrateur de livres pour la jeunesse, peintre, affichiste, Alain Gauthier était né à Paris le 21 août 1931. Il vient de mourir le 3 avril 2020 du coronavirus. Affichiste et publiciste reconnu au début des années 60 (Danone, différentes villes, des films), il se tourna en 1974 vers l'illustration pour la jeunesse après avoir rencontré François Ruy-Vidal. Il ne la quittera plus, publiant ensuite avec Nicole Maymat pour Ipomée chez Albin Michel. Des contes, parfois revisités, qui affichait sa façon si particulière de dessiner. Des personnages un peu lunaires, crayeux, dans une univers onirique et une subjuguante richesse de détails. Un peu froids au premier abord sans doute, tellement intéressants au deuxième regard. Tout est à trouver derrière cette fausse naïveté.

Après "Zizou, Artichaut, Coquelicot, Oiseau", sur un texte de Jean Chalon (Grasset-Jeunesse, Ruy-Vidal, 1974) où une petite fille, Zizou, veut se changer en fleur, Alain Gauthier illustrera divers auteurs, Jean Joubert ("Les avatars de Pilou", Delarge, 1977), Ruy-Vidal ("Les papillons de Pimpanicaille", Editions de l'Amitié, 1980) ou André Hodeir. Mais on le connaît surtout comme illustrateur de Michel Tournier avec "La fugue du Petit Poucet" (G.P., 1979) que l'on retrouvera dans un album au Seuil en 1994, "Le miroir à deux faces" réunissant quatre contes de l'auteur.

Bien sûr, Alain Gauthier, ce sont aussi ses albums pour Nicole Maymat et Ipomée: "L'arbre-gingembre" (1985), "La Belle et la Bête" (1988), "Moi, Matthieu, j'habite chez mon père" (1991), "Qui est Prunella Banana?" (1996).

Sans oublier son "Alice au pays des merveilles" (Rageot, 1991), et ses contes pour Jacques Binsztok au Seuil, "Mon chaperon rouge" (avec Anne Ikhlef, 1998), "Ma Peu d'âne" (avec Anne Ikhlef, 2002), et "Est-elle Estelle?" (texte de François David, Motus, 2002).

Bien sûr, Alain Gauthier a aussi fait d'autres livres, il a illustré des couvertures en jeunesse et en littérature générale. Si on l'a beaucoup oublié ces derniers temps, Martine Delerm s'en souvient:
"Je suis profondément triste. Alain Gauthier a succombé au coronavirus. Je pense beaucoup à lui, à Élisabeth et ses enfants. 
Alain, je le connaissais peu. Je le rencontrais dans des moments joyeux et beaux: les vernissages d'Ipomée, la belle maison d'édition de Nicole Maymat. Comme tous, j'appréciais sa gentillesse, son élégance , son humour, sa modestie ... mais Alain Gauthier, lui , je le connaissais très bien , je vivais en partie avec lui , dans la chaleur trouble et poétique de ses images.
Ses images ...j'y reviendrai mais aujourd'hui où je suis si pleine de ces larmes qu'il dessinait si bien, c'est le premier souvenir qui revient.1974: un album va changer ma vie
"ZIZOU, ARTICHAUT, COQUELICOT, OISEAU "sur un texte de Jean Chalon.Révélation! Ainsi on pouvait glisser dans les images des choses invisibles, sous les traits et les couleurs qui semblaient illustrer le texte tout un univers personnel qui ne faisait que l'effleurer et faisait naître d'autres sensations, des vibrations mystérieuses qui le dépassaient ...
Et puis, dix années plus tard, je fais signer ce livre culte à Jean Chalon. Il m'envoie par la suite un texte à illustrer. Je l'illustre. Et plus tard encore, il montre mes images à la critique jeunesse du "Figaro" qui lui recommande Ipomée. C'est ainsi que naît mon premier album "Narcisse" de Jean Chalon. Jean Chalon à qui je téléphonais hier sans savoir...
Merci Alain Gauthier pour tout."
Et rappelons aussi que L'art à la page lui avait consacré un volume.






 




















jeudi 20 avril 2017

Souvenir: Eva Eriksson, juste et drôle

Eva Eriksson.

Un album d'images posté sur Facebook me rappelle combien j'apprécie le travail d'illustratrice de la Suéoise Eva Eriksson. Quelle merveilleuse artiste, entrée en littérature de jeunesse en 1979. Les enfants ont de la chance. Voici quelques-uns de ses albums qui me sont revenus en mémoire.


"Juju le bébé terrible"
bien entendu
Barbro Lindgren
Eva Eriksson
La Farandole, 1982, épuisé
retraduit chez Mijade, 2006

Juju, le bébé terrible, et sa maman grande, un peu forte et surtout terriblement gentille. Le bébé en profite pour lui en faire voir de toutes les couleurs. Les bêtises s'enchaînent: descentes d'escalier, ploufs dans l'eau de vaisselle, échappées... Mais derrière tout cela, on perçoit la formidable complicité entre eux et leur immense amour.



Les séries débordantes d'humour  "Tom", "Mini Bill" et "Cricri lapin" de Barbro Lindgren et Eva Eriksson ou Ulf Nilsson (Casterman et Duculot, épuisés, l'école des loisirs/les lutins, un titre disponible), explorant aussi l'univers des tout-petits avec des héros pleins de vie et aux bouilles particulièrement sympathiques.


"Le monsieur, la dame,
et quelque chose dans le ventre"
Kim Fupz Aakeson 
Eva Eriksson
traduit du danois par Nils Ahl
L'école des loisirs/Pastel, 2003

L'illustratrice suédoise Eva Eriksson fait de ses personnages les héros d'albums formidables. Des albums qui offrent un double plaisir de lecture: d'abord, celui, immédiat, de leur humour ravageur; ensuite, celui, plus profond, de la portée universelle des situations intimes qu'ils décrivent. Celui-ci, fable magnifique qui rappelle qu'avec l'amour, tout change, même ce qui est rationnel et logique, vaut aussi son pesant de petits Jésus.

Il met en scène un couple d'adultes heureux - ils s'aiment tellement qu'ils ne cessent de s'embrasser. Un matin, la dame déclare: "Je crois que j'ai quelque chose dans le ventre!" L'annonce fait glisser le récit d'une situation quotidienne réelle, drôle, pétillante, vers le fantastique: si la dame est bien enceinte, le bébé qu'elle met au monde n'est pas humain... Commentaire de l'homme: "Ah!" Commentaire de la dame: "Ah!"

Le couple passe par un premier stade où il essaie de mettre le bébé en conformité avec la norme, puis s'enfonce dans un marasme de plus en plus profond. Son équilibre est-il définitivement perdu? Non. Lors d'une visite au zoo, les parents découvrent un bébé humain élevé par les singes et prennent conscience de leur amour pour leur propre petit. Cette scène miroir est le pivot du récit, qui repart avec un bébé accepté.

Eva Eriksson confie que lorsqu'elle a reçu le texte, elle pensait qu'il y aurait un échange des enfants, apparemment intervertis, et que c'est en dessinant les images, en faisant vivre son personnage, en l'aimant, qu'elle a compris que l'échange était impossible.


"Le meilleur spectacle du monde"
Ulf Nilsson
Eva Eriksson
traduit et adapté du suédois par Alain Gnaedig
l'école des loisirs/Pastel
40 pages, 2012

A six ans, le jeune narrateur est très fort pour chanter plein de chansons à son petit frère. Dans l'intimité de la maison. A l'école, il se montre plutôt timide. Ce qu'admet la maîtresse qui lui propose de juste annoncer la fin du spectacle de leur classe. Mais même ça, c'est trop. Jusqu'à ce qu'un petit sauveur grimpe sur scène et donne confiance à son aîné. Bien vu.


"Grand-père est un fantôme"
Kim Fupz Aakeson
Eva Eriksson
traduit du danois
l'école des loisirs/Pastel
2005

Esben perd subitement son grand-père, mort d'une crise cardiaque au coin de la rue. Le rouquin nous fait part de ses émotions et de ses sentiments, de son désarroi surtout. Par exemple, quand sa maman lui dit que l'aïeul est monté au ciel alors que son papa lui explique qu'il va être mis en terre et que là-dessous, il se transformera lui aussi en terre et disparaîtra.

Voilà beaucoup d'explications pour un petit garçon qui finit par trouver sa propre voie quand son Grand-père revient la nuit, tel un fantôme. Pas de peur chez Esben, amusé au contraire de voir son aïeul traverser les murs, aller et venir dans le quartier ou crier "ouououououououhhhh". Mais le mort n'est pas heureux. Il cherche quelque chose, sans trop savoir quoi. Il égrène ses souvenirs avant d'écouter ceux de son petit-fils, déclic qui lui permettra de prendre congé d'Esben. Album un peu étrange aux images lumineuses et au texte attachant et rassurant. Un vrai livre d'amour.


"Nos petits enterrements"
Ulf Nilsson
Eva Eriksson
traduit du suédois par Alain Gnaedig
l'école des loisirs/Pastel, 2006

Petits arrangements avec la mort, entre jeux d'enfants et premiers sentiments devant la mort. Le narrateur, Esther et Lolo décident d'enterrer les animaux qu'ils trouvent morts. Après la tombe pour un bourdon, ce sera celle pour une musaraigne, un hamster et un coq... Une vraie petite entreprise. Sauf que la mort n'est jamais chose facile. Un beau texte, entre conte et poésie.


"Mimi et la biscuiterie"
Viveca Sundvall
Eva Eriksson
traduit du suédois
l'école des loisirs, 1989

Mimi Ljung est une jeune Suédoise de six ans. Elle nous raconte sa vie familiale, avec son papa facteur et sa maman serveuse dans un restaurant, sa vie avec ses copains dans la ville où est installée la biscuiterie Henry, sa vie à l'école avec son meilleur copain, Anders.

Mimi a deux préoccupations: savoir quand elle ira visiter la biscuiterie avec sa classe et savoir quand elle perdra sa première dent. Et voilà que les événements tant attendus se bousculent: une dent de Mimi se met à bouger le jour où la visite est prévue!

Mimi raconte les péripéties du déplacement. Avec toute leur naïveté et toute leur cocasse impertinence, les écoliers investissent la biscuiterie. Monsieur Henry découvre là des visiteurs bien dérangeants, mais avec beaucoup de psychologie, il répond à leurs questions. A la sortie, voilà Mimi qui perd sa dent, provoquant l'évanouissement de ses condisciples...

La visite leur ayant donné des idées, Mimi et Anders entreprennent alors d'élaborer leur propre recette de biscuits. Ingrédients: flocons d'avoine, lait caillé, œufs, raisins secs, sardines et glaces fondues. Le pire: les cuistots ont goûté de leur préparation!

Un album proche des enfants, tout en finesse et plein d'humour.





lundi 2 mars 2015

On apprend tard la disparition de l'Américain Talus Taylor, le père de Barbapapa

Barbapapa.

Etait-ce un syndrome AFP? Vous savez, l'agence de presse qui annonce la mort de Martin Bouygues le 28 février pour l'infirmer une heure après. En tout cas, l'information parue sur Facebook ce week-end à propos de la disparition de Talus Taylor, le papa de Barbapapa, le fameux personnage rose en forme de poire, a suscité de nombreux commentaires méfiants. Pourquoi? Parce qu'un seul blog l'avait relayée, celui de François Forcadell (ici), et que cette source unique, celle sans doute reprise par la librairie Delvaux qui avait porté l'affaire samedi sur FB, semblait insuffisante. Faut-il être plus royaliste que le roi? Comme si les bloggeurs s'amusaient à annoncer des décès désagréables. Aujourd'hui, les médias se déchaînent et commentent à tour de bras la mort de l'Américain vivant à Paris. La littérature de jeunesse à l'honneur, tant mieux. Qu'ils continuent...

Talus Taylor était né en 1933 à San Francisco. Il est mort le 19 février à Paris. Avec son épouse Annette Tison, architecte française née en 1942 à Hossegor, le professeur de sciences a créé en 1970 la série des Barbapapa, écologique avant l'heure, prônant l’imagination, la joie et la gentillesse. Les premiers livres reprenant les aventures de la famille multiforme et multicolore ont été publiés par Jean Fabre à L'école des loisirs. Barbapapa et Barbamama, le père rose et la mère noire, Barbalala, Barbabelle et Barbotine, les bébés filles, Barbidur, Barbibul, Barbidou et Barbouille, les bébés garçons, sans oublier le chien Lolita et les enfants Claudine et François, ont connu un succès mondial.










On a eu "Barbapapa", "Le voyage de Barbapapa", "La maison de Barbapapa" et ainsi de suite. Une dizaine de titres. Talus Taylor et Annette Tyson ont publié à L'école des loisirs jusqu'en 1981 ("Le Noël de Barbapapa"), maison qui rééditera leurs titres jusque dans les années 1990 - avec un petit pas de côté à  La Farandole durant cette période. Mais ce sont Les Deux coqs d'or qui sortiront "La disparition de Barbapapa" en 1984.

Ces charmants albums connaissent immédiatement un grand succès et sont rapidement traduits en une trentaine de langues. Ils donnent aussi naissance à des dessins animés, avec la voix de Ricet Barrier pour le texte et les chansons.

Suivent vingt années de silence. Puis, les Editions du Dragon d'Or rachètent les droits et republient en 2003 les premiers Barbapapa. D'autres livres vont suivre, ainsi qu'un important merchandising en objets et en édition. Rien ne semble plus arrêter la famille Taylor puisque les nouveaux titres Barbapapa sont désormais signé Alice et Thomas Taylor.