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vendredi 16 juillet 2021

Bourgeoise, as-tu du cœur?

Colombe Schneck. (c) Francesca Mantovani.

Journaliste, cinéaste et écrivaine, Colombe Schneck a ceci de particulier qu'elle écrit des livres, douze et un album jeunesse déjà, qui ressemblent à des romans mais racontent en réalité sa vie, sa famille, ses proches, ce qu'elle a vu, entendu, découvert, réfléchi. Des livres courts, nerveux, sans gras, qui semblent répondre à des impulsions, quasiment tous publiés chez Stock, anodins à première vue mais qui marquent profondément. Des livres personnels qui invitent le lecteur dans leurs pages. Il n'en est pas autrement avec son nouveau titre, le douzième pour adultes donc, "Deux petites bourgeoises" (Stock, 140 pages).

Dédié à la mémoire d'une amie née comme l'auteure en 1966 et décédée trop tôt, à 52 ans, ce livre raconte Esther et Héloïse, deux petites bourgeoises amies pour la vie. Elles se sont rencontrées en sixième année. Elles avaient onze ans. Elles étaient dans la même classe de la très chic école Alsacienne, prestigieuse école privée parisienne. Elles se sont reconnues, sont devenues immédiatement amies. Inséparables. La seule différence entre elles, Héloïse est bourgeoise de sang, Esther parce que ses parents sont de nouveaux riches.

Entièrement daté, "Deux petites bourgeoises" s'ouvre sur une scène d'août 2018. Héloïse et Esther se retrouvent à la fin des vacances. La mort les séparera deux semaines plus tard. Colombe Schneck déroule alors un immense flash-back qui commence en 1977 (lire l'extrait ci-dessous) et d'achève en 2020. On va suivre les deux gamines durant toutes ces années, adolescentes, adultes, épouses, mères, divorcées, amoureuses à nouveau. Deux petites bourgeoises, deux grandes amies, deux tempéraments, deux destins, deux approches de la vie, quelques dissensions, des retrouvailles. Ont-elles du cœur, ces deux petites bourgeoises vouées à leur classe sociale? Oui, évidemment et pas toujours où on les attend. Héloïse et Esther nous balancent leurs questions sur la vie, la mort et l'amitié. De ce ton doux-amer qui fait mouche car il est une fine observation des êtres humains.

Extrait

"1977
Sur les riches, sur les bourgeois, on croit savoir d''avance, c'est comme les cochons, on ne les aime pas.
Bourgeois ou borné, selon un excellent dictionnaire des synonymes, bourgeois ou commun, bourgeois ou conformiste, conventionnel, égoïste, formaliste, grossier, lourd, médiocre, moyen, pantouflard, philistin, médiocre, singe, trivial, bourgeois ou vulgaire.
Les bourgeois sont malheureux et c'est leur faute. Ils sont là, à geindre avec leurs problèmes de riches, leurs dépressions, leurs régimes, les travaux dans leur appartement, la poussière, leurs domestiques, la queue aux télésièges. Quant aux bourgeoises? Forcément étriquées, mal baisées, la peau trop tendue, les pieds serrés dans des escarpins, la main accrochée à leur sac. Et leurs enfants, et leurs filles surtout? Aucun espoir que cela s'arrange.
Esther et Héloïse se rencontrent donc en sixième, elles sont dans la même classe à l’école Alsacienne, une école privée parisienne, une école pour bourgeois libéraux, les pires, ceux qui ont toutes les chances, sans les règles, qui pensent être du bon côté parce qu'ils sont de gauche, qu'ils échapperaient ainsi à cette accusation, "Bourgeois!". Sale race.
Elles sont des filles à papa, des gosses de riches, la cuillère en argent dans la bouche, pendant longtemps elles ne connaîtront rien d'autre, des lunettes noires sur les yeux, leurs pistons, leurs stages, leurs tee-shirts agnès b, leurs meilleures places dans le train. Qu’elles souffrent comme tout le monde. Qu'on les enferme. Qu'elles soient humiliées, rabaissées. Qu'elles subissent ce que toutes les petites filles, les adolescentes, les femmes du monde subissent, il n'y a pas de raison qu'elles échappent, parce qu'elles sont nées dans les bons quartiers, au sort qui leur est réservé.
Pourquoi Héloïse et Esther et pourquoi pas nous?"

L'auteure ajoute plus loin: "On peut les détester de ne rien voir. C'est facile et cela arrivera et elles seront punies, enfin surtout Héloïse."


Pour lire le début en ligne de "Deux petites bourgeoises", c'est ici.




mercredi 11 mars 2015

Les dix-sept ans de Colombe Schneck

Posez le disque "Diabolo menthe" d'Yves Simon dans le lecteur.
Enclenchez. Ecoutez.

"Dans tes classeurs de lycée
Y a tes rêves et tes secrets
Tous ces mots que tu ne dis jamais..."

Ou alors, imaginez que vous écoutez.
Vous entendrez aussi.

Ouvrez "Dix-sept ans", le nouveau livre de Colombe Schneck (Grasset, 94 pages) qu'introduisent les mots d'Yves Simon, touchant et rassérénant. Vous êtes en 1984. On écoutait encore alors la chanson du film de Diane Kurys sorti en 1977.

Dans ce très beau livre, bref mais dense, on retrouve la Colombe découverte dans "Val de Grâce" (Stock, 2008, J'ai lu, 2010). Celle qui écrivait: "Mon seul souvenir est là. Ce sentiment d'avoir été tant aimée qu'il n'y avait ni obstacles ni limites." L'enfant a grandi. Elle est aujourd'hui une adolescente qui doit passer le bac. Mais l'amour des parents est toujours là. Et la présence constante du père.

Ce père, qui a accompagné sa fille dans une épreuve terrible, restée secrète jusqu'à aujourd'hui, un avortement. "Ni ma famille, ni mes plus proches amis ne savent ce qui m'est arrivé au printemps 1984", écrit Colombe Schneck en ouverture de son récit. "Honte, gêne, tristesse... je n'ai jamais raconté comment, par accident, je suis entrée dans le monde des adultes."

Colombe Schneck.
"Dix-sept ans" est parti d'un article lu en 2014 par Colombe Schneck: dans un entretien à "L'Humanité", l'écrivain Annie Ernaux, elle-même passée par un avortement en 1964 à l'âge de 23 ans, expliquait la solitude des femmes qui avortent et faisait remarquer que  si, aujourd'hui, l'avortement est légal en France, il est toujours en marge de la littérature. "Quand j'ai lu ces mots d'Annie Ernaux", me dit l'auteure, de passage à Bruxelles, "je me suis dit que je n'avais pas le droit de garder cette histoire pour moi. En plus, il y a eu récemment dans notre pays toutes ces discussions sur la notion de "détresse" et l'idée d'"avortement de confort" qui ont déclenché de la colère en moi. J'ai voulu rompre un silence."

Le livre s'est écrit très vite, en trois semaines, durant l'été 2014. "J'ai dix-sept ans et j'ai un amant", écrit Colombe Schneck. "Je suis une fille libre." Elle recrée le printemps 84 pour ses lecteurs, la gauche au pouvoir, la peine de mort abolie, la fête de la musique, l'arrivée du CD, "Apostrophes", "Droit de réponse" et "Ciné-club" à la télé... "C'est l'époque", complète-t-elle pour moi, "où on croit que tout est possible, qu'on est libre, moderne."

On retrouve la jeune fille pleine d'appétit de vivre, insouciante aussi, sourde aux conseils tant elle est sûre que tout ne peut que bien aller.  "J'ai du mal avec les contraintes". A son horizon, le bac du mois de juin, pas l'annonce du gynécologue: "C'est exactement ce que je ne voulais pas qu'il t'arrive". La narratrice sait ce qu'elle veut, avorter. Pour continuer comme avant. Mais elle reconnaît: "Il y a, pour la première fois, quelque chose de lourd, qui rétrécit ce que je suis." Son père va l'accompagner à la clinique. 

"C'était agréable de replonger dans cette époque pour écrire ce livre", se souvient Colombe Schneck, "parce que mes parents étaient en vie, que j'étais protégée par mon père. C'était l’époque de "Val de Grâce". C'était à la fois agréable de retrouver tout cela et douloureux de mesurer tout ce que j'avais perdu, surtout la protection paternelle."

On ne saurait toutefois réduire "Dix-sept ans" à l'évocation d'un avortement. De son ton personnel, tellement attachant, l'auteure y raconte aussi sa famille. "Mes parents sont des enfants de la guerre, ils ont été des enfants cachés. Il y a un monde entre l'éducation qu'ils m'ont donnée et celle que je donne à mes enfants. Ma mère a toujours été dans le silence. La sexualité et la mort sont associées chez elle. Elle ne m'a rien dit à propos de cet avortement. Mais je lui ai pardonné parce que je la comprends. Elle n'a pas pu m'accompagner à la clinique mais mon père était là." 

On voit aussi comment l'"amant", Vincent, a été écarté de ce moment par l'adolescente. "Depuis la sortie du livre", reprend-elle, "j'ai reçu plein de lettres. De femmes qui me disent qu'elles ont aussi avorté, et surtout, à ma grande surprise, des lettres d'hommes qui me disent: "Moi aussi, j'ai un absent." Je pensais que j'avais écrit un livre pour les femmes, mais non, il concerne les hommes et les femmes. Je ne savais pas que cette liberté d'avorter concerne aussi les hommes. Cette histoire n'était pas vraiment un secret pour moi. Je pensais que ça n'avait pas d'importance pour les autres. Pour tous ces gens qui m'écrivent, c'était aussi un secret sans importance. Parfois, on porte des choses lourdes sans soupçonner leur importance. Mais cet absent m'a permis d'être la femme libre et la mère heureuse que je suis aujourd’hui."




Ce récit dans le cadre de mon débordement de l'idée que la journée des droits des femmes se limite au 8 mars...


A suivre...


jeudi 26 juin 2014

LA6 livres à offrir pour les vacances

Six livres à offrir à ceux ou celles qui remporteront mon petit concours.
Le premier de ce blog (merci aux maisons d'édition). A découvrir en fin de note.
Et aussi parce que je suis fière d'avoir passé le cap des 150.000 consultations.

Six livres, soit trois exemplaires de "Sagan 1954" d'Anne Berest (Stock, 194 pages) et trois exemplaires de "Mai 67" de Colombe Schneck (Robert Laffont, 258 pages). Deux titres qui se clignent joliment de l’œil et constituent une excellente lecture pour les vacances qui se profilent. Ou pas.

En commun, ils ont:
  • qu'ils sont des commandes
  • que les commandes initiales ont été détournées
  • qu'ils mêlent la réalité et la fiction
  • qu'ils dépeignent un personnage et son époque
  • que leurs auteures se connaissent et se sont parfois concertées pour écrire certains passages
  • que leurs héroïnes se sont croisées dans la vraie vie
  • qu'ils sont très réussis.

En particulier,
  • le premier rend hommage à sa façon à "Bonjour tristesse", de Françoise Sagan, tout juste 18 ans lors de sa sortie chez Julliard il y a soixante ans,
  • le second se penche sur un épisode amoureux heureux de Brigitte Bardot, 32 ans, alors à l'acmé de sa beauté.

Anne Berest. (c) Alexandre Guirkinger.
Dans "Sagan 1954", Anne Berest ne se contente pas de composer le journal de l'année de la sortie de "Bonjour tristesse". Elle fait continuellement résonner ce travail de recherche et d'écriture avec sa  propre vie, douloureuse à cette époque suite à sa séparation du père de sa fille. Et c'est précisément ce qui donne toute sa valeur à son troisième roman.

C'est un livre de commande, on le sait, mais aussi le fruit de rencontres: "Mon roman précédent, "Les patriarches" (Grasset, 2012)", m'explique Anne Berest, de passage à Bruxelles, "a été finaliste du prix Françoise Sagan. Il a été lu par Denis Westhoff (NDLR: le fils de Françoise Sagan), que j'ai rencontré pour la première fois le soir de la remise du prix. En septembre, il a repris contact avec moi. Il cherchait une jeune romancière pour écrire très vite un livre sur sa mère, pour les 60 ans de la sortie de "Bonjour tristesse". C'est donc un livre de commande mais j'ai fait du sujet mon roman. Ce n'est ni un travail de biographe, ni un travail de romancière. Je l'ai écrit très vite, en cinq mois. Ma vie personnelle était compliquée à ce moment mais je me suis sentie accompagnée comme quand on traverse une épreuve et qu’elle est adoucie grâce aux gens qui vous entourent."

On se rappellera que les éditions Stock ont entrepris de rééditer tout l’œuvre de Françoise Sagan, l'initiative de Jean-Marc Roberts étant aujourd'hui poursuivie par Manuel Carcassonne.

"Sagan 1954" dresse aussi un remarquable tableau de la société française alors. "1954", poursuit la romancière, "c'est Dien Bien Phu, une défaite monumentale de la France. C'est aussi un pays en reconstruction après la guerre, qui tente de remettre la machine économique en route. J'ai eu grand plaisir à faire des recherches et à écrire ce roman historique même s'il est quasiment contemporain. Comment était alors Paris? Comment s'habillait-on? C'est quoi être une jeune fille en 1954? Pourquoi le scandale à la sortie du livre? Je voulais que le décor soit le plus juste possible. J'ai essayé de transposer et de transmettre ici mon plaisir de lectrice."

Le roman est également un formidable portrait de Françoise Quoirez, avant qu'elle ne devienne Françoise Sagan, pseudonyme inspiré par Proust. Anne Berest a fait des recherches, lu des livres, visionné des films, a rencontré Florence Malraux, l'amie de toujours de Françoise  ("elle a été mon sésame en me disant que je pouvais avoir confiance dans la direction très particulière que je choisissais; elle a été ma baguette magique"), et aussi un de ses biographes. Et puis, après tout cela, elle s'est fiée à elle-même. "J'ai juste essayé d'être honnête, les moments imaginés sont annoncés au lecteur. Je fais la différence avec les scènes historiquement vraies."

Cela donne un épatant roman, personnel et historique, où se dessine l'itinéraire d'une femme peu commune. Bernard Frank disait: "Sans Sagan, la vie serait mortelle d'ennui." Anne Berest le confirme. "Elle a été un écrivain à succès mais à aucun moment, elle ne semble avoir eu le début du commencement d'une grosse tête. Elle prend tout  à la blague. Elle trouve qu'on fait beaucoup de foin pour ce qu'elle a écrit. Cette nature donne à réfléchir. Ne pas se prendre au sérieux, c'est être plus léger, plus ouvert à l’autre, offrir plus de place à  l'altérité. Le corollaire est que si on ne se prend pas au sérieux, les autres ne vous prennent pas au sérieux. Elle en a souffert. Son écriture n'a pas été prise au sérieux. Un peu comme Colette. C'est le contraire de la posture du grand écrivain. J'ai découvert la complexité d'un être plein de choses qui m'ont passionnée. Elle a été hors norme toute sa vie, déjà à douze ans! Elle était une petite fille drôle, désinvolte. Je l'ai découverte comme si je découvrais un personnage de roman. Elle nous rend un peu plus grands que nous-mêmes. Il n'y a pas un moment de sa vie que j'aie trouvé décevant. Ses promesses d'ado, elles les a tenues toute sa vie. Sa vie, cela a été aimer, être généreuse, polie, délicate."

Même si on connaissait en gros l'itinéraire de l'auteur de "Bonjour tristesse", le livre d'Anne Berest nous le fait ressentir de l'intérieur, dans l'intimité familiale, avec les parents, le frère, la sœur, les amis et la rencontre avec René Julliard. Avec les repas, les fêtes et les sorties, les dépenses et les projets d'achats, les moments de solitude pour écrire et la joie de retrouver les autres ensuite. Sans oublier les séances de photos dont certaines sont reprises dans le volume.

Au terme de cette aventure littéraire qui est allée de pair avec l'apaisement de ses propres tourments, Anne Berest dit se sentir définitivement en phase avec Sagan. Et elle ajoute: "Maintenant, durant la promotion du livre, je parle beaucoup d’elle, je continue à me plonger dans ses livres. Sa compagnie est délicieuse."


Colombe Schneck. (c) Opale.
Dès l'entame de "Mai 67", on reconnaît le style d'écriture particulier de Colombe Schneck, court, rapide et tellement évocateur. Qui plaît ou pas. En tout cas, à moi, il me plaît beaucoup. "J'ai un style rapide", reconnaît Colombe Schneck, de passage à Bruxelles. "Mais je réécris beaucoup, jusqu'à vingt fois, pour enlever, enlever, enlever... Encore davantage ici parce que c’était une commande."  Un travail de plus de quatre ans. "Je voulais qu'il n'y ait rien de sucré, pas un mot en trop. Je voulais de la simplicité. J'ai fait plein de versions différentes jusqu'à trouver la bonne. Les meilleurs passages sont ceux qui sont écrits naturellement, très vite, sans hésitation."

Ici ses phrases courtes racontent les dix semaines de l'histoire d'amour que vécurent Brigitte Bardot et un technicien de cinéma originaire d'Oujda et installé à Paris. Rien n'est vrai bien entendu dans "Mai 67" mais tout pourrait l'être... "Au départ", précise la romancière, "ce livre est une commande des Editions Robert Laffont. Ils voulaient un livre sur Brigitte Bardot. J’ai donc lu son autobiographie. Une de ses phrases m’a permis de faire "Mai 67", celle où elle raconte sa rencontre avec un jeune homme qui est un "pansement sur son cœur"."

Voilà un beau roman, tout en finesse, où on découvre la femme malheureuse derrière l'actrice considérée alors comme la plus belle et la plus célèbre femme du monde. "Je l'ai retrouvé, cet homme, ainsi que d'autres personnes qui connaissaient la jeune femme généreuse qu'était Brigitte Bardot, "Bri" dans les lettres qu'elle lui écrivait. Je l'ai beaucoup regardée en photos, sa façon de se tenir, ses gestes aériens, sa bouche entrouverte. Elle avait 32 ans alors, elle était à l'acmé de sa beauté. C'est dur d'être l'objet de tant de désir. La période du livre a été une parenthèse enchantée pour elle. Dans tous mes livres, je cherche la parenthèse enchantée. C'était la grand-mère dans "La réparation", dans "Mai 67", c'est ce jeune homme qui s'est offert à elle, même si ça se termine. Ce n'est pas la fin qui m'intéresse mais le fait que cela ait existé." A l'époque, BB venait de se marier avec Gunther Sachs et n'était pas vraiment heureuse avec son riche mari. "Tout le monde l'aime sauf son mari."

Ce tournage à Rome a permis la rencontre que décrit Colombe Schneck. La romancière raconte la femme qu'elle est mais aussi l'époque qui est la sienne. "Dans le livre, je fais le portrait de la France. Je raconte la période de la fin des années 60. Même si elle comportait des malheurs, comme le chômage, c'était aussi la modernité, la révolution sexuelle. Brigitte Bardot a été révolutionnaire à sa façon." Aujourd'hui, on l'a oublié devant ce que l'actrice est devenue. "Mais alors, elle montre son désir, elle aime les hommes, elle aime l'amour physique. Elle est très physique.Elle a été victime de grandes violences. Elle a été insultée, trahie, elle a connu des histoires d’amour très tristes. Elle était une jeune femme pleine de bonté et vit cadenassée quelque part aujourd’hui. Ce qu’elle est devenue est l’expression d’une grande tristesse?"

"Mai 67" est écrit à la première et à la deuxième personne. C'est le technicien qui parle à Brigitte Bardot, qui raconte leur histoire, depuis leur première rencontre, quand il a définitivement craqué pour elle. En contrepoint, il indique quel jeune homme un peu benêt il était, mais aussi combien amoureux et sensible. "Je me suis mise dans la peau d’un homme", explique encore Colombe Schneck. "Coucher avec une fille avant la pilule, c'était toucher le gros lot. Je n'ai pas essayé de faire l’homme. C'est toujours moi le narrateur. J'ai écouté les hommes mais je n'ai pas essayé de les reproduire. J'adore Philip Roth. Je vois comment il écrit sur les femmes. Le personnage masculin est complètement inventé mais Brigitte Bardot aura été sa professeure d’amour. Après elle, après leur histoire, il rencontrera la femme de sa vie."

Ce beau roman est rempli de détails piquants sur Rome et la Dolce Vita. "J’ai passé une semaine à la Villa Médicis à Rome en juin 2013 pour l'écrire", raconte l'auteure. "Les débuts de l’histoire ont été plus faciles à faire. Raconter le délitement a été plus difficile." Demeure le personnage central, épris de liberté, de fantaisie et révolutionnaire. Et naît chez le lecteur, l'envie furieuse de se rendre à Rome illico.
 
Et pour finir, comme promis, le concours permettant de remporter un des six livres offerts pour l'été.Merci de répondre par mail à  blog.lucieandco@gmail.com et d'indiquer quelle est votre préférence entre "Sagan 1954" d'Anne Berest (Stock) et "Mai 67" de Colombe Schneck (Robert Laffont). Un tirage au sort départagera les éventuels ex-aequo.
La question: quels sont les titres des premiers romans d'Anne Berest et de Colombe Schneck et chez quels éditeurs ont-ils été initialement publiés?