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samedi 20 avril 2024

Les prix Scam et SACD belges 2023 célèbrent les femmes artistes

La proclamation festive et colorée.

 
Roulements de tambour, et même "pour de vrai" en cette soirée du vendredi 19 avril. Les comités belges de la Scam et de la SACD ont proclamé leurs prix 2023 lors de la traditionnelle soirée festive "Famous in Belgium". Un palmarès féminin en ce qui concerne la Scam, très féminin pour la SACD, présenté par deux maîtresses de cérémonie, la rouge et la noire, Marie-Paule Cumps et Isabelle Wéry.
 

Palmarès 2023

Prix Scam

 
Prix du documentaire audiovisuel - Coline Grando, pour "Le Balai libéré, écoutez cette histoire que l'on m'a racontée". La réalisatrice confronte l'histoire des femmes de ménage de l'UCL des années 70 qui ont mis leur patron à la porte et ont créé leur propre coopérative aux nettoyeurs et nettoyeuses d'aujourd'hui.
"L'argent, c'est le nerf de la guerre, surtout en documentaire. Avec ce film, j'ai eu assez d'argent pour faire tout ce que je voulais. C'est une chance."


Prix parcours sonore - Anne Versailles, la "géopoète" qui peint avec des mots et des sons.
"Le parcours est un chemin. Le prix est un cadeau du chemin. Le parcours est aussi le droit de libre circulation, ce que j'ai trouvé dans le son."


Prix parcours littéraire - Ariane Le Fort, enseignante et romancière, formidable créatrice d'histoires littéraires (lire ici).
"J'ai appris ce prix au moment où j'ai décidé d'arrêter d'écrire. La disparition des éditions ONLIT, la difficulté du secteur du livre... J'écris depuis plus de trente-cinq ans, une littérature de l'intime. Ce prix va-t-il me faire continuer?"

 
Prix parcours texte et image - Dominique Goblet, dessinatrice, autrice de bande dessinée, plasticienne, enseignante.
"Je remercie les mourants, je remercie les vieux, je remercie les malades, (...) je remercie ceux qui ramassent, ceux qui réparent (...)"


Âmes sœurs de la Scam
  • Ariane Herman (librairie Tulitu)
  • Pauline David (Le P'tit Ciné - Regards sur les Docs)
  • l'équipe de Radio Panik
 

Prix commun SACD x Scam  

 
La Scam et la SACD s'unissent dans ce prix qui salue une autrice multiforme, Karine Birgé, ainsi que sa complice Marie Delhay, pour son documentaire "Bon voyage" et son travail avec la compagnie Karyatide.
 

Prix SACD  

 
Prix spectacle vivant - Eline Schumacher, pour "L'amour c'est pour du beurre".
 
Prix théâtre jeune public - Marie Burki, Garance Durand-Caminos et Tom Geels, pour "Dominique toute seul".
 
Prix humour - Boris Prager, pour "Tuning", sa première pièce.
 
Prix cinéma - Emmanuelle Nicot, pour "Dalva".
 
Prix série - Sophia Perié, Barbara Abel, Julien Gras-Payen et Indra Siera, pour "Attraction".
 
Prix radio - Camille Freychet, pour "Ouvrir la brèche".
 
Jumelles d'or
  • Le Créahmbxl et le Créahm Liège
  • The Extraordinary Film Festival
 
Un texte de Jean-Pierre Verheggen lu par Frédéric Young, délégué général de la Scam et de la SACD pour la Belgique, a clôturé la proclamation. Roulement de tambours et levers de verre, la soirée "Famous in Belgium" débutait.
 

 

 

 


jeudi 19 décembre 2019

"Mom, I'm a refugee"

Ali Talib.


Aliette Griz.
Ali Talib est né en Irak en 1991. Il a grandi dans les guerres successives. Il a beaucoup lu, beaucoup réfléchi. Ali est un esprit ouvert, défendant ouvertement la liberté de penser, rétif aux obligations "par tradition". Il n'hésite pas à se distancier de la religion quand il le juge nécessaire. Ado et après, il s'est battu pour son pays. Adulte, il a finalement dû le fuir. Trop de morts autour de lui, trop de menaces. Il a quitté l'Irak en août 2015. Turquie, Grèce, le chemin habituel des réfugiés irakiens. Ali Talib est arrivé en Belgique comme demandeur d'asile, parce qu'il voulait venir en Belgique, pays pluriculturel. Très vite, il a rencontré au célèbre parc Maximilien Aliette Griz, Française habitant Bruxelles, mère de famille engagée aux côtés des migrants. Très vite, Ali lui a fait part de son envie d'écrire à quatre mains son histoire, d'en faire un livre. Aussitôt, Aliette a embrayé. Ali-Aliette, trois lettres qui ont leur importance.

Le projet s'intitulait alors "Mom, I'm a refugee", des mots qu'Ali a adressés en pensée à sa mère une fois arrivé sur une plage grecque. Le livre s'est construit petit à petit, pièce par pièce, en parallèle au film "Ali et Aliette" que le duo a coréalisé avec Anne Versailles (voir ici). Mais après trois ans de galère en Belgique où ses demandes d'asile ont été rejetées et où les pourvois en appel durent des éternités sans garantie de meilleur statut, Ali est rentré chez lui, dans son Irak toujours en guerre. La crainte de devenir fou ici, de ne plus être lui-même, un vétérinaire-mécanicien-guerrier. Il n'en pouvait plus d'être un jeune type à qui l'état belge refusait même de faire du bénévolat.

Le livre s'est malgré tout écrit, version 1, version 2, version 3 et a enfin trouvé preneur aux éditions Academia qui, nous assure la responsable Sidonie Maissin, ne pratiquent plus que le compte d'éditeur. "Maman, je suis un réfugié" est un témoignage terrible et nécessaire sur la vie des civils plongés dans la guerre en Irak, en route sur les chemins de l'exil et sur l'expérience belge d'Ali. Même quand on fréquente des réfugiés, qu'on connaît leurs histoires violentes et leurs parcours atroces, on ne peut qu'être pris par les mots qu'Ali et Aliette couchent pour nous. On est avec ces enfants, ces ados, ces jeunes adultes. Ces hommes et ces femmes, pour ou contre ce qui se passe. On est dans la guerre, dans les combats, dans les embuscades, dans les attaques. On vole, ou on ne vole pas. On va à l'université sans savoir si on reviendra entier, on garde armé les check-points, on échappe aux enlèvements. A côté de cela, la vie continue, l'amitié, l'amour quand la tradition l'autorise...

Bien sûr, ce livre est l'histoire d'Ali Talib, mais combien d'autres Ali n'existent-ils pas? Broyés dans une logique qui les dépasse, qui nous dépasse. Les auteurs ont choisi le récit à la première personne et ont eu la superbe bonne idée de mélanger la chronologie. Un procédé littéraire qui fait zigzaguer le lecteur dans la vie d'Ali. Sans le perdre. Chaque chapitre est titré, souvent de façon concise, et daté. A chacun de remettre le puzzle en place. Et de gérer ses émotions car on prend ce récit en pleine figure. Même si les mots choisis ne tolèrent aucun apitoiement sur soi-même. La simple relation des faits suffit, tout comme ces phrases en caractères italiques, celles qu'Ali le réfugié adresse à sa maman restée au pays.

"Maman, je suis un réfugié" se parcourt d'une traite et s'imprègne profondément par la justesse de son ton et l'évidence de ses propos. A lire absolument, par exemple un café à la main car tant Ali qu'Aliette adorent le café fort, fraîchement préparé.


Le film et le livre.