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lundi 8 août 2022

Cocoricos et cock-a-doodle Doo


Cette année, une année record en terme de nombre de lauréats, vingt et un livres originaires de dix-neuf pays et écrits en dix-huit langues ont remporté un Pen translates Award. Ils répondaient aux critères de qualité littéraire exceptionnelle, de force du projet éditorial et de contribution à la diversité des livres publiés au Royaume-Uni. Il faut savoir que ce prix récompense tous les genres littéraires, romans comme essais, poésie pour enfants comme récits illustrés.

Particularité du cru 2022 de la distinction britannique qui existe depuis 2012, deux d'entre eux ont été écrits en français. Un en Belgique, l'autre entre Paris et Beyrouth.

Il s'agit de 


"La Mémoire de l'air"
 de Caroline Lamarche (Gallimard, 2014), traduit du français vers l'anglais par Katherine Gregor, "The Memory of the Air" (Héloïse Press, septembre 2022).
Un texte dont la version brève a été lue par Dominique Blanc à Avignon le 15 juillet 2012.

Pour en lire en ligne les premières pages en français, c'est ici.



"Ma très grande mélancolie arabe: un siècle au Proche-Orient"
 de Lamia Ziadé (P.O.L., 2017, lire ici) traduit du français vers l'anglais par Emma Ramadan, "My Very Great Arab Melancholy" (Pluto Press, couverture à venir).

Pour en lire en ligne les premières pages en français, c'est ici.






Le palmarès complet des Pen translates Awards 2022 se trouve ici.



dimanche 7 août 2022

Béluga et autres baleines

De la mer à un minuscule bassin. (c) Ed. du Pourquoi pas?


Actualité du week-end: un béluga se languit dans une écluse sur la Seine. Je n'en ai pas vu de photo mais sa situation me rappelle les mots de Marie Colot à propos de son album jeunesse "Petite mer", illustré par Manuela Ferry (Editions du Pourquoi pas?, collection "pourquoi pas la Terre?", 32 pages). Un moyen format jouant subtilement sur le son du titre mer/mère, au touchant et poétique texte de transmission à la première personne et aux très belles illustrations mêlant gravures et collages. Un album de fiction qui dit la nécessité de protéger les baleines et pose la question de leur captivité.

"Un jour, j'ai découvert par hasard la photo d'un cétacé dans un bassin de delphinarium.
Comme cette image était prise du ciel, l'exiguïté du lieu était flagrante et la violence de
cette situation évidente - aimerait-on passer chaque minute de notre vie dans une baignoire? -
J'ai imaginé toute la peine de cet animal captif, et "la baleine la plus triste du monde" est née. J’ai eu envie de raconter ce quotidien injuste, ce manque de liberté et cet appel des grands espaces marins.
Pour briser cette solitude immense, une petite fille a surgi dans le texte, sensible à ce chagrin, prête à partager les souvenirs et les rêves de ce géant des mers. Une enfant incapable de s’émerveiller derrière la vitre d'un aquarium et bien décidée à sauver cet animal unique à ses yeux.
À travers sa promesse et son combat pour libérer son amie, je souhaitais mettre à l'honneur toutes ces personnes qui nagent à contre-courant et ont la belle naïveté de croire en la force du collectif."
Marie Colot

 

Première rencontre.
(c) Ed. du Pourquoi pas?
En hauteur comme un carnet précieux, "Petite mer" donne la parole à une narratrice qui confie à une enfant comment à son âge elle avait rencontré "la baleine la plus triste du monde". Comment elle avait perçu sa tristesse, ressenti son enfermement, partagé son ennui et son chagrin. Comment elle l'avait écoutée lui raconter "l'océan et le silence des profondeurs" et puis sa capture et son dressage. Comment elle, petite fille, avait promis à la baleine de lui rendre sa liberté. En un texte tout doux, proche de la poésie, comme sont les histoires que l'on murmure à l'oreille, Marie Colot détaille les épisodes de cette incroyable entreprise de remise en liberté qui sera menée jusqu'au bout. Une superbe histoire d'amour éternel qu'elle partage aujourd'hui avec sa fille comme en témoigne la dernière image. Manuela Ferry a su se glisser dans ce texte personnel qui s'adresse aux enfants à partir de 6/7 ans avec ses illustrations qui appuient et  prolongent l'intrigue. Elle donne une réelle présence à cette baleine, qu'elle soit dans la mer ou dans sa prison de béton ou en route vers la liberté retrouvée. Un excellent album.


D'autres livres avec des baleines
  • Les différentes versions illustrées de "Moby Dick" de Melville bien entendu, par Joëlle Jolivet, Jame's Prunier, Olivier Balez, Juliaon Roels, Olivier Tallec, etc.
  • L'excellentissime album "Amos et Boris" de William Steig (Gallimard Jeunesse)

D'autres bien connus
  • "La pêche à la baleine" de Jacques Prévert, illustré par Henri Galeron (Gallimard, 1979)
  • "Le marquis de la baleine: comédie tragique en six actes pour trois personnages et une baleine", de François Place (Gallimard Jeunesse, 2018)

D'autres encore
  • "Comment mettre une baleine dans une valise?", de Raúl Nieto Guridi (traduit de l'espagnol par Anne Casterman, CotCotCot éditions, 2021)
  • "La grande amie", de Ylva Karlsson, illustré par Eva Lindström (traduit du suédois par Aude Pasquier, Le Cosmographe, 2020)
  • "L'ours Pompon et la baleine gobe-tout", de Cécile Alix, illustré par Antoine Guilloppé (L'Élan vert, 2019)
  • "Petite baleine", de Jo Weaver (traduit de l'anglais par Camille Guénot, Kaléidoscope, 2018)
  • "La baleine bleue", de Jenni Desmond (traduit de l'anglais par Ilona Meyer, Editions des Eléphants, 2017)
  • "Baleine rouge", de Michelle Montmoulineix (Hélium, 2017)
  • "La baleine et l'escargote", de Julia Donaldson, illustré par Axel Scheffler (traduit de l'anglais par Vanessa Rubio-Barreau, Gallimard Jeunesse, 2015)
  • "Elmer et les baleines", de David McKee (traduit de l'anglais par xxx, Kaléidoscope, 2014)
  • "L'enfant et la baleine", de Benji Davies (traduit de l'anglais par Mim, Milan, 2013)
  • "Jonas", de Juliette Binet (Gallimard Jeunesse/Giboulées, boîte de deux livres, 2010)
  • "Le message de la baleine", de Carl Norac, illustré par Jean-Luc Englebert (l'école des loisirs, Pastel, 2000)
  • "Dans la baleine", de Bénédicte Guettier (l'école des loisirs, 1999)  
  • "Le Chant des baleines", de Dyan Sheldon illustré par Gary Blythe  (traduit de l'anglais par Paul Beyle, l'école des loisirs, Pastel, 1990) 
  • "Trois baleines bleues", de Lionel Koechlin (Hachette Jeunesse, 1980)
  • "La baleine de Sugey", de Marie Wabbes (Dessain et Tolra, 1971)


jeudi 4 août 2022

Trois cabinets de curiosités et d'autres bouts rimés, ou pas, illustrés, ou pas

"Les morts vivent plus longtemps qu'avant".
(c) Le Vistemboir.

Pour entamer cette douzième année de mon blog, cap sur la poésie.
Pour les grands et pour les petits. Trois cabinets de curiosités pour commencer, d'autres recueils ensuite.


Les morts vivent plus longtemps qu'avant
François David
Le Vistemboir, 80 pages

Sont-ils tous morts, les animaux photographiés par François David dans son nouveau recueil illustré de poésie? Le titre semblerait pencher pour, "Les morts vivent plus longtemps qu'avant". Mais les textes nés selon le principe déjà appliqué à "Et c'est moi que je vois" publié il y a deux ans (lire ici) le contredisent parfois.

Rappelons la genèse des textes de François David. Ce dernier prend des photos sur son téléphone. Beaucoup de photos. Beaucoup de très belles photos. Ensuite, il sélectionne, trie, jusqu'à souvent n'en conserver qu'une. Cette photo-là  déclenchera un texte qui n'aurait pu naître sans elle, mais qui vagabonde en toute liberté.

Dans un format identique au précédent volume auquel il fait écho, soit carré et moyen, "Les morts vivent plus longtemps qu'avant" tient davantage du cabinet de curiosités que du portrait mosaïque qu'était "Et c'est moi que je vois". Mais si François David dessine au fil de ses petits textes prenants un portrait de ses semblables, le couple, les terreurs, l'amour, les rêves, la pseudo-sagesse, en creux, c'est évidement lui qui se raconte à nouveau. Ses mots bien choisis composent des phrases vibrantes qui nous conduisent à la pharmacie, chez le coiffeur ou sur les sentiers, et en divers autres lieux qu'on ne considérera jamais plus comme avant après cette exaltante lecture.


Je suis un génie
Susie Morgenstern
illustrations de Serge Bloch
L'Iconoclaste, collection "L'iconopop", 80 pages

Chaque matin, Susie Morgenstern écrit un poème qu'elle envoie à ses amis. Une vieille habitude qui n'avait pas donné lieu à publication. Ici Susie Morgenstern écrit un livre de poèmes qui se range aisément dans la catégorie "cabinet de curiosités". Elle y convoque en effet tous les génies à ses yeux, Bach, Hannah Arendt, Einstein, Jeanne d'Arc et d'autres en une rythmée alternance masculin-féminin. Surgit immédiatement la question, partagée entre auteure et lecteur/trice: "Et moi?" Pas question de se faire du mal. Les mêmes génies sont rappelés pour nous aider. Voilà reparti sur les chapeaux de roue, en plusieurs chapitres thématiques, cet irrésistible texte poético-humoristique, élégamment soutenu par les dessins de Serge Bloch. On le déguste, on s'y sent bien, on s'y sent grand. Quel génie, cette Susie!


Aussi les gens
Jean-Louis Massot
Editions du Centre de créations pour l'enfance
collection "PetitVa!", 40 pages

Pas d'image en couverture de ce petit format à l'italienne à reliure spirale. On ne perd rien pour attendre. Dès la première page tournée, on tombe sur de curieux dessins en noir où l'on peut beaucoup imaginer, des silhouettes, des lieux... A moins que ce ne soit la poésie elle-même qui soit représentée, Jean-Louis Massot dédiant tout le recueil à la recherche de cette dernière. A lire ses textes pétillant d'amour pour la vie dans les instants quotidiens, célébrant les choses simples dans lesquelles se cache la beauté pour peu qu'on pense à la regarder, vibrant avec la nature qui nous nourrit et nous protège, on se dit qu'il a bien raison: c'est dans ce cabinet de curiosités que se trouve la poésie. Ouvrons les yeux, le nez, les oreilles, la bouche... Derrière les mots du poète, on retrouve si bien l'homme.


Piéton du monde
Carl Norac
choix anthologique et postface de Jean-Luc Outers et Gérald Purnelle
Espace Nord, 294 pages

Poète national en Belgique de mars 2020 à mars 2022, années de confinement et de mort qui lui ont fait créer les "fleurs de funérailles" auxquelles ont participé plus de 70 poètes belges (lire ici), Carl Norac écrit de la poésie depuis toujours, mettant ses pas dans ceux de son père, l'instituteur et poète Pierre Coran, et ceux de Norge, son "bon génie".
"(...)Un poème à la fois, ce n'est pas grand-chose
et c'est tout l'univers."
La phrase vaut pour son auteur et pour ses lecteurs.

C'est dire si on n'aurait pas aimé être à la place de ceux qui ont composé cette anthologie, couvrant "l'ensemble de le production poétique de l'auteur à ce jour". On devine les choix cornéliens pour que l'ouvrage ait de la classe graphiquement parlant. Les pages accueillent les textes, laissent de la place au blanc, cette parure typographique, cette respiration pour le lecteur. "Piéton du monde" invite à suivre le poète dans ses voyages, extérieurs et intérieurs, sans oublier ses poèmes pour la jeunesse.

Extrait.
"Pierre Coran"
"(...) Marchant sur une drève,
il y a cet homme libre,
jamais sans la part des autres,
et cet homme est mon père." 
Extrait de "Une valse pour Billie" (2013)


Les animaux rêvent aussi
Un abécédaire en poèmes
Pierre Coran
Iris Fossier
Casterman, 64 pages
à partir de 5 ans

L'alphabet a déjà donné lieu à divers poèmes animaliers. Mais cet album grand format se distingue par la fantaisie de ses textes et la créativité de ses dessins gravés. La preuve que les enfants méritent mieux que des niaiseries. "Cet album est une commande que m'a faite Anne-Sophie Congar, éditrice chez Casterman", explique Pierre Coran. "Elle souhaitait que j'invente des rêves d'animaux. J'ai répondu oui pour deux raisons, parce qu'il s'agit d'animaux (j'ai 155 fables éditées) et parce que c'est mon retour chez Casterman." C'est l'ancien instituteur qui a souhaité en faire un abécédaire afin que les enfants puissent aussi apprendre les lettres.

"La particularité de cet album", poursuit le poète, "est que les textes sont venus après les dessins." Pierre Coran s'est donc trouvé face à une abeille et des fleurs pour le "A", à un bonobo et un robot pour le "B", à un chien et un chat pour le "C". Il s'en est divinement bien sorti, évidemment, comme en témoigne le "G" de la girafe (et les autres) reproduit ici.

Les plus attentifs auront remarqué la présence d'une abeille virevoltant sur les pages. "Celle-ci est arrivée en toute fin de mise en page", nous dit-il, "quand les pages étaient déjà montées."

Il y a du monde à la lettre "G". (c) Casterman.



Une seconde, papillon!
Pierre Coran & Carl Norac
Cécile Gambini
Rue du monde
collection "Une petite poignée de poèmes", 36 pages
pour tous à partir de 7 ans

Pierre Coran avait choisi d'écrire sous pseudonyme, son fils Carl a fait pareil, avec le même nom de famille mais en ordonnant ses lettres autrement: Norac. L'histoire est tellement ancienne qu'on s'en souvient à peine. Dans ce mini-livre, père et fils ont composé ensemble une quarantaine de brefs poèmes sur des thèmes qui leur sont chers, la poésie, l'enfance, le rêve. Les images de Cécile Gambini les accompagnent à la façon de doux papillons.



Poèmes cueillis dans la forêt de vos yeux
Françoise Lison-Leroy
Nathalie Novi
Rue du monde
collection "Une petite poignée de poèmes", 36 pages
pour tous à partir de 7 ans

De ses innombrables rencontres avec des enfants, Françoise Lison-Leroy a ramené quarante poèmes chaque fois introduits par le prénom d'un enfant. Des mini-portraits en quelques lignes, mais quelques lignes qui disent tant de ces garçons et de ces filles d'aujourd'hui: d'ici ou d'ailleurs, tristes ou joyeux, chanteurs ou observateurs, portant souvent de si lourds poids déjà. Défenseuse des enfants, notamment de Syrie (lire ici et ici), Nathalie Novi illumine de six merveilleux portraits ces enfants de notre monde.



De la terre dans mes poches
Françoise Lison-Leroy
Matild Gros
CotCotCot éditions, 20 pages
collection "Matière vivante"
pour tous à partir de 4 ans

D'avant-garde quand il parut en 2005 sous le titre "Jean jardinier" dans le recueil "Dites trente-deux" (Editions Luce Wilquin), le poème de Françoise Lison-Leroy a acquis une actualité brûlante, une nécessité urgente. Avec des mots tout simples, il dit la terre, le petit garçon qui découvre le jardinage, sa maman qui l'encourage et lui révèle combien la terre peut être nourricière. Les splendides illustrations de Matild Gros, ici épurées, là plus baroques, se posent magnifiquement sur ce texte qui ouvre la collection "Matière première", terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l'écologie. Dans une démarche logique, l'éditrice a choisi d'imprimer le livre en Belgique avec des encres à base végétale sur un papier recyclé écologique et a demandé à un atelier protégé bruxellois de procéder à la reliure.

Mère et fils les mains dans la terre. (c) CotCotCot éditions.

 

Ma Matriochka
Anne Herbauts
Casterman
11 pages tout carton avec des rabats
pour les plus jeunes

Tout le monde connaît les matriochkas, ces poupées de plus en plus petites qui s'emboîtent les unes dans les autres. Anne Herbauts en reprend à sa façon le principe pour cet album "méli-mélo" qui s'articule verticalement et est dédié aux mamans. Un rabat à tourner en haut, un rabat à tourner en bas, ensemble ou séparément pour faire surgir le texte, les images et leurs surprises: une matriochka bien entendu, sous diverses apparences, mais aussi un chat qui sourit, une souris, un noyau d'abricot, un biscuit, un nuage et bien d'autres trouvailles poétiques qui s'apparient comme on veut.


Idylle
Agnès Domergue
Valérie Linder
CotCotCot éditions, 58 pages
pour tous à partir de 6 ans

Un paysage idyllique saisi à l'aquarelle pour une idylle entre une oiselle et un poisson que réunit la lune. Un amour improbable qui se construit d'étape en étape devant le lecteur enchanté. Ciel et eau, soleil et pluie, elle et il, saisons, surgissent en des jeux constants sur les sons et les mots. La formule "IL a une île./ ELLE a deux ailes" introduit cet album virevoltant mais sobre où Agnès Domergue tricote les mots à l'endroit et à l'envers, multipliant les réjouissantes trouvailles, où Valérie Linder complète et détaille cet amour peu commun en de très plaisantes illustrations. Musical, espiègle, pastoral, cet album au si joli titre réjouit autant le cœur que les yeux et les oreilles.

"Idylle". (c) CotCotCot éditions.










vendredi 22 juillet 2022

Et le sombre natif de Sousse s'éveilla

LU & approuvé

Un petit garçon en tenue de cow-boy pose en couverture du livre "Le fils de la maîtresse" (Arléa, collection "La rencontre", 187 pages). Une photo d'époque, comme on dit. 1955. Ce gamin de six ans qui tient son revolver de la main gauche - à moins que la photo ait été inversée pour les besoins de la mise en page -, c'est Serge Toubiana, un Monsieur cinéma français. L'auteur de nombreux livres sur le septième art a aussi été critique et patron des "Cahiers du Cinéma". Il a dirigé la Cinémathèque française et préside aujourd'hui Unifrance, l'organisme chargé de la promotion et de l'exportation du cinéma français dans le monde.

Ici, il change de focale et se raconte depuis l'enfance. Une enfance heureuse en Tunisie, à Sousse précisément, où une petite communauté juive de  quatre mille personnes environ vivait sereinement. J'avoue que j'ai commencé le livre parce qu'il évoquait la Tunisie d'hier, celle des années 50. Et les pages de Serge Toubiana correspondent exactement à ce que j'en sais. Le mode de vie, le sandwich national souvent dénommé casse-croûte, le marché, les bains de mer... tout y apparaît avec justesse. Et joie.

Ce qui débutait comme un livre des souvenirs de l'enfance évolue logiquement vers un portrait de la mère, la maîtresse d'école du titre, et un du père, horloger de son état. Les courts chapitres racontent la vie un peu décalée des trois puis quatre enfants Toubiana dans une famille française qui s'affiche communiste. On suit tout cela dans la prose fort agréable de l'auteur qui pointe comment le cinéma entre très tôt dans sa vie, bien avant le départ définitif vers la France. Le narrateur balaie alors plus rapidement son existence, aimantée par le cinéma, mettant de plus en plus en lumière l'attention et l'amour de sa mère pour lui. Lui, un fils dont le caractère sombre s'éveille, qui fonce dans ses passions, dans ses amours, quitte à négliger celle qui l'a le plus soutenu, mais a agi dans l'ombre. Le livre de souvenirs devient un livre du repentir, celui du fils qui réalise trop tard ses erreurs mais comprend combien il est le fils de sa mère par le souci de transmettre qu'ils ont partagé dans leurs métiers respectifs, et en finale un livre de l'apaisement. "Nous vivons tous avec nos morts. Nous ne voulons pas rompre le lien."

Vibrant, plein d'amour et d'anecdotes, honnête aussi, "Le fils de la maîtresse" se lit avec bonheur qu'on aime la Tunisie ou le cinéma car il dit surtout une vie, avec ses joies, ses chagrins, ses interrogations et les surprises du destin.

"Le fils de la maîtresse" a reçu le prix Marcel Pagnol 2022, distinguant depuis 2000 un roman français venant s'inscrire dans la lignée de la "littérature des origines", celle qui évoque les découvertes et les émotions de la jeunesse. sur le thème du souvenir d'enfance.



mardi 19 juillet 2022

L'album jeunesse des soirées d'été

LU & approuvé


Le début de "Soirée d'été". (c) CotCotCot éditions.


"J'expose mon visage au silence et à l'air chaud de cette fin de journée", écrit Dina Melnikova dans son premier album pour enfants, "Soirée d'été" (CotCotCot éditions, 32 pages). Une description parfaite de ce qui se passe depuis quelques jours dans la vieille Europe écrasée de soleil. Ici aussi, "les voilages bougent légèrement." Mais chez l'artiste originaire de Biélorussie, diplômée de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles et enseignante en arts plastiques dans le secondaire, ces sensations nous conduisent dans une délicate exploration de la forêt et de l'enfance. Dans l'observation d'un lieu souvent craint alors que tellement vivant et au creux de la relation tendre entre la narratrice et sa grand-mère. 

"Ce livre m'est particulièrement cher", écrit Dina Melnikova. "Il raconte une histoire poétique et nostalgique mêlée de souvenirs de mon enfance." Reliure cousue de noir en harmonie avec les illustrations, papier mat bien épais, couverture souple à rabats, l'album présente des monotypes et des fusains d'éléments de nature. Des plantes, des arbres, les mouvements d'une nature merveilleusement représentée. On y cherche un lièvre, on y observe les hirondelles, on y trouve le présent et les souvenirs. Chacun, à partir de six ans, fera dialoguer à sa guise le texte et les images. Inouï comme cette "Soirée d'été" arrive à capter l'instant et à l'étirer entre passé et présent. Un magnifique travail graphique et poétique. 

Dina Melnikova confiait à "La petite feuille de chou" (lire ici) la genèse de cet album: "Quand je travaille sur mes livres, je me laisse aller complètement: je dessine les choses qui m'attirent sur le moment même, je décris les associations avec les dessins, j'écoute mon inconscient… et l'histoire émerge petit à petit. Pour "Soirée d'été", j'ai beaucoup dessiné la forêt, les détails végétaux auxquels je
suis très sensible. Ces dessins ont apporté les notions de l'illusion et de lectures multiples.
En écrivant et en dessinant, je me suis rendu compte que beaucoup de souvenirs d'enfance me revenaient et créaient un lien nostalgique avec le présent. Petit à petit, cette histoire s'est construite en parallèle des images." La voilà, sensible et attachante.

"Soirée d'été". (c) CotCotCot éditions.










vendredi 15 juillet 2022

Les joyeux dragons Freddy et Ernest

"Freddy & Ernest". (c) The Hilary Stebbing Archive.

Jamais deux sans trois!

En février, le Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles (CLJBxl) invitait l'éditeur et fin connaisseur de la littérature de jeunesse Christian Bruel à intervenir dans son cycle de conférences "Patrimoine, censure et interdits". Disert et documenté, il envisagea notamment les traces d'érotisme dans les albums jeunesse. Evoquant l'idée de "trouble" comme condition du sens, il posa aussi la question des interdits qui pèsent sur cette production culturelle.

Extraits de la partie "patrimoine" de son exposé. Tout de suite, Christian Bruel sépare les représentations implicites et explicites en utilisant plusieurs exemples. Les plus connus sont évidemment l'album "Le Mariage des lapins" de Garth Williams (disponible chez Memo dans une traduction de Lou Gonse), "qui fit s’étrangler les racistes trop obnubilés par le multiracial pour voir qu'il s'agissait du mariage de deux lapins mâles", et "Ranelot et Bufolet" d'Arnold Lobel (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Adolphe Chagot, l'école des loisirs), annoncés comme grenouille et crapaud, "alors qu'il existe des grenouilles mâles et des crapauds femelles".

En juin, le CLJBxl organisait une passionnante journée professionnelle sur "L'accueil des publics LGBTQIA+ en bibliothèque", entamée par les épatantes lectures performances du collectif liégeois Unique en son genre et accompagnée in fine d'une bibliographie sur le thème (ici).


Au hasard de la Toile, je tombe sur une publication du blog de la House of illustration fondée par Quentin Blake, lors du mois "Pride" (ici). Il y est question d'un magnifique album de Hilary Stebbing publié en 1946 chez Transatlantic Arts, "Freddy & Ernest". Un bijou au graphisme très représentatif de son époque, qui n'a pas - encore - été traduit en français. Un album joyeusement subversif par ses deux héros, deux dragons, un rouge et un bleu. Une histoire LGBTQIA + cachée? Une des premières de la littérature de jeunesse, publiée à une époque où l'homosexualité était criminalisée.

Le site nous apprend que Hilary Stebbing était une jeune femme qui avait fréquenté des écoles d'art à Londres dans les années 1930 et s'y était fait de nombreux amis, dont certains faisaient partie de la communauté LGBTQIA+. Un ami en particulier, peintre et créateur de costumes, vivait dans une caravane à la campagne avec son compagnon, et il pourrait avoir contribué à inspirer l'album "Freddy & Ernest".

"Freddy & Ernest". (c) The Hilary Stebbing Archive.

Les dragons Freddy et Ernest vivent depuis des siècles dans le village endormi de Wellbottom Poggs, bien tranquillement. Tout change quand débarque un promoteur immobilier décidé à construire un cinéma à la place de la maison des deux héros qui sera mise aux enchères par les autorités locales. Freddy et Ernest vont-ils perdre leur cher Dragonscott?
    
"Freddy & Ernest". (c) The Hilary Stebbing Archive.

Les deux dragons tentent de trouver de l'argent mais ils ne sont pas fort doués, on le verra au fil des pages. Que va-t-il se passer? Une fin heureuse grâce à l'intervention d'un responsable du Musée d'histoire naturelle permettra aux héros de vivre heureux pour toujours chez eux. Et sans doute sont-ils toujours aujourd'hui à Dragonscott... Formidable histoire dont le propos semble toujours d'actualité, près de quatre-vingts ans après sa création.

Plus d'images de Hilary Stebbing ici.







lundi 11 juillet 2022

Adapter le patrimoine belge en bande dessinée

(c) Espace Nord.

EDIT 13 juillet 2022:
Suite à l'interpellation de l'ABDIL (Auteurices de la bande dessinée et de l'illustration), la collection Espace Nord a proposé d’adapter son appel sur ces différents points:
- Un aménagement des délais de réalisation (6 mois ou plus);
- Un éclaircissement sur le fait que les 120 pages concernent la pagination totale du volume (et non le nombre de pages illustrées);
- Un rappel de ce que le projet ne repose pas nécessairement sur des "planches" de bande dessinée. On parle ici d’une adaptation graphique, ce qui peut recouvrir des réalités très variées. Dans un souci de clarté, l'expression "bande dessinée" a été retirée, car ce n'est pas la seule forme que vise cet appel à projets;
- Une ouverture aux auteurs autoédités;
- Une réduction de la taille de l’extrait attendu (3 à 5 pages).

Fondée en 1983, la collection Espace Nord est LE catalogue de la littérature francophone de Belgique: quatre cents titres à son catalogue, une septantaine en numérique, les grands classiques mais pas seulement. La collection vise à faire (re)découvrir les auteurs belges dans leur diversité. En format de poche, elle est variée et accessible.

Propriété de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2011, la collection Espace Nord publie actuellement un appel à projets mariant découverte du patrimoine littéraire belge et création graphique. L'appel s'adresse aux auteurs et autrices, dessinateurs et dessinatrices en Fédération Wallonie-Bruxelles ayant publié au moins un livre non autoédité. Toute règle ayant ses exceptions.
L'"adaptation graphique" demandée s'entend comme "la réalisation d'une œuvre autonome, inspirée par une œuvre littéraire existante, avec laquelle elle entretiendra un rapport de proximité plus ou moins étroit. Il est attendu que les projets se montrent fidèles par rapport à l'œuvre originale, mais sans pour autant la restituer à la lettre." Pas de suites ou de réécriture mais une adaptation allant de la transposition pure et simple à l'amplification d'une scène. 
Il s'agit d'adapter en bande dessinée (dessin, gravure, photographie, réemploi de documents d'archives, etc.) un des dix livres sélectionnés dans le catalogue, tous dans le domaine public. Plutôt des classiques, à voir leurs dates de première édition. L'adaptation graphique sera publiée sous un nouveau label de la collection Espace Nord. En noir et blanc, au format 17 x 24 cm et un minimum de 120 pages (en théorie). 
  • "Le Perce-oreille du Luxembourg" d'André Baillon (1928)
  • "La Légende d'Ulenspiegel" de Charles De Coster (1867)
  • "Légendes flamandes" de Charles De Coster (1858)
  • "Keetje" de Neel Doff (1919)
  • "Voyous de Velours" de Georges Eekhoud (1926, non disponible dans la collection)
  • "Un mâle" de Camille Lemonnier (1881)
  • "L'Oiseau bleu" de Maurice Maeterlinck (1909)
  • "Pelléas et Mélisande" de Maurice Maeterlinck (1892)
  • "Bruges-la-Morte" de Georges Rodenbach (1892)
  • "La Guerre du feu" de Rosny aîné (1909)

Le projet retenu fera l'objet d'une rémunération de 5.000 euros au titre d'avance sur droits. Il devra être réalisé dans un délai de six mois après communication des résultats, pour parution en 2023, l'années des quarante ans.

Les projets sont à envoyer le 15 septembre 2022 au plus tard, sous la forme d'un dossier (note d'intention, résumé, extrait de 5 à 10 pages significatives, éventuellement esquisses, curriculum vitae) 
en un fichier PDF unique, à l'adresse info@espacenord.com. Les lauréat.e.s seront averti.e.s personnellement dans la première quinzaine du mois d'octobre au plus tard.

Plus d'informations sur cet appel à projets ici.




PS: ne pas copier Carll Cneut qui a déjà illustré une adaptation par Do Van Ranst de "L'oiseau bleu" de Maeterlinck, "De blauwe vogel" (De Eenhoorn).





samedi 2 juillet 2022

Images pour les petits pour les grands

En 1963, révolution typographique et graphique. (c) MeMo.

Quel âge faut-il avoir pour connaître l'histoire graphique de la littérature de jeunesse? Pour savoir d'où viennent, consciemment ou non, ces albums pour enfants devenus aujourd'hui des classiques, ceux de Grégoire Solotareff, Nadja, Claude Ponti, Anthony Browne, David McKee, Wolf Elbruch, etc.? Personne n'est obligé de savoir, bien entendu. Il est toutefois passionnant de voir les créations, les inventions, les réactions qui ont donné lieu à la littérature de jeunesse actuelle. Rien ne vient de rien et il est non seulement passionnant mais aussi utile de suivre les enchaînements.

Quel âge faut-il avoir pour connaître l'histoire graphique de la littérature de jeunesse? Sans doute, celui de ne pas avoir connu internet. D'avoir pris son vélo, sa mobylette, le bus, le métro ou le train pour aller visiter l'exposition d'un maître du genre ici ou là - le bonheur de plonger le regard dans les originaux. De s'être rendu en bibliothèque ou en librairie pour découvrir le catalogue de ces expositions - la compensation d'expos trop lointaines ou trop courtes ou... D'avoir tourné avec fébrilité les pages illustrées - avec les piètres moyens techniques d'impression de l'époque - des livres traitant de littérature de jeunesse ou présentant ceux qui la font.

Un précurseur, Edy-Legrand. (c) MeMo.

Aujourd'hui, la curiosité existe encore quand elle est assouvie par quelques tapotements sur un clavier. Peut-on apprécier une œuvre par écran interposé? A réfléchir. Mais les artistes qui ont précédé la révolution numérique? Ceux dont personne n'a pensé scanner les œuvres pour les partager? Ceux dont les livres se trouvent de plus en plus rarement? 

Ceux-là, on les retrouve en majesté dans la monographie "Les images libres" que Loïc Boyer consacre à ceux et celles qui ont "dessiné pour l'enfant entre 1966 et 1986" (MeMo, 224 pages). Un ouvrage de bon format fourmillant d'images remarquablement mises en pages, sur un épais et doux papier crème les mettant mieux en valeur que le blanc habituel. Designer et illustrateur, éditeur à ses heures, l'auteur fait des recherches sur la littérature de jeunesse depuis près de dix ans. Il explique ici, arguments graphiques à l'appui, combien tout a changé au début des années 60. Oui, avant mai 68.

On a l'habitude de dire que l'édition jeunesse tournait alors en rond. Oui, sauf quand se glissaient dans la boucle des grains de sable comme le précurseur André Hellé bien plus tôt, Alain Le Foll ou André François et bien entendu Maurice Sendak. Loïc Boyer définit six moments durant les vingt-deux années qu'il étudie dans cette monographie qui peut aussi se parcourir comme un imagier des images pour enfants tant les illustrations sont nombreuses, variées et de qualité.

Etienne Delessert, un pionnier. (c) MeMo.

"Les images libres" suit le parcours des auteurs et des illustrateurs comme celui de leurs éditeurs, ententes, disputes, brouilles, dont on se moquerait aujourd'hui si ces rapports humains n'avaient été le déclenchement de tant d'actes créatifs, en accord ou en opposition. Les styles se cherchent, se trouvent, explosent dans un nombre fabuleux de pages illustrées.

Les choix de l'éditeur Robert Delpire. (c) MeMo.

Entrée en scène de quelques-uns des artistes évoqués.
  • "Première époque", soit l'arrivée en France de l'éditeur américain Harlin Quist qui va rapidement rencontrer l'éditeur français François Ruy-Vidal. Apparaissent alors, plus ou moins "pop" comme l'était l'époque,  Etienne Delessert, Eleonore Schmid, Patrick Couratin, Nicole Claveloux, Claude Lapointe, Bernard Bonhomme, Heinz Edelman.
  • "Paris-New York" ou la découverte enchantée par l'éditeur Robert Delpire de Maurice Sendak, l'apparition de Tomi Ungerer et Georges Lemoine, l'installation aux USA du Suisse Etienne Delessert, les premiers Seymour Chwast et Milton Glaser, tellement influents ensuite sur l'équipe établie autour de Harlin Quist.
  • "Deuxième époque" parce que Quist-Ruy-Vidal, c'est fini. Les deux éditeurs se séparent. Henri Galeron ou Nicole Claveloux se partagent entre les deux. Quist publie aussi Guy Billout, Tina Mercié ou Philippe Corentin. Danièle Bour suit Ruy-Vidal chez Grasset.
  • "Directions artistiques" vu qu'au début des années 70, la forme et la fabrication comptent autant que le fond, période rêvée pour Patrick Couratin ou le magazine "Okapi".
  • "La société et les images libres" car cette littérature pour enfants qui sort des cases se retrouve à plusieurs reprises dans la très estimée revue "Graphis", fait l'objet d'expositions prestigieuses et de reportages de presse; nos héros déjà mentionnés ne sont jamais fatigués.
  • "Le long voyage" des albums pour enfants peut commencer, le chemin a été tracé, non sans peine comme toujours en cas d'innovation, par les pionniers Harlin Quist et François Ruy-Vidal. Dans cette voie ouverte s'engouffrent les éditions de l'école des loisirs, surtout pour leurs achats à l'étranger en ce temps-là, assez étonnamment les magazines Bayard et ensuite Gallimard en la personne de Pierre Marchand, le Sourire qui mord de Christian Bruel et bien sûr, encore et toujours Patrick Couratin. "Un paysage exceptionnel en ce qui concerne l'illustration éditoriale, qui a vu et verra fleurir des œuvres majeures à l'adresse de la jeunesse", observe l'auteur qui termine son ouvrage par une impressionnante série d'illustrations en guise d'exemples.

Que serions-nous sans Nicole Claveloux? (c) MeMo.

Très richement illustrée, la monographie "Les images libres" offre un magnifique outil pour aborder cette époque cruciale. Une foule d'informations enrichissantes sont rassemblées dans un texte documenté tout en étant agréable à lire qui s'appuie sur un formidable choix d'images. Voilà une monographie bien utile qui fera date. Quelques regrets tout de même.
  • Il n'est pas clairement mentionné que les images publiées proviennent en toute grande majorité du don de l'éditeur François Ruy-Vidal au fonds patrimonial de l'Heure Joyeuse, orientant ainsi la recherche de Loïc Boyer, ce que ne comprend pas nécessairement l'amateur profane désireux de s'instruire qui ne se réfère qu'au titre et au sous-titre.
  • Il n'y a pas de sommaire mais une abondante bibliographie par années de parution et une ligne du temps des maisons d'édition et des principales publications des auteurs durant ces deux décennies.
  • Surtout, il n'y a pas d'index permettant une recherche rapide et efficace.
 





vendredi 1 juillet 2022

Les 64 distinctions 2022 de l'Académie française

L'Académie française.

Pas de Belge au palmarès de l'Académie française pour l'année 2022, mais un Vietnamo-Américain de langue française, Trinh Xuan Thuan, une Suisse, Annick Ettlin, un Ecossais, Neil MacGregor et, pour la première fois, un média, en l'occurrence un journal libanais. Le millésime 2022 comporte 64 distinctions, allant parfois à plusieurs lauréats. On dénombre parmi eux quarante-six messieurs et dix-huit dames. On a le plaisir d'y repérer les noms des poètes Jean-Pierre Siméon, Yvon Le Men, Jean d'Amérique, Florence Trocmé,du cinéaste Arnaud Desplechin, du chanteur Jacques Dutronc, des écrivains Trinh Xuan Thuan, Eric Neuhoff, Anna Moï, Christian Garcin, Claude Habib, Jérôme Attal

Le Grand prix du Roman de l'Académie française sera quant à lui, comme de coutume, décerné à l’automne.


PALMARÈS DE L’ANNÉE 2022


complété des maisons d'édition par mes soins. 


GRANDS PRIX

Grand Prix de la Francophonie
M. Trinh Xuan Thuan (États-Unis)
Grande Médaille de la Francophonie
le journal quotidien libanais francophone "L'Orient-Le Jour" (lire ici)
Grand Prix de Littérature Paul Morand
M. Éric Neuhoff, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs dont Albin Michel)
Grand Prix de Littérature Henri Gal, Prix de l'Institut de France
M. Jean-Loup Trassard, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard et Le temps qu'il fait)
Prix Jacques de Fouchier
M. Raphaël Gaillard, pour "Un coup de hache dans la tête" (Grasset)
Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Louis-Henri de La Rochefoucauld, pour "Châteaux de sable" (Robert Laffont)
Grand Prix Hervé Deluen
Mme Anna Moï (L'Aube et Gallimard)
Prix Léon de Rosen
M. Éric Fottorino, pour "Mohican" (Gallimard)
Grand Prix de Poésie
M. Jean-Pierre Siméon, pour l'ensemble de son œuvre poétique (divers éditeurs dont Cheyne et Gallimard)
Grand Prix de Philosophie
Mme Anca Vasiliu, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs)
Grand Prix Moron
Mme Sandra Laugier, pour l'ensemble de ses travaux philosophiques (divers éditeurs dont Vrin et PUF)
Grand Prix Gobert
M. Maurice Vaïsse, pour "Le Putsch d'Alger" (Odile Jacob) et l'ensemble de son œuvre
Prix de la Biographie
M. François Angelier, pour "Georges Bernanos. La colère et la grâce" (Seuil)
Prix de la Critique
M. Sylvain Menant, pour "Voltaire et son lecteur. Essai sur la séduction littéraire" (Droz) et l'ensemble de ses travaux critiques
Prix de l'Essai
Mme Henriette Michaud, pour "Freud à Bloomsbury" (Fayard)
Prix du cardinal Lustiger
R.P. Michel Corbin, s.j., pour l'ensemble de son œuvre, après la parution de "Lecture pascale des noms divins selon Denys l'Aréopagite" (Editions du Cerf)
Prix de la Nouvelle
M. Uli Wittmann, pour "Le Crocodile blanc et autres hasards" (Mercure de France)
Prix d'Académie
M. Philippe Descola, pour "Les Formes du visible. Une anthropologie de la figuration" (Seuil) et l'ensemble de son œuvre
M. Patrick Reumaux, pour l'ensemble de son œuvre et son travail de traducteur (divers éditeurs)
M. Stéphane Guégan, pour "Caillebotte. Peintre des extrêmes" (Hazan)
Mme Florence Trocmé, pour son site Poezibao (ici)
Prix du Théâtre
M. Jean-François Sivadier, pour l'ensemble de son œuvre dramatique
Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Patrick Haudecoeur, pour l'ensemble de ses ouvrages dramatiques
Prix du Cinéma René Clair
M. Arnaud Desplechin, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique
Grande Médaille de la Chanson française
M. Jacques Dutronc, pour l'ensemble de ses chansons
Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises
Mme Osvalde Lewat, auteur franco-camerounaise qui a récemment publié "Les Aquatiques" (Les Escales)
M. Charles Xuereb, historien maltais, commentateur de la vie culturelle et politique française à Malte
Mme Jennifer Montagu, historienne de l'art anglaise, spécialiste de l'œuvre de Charles Le Brun et de l'art des XVIIe et XVIIIe siècles
M. Denis Vaugeois, historien et éditeur québécois, qui est notamment à l’origine d'un plan d'aménagement et de développement des bibliothèques publiques au Québec
M. Frantz Voltaire, historien haïtien, gardien et diffuseur de la culture haïtienne et caribéenne au Canada et en Amérique

PRIX DE POÉSIE

Prix Théophile Gautier
Mme Sandra Moussempès, pour "Cassandre à bout portant" (Flammarion)
Prix Heredia
M. Jean D'Amérique, pour "Rhapsodie rouge" (Cheyne)
Prix François Coppée
Mme Pascale Bouhénic, pour "76 façons d'entrer" (Gallimard/L'arbalète)
Prix Paul Verlaine
M. Yvon Le Men, pour "La Baie vitrée" (Editions Bruno Doucey) et "À perte de ciel" (Bayard)
Prix Henri Mondor
Mme Annick Ettlin, pour "Poétiques de la volonté de croire. Rimbaud, Mallarmé, Valéry" (Droz)

PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

Prix Montyon
M. Neil MacGregor, pour "À monde nouveau, nouveaux musées. Les musées, les monuments et la communauté réinventée" (Hazan)
Prix La Bruyère
M. Philippe Grosos, pour "Des profondeurs de nos cavernes. Préhistoire - Art - Philosophie" (Editions du Cerf)
Prix Jules Janin
MM. Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf, pour leur traduction de "L'intégrale des nouvelles" de Melville (Finitude)
Prix Émile Augier
M. Jean-Benoît Patricot, pour "Voyage à Zurich" (Editions Les Cygnes)
Prix Émile Faguet
Mme Mathilde Brézet, pour "Le Grand Monde de Proust. Dictionnaire des personnages d’À la recherche du temps perdu" (Grasset)
Prix Louis Barthou
M. Sylvain Fort, pour "Odysséennes. Cinq femmes homériques" (Editions des Busclats)
Prix Anna de Noailles
Mme Isabelle Dangy, pour "Les Nus d'Hersanghem" (Le Passage)
Prix François Mauriac
M. Olivier Hercend, pour "Zita" (Albin Michel)
Prix Georges Dumézil
M. Pierre Vesperini, pour son édition de "Théocrite, Les Magiciennes et autres idylles" (Gallimard)
Prix Roland de Jouvenel
Mme Lyane Guillaume, pour "Moi, Tamara Karsavina" (Editions du Rocher)
Prix Biguet
Mme Claude Habib, pour "La Question trans" (Gallimard)
Prix Ève Delacroix
Mme Brigitte Adès, pour "Les Voix de la forêt" (Portaparole)
Prix Jacques Lacroix
M. Luc Passera, pour "Les Insectes, rois de l'adaptation" (Editions Quae)
Prix Raymond de Boyer de Sainte-Suzanne
M. Emmanuel Cattin, pour "La Venue de la vérité. Phénoménologie de l'esprit selon Jean" (Vrin)

PRIX D'HISTOIRE

Prix Guizot
M. Christian Baechler, pour "La Trahison des élites allemandes. Essai sur le rôle de la bourgeoisie culturelle (1770-1945)" (Passés composés)
M. Jean-Pierre Langellier, pour "Léopold Sédar Senghor" (Perrin)
Prix Thiers
M. Charles-Éloi Vial, pour "Napoléon et les bibliothèques. Livres et pouvoir sous le Premier Empire" (Cnrs)
Prix Eugène Colas
M. Jérémie Gallon, pour "Henry Kissinger. L'Européen" (Gallimard)
Mme Pauline Valade, pour "Le Goût de la joie. Réjouissances monarchiques et joie publique à Paris au XVIIIe siècle" (Champ Vallon)
Prix Eugène Carrière
M. Jean-Pierre Cuzin, pour "La Tour" (Citadelles & Mazenod)
Prix Louis Castex
M. Paul Salmona, pour "Archéologie du judaïsme en France" (La Découverte)
Prix Monseigneur Marcel
Mme Bénédicte Boudou, pour "La Sphère privée à la Renaissance" (Classiques Garnier)
M. Ludovic Balavoine, pour "Jan Van Eyck. Als ich can" (Septentrion)
Prix Diane Potier-Boès
M. Étienne Jouhaud, pour "L'Expérience du Levant à l'automne de la Renaissance. Le Voyage de Constantinople" (Classiques Garnier)
Prix François Millepierres
M. Christophe Dickès, pour "Saint Pierre. Le mystère et l'évidence" (Perrin)
Prix Augustin Thierry
M. Xavier Hélary, pour "L'Ascension et la Chute de Pierre de La Broce, chambellan du roi († 1278). Étude sur le pouvoir royal au temps de Saint Louis et de Philippe III"" (Honoré Champion)

PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE

Prix Henri de Régnier
M. Dominique Charnay, après "Queneau et ses vies de chien" (Editions des Grands Champs)
Prix Amic
M. Jérôme Attal, après "L'Âge des amours égoïstes" (Robert Laffont)
Prix Mottart
Mme Salomé Baudino, après "Le Syndrome des cœurs brisés" (Editions de l'Observatoire)


jeudi 30 juin 2022

Le divin Pomelo a fêté ses vingt ans

Une édition originale qui a été beaucoup lue. (c) Albin Michel Jeunesse.

Bigre! Les réseaux sociaux m'apprennent que Pomelo, l'éléphant rose de Ramona Badescu et Benjamin Chaud vient de fêter ses vingt ans. L'album "Pomelo est bien sous son pissenlit" (Albin Michel Jeunesse, 96 pages) est en effet sorti le 3 juin 2002! Voici ce que j'en écrivais dans "Le Soir" du 21 août:
"Il est extrêmement agréable de constater que, dans un domaine graphique où l'on se plaît à répéter que tout a déjà été inventé, certains arrivent encore à renouveler le genre de façon plaisante. Ainsi en est-il avec le réjouissant album "Pomelo est bien sous son pissenlit", agréablement épais sous sa couverture mate brochée. Déjà, le titre rigolo laisse entrevoir la fantaisie de l'ouvrage, Pomelo n'étant pas le fruit bien connu mais un petit éléphant de jardin, tout rose et nanti d'une trompe démesurée; on la confondrait presque avec un ver de terre!
Le volume présente trois histoires savoureuses qui se déroulent au ras des légumes du potager. Laitues, poireaux, carottes, navets, radis et autres variétés subissent une très jolie interprétation artistique tout en demeurant reconnaissables. Ils constituent le décor de cet album plein d'humour tout en participant activement au récit. Un récit où se raconte l'éléphanteau, avec ses joies, ses soucis et ses peurs: sa trompe qu'il écrase en dansant mais dont il peut faire un turban, les conseils de ses copains pour mieux vivre avec son appendice nasal hors norme, ses rêves d'épater les fourmis ou ses craintes de s'être trompé d'histoire en rencontrant le petit Chaperon rouge au détour d'une page.
Autant de petites touches amusantes, emplies de finesse et de fantaisie, joliment rythmées, que met en valeur une illustration pétillante où alternent scènes sur fond de couleurs et images détourées. Un album vraiment jubilatoire. Pour tous, dès 4 ans."

Vingt ans plus tard, je partage toujours mon avis. Et je suis particulièrement enchantée que quatorze autres albums "Pomelo" aient rejoint le premier, dans tous les formats, dans tous les genres et parfois ailleurs qu'au potager initial (lire ici). Puissent les enfants des nouvelles générations découvrir les histoires du petit éléphant de jardin.

2002-2020.


L'illustrateur Benjamin Chaud célébrant les 20 ans de Pomelo.