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mardi 1 décembre 2020

Les prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles en visioconférence cacophonique

Caroline Lamarche.

En visioconférence à causes des mesures sanitaires, la cérémonie de remise des Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles s'est ouverte ce mardi 1er décembre sur une pensée à Jacques De Decker, couteau suisse des lettres, disparu en avril (lire ici). Un fameux menu que les onze récompenses à annoncer, parfois dédoublées entre plusieurs auteurs! Toutefois, les invités n'ont eu ni capsules vidéos des lauréats (visibles sur le site objectif plumes), ni champagne, ni petits fours, mais les remerciements à foison des divers récompensés et une foule de problèmes techniques et de répétions "On vous entend", "On ne vous entend pas", "Vous m'entendez?", qui ont tenu finalement du running-gag.

Palmarès

Prix quinquennal de Littérature, couronnement de carrière

Caroline Lamarche (Gallimard, Les Impressions Nouvelles, Minuit) 
Titulaire de plusieurs autres prix (Prix triennal 2019 de la prose en langue française pour son roman "Dans la maison un grand cerf", Prix Goncourt de la nouvelle 2019 pour son recueil "Nous sommes à la lisière", prix Rossel 1996 pour "Le jour du chien"), Caroline Lamarche a indiqué qu'elle était une des plus jeunes lauréates du prix car elle n'écrit que depuis vingt-cinq ans. Elle a aussi rappelé combien les poètes et les écrivains sont indispensables en ces temps de pandémie, rappelant le site les "Fleurs de funérailles" créé par le poète national Carl Norac et auquel elle collabore (ici). "Nous sommes au cœur des choses", a-t-elle ajouté.

Prix Atomium-FWB, Bande dessinée, couronnement de carrière

Dominique Goblet pour "L'Amour dominical" (avec Dominique Théate, Fremok)

Prix de la Première Œuvre en Langue française

Maud Joiret pour son recueil poétique"Cobalt" (Editions Tétras Lyre, 2019)
Claire May pour son roman "Oostduinkerke" (Editions de l'Aire, 2019)

Prix de la Première Œuvre en Bande dessinée 

Aurélie Wilmet pour "Rorbuer" (Editions Super Loto, 2020)
Un mot en norvégien comme titre, celui qui désigne les petites cabanes de pêcheurs peintes en rouge qu'on trouve dans le nord de la Norvège.

Prix de la Première Œuvre en Littérature de Jeunesse

Sandra Edinger pour l'album "Le grand débordement" (Editions Winioux, 2019)

Un album réversible dont les deux récits placés tête-bêche se retrouvent au centre du livre. Ceux de Lili et de son doudou Nounou qui sont séparés par une inondation subite et démentielle qui engloutit tout. La petite fille trouve refuge avec sa famille sur le toit de la maison, son doudou est accueilli sous terre par une taupe et un lapin. Un texte quasi identique est décliné en deux séries d'images. Les deux inséparables se retrouveront-ils? Bien sûr que oui.
Passée par La Cambre, l'artiste française explique qu'elle souhaitait que le sujet de la séparation soit aussi exprimé par la forme du livre pour la rendre plus réelle. Il faut en effet lire chaque histoire séparément avant d'arriver à la jonction au milieu. Conçu en bichromie, l'album regorge de détails chers au jeune public.

Prix triennal de Poésie en Langue française

Marc Dugardin pour "Lettre en abyme" (Editions Rougerie, 2016)

Prix triennal de l'Essai

Pascal Durand et Tanguy Habrand pour "Histoire de l'édition en Belgique (XVe-XXIe siècle)" (Les Impressions Nouvelles, 2018)

Prix Léo Beeckman (rayonnement des Lettres belges à l’étranger)

La Compagnie PMVV le grain de sable pour ses Rencontres d'été théâtre & lecture en Normandie

Prix triennal de Poésie en Langue régionale endogène

Jacqueline Boitte pour "Èstwales" (Tétras Lyre)

Prix de la Première Œuvre en Langue régionale endogène 

Anne Blampain pour "Dji routeu sins mouv'te" (à paraître)

Prix biennal de Philologie en Langue régionale endogène 

Jean-Louis Laurent pour "Dictionnaire du patois d’Èthe-Belmont" (à paraître)


mardi 8 mars 2016

Trois visages de Liliane Wouters

Quand on a appris la triste nouvelle du décès de Liliane Wouters le 28 février dernier (lire ici), on savait que son recueil "Trois visages de l'écrit" (Espace Nord, 224 pages) devait paraître quelques jours plus tard. Tanguy Habrand, de la collection Espace Nord, écrivait en ce jour de deuil: "J'ai appris ce matin avec beaucoup de tristesse le décès de Liliane Wouters. Nous savions, tout en préparant depuis quelques mois un volume de ses œuvres à paraître dans la collection "Espace Nord". Samedi dernier, à la Foire du livre de Bruxelles, Yves Namur, son ami, éditeur, médecin et postfacier, est venu nous voir inquiet. Le livre nous était parvenu la veille. Il a emporté un exemplaire et s'en est immédiatement retourné à l'hôpital. Yves Namur a pu montrer le livre à Liliane Wouters. Elle lui a dit être heureuse, qu'elle l'attendait. Elle lui a dit merci. D'ici quelques jours, va donc paraître en librairie un livre sans son auteur. Je ne sais si c'est beau ou si c'est triste. Je pencherais pour la deuxième solution si Yves Namur ne s'était empressé d'offrir à Liliane Wouters une ultime preuve de son amitié. Nous ne l'en remercierons jamais assez. Aussi allons-nous considérer ces "Trois visages de l'écrit" comme l'expression la plus brute de ce qu'un éditeur peut offrir à un auteur de talent: une modeste contribution à la résonance de son œuvre. La portée spirituelle du "Journal du Scribe", du "Billet de Pascal" et du "Livre du Soufi" est telle que leur publication simultanée prend un relief singulier et apaisant à l'heure du départ."

Liliane Wouters.
Le voilà donc maintenant en librairie ce volume rassemblant "Journal du scribe" (1990), "Le Billet de Pascal" (2000) et "Le Livre du soufi" (2009). Les livres republiés font entendre trois voix d'homme qui ont en commun l'écrit et qui sont la Liliane Wouters des livres.Les recueils de textes poétiques sont suivis d'une très intéressante conversation entre Liliane Wouters et Yves Namur, son éditeur et ami. Ensemble, ils abordent toutes les grandes questions de la vie avec justesse et franchise, l'amour, la foi, la poésie, la mort... Enfin, l'ouvrage s'achève sur une postface d'Yves Namur qui parcourt l'œuvre poétique de la grande dame.

"Trois visages de l'écrit" est donc un livre posthume. Le parcourir dans cette nouvelle condition renforce encore le pouvoir des textes qui y sont réunis. Ecrits de dix en dix ans, les trois livres qui le composent donnent à connaître et aimer une femme de lettres qui nous manque déjà. Liliane Wouters fut membre du Pen Club belge, a-t-il été rappelé hier, lors de la séance inaugurale de la résurrection de l'association. Personnellement, il me plaît de rappeler son souvenir et son œuvre en ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

Dans "Journal du Scribe"
Aujourd'hui j'ai vécu exactement
onze fois cinq ans, treize jours.
Sans compter les mille existences précédentes,sans compter les dix mille vies à venir

Onze fois cinq ans que je tente
de retrouver ce que j'étais,
d'accepter ce que je serai, 
de devenir ce que je suis

Dans "Le Billet de Pascal"
J'étais poète et nul ne le savait,
même pas moi. Assise au bord des chaises,
rien qui disait le permanent malaise,
l'être en sommeil où la pâte levait.
Aucune trace sur le front, aucun indice.
Nul pour me dire: mon enfant, ma sœur,
pour mettre en garde: traitez-la avec douceur, 
détournez d'elle ce calice.

Dans "Le Livre du soufi"
À l'heure de ma mort ouvre grand la fenêtre
Que je puisse partir
Sans rencontrer d'obstacle au moment où mon être
Tentera de sortir.

Et puis, regarde moi que je te dise adieu.
À l'instant où mon âme prendra son essor
Elle s'attardera si longtemps dans tes yeux.
Je ne sentirai pas qu'elle quitte mon corps.