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mardi 25 septembre 2018

Un roman qui a du chien et des Barbie

Véronique Bergen. (c) A. Trellu.
Le temps, le temps, le temps, quel mur sur lequel l'humain butte inexorablement.
Le temps de lire évidemment, toujours trop court par rapport à la pile.


En haut de celle-ci, "Tous doivent être sauvés ou aucun", le nouveau roman de la Belge Véronique Bergen (ONLIT Editions, 265 pages). Surprenant, épatant, qui vous happe dès la première ligne, qui vous secoue comme une balle dans la gueule d'un berger allemand. Un roman mordant comme les chiens qu'il met en scène. Car oui, ce sont des chiens qui prennent la parole dans ce texte d'une richesse infinie, d'une virtuosité régalante. Et ces points de vue inversés sont formidables.

"Tous doivent être sauvés ou aucun" commence par le récit d'un chien, forcément abandonné par les humains dont il s'occupait. Devenu solitaire, devenu errant, passant la parole à d'autres narrateurs canins, Falco évoque les grands événements de l'Histoire à travers de célèbres congénères. D'abord, on a souvent oublié le rôle de tous ces toutous pas toujours traités comme ils le méritaient. Ensuite, on savoure les phrases qui se jouent des expressions où interviennent peu ou prou des canidés. Enfin, on découvre le point de vue des quatre-pattes sur nous, bipèdes occupant la planète. Quelle claque, quelle virtuosité!

En dénonciatrice de la folie humaine, on rencontre d'abord Laïka, victime de la conquête spatiale. Mais à la mode Bergen. Ce formidable texte, qui joue sur les mots, les sons, les situations (ah cette poupée Barbie) donne trop envie de dévorer le reste du livre afin d'éprouver les mêmes satisfactions littéraires. Mais le temps, le temps, le temps... De découvrir les destins des "riot dogs", ces chiens des insurrections grecques, de Blondi, le berger allemand d'Hitler, ceux des expéditions polaires, celui d'une tribu d'Indiens d'Amazonie, ceux de Marie-Antoinette... D'examiner ce miroir de notre futur qui nous glisse en douce: stop ou encore?

Véronique Bergen sera ce mardi 25 septembre à 19 heures à la librairie Tropismes (11 Galerie des Princes, 1000 Bruxelles). Elle s'entretiendra avec Sami El Hage, libraire.


lundi 24 septembre 2018

"Portées-portraits" avec Ariane Le Fort ce lundi

Ariane Le Fort.

Ce lundi 24 septembre, le remarquable cycle de soirées littéraires en musique Portées-Portraits, organisé par Geneviève Damas et sa compagnie Albertine, fait sa rentrée à  la Maison Autrique (1030 Bruxelles). Et c'est Ariane Le Fort qui l'inaugure avec son dernier roman en date, "Partir avant la fin" (Seuil, 174 pages).
Cette nouvelle saison est intitulée "Reculer les murs". Pour inviter chacun à sortir de ses zones de confort et à investiguer des territoires inconnus. Pour découvrir des auteurs contemporains le temps d'une lecture-spectacle, plusieurs fois par an. En effet, à "Portées-Portraits", des comédiens donnent à entendre des extraits de livres "coups de cœur", accompagnés par des musiciens. 

Ce lundi soir, "Partir avant la fin" d'Ariane Le Fort, sera lu par Véronique Biefnot dans une mise en voix d'Emmanuel Dekoninck, avec Olivier Colette au piano. La lecture-spectacle débutera à 20h15 (durée 1 heure 15) mais une rencontre avec l'auteure est organisée sur place à 19 heures. Un roman qui arrive cinq ans après le précédent, dans le tempo habituel de l'écrivaine née à Mons en 1960. Un roman sans gras comme écrit Ariane Le Fort.

"Partir avant la fin", c'est l'histoire d'une femme loin dans la cinquantaine qui vivote sa vie. Léonor a une sœur, Violette, et une mère fort âgée qui rêve d'en finir mais de belle façon. Elle a aussi une fille adulte qui vit sa vie d'adulte. Mais l'intrigue est ailleurs dans ce roman en deux parties qui portent les noms de deux hommes, Nils et Dan. Nils, l'homme que Léonor vient de rencontrer et pour qui elle éprouve une attirance d'ado, avec qui elle redécouvre le sexe et son corps, avec qui elle a un comportement d'amoureuse inquiète, sans savoir ce qui viendra ensuite. Dan, l'Américain qu'elle aime depuis quarante ans et qu'elle retrouve épisodiquement à New York la plupart du temps. Pas cette fois-ci, Dan et elle ont programmé un séjour de dix jours à Budapest. Oui, mais Nils?

Ce mauvais timing est également bousculé par l'état de la maman qui perd la mémoire autant que ses forces. Qui veut partir avant la fin. A moins que ce ne soit Léonor? Ariane Le Fort triture à sa façon, à la fois crue et sensible, drôle et triste, les paradoxes de la vie telle qu'on ne les prévoit pas. Un roman qui est une chanson douce qui résonnera à l'oreille de nombreuses femmes de 57 ans ou environ.

Romans d'Ariane Le Fort

  • 1989 "L'eau froide efface les rêves" (Editions Régine Desforges)
  • 1994 "Comment font les autres?" (Seuil)
  • 1999 "Rassurez-vous, tout le monde a peur" (Seuil)
  • 2003 "Beau-fils" (Seuil, prix Rossel)
  • 2010 "On ne va pas se quitter comme ça?" (Seuil)
  • 2013 "Avec plaisir, François" (Seuil)
  • 2018 "Partir avant la fin" (Seuil)



Pratique
Ce lundi 24 septembre
A la Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Rencontre avec l’auteur à 19 heures
Lecture-spectacle à 20h15
Prix des places: 8 € (permettant de visiter toute la maison)
Renseignements et réservation conseillée:
02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com
www.compagniealbertine.be


dimanche 23 septembre 2018

Quelle heure est-il, Docteur Monde?

L'armée est consultée. (c) Editions Notari.

L'indignation est facile, l'action beaucoup moins. C'est ce que pointe avec un solide humour noir l'album jeunesse de l'artiste portugaise Catarina Sobral, publié en français, "Comment ça, il a renoncé?" (Editions Notari, 36 pages). Un grand format dont le graphisme fait penser à celui du duo hongrois Eva Janikovszky (1926-2003) pour les textes et Laszlo Réber (1920-2001) pour les illustrations (lire ici), avec ses petits bonshommes rigolos et colorés posés sur le papier.

L'heure est grave. (c) Editions Notari.
Bel aboutissement pour un album entamé il y a trois ans sur un coin de table dans un restaurant à Bologne! Car il est un appel vibrant à trouver des solutions par rapport à la nature qui se déglingue. Le texte évoque tout de suite, sur fond noir, "le jour où le monde a renoncé". Bouf, d'un coup, ce dernier a disparu, excellente allégorie. Plus de plantes, plus d'animaux, plus d'océans ni de continents. Il faut donc que les humains cherchent des solutions. Oui, mais où?

En autant de doubles pages aux fonds de différentes couleurs, l'artiste convoque successivement les politiciens, l'armée, les scientifiques aérospatiaux, les astronautes, les philosophes, les écologistes, les physiciens, les cuisiniers, les fabricants d'hologrammes, sans oublier le meilleur joueur de football du monde. Quelle solution proposent-ils? C'est un fameux brouhaha chaque fois entre les intervenants et l'occasion de remarquables commentaires de la part de ceux qui passent par là.

Constatations, et solutions? (c) Editions Notari.

Simples mais solidement campées, les images sont très intéressantes par leur composition qui juxtapose les orateurs ainsi que par leur sobriété aussi expressive que les dialogues entre les personnages. Les remarques et les réflexions valent le détour. Voilà le développement durable abordé de front dans ce qu'il a de plus alarmant. Mais des solutions seront esquissées en finale par la population après le rapport des spécialistes sur leurs diverses cogitations. Et le monde pourrait peut-être revenir. Une fable judicieuse pour ouvrir les yeux sur l'état de la planète dont le propos inquiet est tempéré par un humour omniprésent. A partir de 8 ans.






jeudi 20 septembre 2018

Le Petit Prince filmé à New York

La bande-annonce en anglais

Recevoir un mail personnalisé de New York, de la société The Creative Shake, cela n'arrive pas tous les jours. Voyons voir. Qu'apprenons-nous? Qu'un film tiré du "Petit Prince" de Saint-Ex' est en tournage à New York, avec des acteurs et dans des décors réels! Ce sera "La couleur du soleil", réalisé par Paola Sinisgalli. On trouve au générique du long-métrage le nom de Philippe Petit, artiste français habitant à New York aujourd'hui, célèbre pour ses performances aériennes. Pour le reste, le film semble se vouloir une adaptation contemporaine du classique entré dans le domaine public.

Une scène de "La couleur du soleil".


Je vous laisse découvrir le message new-yorkais, avec ses fautes d'orthographe, de traduction et son sens commercial.

"Cher Lucie,

Je me permets de vous contacter car je pense qu'il vous intéresserait de savoir qu'un long métrage intitulé "La Couleur du Soleil" sera tourné à New York, constituant ainsi la première adaptation cinématographique à prises de vues réelles du classique intemporel d'Antoine de Saint-Exupéry: "Le Petit Prince".

Ce roman de renom a été traduit dans plus de 300 langues et dialectes et a été vendu à près de 200 millions d'exemplaires dans le monde entier depuis sa publication - à New York - en 1943. En 2015, après plus de 75 ans de publication continue, le livre est entré dans le domaine public dans la plupart des pays du monde.

Inspiré du lieu de naissance de l'histoire, Paola Sinisgalli - créatrice, écrivaine et directrice - a entrepris son adaptation cinématographique. "La Couleur du Soleil", qui sera son premier projet de long-métrage, est une réinvention du conte, prenant la ville de New York comme toile de fond. La jungle urbaine se prête incroyablement bien au voyage du Prince; un melting pot de culture et de personnages serpentant dans cette métropole tentaculaire que ces derniers appellent leur maison.

Ce projet a déjà suscité l'’intérêt de plusieurs acteurs de talent, come Luis Guzmàn ("Le Conte de Montecristo", "Miami Vice", "Narcos"), Michael Imperioli ("Les Sopranos", "Les Affranchis", "Summer of Sam") et Philippe Petit ("Man on the Wire", "The Walk", "Mondo"). Guzman et Imperioli sont auditionnés pour les rôles du Roi Latin - un chef de mafia portoricain qui sera le premier à accueillir le Prince quand il arrive dans la ville - et l'homme d'affaires - un trader de Wall Street qui est en charge de la gestion des étoiles dans le ciel. Alors que ces deux rôles sont reconnaissables dans l’histoire originale, le personnage de Philippe Petit se base sur une illustration non publiée trouvée dans le manuscrit original, qui est à la librairie-musée de Pierpont Morgan à New York. En plus de ses talents d’acteur, Petit est connu dans le monde entier pour sa marche sur câble entre les Tours Jumelles en 1974. Sa participation au projet a d'autant plus de sens que son père, Edmond Petit, était aussi un pilote et a servi aux cotés d'Antoine de Saint-Exupéry pendant la deuxième guerre mondiale.

La réalisation de "La Couleur du Soleil" est rendue possible grâce à la passion du public et à leur généreux soutien financier. Vous pouvez retrouver le démarrage de sa campagne ici. Sur ce lien, vous trouverez toutes les informations nécessaires ainsi que des mises à jour exclusives. Le site internet du film est www.TheColorOfTheSunFilm.com.

Vous trouverez également certaines bandes annonces qui parcourent le monde :

https://www.youtube.com/watch?v=v0YYjpp_u1U (en français)

https://www.youtube.com/watch?v=MfDxfxj4zD0 (en anglais)

https://www.youtube.com/watch?v=W9z0NcVOm-0 (en anglais)

Tout comme l'histoire qui s'en est inspiré, le film n'est pas seulement pour les enfants ou pour les adultes, mais pour tous. "La Couleur du Soleil" va captiver le public en les embarquant dans un voyage inoubliable à travers les 5 quartiers de New York, avec des personnages remarquables.

La vision de Paola Sinisgalli promet de souffler un vent frais sur le célèbre conte en lui donnant une dose de modernité, tout en restant fidèle à l'intrigue et aux personnages originaux. Les thèmes centraux d'humanité, d'enfance et de la vie sont explorés avec créativité et confiance et nous rappellent d'apprécier les petites choses de la vie.

La ville de New York est instrumentalisée pour devenir le contexte idéal pour explorer ces thèmes. La solitude du Pilote, juxtaposée au capharnaüm de la ville, livre une vision aigre-douce de l'âge adulte et des choses insignifiantes dont nous remplissons nos journées. Le désert dans le livre original n'a pas tant une portée visuelle mais représente plutôt l'état émotionnel internalisé du protagoniste; un vide à remplir et enrichir alors qu'il rencontre un petit garçon mystérieux qui changera sa vie en lui révélant le véritable sens de la vie."


La version filmée de la dédicace.


mercredi 19 septembre 2018

Les générations estampillées VM orphelines

Reçu après l'exposition à Seed Factory en 2001.


Luc Van Malderen qui s'est éteint ce 14 septembre 2018 à l'âge de 88 ans a été un artiste exceptionnel. S'en rappelle-t-on assez? Ses gravures influencées par le monde industriel sont dans toutes les rétines. Luc Van Malderen (VM) fut un artiste original, graphiste, photographe, sémioticien (spécialiste de l'étude des signes, des symboles et de leur signification) et théoricien de l'image. S'il influença plusieurs générations de graphistes, les poussant à explorer le vocabulaire graphique, il révéla aussi de nombreux illustrateurs à eux-mêmes. Il fut en effet le directeur du département de communication visuelle de l'ENSAV La Cambre entre 1962 et 1994. Et ses élèves gardent des souvenirs émus du pédagogue passionné qu'il fut.

Luc Van Malderen

En octobre 2001, toutes générations confondues, 79 anciens étudiants de l'Atelier de communication graphique de La Cambre rendaient hommage à leur ancien prof et ami, Luc Van Malderen par une exposition présentée à Seed Factory (Auderghem, Bruxelles).

Voici ce que j'en avais écrit à l'époque.

"Combien de ses 2.400 "petits lapins", comme les appelle affectueusement Luc Van Malderen, sont-ils venus jeudi soir fêter leur ancien prof (32 ans de carrière)? Plus de 300 sûrement, serrés comme des sardines dans le superbe espace d'exposition de Seed Factory (une ancienne graineterie industrielle) mais bien décidés à rendre hommage au fondateur de l'Atelier de communication graphique de La Cambre. Et surtout à lui redire leur profonde amitié filiale.

Du beau monde, le gratin du graphisme et de l'illustration, curieux de découvrir l'exposition "Générations-vm". Sous ce pluriel et ces initiales énigmatiques se niche le touchant hommage rendu par plusieurs générations d'étudiants à un bonhomme hors du commun. Pétulant, rigolo, plein d'entrain et de curiosité. Uniquement habillé de noir, durant sa première année d'enseignement, en 1962, parce qu'"on ne chahute pas quelqu'un en deuil", selon son aveu. Un pédagogue enthousiaste qui "ouvre les têtes, qui ouvre les robinets du crayon", glisse un de ses élèves.

"Un croisé des deux dimensions", sourit son ami, le graphiste et sculpteur Michel Michiels. Un passionné de sémiologie, d'architecture industrielle. Un immense producteur d'images mais aussi de mots: "Entre être et paraître, il y a place pour la comédie humaine". Ou: "Les enfants jouent; c'est leur travail. Ce serait bien de faire jouer les adultes en prétextant un travail urgent". Ou encore, en peu de mots: "C'est en pensant qu'on devient pansu".

"Luc Van Malderen n'est pas quelqu'un de banal", explique Jean-Manuel Duvivier qui a repris le flambeau de l'atelier de La Cambre et est un des organisateurs de l'exposition. "Nous ne voulions pas de portraits de Luc", explique-t-il. "Nous sommes partis de ses textes, de ce qu'il a écrit en relation avec sa peinture et sa pédagogie et nous avons proposé aux anciens étudiants de les illustrer." Septante-neuf d'entre eux ont répondu à l'appel, graphistes, publicitaires, illustrateurs, peintres, photographes, etc. Leurs créations témoignent à merveille de l'esprit d'atelier qui a toujours prévalu chez Van Malderen. "Autant de discours qui sont sur les murs", affirme Michel Michiels, premier diplômé et propriétaire des lieux.

L'œil glisse sur les cimaises bien garnies, épingle les grands noms du graphisme contemporain. Cocorico! Tant d'anciens élèves et des amis, comme le photographe Christian Carez, qui ont illustré les écrits de Van Malderen en lui glissant quelques private jokes. Franck Sarfati, par exemple, le patron du bureau de graphisme Sign, décline avec sobriété la "cotation évolutive vm", du petit point au gros point. Dans une vidéo, Anthony Huerta, pionnier du travail informatique, évoque les "trois feutres magiques". On lit encore les noms de Marc Lemer, responsable des dessins animés chez le cinéaste américain Steven Spielberg, Philippe Van Duynen aux campagnes de pub remarquées, Olivier Wiame, créateur des affiches du Théâtre de Poche. Des noms connus en littérature de jeunesse aussi, Mario Ramos, Josse Goffin, David Merveille, Pascal Lemaître, Jean-Louis Lejeune, Quentin Van Gijsel.
Enfin, on découvre le travail de tous les graphistes anonymes qui rendent notre quotidien visuel moins banal."


"Un subtil mélange d'amour et de rigueur"

ENTRETIEN

Nom. Luc Van Malderen.

Naissance. En 1930.

Qualités. Graphiste, artiste, sémiologue, conférencier et professeur de communication graphique.

Présence à La Cambre. 32 années, de 1962 à 1994.

Particularité. Tout ce qu'il a choisi de faire l'amuse.


Comment réagissez-vous à l'hommage qui vous est rendu?

J'ai découvert cette exposition peu de temps avant vous. C'est magnifique, comme vivre un rêve éveillé. Je veux tout lire, tout voir. Mais je suis déjà malade à l'idée que d'anciens étudiants n'aient pas été prévenus.


Qu'est-ce qui vous frappe le plus dans l'expo?

Le plus étonnant pour moi qui ai été enseignant pendant 32 ans, est de voir qu'aujourd'hui, toutes les générations de mes étudiants sont réunies en même temps. Certains d'entre eux ne se connaissaient même pas et se découvrent ici.


C'est quoi la pédagogie Van Malderen?

J'ai toujours mélangé l'amour et la rigueur. Je ne laissais rien passer à mes étudiants. J'exigeais énormément d'eux. Moi-même, j'ai continué à créer dans le domaine de l'enseignement. Onze universités américaines m'ont invité et m'ont accueilli avec des trompettes.


Vous avez dit plusieurs fois que vous aviez de la chance...

Effectivement, j'ai eu beaucoup de chance. D'abord, pouvoir faire ce que je voulais. Ensuite, d'avoir eu dans mes étudiants des groupes très intéressants, avec de vrais créateurs.


 Le dessin de Philippe de Kemmeter pour l'expo "générations-vm" en 2001.


Les 12 lauréats du concours "émergences!"


Rappelez-vous! Le 17 avril dernier, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (1.400 auteurs jeunesse) lançait le concours de nouvelles "émergences!", adressé à tous les auteurs et autrices débutant(e)s ou en voie de professionnalisation (lire ici).

Aujourd'hui, douze lauréat(e)s ont été sélectionnés parmi les 62 candidatures reçues. Il s'agit de

  • Lilie Bagage 
  • Gaël Bordet 
  • Stéphane Botti 
  • Judith Bouilloc 
  • Damien Galisson 
  • Pierre-François Kettler 
  • Aylin Manço 
  • Gilles Monchoux 
  • Delphine Pessin 
  • Betty Piccioli 
  • Laura P. Sirkoski 
  • Frédéric Vinclère


Ils recevront:

  • un parcours de formation avec des auteur(e)s confirmé(e)s comme Marion Achard, Sophie  Adriansen, Mathieu Sylvander, Emmanuel Trédez, Flore Vesco et Séverine Vidal. 
  • la parution d'un recueil réunissant les douze nouvelles en novembre.
  • des rencontres privilégiées avec des éditeurs pendant le salon du livre de Montreuil.
  • des événements littéraires de valorisation des textes en 2019.


Le jury était composé des auteurs et autrices Clémentine Beauvais, Marie-Aude Murail et, pour la Charte, Camille Brissot et Guillaume Nail, des professionnels de la littérature jeunesse Valérie Beaugier et Marilyne Duval pour les bibliothèques de Montreuil, Emmanuelle Chesnel, professeure de Lettres et présidente du Festival du Livre jeunesse de Cherbourg, Tom Lévêque, blogueur, Charlotte Rigaux, libraire chez Millepages Jeunesse (Vincennes), Céline Robert, responsable des librairies Leclerc au niveau national.


Murakami se retire du Nobel alternatif


Update. L'écrivain japonais Haruki Murakami, un des quatre finalistes du New  Academy Prize in Literature, Nobel alternatif  (lire ici) , a demandé à être retiré de la sélection, expliquant que "sa préférence est de se concentrer sur son écriture, loin de l'attention des médias". Restent donc en lice Maryse Condé, Neil Gaiman et Kim Thúy. Verdict le 12 octobre.

Le prix a été créé par la journaliste suédoise Alexandra Pascalidou dans le but de décerner un prix international de littérature puisque le prix Nobel de littérature 2018 ne sera pas décerné (lire ici). La Nouvelle Académie prévoit de se dissoudre en décembre 2018.

Le prix est doté d'un million de couronnes suédoises (quasiment 100.000 euros). Le/la lauréat(e) sera présenté(e) lors d'un événement officiel le 9 décembre 2018.

mardi 18 septembre 2018

La forêt comme parabole de l'existence

Double page de l'album "La forêt". (c) Gallimard Jeunesse/Giboulées.

Cet élégant grand format se remarque tout de suite par son papier mat, son épaisseur ainsi que son usage de la couleur blanche tranchant sur les verts sylvestres. L'album "La forêt" de Riccardo Bozzi, illustré par Violeta Lopiz et Valerio Vidali (traduit de l'italien par Faustina Fiore, Gallimard Jeunesse/
Giboulées, 64 pages) est une merveille de livre qui a le ton d'une fable et distille de nombreuses surprises graphiques. Quelle inventivité!

En couverture, une belle fresque de nature s'étend jusque sur les deux rabats.  Ensuite, c'est l'étonnement. Sauf exception commandée par la narration, les pages ne sont pas coupées côté gouttière (côté opposé au dos), créant ainsi des séries de deux feuillets immaculés. Plusieurs utilisations sont possibles: accueillir les très belles illustrations, y découper les paires d'yeux de visages pour voir plus loin dans l'histoire, y embosser et y gaufrer les traits des humains qui en sont les protagonistes. Un procédé subtil qui a belle allure. Un choix d'illustration qui demande aussi au lecteur de s'investir: pourquoi le visage est-il à l'envers, pourquoi les visages vieillissent-ils, d'où voit-on la clairière...

Jeu de découpe...

... annonçant la double page suivante.

L'histoire est celle d'explorateurs qui découvrent une forêt immense, infinie. Leurs visages enfantins, en gros plan, voient d'abord un "petit bois de jeunes pins". On distingue ensuite les enfants tout petits,  accroupis, qui observent les fourmis tandis que s'offrent à nous de très beaux instantanés bucoliques où apparaissent plantes et insectes. L'album se poursuit en doubles séquences, un gros plan du visage avançant en âge, embossé et gaufré, un bref texte relatant l'avancée de l'expédition, puis une double page montrant une scène dans une forêt qui se densifie ou accueille chaque fois d'autres familles d'animaux.

Image de nuit à toucher.

On progresse dans une exploration de plus en plus difficile mais de plus en plus fascinante où apparaît aussi la relation à l'autre, amitié, rivalité ou amour. Peu de mots mais tout, c'est-à-dire le cycle de la vie, se comprend dans les visages et les gestes apparaissant en relief dans cette nature luxuriante. Une nature à laquelle les humains s'adaptent, créant des liens, des jeux, des habitudes comme les histoires autour du feu le soir. Une phase d'activités diverses et d'affirmation de soi qui bouleverse le rythme narratif précédent. Maintenant, les randonneurs sont partout, ensemble ou séparément. Les visages reviennent alors, adultes, puis vieillis tandis que la forêt apparaît terriblement enchevêtrée. Des clairières permettent de reprendre des forces mais le voyage n'est pas fini. Il y a encore une dernière montée, dure, épuisante qui conduit à un précipice "où tous les explorateurs finissent par tomber". Qu'y a-t-il au-delà de la forêt? Mystère. Mais les images montrent qu'un cycle pourrait bien recommencer.

Une clairière où se reposer.

La fin du parcours.

Quelle magnifique parabole sur le cours de l'existence! La comparaison avec l'exploration de la forêt est aussi géniale que subtile. Elle permet de répondre à beaucoup de questions et d'en susciter d'autres. Et le traitement graphique de ce sujet éternel est particulièrement réussi et enthousiasmant. Les auteurs ont su très adroitement mêler leurs techniques pour aboutir à un résultat épatant. Un texte économe, des images à déchiffrer, un sens qui apparaît, voilà bien le meilleur de la littérature de jeunesse. Pour tous à partir de 8 ans.

Détail du gaufrage et de l'embossage.


Une double page et son détail en relief.

Toutes les illustrations, sauf celle de tête, viennent de la version italienne de l'album. "La forêt" paraît en effet en plusieurs langues.










lundi 17 septembre 2018

Mère solo au bord de la crise de nerfs

Carole Fives.

🎵🎵 "Fais dodo, Colas mon p'tit frère 🎵🎵
🎵🎵 Fais dodo, tu auras du lolo" 🎵🎵

Contrairement à la berceuse, dans le nouveau roman de Carole Fives, le superbe "Tenir jusqu'à l'aube" (Gallimard, L'Arbalète, 179 pages), maman n'est pas en haut à cuire un gâteau et papa n'est pas en bas à préparer du chocolat. Au contraire, papa n'est même plus là du tout. Et l'héroïne, graphiste de profession, se retrouve seule avec son petit bout de deux ans. Un gamin qu'elle adore. Une maternité dont elle a besoin de s'échapper de temps en temps. Comment? Elle fugue.

Elle fugue comme la chèvre de Monsieur Seguin, histoire qu'elle lit le soir par épisodes à son petit. De temps en temps, elle s'éclipse, laissant son petit seul dans l'appartement. Quelques minutes de liberté, minutes volées, minutes d'angoisse et de joie. Et s'il arrivait quelque chose? Peut-être. Mais quelqu'un se demande-t-il ce qui pourrait arriver si elle ne s'octroyait ces répits?

Carole Fives aborde de manière extrêmement intéressante le thème de la mère célibataire, sans boulot ou si peu, donc sans ressources, donc sans place de crèche, donc obligée de s'occuper de son fils tout le temps. Une spirale infernale qui ne l'emportera néanmoins pas. Son héroïne n'est ni une sainte qui se sacrifierait pour son rejeton, ni une démone qui l'abandonnerait. C'est une femme d'aujourd'hui, pleine d'amour maternel et lucide par rapport à sa vie. C'est une femme qui trouve des solutions pour se sauver, elle, et donc sauver la relation qu'elle a à son fils. Devrait-elle payer le prix fort pour sa liberté, comme la chèvre de Monsieur Seguin? "Non", répond la romancière. "La nouvelle de Daudet, "La Chèvre de Monsieur Seguin", m'a toujours révoltée. Pourquoi la chèvre doit-elle mourir? J'ai voulu prendre le contre-pied et montrer une femme qui tentait de se libérer... Oui, j'ai écrit un texte féministe contre un texte que je trouve réactionnaire, surtout si on remplace chèvre par femme. La phrase de Daudet en exergue est une boutade, non un hommage!"

Le roman au style si agréable nous raconte cette jeune femme à la troisième personne. Par petites touches, on la suit dans son quotidien, partagé entre recherche d'emploi et toutes les complications que cela suppose, jeux avec son fils, éducation de celui-ci. Dans ses questionnements qu'elle suit sur les forums des réseaux sociaux avant d'y intervenie elle-même, reflets de sa difficulté d'être et miroir de la bien-pensance anonyme comme des appels à vivre d'autres petites chèvres de Monsieur Seguin. En parallèle à l'avancée du récit de Daudet.

En trois parties, "S'échapper", "Passer le week-end", "Tirer sur la corde", le livre nous fait connaître de plus en plus intimement le quotidien de cette maman solo. Sans mélo, sans peser. Les faits suffisent. Le duo constant, l'absence du père, les voisins fuyants, le banquier, l'huissier, la maladie, la visite du grand-père, l'avocate, l'expulsion... En parallèle, les fugues, de plus en plus longues, alarme du téléphone programmée, et leur cortège d'imprévus qui pourraient tourner au drame. Se croit-elle "au moins aussi grande que le monde" comme l'écrit Daudet? Non, bien sûr, celle qui nous est racontée est une femme d'aujourd'hui, mère du mieux qu'elle peut mais pas que. Avec ses petites phrases courtes et ses discussions sur internet, avec ce quotidien à la fois joyeux et difficile jusqu'au terrible suspense final, Carole Fives nous brosse le tableau de notre société où une femme qui est mère n'est respectée que quand elle se cantonne à son rôle de Mère Courage. Surtout quand le père a disparu. "Tenir jusqu'à l'aube" nous montre qu'il peut en être autrement. Qu'il doit en être autrement. Sa narratrice n'est pas une mauvaise mère mais une femme d'aujourd'hui, présente à son enfant et vivante pour elle-même. Un roman qu'on ne lâche pas et dont on savoure la progression dramatique.


Pour feuilleter  le début de "Tenir jusqu'à l'aube", c'est ici.





jeudi 13 septembre 2018

L'humain, infiniment, chez Gabrielle Vincent

Ernest et Célestine au jour le jour. (c) Fondation M. Martin/Casterman.

Fans d'Ernest et Célestine, amateurs d'émotions dessinées, courez au Rouge-Cloître où s'ouvre une très belle exposition de dessins originaux de Gabrielle Vincent, pseudonyme que la peintre Monique Martin (1928-2000) avait choisi pour entrer en littérature de jeunesse (lire ici). Les deux étages de l'agréable lieu d'Auderghem sont dédiés à deux aspects de son œuvre, que relie son intérêt infini pour l'humain. Comme dans toutes les expositions mises en place par la Fondation Monique Martin qui gère son travail, on retrouve entre les cimaises des meubles et des objets ayant appartenu à Monique Martin, une commode, des tapis, sa table de travail. Autant d'objets qu'on aperçoit dans ses albums d'Ernest et Célestine.

Célestine. (c) Fondation Monique Martin/Casterman.

Au rez-de-chaussée, on trouve les originaux de quatre albums d'"Ernest et Célestine". Quasiment toutes les planches d'"Ernest est malade", une bonne partie de ceux d'"Ernest et Célestine au jour le jour" et de "Noël chez Ernest et Célestine" et quelques-uns des "Questions d'Ernest et Célestine", son dernier album, terminé juste avant de mourir. Il suffit de regarder ces aquarelles délicates, si justes et délicatement dessinées, à la fois précises et d'une immense douceur, pour plonger dans un bain d'émotions, joie, peur, plaisir, angoisse... On voit la petite souris se transformer en infirmière, la paire d'amis profiter de la nature et de la vie. On comprend aussi que Noël peut se fêter sans argent mais avec beaucoup d'invités, il suffit de fabriquer la déco et les cadeaux avec ce qu'on a sous la main. Et on comprend combien son dernier album a été important pour elle.

Une vitrine plus technique dévoile la manière de travailler de Gabrielle Vincent. Comment elle passe de l'idée au dessin en couleurs via un story-board, de très nombreux brouillons, l'usage de bic noir qu'elle passe à l'eau de Javel pour le faire tourner au sépia et d'aquarelles posées en transparence et légèreté.

Maternité. (c) Fondation Monique Martin.

A l'étage, on a rendez-vous avec la peintre d'extraordinaires maternités. De grands tableaux en noir et blanc, encre ou fusain, aux traits esquissés avec sûreté, nous présentent de superbes mères et leurs enfants. Des visages, des mains, des regards. Un travail qui annonce peut-être la relation entre le gros ours et la petite souris qui ne sont pas encore nés à ce moment-là. En tout cas quel sens de l'humain!

La chanson "Orly" de Jacques Brel. (c) Casterman/Fondation M. Martin.

Plus loin, on entre dans plusieurs chansons de Jacques Brel. Monique Martin a travaillé durant un an sur le chanteur, à la fin des années 80, après son décès. C'est "Orly" avec son couple douloureusement enlacé, "Ne me quitte pas" et son couple déchiré, "Jef" et ses encouragements sans doute vains, autant d'aquarelles subtiles et tellement éloquentes, ainsi que ces portraits du chanteur, réalisés au pastel sec et à la sanguine.


Une carte postale. (c) Fondation Monique Martin.

Enfin, on découvre avec plaisir quelques originaux des cartes postales que Monique Martin a réalisées à ses débuts. Une série avec des animaux, souris, lapins, ours, déjà, une série avec des enfants croqués de façon charmante. Un travail alimentaire pour elle, charmant pour nous, qu'elle signait Geneviève, Dominique ou Gabrielle pour bien le différencier de son travail d'artiste. Comme elle s'est créé le pseudonyme de Gabrielle Vincent, les noms de ses grands-parents, pour entrer en littérature de jeunesse. Une barrière qu'elle a petit à petit retirée à la fin de sa vie.

A noter que ces originaux ne sont arrivés dans les collections que l'an dernier quand la veuve de l'imprimeur Blanchart qui les possédait toujours a contacté la Fondation au décès de son mari pour lui proposer de les restituer.

A plusieurs endroits, l'exposition établit un parallèle entre l'œuvre exposée et une scène tirée d'un album de la série "Ernest et Célestine", soit en apposant un autre original, soit sous forme de cartel.

Les albums de l'artiste, signés Gabrielle Vincent ou Monique Martin, sont publiés chez Casterman.


L'exposition "Ernest & Célestine à Rouge-Cloître" se tient jusqu'au 20 janvier 2019 au Centre d'art de Rouge-Cloître, du mercredi au dimanche de 14 à 17 heures.
Infos supplémentaires ici.




mercredi 12 septembre 2018

Campagne contre le racisme lancée par le CBBD



Un logo clair.
Un logo hélas devenu indispensable aujourd'hui.

Le CBBD, le Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles, lance ce mardi 12 septembre une campagne contre le racisme. A l'initiative de cette démarche originale, son directeur général, Jean Auquier, lequel s'est assuré que son équipe était également solidaire de cette cause universelle.

Le communiqué
"Un musée est un outil formidable pour faire vivre une société et véhiculer ses valeurs.
A l'heure où les ségrégations de couleurs, de genre, de culture ou de prospérité, reprennent vigueur, il nous a paru indispensable de démontrer que nos valeurs ne sont pas compatibles avec le racisme, la xénophobie, les discriminations.
Nous sommes avec toutes celles et tous ceux qui apportent un soutien aux victimes des actes de racisme et de ségrégation.  Nous ne tolérons pas l'expression de ces idées chez nous.
Avec ce logo apposé à l'entrée de notre espace, nous ne refusons l'accès à personne. Nous combattons seulement les attitudes et les comportements.
Si vous partagez les idées du Centre Belge de la BD, utilisez notre logo "Racism Out" et diffusez-le!
Trop de murs sont dressés pour empêcher un partage plus équilibré des richesses naturelles de notre planète et celles engendrées par le progrès. Le repli sur soi appauvrit.
Les murs sont plus que des idées ou des constructions. Ce sont des symboles. Qu'ils soient de piété ou de pitié, ils devraient rappeler aux humains que leur bonheur est aussi entre les mains de leurs voisins."

Jean Auquier, Directeur général






"La vraie vie", prix du roman Fnac 2018

Adeline Dieudonné.

Les 400 libraires et les 400 adhérents Fnac qui composent le jury du prix du roman Fnac ont choisi entre les quatre premiers romans sélectionnés. Ils ont préféré "La vraie vie" de la Belge Adeline Dieudonné (L'Iconoclaste) aux trois autres ouvrages de dames, "La vérité sort de la bouche du cheval" de Meryem Alaoui (Gallimard), "Le malheur du bas" d'Inès Bayard (Albin Michel) et "Là où les chiens aboient par la queue" d'Estelle-Sarah Bulle (Liana Levi).

Pour en savoir plus sur ce très beau roman, c'est ici.


A noter qu'Adeline Dieudonné a déjà reçu le prix Première plume et que le Livre de poche a acquis les droits du livre dont tout le monde parle.

Palmarès du prix du roman Fnac

  • 2017 Véronique Olmi, "Bakhita" (Albin Michel)
  • 2016 Gaël Faye, "Petit pays" (Grasset)
  • 2015 Laurent Binet, "La Septième Fonction du langage" (Grasset)
  • 2014  Benjamin Wood, "Le Complexe d'Eden Bellwether" (Zulma)
  • 2013 Julie Bonnie, "Chambre 2" (Belfond)
  • 2012 Patrick Deville, "Peste et Choléra"(Seuil)
  • 2011 Delphine de Vigan, "Rien ne s'oppose à la nuit" (JC Lattès)
  • 2010 Sofi Oksanen, "Purge" (Stock)
  • 2009 Yannick Haenel, "Jan Karski" (Gallimard)
  • 2008 Jean-Marie Blas De Roblès, "Là où les tigres sont chez eux" (Zulma)
  • 2007 Nathacha Appanah, "Le Dernier Frère" (L'Olivier)
  • 2006 Laurent Mauvignier, "Dans la foule" (Minuit)
  • 2005 Pierre Péju, "Le Rire de l'ogre" (Gallimard)
  • 2004 Jean-Paul Dubois, "Une vie française" (L'Olivier)
  • 2003 Pierre Charras, "Dix-neuf secondes" (Mercure de France)
  • 2002 Dominique Mainard, "Leur histoire" (Joëlle Losfeld)





mardi 11 septembre 2018

Les 10 romans en lice au prix Vendredi 2018


Nous sommes le mardi 11 septembre et, comme annoncé (lire ici), le prix Vendredi, de littérature de jeunesse ado, a communiqué la liste des dix romans sélectionnés pour sa deuxième édition. Les cinq auteurs hommes dont un bisseur, Fabrice Colin, et les cinq auteurs femmes ont été choisis parmi les 67 titres qu'ont envoyé au jury 44 maisons d'édition jeunesse. Les voici:

  • "La tête sous l'eau", Olivier Adam (Robert Laffont)
  • "Brexit romance" Clémentine Beauvais (Sarbacane) 
  • "Pâquerette. Une histoire de pirates", Gaston Boyer (Gallimard Jeunesse) 
  • "Rester debout", Fabrice Colin (Albin Michel Jeunesse)
  • "Les amours d'un fantôme en temps de guerre", Nicolas de Crécy (Albin Michel Jeunesse)
  • "Un mois à l'ouest", Claudine Desmarteau (Thierry Magnier) 
  • "Nightwork", Vincent Mondiot (Actes Sud Junior)
  • "Trois filles en colère", Isabelle Pandazopoulos (Gallimard Jeunesse)
  •  "Milly Vodovic", Nastasia Rugani (MeMo)
  •  "Pëppo", Séverine Vidal (Bayard)


Comme prévu, le prix sera remis à Paris le mardi 16 octobre 2018.

Le prix Vendredi a été créé l'an dernier par les éditeurs jeunesse du Syndicat national de l'édition, en partenariat avec la Fondation La Poste. Ce premier prix national de littérature ado e été nommé en référence à Michel Tournier. Il récompense un ouvrage francophone, destiné aux plus de 13 ans, désigné par un jury composé de professionnels. Il est doté d'un montant de 2.000 euros .

Palmarès

  • 2017 Anne-Laure Bondoux, "L'aube sera grandiose" (Gallimard Jeunesse, lire ici)

Elle témoigne:
"Je me souviendrai longtemps de ce lundi d'octobre. Il faisait beau sur Paris, il y avait du monde à la terrasse du restaurant où nous avions rendez-vous. À l'intérieur, le jury du Prix Vendredi délibérait depuis des heures et mon cœur s'est mis à battre plus vite que d'habitude.  Pour le calmer, je me disais "ce qui compte, c'est surtout d'être sélectionnée"... Mais quand le titre de mon roman a été annoncé, en toute franchise, j'ai pensé que c'était mieux d'être lauréate! Et pendant une année entière, j'ai été très fière de voir le bandeau rouge sur la couverture de "L'aube sera grandiose". Je souhaite le même bonheur au lauréat 2018, et longue vie au Prix Vendredi!"



lundi 10 septembre 2018

Qui des douze sera la Révélation Livre jeunesse 2018 de l’ADAGP?


Qui sera la Révélation Livre jeunesse 2018 de l'ADAGP? La révélation de la quoi? Celle de l'ADAGP (société française de perception et de répartition des droits d'auteur dans le domaine des arts graphiques et plastiques. Créée en 1953, forte d'un réseau mondial de près de 50 sociétés sœurs, elle représente aujourd'hui plus de 170.000 auteurs dans toutes les disciplines des arts visuels: peinture, sculpture, photographie, architecture, design, bande dessinée, manga, illustration, street art, création numérique, art vidéo).

La Révélation "Livre Jeunesse" de l'ADAGP a été créée au printemps, au retour de la Foire de Bologne, en partenariat avec la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, partenaire depuis 2009.  Douze auteurs-illustrateurs, travaillant ou résidant en France, ont été présélectionnés par la Charte pour l'opération "Voyage professionnel à la Foire de Bologne".

Il s'agit de

  • Mai-Li Bernard, " Le monde des archi-fourmis" (texte d'Alex Chauvel,  Editions Amaterra, 2017) 
  • Jean-Baptiste Bourgois, "Le chevalier des lettres" (Le petit Lézard, 2017)
  • Claire Brun, "Rosalie la petite poule" (Hélium, 2015)
  • Aline Deguen, "La divergence des icebergs (texte de Jean-Philippe Basello, Editions Thierry Magnier, 2017
  • Maxime Derouen, "Mon jardin" (Milathéa éditions, 2018)
  • Alice Dufay, "Christobal Balenciaga" (texte de Sophie Guillou, Les petites moustaches, 2017)
  • Carl Johanson, "Le catalogue des voitures" (Actes Sud junior, 2015)
  • Fleur Oury, "Même plus peur" (Seuil Jeunesse, 2016)
  • Hubert Poirot-Boudain, "L'aviateur" (MeMo, 2017)
  • Claire Schvartz, "Le gravillon de pavillon qui voulait voir la mer" (Les fourmis rouges, 2017)
  • Adèle Verlinden, "Sam et l’ombre" (éditions Magnani, 2018)
  • Julia Woignier, "La clé" (MeMo, 2016, lire ici)

Un(e) d'eux a été choisi(e) le 11 juillet dernier par le jury, composé des co-présidents Philippe Ramette et Elizabeth Garouste, ainsi que de l'autrice-illustratice Dorothée de Monfreid, d'Emmanuelle Martinat-Dupré, responsable scientifique du musée de l'illustration jeunesse de Moulins et de Maïa Bouteillet, journaliste de "Paris Mômes". Le ou la lauréat(e) sera annoncé(e) le mercredi 26 septembre à 18h30 à l’Hôtel de Massa (38, rue du Faubourg-Saint-Jacques – 75014 Paris).

Il/elle recevra une dotation de l'ADAGP de 5.000 euros et bénéficiera d'un portrait filmé et diffusé sur le site d'Arte.



A vos livres avec "Notre bibliothèque"


"Notre bibliothèque" est un beau projet, festif et rassembleur, qui vient du Québec où il a été créé il y a deux ans conjointement par le Théâtre Blanc local et notre Théâtre 140 bruxellois. En gros, il s'agit d'inviter le public à apporter des livres qu'il choisit et qui seront lus par des professionnels. Pour que la lecture soit l'affaire de tous. Après avoir été présentée au Musée national des beaux-arts du Québec et à Montréal, "Notre bibliothèque" est arrivée cet été à Bruxelles. Des boîtes à livres ont été créées, des ateliers d'écriture mis en place. Comme une préparation à la quinzaine festive qui commence ce 16 septembre et se clôturera le 29 septembre par une soirée lecture-performance. Au programme: sensibilisation à la lecture et à l'écriture et mise en valeur des auteurs belges francophones. Comment? Par l'installation de bibliothèques de rue, la mise en place d'autres ateliers d'écriture et la programmation d'événements-performances.

Au programme du 16 au 29 septembre

  • Dimanche 16 septembre (journée sans voitures): deux balades contées de trente minutes au départ du théâtre avec le comédien Alexandre Dewez.
  • En septembre: ateliers d'écriture en appartement, sur le modèle des concerts en appartement. Isabelle Wéry se rend chez un riverain du théâtre qui a préalablement constitué un groupe et propose des jeux d'écriture ludique afin de peut-être faire naître des vocations à la pratique de l’écriture.
  • Du mardi 25 septembre au jeudi 18 octobre: exposition dans le hall du 140, des fruits de l'atelier d'écriture en alphabétisation organisé cet été à la Maison des femmes à Schaerbeek par Geneviève Damas.
Thomas Gunzig
  • Mardi 25 septembre: rencontre à Passa Porta à 20 heures avec Thomas Gunzig, l'écrivain belge le plus primé de sa génération, traduit dans le monde entier. Le chroniqueur, auteur de pièces de théâtre, scénariste, photographe par ailleurs parlera de son œuvre, de son parcours singulier, de ses pratiques de lecture et de son rapport aux lecteurs.
  • Mercredi 26 septembre, dans le foyer du 140, en début de soirée: scène slam, co-organisée par Lézarts urbains. Les étudiant de l'Athénée communal Fernand Blum, des slameurs professionnels ainsi que des riverains amateurs  prendront le micro pendant chacun trois minutes afin de dire leur texte.
  • Samedi 29 septembre: en direct sur les ondes de Radio Campus et depuis un estaminet du quartier, David Chazam anime Radio 140. Il interviewera les riverains et des lecteurs participants à la lecture-performance.
  • Samedi 29 septembre, de 18 heures à minuit, lecture-performance et librairie d'un jour (entrée: 8 euros). Qui seront les lecteurs et les lectrices? Des auteurs et des autrices belges francophones. Que liront-ils? Des extraits des livres disponibles sur scène, apportés par les spectateurs, sans préparation aucune et pendant trente minutes. Le tout en parité femmes/hommes de générations différentes, dans plusieurs domaines de l'écrit (roman, bande dessinée, polar, théâtre, chronique, chanson...). Des musiciens du Collectif du Lion improviseront sur scène pour accompagner les lectures suivant leur inspiration. Qui sera la libraire qui s'installera dans le hall du 140? Tulitu. Elle vendra les livres d'auteurs belges francophones dont ceux participant à la lecture-performance. Sont attendus: Isabelle Wéry et Geneviève Damas, Laurent Demoulin, Sébastien Ministru, Thomas Gunzig, Véronique Bergen, Myriam Leroy, Aïko Solovkine, Antoine Boute, Christian Lapointe, co-concepteur du projet, Gioia Kayaga, Laurence Vielle, ainsi que des membres du Collectif Utopique Militant d'Autrices et d'Auteurs Interplanétaire et Transgénérationnel (CUMAAIT), Stan Cotton, Céline Delbecq, Stéphane Bissot, Fabien Dariel, Stéphanie Mangez, Lise Martin, Nicole Desjardins, Pascale Henry, Carine Demange, Michel Bellier, Didier Poiteau, Roxane Lefebvre, Françoise Berlanger, Sarah Brahy, Milady Renoir, Marie Simonet, Frédérique Dolphijn, Catherine Daele, Cathy Min Jung, Sylvie Landuyt , Christine Delmotte, Virginie Thirion, Julien Vargas, Veronika Mabardi, Natacha de Pontcharra, Nathalie Fillion et Alice Piemme.

Quelques-uns des auteurs attendus.

Pour préparer cette performance, des boîtes à livres ont été installées cet été entre les places de Jamblinne de Meux, Chasseurs Ardennais, Dailly et Plasky. Elles annoncent l'événement et invitent riverains et spectateurs à y déposer ou à y prendre un livre. Un fonds de livres a également été constitué grâce à des dons de bibliothèques, de librairies, de bouquinistes et de voisins du 140. Quelques jours avant la lecture, les étagères seront vidées de leur contenu et tous les livres se retrouveront sur scène. Ils seront replacés sur les étagères ensuite.

Renseignements et réservations: le 140.


dimanche 9 septembre 2018

Postface inédite au poche du "Jour d'avant"

Sorj Chalandon à Liévin de 27 décembre 2017.

Quarante-trois ans après la catastrophe minière qui a eu lieu à Liévin le 27 décembre 1974 et dont il a fait le sujet de son dernier roman en date, le très beau "Le jour d'avant", sorti l'an dernier et qui paraît maintenant en version poche, Sorj Chalandon a été invité à participer à la commémoration officielle du drame par la municipalité.

Un honneur que cette invitation, a considéré l'auteur du "Jour d'avant" (Grasset, 332 pages, 2017, Le livre de poche, 353 pages, 2018), roman coup de poing, roman de justice, que j'avais présenté ici sous le titre "L'énigmatique frère du 43e mineur mort à Liévin", comprenant un entretien avec Sorj Chalandon.





A Liévin, l'hiver dernier, entre Noël et Nouvel An, l'écrivain a lu quelques pages de son roman où il met en scène un quarante-troisième mineur pour mieux faire ressortir l'injustice dont ont été victimes les quarante-deux gars qui ont péri sous terre cette nuit funeste. Surtout, il s'est adressé à la foule de ceux qui étaient présents, concernés par le drame, qui avaient lu son livre et avaient parfaitement compris sa démarche de romancier.

Des mots vrais et sensibles où on retrouve l'émotion et la sincérité de Sorj Chalandon. Une intervention qui est reprise en postface du passage en poche du roman. En voici un extrait.

"(...) Dans la solitude et le silence de l'écriture, on ne sait jamais ce que deviendra un roman. Ce que sera sa vie. En écrivant "Le Jour d'avant", je savais que je m'engageais sur des terres sacrées. On n'écrit pas impunément sur la douleur des hommes. Ajoutant une 43e victime au nombre réel des mineurs morts le 27 décembre, je prenais le risque de choquer ou de peiner la mémoire. Même racontée avec pudeur et respect, une fiction peut dévaster.
Mais ce jour-là, m'approchant du micro, j'ai su que mon roman avait été compris comme une page de plus, écrite pour célébrer la dignité ouvrière. Et la mémoire des 42 hommes de Liévin. À l'invitation du maire de la ville, entre la sonnerie aux morts et une marche funèbre, on m'avait demandé de lire un passage de mon roman. (...)"




vendredi 7 septembre 2018

Une guerrière âgée de dix ans

Adeline Dieudonné. (c) Stéphane Remael.

"A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres." Par "cadavres", entendez les animaux empaillés que collectionne le père. La première phrase du premier roman d'Adeline Dieudonné, une Belge de 35 ans, secoue. Il en sera de même tout au long de "La vraie vie" (L'Iconoclaste, 266 pages), excellent bouquin à la typo soignée comme tous ceux que publient cette jeune maison d'édition.

Avant de rencontrer les humains de ce roman au ton rare, certains n'en méritant sans doute pas l'appellation, on découvre les espèces naturalisées conservées dans la chambre, des cervidés de chez nous, des animaux d'Afrique, dont un lion et, surtout, une hyène. Celle qui ricane quand elle émet un son. Les protagonistes humains sont d'abord, la narratrice, anonyme, âgée de dix ans au début du récit, témoin volubile et actrice de cette drôle de vie, son père aux trois passions, la chasse, la télé et le whisky, sa mère, amibe effacée dévolue aux tâches ménagères, craintive parce que battue. Et surtout, Gilles, le petit frère de six ans. L'aimé, l'adoré même, celui que l'héroïne guide et protège.  Il y a encore Monica, sorte de fée âgée qui raconte des histoires et vit dans le bois des Petits Pendus, la famille peu fréquentable du propriétaire du cimetière de voitures, les nombreux voisins plus ou moins sympathiques. La décharge aux carcasses cabossées est évidemment l'endroit où les enfants aiment jouer et se raconter des histoires quand ils quittent le jardin de leur maison du lotissement.

Cette vie banale, teintée d'amour fraternel et de violence paternelle, va exploser le jour de l'accident, drame qui arrive très vite dans le roman. Ce jour-là, le petit Gilles perd son rire. Ce jour-là, sa grande sœur décide de tout faire pour qu'il le retrouve. Candide, elle se raconte, elle nous raconte ce que vit ce petit garçon meurtri dans une famille rongée de violence. Et c'est ici qu'intervient le talent d'écriture d'Adeline Dieudonné. Car sa manière de raconter donne de la luminosité à la noirceur ambiante. Car son imagination galopante nous entraîne dans ce projet fou de remonter le temps, parce que l'idée a été vue à la télé et qu'elle veut y croire, pour que le drame n'arrive plus. Car la force guerrière de sa narratrice est une énergie qui l'emporte dans l'étude poussée de la physique ou celle de son corps qui se féminise, lie des amitiés fortes et ne permet aucun désespoir, même quand elle devient la proie de son propre père, même quand elle manque mourir. La demoiselle a décidé de chasser la hyène qui ricane en son frère et lui bloque son rire.

Comme dans une fable, comme dans un conte, les étapes seront autant d'épreuves dont triompher. Mais quel beau chemin on aura parcouru en compagnie de la nouvelle romancière. Les initiations multiples n'empêchent pas les mots de se faire tranchants, caressants ou drôles. Car la vie, vraie ou non, n'est pas binaire à se partager entre proies et prédateurs. Même si elle impose de perdre son innocence. Livre hors norme, "La vraie vie" se savoure comme un bonbon oscillant entre acide et sucré.