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mercredi 28 juin 2017

Sieste dans la nature ou goûter sur la Lune?

Sieste. (c) PrincessH.
Cosmonautes en attente de goûter. (c) Dorothée de Monfreid.
















Bon, d'accord, la météo du jour n'incite pas vraiment à tester une des "50 siestes à faire en pleine nature" que propose l'ouvrage de Cindy Chapelle, "Une petite sieste et je me recouche!", joyeusement illustré par PrincessH (Plume de carotte, 128 pages). Mais la pluie battante permet de le parcourir l’œil vif, sans risquer un endormissement soudain. Car il y a plein de choses à découvrir dans ce bienfaisant et mutiple guide de la sieste en pleine nature.

La sieste, plus ou moins bien vue quand on est adulte, souvent considérée comme saugrenue quand on est enfant, se trouve ici grandement réhabilitée. Cindy Chapelle en dresse une longue liste de variantes, cinquante, et les répartit en six chapitres complétés d'un septième, les siestes peut-être impossibles. Il y en a pour tous les goûts et toutes les situations, selon qu'on est en vacances ou pas, à la ville, à la campagne ou dans son jardin, qu'on recherche l'insolite ou le bien-être.


Deux doubles pages du guide. (c) Plume de carotte.

Sieste cocooning.
Chaque proposition de sieste est présentée sur le fond, "ambiance bullage et farniente" pour la sieste estivale par exemple, et dans son côté pratique: fauteuil relax, coin ombragé (sans chenilles), pas de réveil programmé, méthode d'endormissement, éveil. Chaque fois, une illustration pleine d'humour et de fraîcheur de PrincessH synthétise la sieste en question, un cadre rappelle les ingrédients nécessaires et une "bulle nature" glisse quelques conseils.

Personnellement, j'adore l'image de la sieste zen, avec sa petite Japonaise et son oreiller en bois sous un arbre taillé en nuages.

Bon, ce n'est pas le kamasutra mais une réjouissante balade au pays des siesteurs, agréablement mise en pages dans un parti pris de blanc qui fait bien ressortir les touches de couleur des titres et des dessins. Les titres des siestes sont bien trouvés, les explications agréablement tournées et les illustrations extrêmement charmantes. Rien qu'en les regardant, on profite par capillarité du bien-être représenté.

Et quand on a tout lu, on commande au soleil de revenir ou au moins à la pluie de s'abstenir car on a envie de tout essayer.

Pour feuilleter le début de "Une petite sieste et je me recouche!" en ligne, c'est ici.



Si la sieste n'est pas au programme, pourquoi de pas décider d'aller prendre "Un goûter sur la Lune" comme le préconise Dorothée de Monfreid dans son dernier album tout-carton pour les plus jeunes (l'école des loisirs, loulou & cie, 28 pages). On retrouve avec un immense plaisir ses neuf toutous déjà rencontrés en d'autres occasions cocasses (lire ici, ici et ici), Jane, Alex, Kaki, Pedro, Popov, Micha, Nono, Zaza et Omar.

Neuf chiens qui ressemblent drôlement à des enfants dans leurs attitudes et leurs dialogues même si Dorothée de Monfreid n'a pas de chien elle-même. Tout commence quand Nono invite ses potes à venir voir sa fusée et à aller goûter  sur la Lune. Il a des tenues d'astronautes complètes pour tout le monde. Sauf que Popov n'entre pas dans la sienne. Pas qu'il soit trop gros, non, il est trop grand! Popov restera donc à la maison pendant que la fusée s'élance dans le ciel.

Huit toutous partent, un reste à la maison. (c) l'école des loisirs.

A bord, en apesanteur, c'est la grande fiesta. Sur la Lune aussi, où les toutous bondissent à qui mieux mieux.

Dans la fusée. (c) l'école des loisirs.

L'arrivée sur la Lune. (c) l'école des loisirs.

L'heure du goûter arrive: bananes et boissons. Mais il y a comme un problème technique: comment manger avec des casques? Déception, le goûter est déplacé dans la fusée où un écran montre Popov dégustant tout seul un gâteau au chocolat. Pas difficile d'imaginer ce qui se passe ensuite ni les retrouvailles avec un Popov un rien narquois.

La perspective du goûter. (c) l'école des loisirs.
La réalité du goûter. (c) l'école des loisirs.

Voilà un album tout simple mais drôlement sympathique et terriblement rigolo avec cette aventure complètement dans la logique et l'imaginaire des enfants. Formidable d'aller goûter sur la Lune en fusée et de s'écrabouiller une banane sur le casque avant de rentrer se faire  pardonner (un peu) en partageant un gros et grand gâteau. Les doubles pages à bords perdus permettent de savourer les détails des attitudes de chacun des personnages. Vraiment, Dorothée de Monfreid et ses toutous, c'est quelque chose!


On peut aussi retrouver Dorothée de Monfreid sur son blog "Ada & Rosie" sur le site de "Libération", la chronique d'une famille de cochons, entre vie quotidienne, actualité et esprit de contradiction...




samedi 24 décembre 2016

La bonne fête de Noël des toutous et des lapins

Noël a toujours été un grand inspirateur des artistes (lire ici, ici et ici).
L'occasion d'excellentes découvertes et de surprises qui demeurent actuelles pour peu qu'elles soient réimprimées.


Les Toutous se préparent. (c) l'école des loisirs.

Et en 2016? Peu de sorties mais une qui réjouit particulièrement. "Le plus gros cadeau de monde" de Dorothée de Monfreid (l'école des loisirs, loulou & cie, 24 pages cartonnées) est un album de bon format, pour les plus jeunes, malicieux en diable. Quel plaisir de retrouver les formidables "Toutous" (lire ici) et leurs bonnets de circonstance, durant la soirée du 24 décembre. Ils sont installés dans le salon. Ils campent entre le sapin et la cheminée.

Dans ce bazar de matelas, oreillers et couvertures, tous en teinte rouge, ils papotent, ou lisent, ou rêvassent."Au fait, vous avez demandé quoi?", lance Kaki. Jane, Pedro, Omar, Micha, Nono, Alex, Zaza et Popov vont tour à tour répondre, suscitant les commentaires des uns et des autres. La liste est longue: quelque chose de rose, un camion de pompiers, une machine à musique, un chat, une balançoire, un cheval, une moto, une fusée. Sans oublier le vœu de Micha: le plus gros cadeau du monde! Pas moins. Bonne chance au Père Noël!

Tout ce petit monde va s'endormir et le fond des pages passe du jaune au gris. Tout en blanc, le réveil sera décevant. Il n'y a rien sous le sapin! Mais dehors attend le plus gros cadeau du monde, adressé collectivement aux neuf toutous et qui, déballé, comblera chacun d'eux. Une excellente histoire et des illustrations dynamiques pour se dire "Joyeux Noël".


Souhaits de cadeaux et commentaires. (c) l'école des loisirs.




Une mention aussi à un "La nuit de Noël" dans la jolie série "Tommy" de Rotraut Susanne Berner (La joie de lire, traduit de l'allemand, 18 pages cartonnées), pour les tout-petits. Le petit format raconte les préparatifs pour accueillir le père Noël dans cette famille de lapins. Toujours suivi de sa poule noire, Tommy décide de dégager la neige près de la maison, pour faciliter l'atterrissage du père Noël. Une piste joliment décorée qui ne sera pas à usage unique à voir son cadeau. Une histoire douce et tendre.

La piste d'atterrissage est prête. (c) La joie de lire.


Afin d'aider à remplir la hotte ou préparer les étrennes,
Pour les grands de 5-6 ans, c'est ici.
Pour les livres des lecteurs des grandes classes maternelles, c'est ici.
Pour ceux des petites classes maternelles, c'est ici.
Pour ceux des tout-petits, c'est ici.
Pour les livres animés, ici.






mercredi 21 décembre 2016

Dans la hotte de Mère Noël pour les tout-petits

Pages carton ou non, voilà une sélection de douze albums pour les tout-petits, ces fins observateurs d'eux-mêmes et du monde.

Familles et anomalies


Les intrus
Bastien Contraire
Albin Michel Jeunesse
Trapèze
64 pages

Sur papier crème, des pochoirs verts et roses, couleurs qui se superposent en brun parfois, composent un genre de planches naturalistes comme on voit dans les vieux dictionnaires ou aux cimaises des anciennes salles de classe: feuilles, fruits, animaux de la basse-cour, insectes,.. sont assortis par familles. En tout, trente très belles doubles pages s'offrent au regard dans leurs couleurs et leurs formes qui se déclinent remarquablement. Mais qu'on ne s'y laisse pas prendre: chacune d'elles recèle un intrus. Facile à identifier, parfois plus que les éléments des pages qui ne sont, heureusement, pas légendés. Au boulot, les lecteurs adultes! Ils pourront aussi aider à détacher les pochoirs fournis en fin de cet album aussi rigolo qu'esthétique. Un travail très intéressant sur les formes et les sens que ne laisse pas nécessairement deviner la couverture.

Cherchez l'intrus. (c) Albin Michel Jeunesse.


Minéralissime


Rouge
Michel Galvin
Rouergue
48 pages

Michel Galvin, l'homme qui aime les cailloux et les dessine avec bonheur, s'en est donné à cœur joie dans cet album pour les tout-petits. Son caillou rouge qui roule part explorer le monde et rencontre plein d'autres cailloux différents de lui, des ronds, des carrés, des longs, des hauts, des lourds. Tous ont un nom. Un univers coloré qui ressemble à un inventaire de bonbons acidulés et permet une foule d'acrobaties et de jeux pour se rencontrer, se connaître et se découvrir soi-même. Un petit caillou rouge qui, en finale, trouve sa place dans le monde grâce aux expériences tentées dans ces peintures de toute beauté.

Un entretien vidéo avec Michel Galvin à propos de "Rouge" est à voir ici.


Le vrai et le faux


Pipeau
Olivier Douzou
Rouergue
32 pages

Un album en aplats et dépouillement graphique, clin d’œil amusant et amusé au tableau de René Magritte, "Ceci n'est pas une pipe". On y suit un oiseau rouge et bleu qui serait bien le Pipeau du titre. S'il nous montre d'abord une pipe avérée, il nous entraîne ensuite dans une suite d'images jouant avec la forme et le sens du mot pipe, comparée successivement à une trompe d'éléphant, à un pippopotame, à un crocopipe. L'album avance et les pipes se multiplient, se laissent compter, amenant toujours plus de mots et de situations que chacun décryptera à sa guise tout en jouant avec les notions de vrai et de faux, de réalité et de pipeau. Jusqu'à découvrir la véritable identité du "Pipeau" du titre.

4 pipes ici. (c) Rouergue.


Sale blague dans la baignoire


Le bain de Berk
Julien Béziat
L'école des loisirs/Pastel
40 pages

On retrouve Berk, le canard doudou découvert dans "Le Mange-doudous" (même éditeur), pour une aventure éclaboussante. Il tombe dans le bain en train de se remplir et les autres jouets tentent de le sauver, ce qui déclenche d'autres mini-catastrophes bien rendues visuellement et que les jouets enraient les unes après les autres. Il n'y a qu'une chose qu'ils ne comprennent pas: ce que Berk tente de leur dire, le bec rempli d'eau ou de mousse de shampoing. Surprise quand ils sauront!


Plic, ploc, il pleut...


L'arche des animaux
Marianne Dubuc
Casterman
98 pages cartonnées

Un petit format carré bien épais qui donne une variante amusante de l'arche de Noé. Une fameuse affluence à bord de ce bateau débordant d'animaux qui apprennent d'abord à s'organiser pendant ce long séjour sur la mer. Plein de détails sont à observer, de péripéties à relater, de caractéristiques animales à découvrir, de blagues à faire même si le temps long crée aussi des tensions. Mais un jour une terre est en vue et le déluge se range dans le passé.

Il y a du monde à bord. (c) Casterman.


Le tour du propriétaire


Ma maison
Byron Barton
traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Isabelle Reinharez
L'école des loisirs
48 pages

Des couleurs vives et chaleureuses pour suivre Jim le chat dans l'exploration de "sa" maison. On commence bien entendu par le toit mais toutes les pièces seront visitées derrière le guide roux tigré. Entrée, salon, cuisine, chambre, lit, salle de bains, il est chez lui partout, même s'il dispose d'un bac à litière et s'il a besoin de Jane pour le nourrir. Une formidable joie de vivre, contagieuse. A noter que Byron Barton, Américain né en 1930, avait publié en 1982 "Construire une maison" (même éditeur, toujours disponible) sur les étapes de la construction d'une maison.


Trésors de la nature


Compte sur tes doigts
Claire Dé
Les Grandes Personnes
32 pages tout-carton

Voilà un livre à compter pas comme les autres. Ici, on compte sur le bout de ses doigts, là où se posent autant d'éléments naturels superbement photographiés. Un caillou rayé sur le pouce, un escargot rayé, beau comme une pierre précieuse, enfilé sur un doigt, deux insectes volants prêts à décoller d'un index et d'un majeur, trois escargots de jardin sur la paume de la main... Les pages sont soit doubles, soit se répondent de droite à gauche ou de gauche à droite. Couleurs et matières dialoguent pour ces aventures de nombres qui sont aussi de superbes histoires de nature et d'art tout simplement. Une éducation du regard à la faveur d'un formidable cabinet de curiosités.

Un! (c) Les Grandes Personnes.


Musique!


Zim Bam Boum
Frédéric Stehr
L'école des loisirs
Pastel
26 pages tout-carton

Deux cuillères en bois et une casserole, Hibou fait de la musique. Canari va vite l'accompagner avec deux couvercles de casseroles. Ils vont être rejoints par Moineau, équipé d'une louche et d'un bol. L'orchestre va encore se compléter de Corbeau et de Poussin et de leurs instruments improvisés. Un joyeux tintamarre signifié par les innombrables "Zim Bam Boum" barrant les pages qui créent une agréable interprétation de la question sans cesse répétée "Qu'est-ce que vous faites?" , assortie d'une réponse tout aussi répétitive: "De la musique". Si le hibou adulte récupère finalement la situation, il n'est pas au bout de ses surprises pour autant.

Musique chez les bébés oiseaux. (c) l'école des loisirs/Pastel.


A chaussette, chaussette et demie!


Les chaussettes
Matthieu Maudet
l'école des loisirs
loulou & cie
32 pages cartonnées

Mieux que l'habituelle ritournelle sur les chaussettes orphelines, les aventures de Josette, en quête de ses chaussettes pour une sortie. La partie de cache-cache se corse quand il s'avère que ce que la fillette croit être une chaussette est une poule bleue ou un croqueur de doigts écarlate ou une bande d'animaux bariolés qui détalent. Humour, bonne humeur et imagination.

Voilà une chaussette bleue. (c) l'école des loisirs.


Parcours d'obstacles


Le goûter de Lolotte
Clothilde Delacroix
l'école des loisirs
loulou & cie
32 pages cartonnées

Le goûter est prêt, fin prêt. Lolotte, Crocotte et Cocotte qu'on retrouve avec grand plaisir devraient attendre sagement leurs invités. Mais bon... Elles préfèrent s'organiser pour elles trois un parcours d'obstacles fameux entre les friandises, les bonbons et les gâteaux exposés. Il faut dire que toutes ces sucreries titillent l'imagination! Et tant pis pour la table bien mise. Une vraie bonne grosse rigolade toute en rose sucré.

Que faire? (c) l'école des loisirs/loulou & cie.


Gruyère, farine, camembert, sucre, chocolat...


Le gâteau des souriceaux
Malika Doray
l'école des loisirs
loulou & cie
20 pages cartonnées

La longue recette en vers rimés d'un gâteau pour papa Souris réalisé par ses deux souriceaux et plein de leurs petits amis animaux. Les ingrédients sont tellement variés que Papa préfère offrir la préparation au lion à l'estomac bien accroché. Ce dernier s'en régale alors que les jeunes cuistots trouvent aussi un mets glacé très à leur goût.  Des illustrations exquises, un ton délicieux et facétieux.

Miam, miam. (c) l'école des loisirs/loulou & cie.


Interrogations multiples


Le petit questionneur
Constance Verluca
Julien Hirsinger
Jeanne Boyer
l'école des loisirs
loulou & cie
38 pages cartonnées

Dans la veine de l'indétrônable "Que préférerais-tu?" de John Burningham (Kaléidoscope) né il y a près de quarante ans, une foule de questions sur un mode plus réaliste. Ouvertes ou fermées, illustrées d'aplats jetés sur le papier représentant des éléments du quotidien, avec un grand intérêt pour la répétition des motifs.

Un seul jouet? Lequel? (c) l'école des loisirs/loulou & cie.




jeudi 3 mars 2016

Lydia Flem - Georges Perec: 479 - 480

Chouette! Cinq ans après son magnifique "La Reine Alice" (lire en bas de note), Lydia Flem nous donne de ses nouvelles. "Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans" (Seuil, La librairie du XXe siècle, 233 pages) vient de paraître sous une jaquette corail pétante. C'est un réjouissant recueil de 479 souvenirs, liés de près ou de loin à ses vêtements, introduits chaque fois par la phrase de Georges Perec, "Je me souviens", qui, lui, en avait réunis 480. Quel est le souvenir manquant? Mystère.

On déguste les pages où les souvenirs de Lydia Flem, membre de l'Académie de Langue et de Littérature Françaises de Belgique, s'égrènent, dûment numérotés. On remarque que parfois ils suivent le même fil, et que parfois ils rebondissent d'une idée à l'autre. Autant de bonnes surprises qu'on découvre avec plaisir et curiosité. Longs de deux lignes ou d'un paragraphe, ils matérialisent les situations décrites. De ces mots concis, sobres, intimes ou comiques, graves ou frivoles, naissent autant d'images précises. Quel enchantement de se promener dans la vie de la romancière, également psychanalyste. Elle se souvient et on pourrait presque dire qu'on se souvient comme elle, ou à travers elle. Un vêtement qu'elle évoque rappelle un des nôtres. Une remarque à propos d'un amant nous propulse vers notre propre passé. Une scène de déshabillage nous téléporte vers hier ou aujourd'hui. Ou demain.

Lydia Flem. (c) HV
On sourit quand Lydia Flem fait remarquer qu'elle porte les mêmes initiales que le couturier Louis Féraud dont elle a adopté les sacs. On plonge avec elle dans la boîte à boutons familiale. On se remémore des scènes de films. On rencontre des acteurs, des actrices et aussi des philosophes. On se pose des questions sans réponse. On retrouve les termes techniques du milieu textile, aussi jolis que peu usités de nos jours. On savoure les noms des différentes teintes d'une couleur, de toutes les couleurs même puisqu'elles se présenteront toutes à nous au fil des pages. On croise bien entendu quelques photographes de mode, Lydia Flem est aussi une amoureuse de l'"attrape-lumière", on le sait.

"Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans" est évidemment bien plus qu'un collier de perles surgies de la mémoire et reprises dans un long index final. C'est un hymne d'amour aux tissus, aux vêtements, à la couture, aux cheveux, au corps, à l'amour sous toutes ses formes, aux couleurs, à tout ce qui, en réalité, fait la vie. Un chant d'estime à soi-même. Savourer les souvenirs évoqués crée autour de vous une petite bulle de bonheur dont il serait idiot de se priver. Foncez!

Et aussi

En réalité, plein de livres sont titrés "Je me souviens".
En voici trois qui m'ont bien plu.



Dans "Je me souviens…" (L'esprit du temps, "Textes essentiels", 2009; Odile Jacob, poche, 2010),  Boris Cyrulnik revient pour la première fois sur les lieux où il a passé son enfance. Après soixante-quatre ans de silence, il y retourne les 1er et 2 septembre 2008. On a beau connaître le travail et les livres du neuropsychiatre renommé, on est profondément bouleversé par le récit de ses jeunes années, et le regard qu'il porte enfin sur cette période lointaine qu'il avait toujours maintenue loin de lui. Il retrouve les lieux habités petit, quand il était un enfant de l'Assistance publique confié à des familles qui en tiraient rémunération. Il raconte l'enfance d'un orphelin, habité par le goût de vivre et sensible aux signes qui modifient le destin. Présentant son livre à la télévision, Boris Cyrulnik sourit quand il explique qu'il ne voulait pas aller dans des wagons "salés", mot compris à son jeune âge, alors qu'il s'agissait de wagons "scellés" destinés à Auschwitz. En le lisant, on sourit aussi avant de grimacer devant les horreurs. Mais le jeune Boris était avant tout un insoumis et son livre de souvenirs est une merveille d'humanité, à lire absolument, tant il est sincère, beau et bienfaisant. De quoi voir autrement nos mini problèmes quotidiens.


Des 480 "Je me souviens" composés par Georges Perec, l'illustrateur Yvan Pommaux en a choisi vingt qu'il a adaptés pour les enfants en les organisant dans le temps: le héros y grandit, au fil des souvenirs égrenés par un vieux monsieur d'aujourd'hui en conversation avec des enfants actuels. L'album "Je me souviens" (Georges Perec et Yvan Pommaux, Editions du Sorbier, 1997, épuisé) est la première prolongation en images de l'œuvre de l'écrivain. Une expérience séduisante même si les puristes pourront déplorer ne pas y retrouver leur Perec. Mais les enfants (dès 5 ans) découvriront dans ces superbes images, dépouillées et fortes, les souvenirs personnels de l'illustrateur. N'était-ce pas le but recherché par Perec, brièvement présenté en tête d'ouvrage? Pour Yvan Pommaux, cet album doit être l'occasion de conversations intergénérationnelles. Les enfants qui verront les voitures d'hier, ces publicités démodées, des jeux comme le Meccano, y trouveront mille prétextes à communiquer avec leurs parents. Pommaux explore en outre différentes facettes de la mémoire: le souvenir sélectif qui transparaît par exemple dans cette page sur le cinéma où seuls sont nets et en couleurs le héros et la jeune fille de son cœur, les autres personnages étant flous. Sa démarche le mène également à s'interroger sur la raison de ses souvenirs-cinéma: les films à l'affiche ou son état amoureux?


Quand un bébé est-il grand? Réponse amusée avec la version de Bénédicte Guettier de  "Je me souviens..."  (l'école des loisirs, loulou & compagnie, 2000, épuisé).
Un comble pour un héros à l'âge des photos sur peau de mouton! Le bébé de couverture y raconte toutefois avec beaucoup de pertinence les démêlés entre lui, sa tétine et ses parents...




Et donc, à propos de "La Reine Alice"


En février 2011, Lydia Flem publiait un roman intense, grave et tendre, magistralement orchestré, "La Reine Alice" (Seuil, 2011; Points, 2013). Magnifique, son dixième livre conte une traversée du cancer comme un chemin au-delà du miroir de Lewis Carroll. Elle en donnera une sorte de suite dans "Journal implicite" (De La Martinière, 2013), livre de photographies (2008-2012) en cinq chapitres dont le premier, le plus long, se rapporte à la "Reine Alice".

Je l'avais lu, influencée par les premiers mots de la quatrième de couverture qui annonçaient: "Hommage discret à Lewis Carroll". Une invitation que j'avais vite acceptée. En entamant ma lecture, j'ai appris qu'Alice a un cancer – ce qui figurait à la ligne suivante du résumé mais que j'avais occulté. Peut-être serais-je passée à côté d'un roman magnifique. Un travail d'écriture splendide, où l'écrivaine belge fait constamment se côtoyer la gravité de la maladie et une délicieuse malice.

Alice "passa réellement de l'autre côté" du miroir, écrit Lydia Flem. De l'autre côté d'elle-même aussi. Il ne s'agit plus, pour elle, de faire semblant comme elle aime à le faire. La petite boule découverte sous son doigt la projette dans le monde de la maladie. Un parcours qu'elle sublime en installant son Alice sur l'échiquier de l'héroïne de Lewis Carroll. Devenue Alice aux turbans avec les premières chimios, elle rencontrera les personnages de l'histoire, bienveillants ou non, et d'autres créatures magiques. "Si au moins elle pouvait s'inventer un fil, un fil de fiction pour reprendre pied dans la réalité…", écrit encore Lydia Flem.

De son écriture souple et vive, l'auteure suit le fil chronologique du cancer. Chacune des étapes est ponctuée de digressions fondamentales. Fiction et réalité s'interpellent sans cesse, s'épaulent, se jaugent, se défient. Pour l'enchantement constant du lecteur qui croise le Ver à Soie et son double volant, Blanc Lapin et le sourire du Chat du Cheshire, le voisin grincheux et la dame pâtissière, rares humains, le Grand Chimiste et Lady Cobalt, la Reine Rouge et les Contrôleurs, autant de personnages qui évoluent autour de cette Alice double, celle de la fiction et celle de la réalité. Ils parlent avec légèreté de choses graves. C'est divertissant et intense.

Tout du long de ce dixième livre, la romancière joue avec les mots, leurs sens, leurs sons, leur orthographe. Un ver à soie apparaît-il? Elle écrit : "cela va de soie, non, de soi". Prendre le pouls de la Reine Alice? "Non, ne me prenez rien." Plus loin, ce sont des paragraphes de mots commençant tous par la lettre B. Est-ce Lydia Flem qui écrit ou Alice, dont le stylo à l'ancienne court tout seul sur le papier? "Depuis que j'ai réellement traversé le miroir en tombant gravement malade", lit-on, "j'ai perdu tous mes repères, j'ignore qui je suis à présent. (…) Suis-je toujours la même avant et après? Non, je ne le crois pas, tout a changé dans ma vie. Je n'avais jamais pensé qu'un tel bouleversement puisse m'arriver. C'est un ouragan, une succession de tempêtes, de tourbillons, vous n'en avez pas la moindre idée…"

Dans ce roman qui n'élude rien de ce qui est difficile, perdre ses cheveux, avoir mal, peur, être fatigué, en traitement, Lydia Flem parvient à métamorphoser la douleur en beauté. Son livre se déguste et nourrit le cœur et l'âme. Il célèbre nourritures terrestres (tant de bonnes choses à manger sont citées), littéraires (il est plein de références de livres) et cinématographiques. Il s'achève par une série de photos prises par l'auteur avec son "Attrape-Lumière", balises d'un chemin vécu. L'Alice aux turbans est devenue une géniale Reine Alice.








vendredi 8 janvier 2016

Des lutins renommés et à prix diminué

Ce soir, une devinette.

Qu'est-ce qui mesure 19 x 15 cm?
Se présente debout ou couché?
Se décline actuellement de 823 manières (ici)?
Fête quasiment ses 40 ans (naissance en 1977)?
Change un peu de nom?
Et surtout baisse de prix de 10 %
depuis le 1er janvier?
(Passe de 5,60 euros à 5 euros tout ronds le livre.)

Réponse.

C'est tout simple.

C'est la collection Lutin poche de l'école des loisirs qui devient la collection Les lutins.

Un choix de titres de qualité, en format de poche, balayant le catalogue albums de l'éditeur parisien ainsi que ceux de ses filiales, la belge Pastel, celle pour les bébés, loulou & cie, auxquelles se joint l'éditeur ami Kaléidoscope.
Du fonds et des nouveautés.

Avec un nouveau logo de lutin, signé Claude Ponti.

En voici ici la version animée!

Mais moi, ce qui m'intrigue, ce sont les titres de la première livraison de 1977...
Mes recherches sur le net n'ont rien donné.