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mercredi 30 octobre 2019

Salut, l'ami Fano, Daniel de son prénom

Daniel Fano.

"Salut", disait-il, plutôt que "bonjour". Disait parce que Daniel Fano est décédé dans la soirée du 28 octobre, à Bruxelles. Il était né le 11 juin 1947 à Jemelle (près de Charleroi). Critique, poète, romancier, journaliste, défenseur pour les enfants lecteurs de la fiction, de l'imagination, "cette part de réel qui construit et entretient notre sensibilité, notre personnalité, notre passion de vivre", amateur pour ce public de livres d'humour ("exutoires de haute salubrité publique") et de nonsense anglo-saxon "qui est intelligence du cœur autant que de l'esprit".

Il a tenu dès 1977 la rubrique consacrée à la littérature de jeunesse dans "Le Ligueur", l'hebdomadaire (alors) de la Ligue des familles en Belgique. Il a fait œuvre de pionnier, à cette époque où bourgeonnait la littérature de jeunesse, défendant inlassablement sa richesse auprès d'adultes souvent suspicieux. Je suis moi-même arrivée dans ce domaine deux ans après. Les premières librairies jeunesse s'ouvraient en Belgique et je préparais mon mémoire de fin de licence universitaire sur le sujet. Fano, comme on l'appelait, était LA référence. Puits de connaissances en matière d'illustration, européenne ou américaine, il partageait sa science avec gentillesse et enthousiasme.

Il a tenu cette rubrique longtemps, guettée chaque semaine par ses lecteurs qu'il avait su convaincre, puis en a été poussé dehors, on ne sait trop pourquoi. Et il en a été chagrin longtemps. Sa joie avait été de voir toute une série de ses chroniques reprises dans le recueil "Biblio-Junior, un guide pour les petits et les grands enfants" (Le Cri/RTBF, 1994), épuisé mais qui vaut toujours le coup d'être lu, par ses choix, par ses opinions.
Sa dédicace de "Biblio Junior", du Fano tout craché.


Au début des années 90, la littérature de jeunesse bouge en Belgique. La branche belge de l'IBBY (International Board on Books for Young People) est créée en 1992 par Marie Wabbes pour la partie francophone. Daniel Fano en sera le vice-président. J'en suis membre.

A la même époque existait aussi le "Prix des critiques de littérature de jeunesse", annuel. Nous étions une bonne dizaine de critiques alors et son palmarès tient toujours la route aujourd'hui. Vu la disparition des chroniques jeunesse dans les médias, on blaguait à la fin de ce prix en disant qu'il pourrait s'appeler le prix Fano & Cauwe.

J'ai aussi eu le plaisir de réaliser en 1993 avec Fano  le premier "Répertoire des auteurs et illustrateurs de livres pour l'enfance et la jeunesse en Wallonie et à Bruxelles", (Communauté française de Belgique). Un fameux travail d'enquêteurs, car rien n'existait alors, même pas internet, qui nous a beaucoup occupés et surtout beaucoup amusés. Le répertoire a ensuite été actualisé par la Communauté française elle-même et les noms des auteurs originaux ont été illico gommés. La septième édition date de 2014 et peut être consultée ici.

Daniel Fano avait une passion pour l'illustration et une connaissance inouïe de tout ce qui y touchait. Dont les Américains précurseurs, Seymour Chwast et Milton Glaser, ses chouchous.

La revue "Alice".

En 1996, Daniel Fano lance avec Nicole Nachtergaele la très intéressante revue "Alice, des littératures de jeunesse et de leurs environs" qui paraît trois fois par an. Elle réunit les meilleures et les plus diverses plumes à propos d'œuvres pour la jeunesse et de livres "pour adultes" dont l'enfant est la question centrale.

En parallèle à tout cela, Fano a toujours écrit des livres "pour adultes". Poète, romancier, inclassable, il a été publié, parfois avec peine, depuis 1966. Au Castor Astral dans les années 2000, chez Pierre-Guillaume de Roux en 2015. Il était cependant davantage présent sur les tables des (bons) libraires depuis une grosse dizaine d'années, depuis qu'il avait cessé en 2007 ses activités de journaliste culturel. Il a été publié principalement ces derniers temps par les Editions des Carnets du dessert de lune (huit titres), les Editions Unes (trois titres), les Editions Traverse (quatre titres dont un collectif). Pour en savoir davantage, l'article de Pierre Maury ici.

Il était aussi un membre discret et efficace de la revue de récits graphiques "64_page".

Quelle perte que son décès! Je ne passerai plus devant la terrasse du Mokafé, galerie du Roi à Bruxelles, en regardant s'il n'y est pas assis ou dans la Galerie des Princes où il venait souvent attendre la fin du travail de Graziella, son amour.




jeudi 7 mars 2019

Quand "Ciel mon mari" devient un "Je t'aime"

Des cafés brûlants et une bague trop petite.
 (c) Les Carnets du Dessert de Lune. 

La romancière belge Eva Kavian est une grande amoureuse. On le sait grâce à plusieurs de ses livres précédents (lire ici). Mais l'amour n'est-il pas au cœur de l'existence? De la littérature? De la poésie?

Bien sûr, l'amour peut donner lieu à des poèmes riquiquis, idiots, sirupeux, voire carrément mauvais. Il peut aussi engendrer un texte merveilleux comme celui de "L'homme que j'aime", écrit par Eva Kavian, illustré par Marie Campion (66 pages, Editions Les Carnets du Dessert de Lune). D'une simplicité analogue à sa force. D'une lucidité égale à sa fantaisie.

Jouant sur l'expression "Ciel mon mari", Eva Kavian la détourne à 180° pour en faire un chant d'amour à l'homme qu'elle aime. Bien sûr, ils n'ont plus vingt ans. Bien sûr, ils ne sont plus des perdreaux de l'année. Et alors?, nous glisse-t-elle à l'oreille. On a encore le droit d'être heureux, le droit d'être amoureux. On est peut-être un peu plus sages, un peu plus réalistes. On sait peut-être un peu plus que les choses ont une fin, y compris le bonheur. Ses phrases s'inspirent du quotidien pour chanter son amour pour cet homme, dont elle répète qu'il est "son mari". Un amour qui sait de quoi les nuits et les jours sont faits mais qui n'oublie pas d'aussi s'enthousiasmer pour tous ces riens qui tressent un lien. On chemine avec ravissement dans ses mots, si justes, si doux, si peu attendus parfois, jusqu'à sa sublime conclusion.

Marie Campion ponctue le texte posé en courtes lignes sur les pages d'une série de dessins en noir et blanc qui saisissent l'essentiel des propos et les transposent dans cette autre dimension qu'est l'image.

"Recommencer à écrire des poèmes".
(c) Les Carnets du Dessert de Lune.

Pour feuilleter "L'homme que j'aime" en ligne, c'est ici.




samedi 14 juillet 2018

DTPE 7 Dire une petite fille, dire une mère

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.


En ce jour de Fête nationale française, deux livres illustrés, un pour les enfants, un pour les adultes, dont les deux duos d'auteures résident dans l'hexagone.

Il y a fort à parier que la Marguerite que nous présentent Albane Gellé (texte) et Séverine Bérard (illustrations) dans le très agréable petit format "Poisson dans l'eau" (Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 48 pages) ne regardera pas la finale de foot demain. Toujours en rouge et blanc, Marguerite n'en fait qu'à sa tête, dans le bon sens du terme. Elle a ses manies et ses habitudes qui nous sont joyeusement contées et qui la rendent terriblement sympathique.

Choisir les bonnes chaussettes le matin.
(c) Les Carnets du Dessert de Lune.
On suit cette boule d'énergie durant toute une journée, le matin, à l'école, à la cantine, l'après-midi, à la sortie de classe, sur le chemin du retour, à la maison, au dîner, au coucher et quand elle s'endort. Marguerite est dynamique, originale, interrogative, observatrice. Elle râle parfois, sait ce qu'elle veut et surtout, elle ressemble terriblement à un enfant, plein d'amour pour sa mère. Le texte attachant est accompagné de jolies illustrations montrant combien Marguerite est bien dans sa vie. Pour tous à partir de 6 ans.

Albane Gellé vit de ses deux passions, l'écriture et le cheval. Elle a déjà publié une vingtaine de livres, notamment aux éditions Le Dé bleu, Jacques Brémond, Cheyne, La Dragonne, Esperluète, L'Atelier contemporain... Architecte, Séverine Bérard est depuis une dizaine d'années médium-magnétiseur. L'illustration de "Poisson dans l'eau" signe son retour à la création artistique, pour un meilleur équilibre avec le monde invisible.

Pour lire un extrait de "Poisson dans l'eau", c'est ici.
Pour en entendre un extrait, lu par l'éditeur, c'est ici.




L'autre livre, de poésie lui, est en quelque sorte un écho à "Trente cette mère avant" (Editions des Carnets du Dessert de Lune, 2009) où Marcella proposait trente textes courts sur une nouvelle maternité. Cette fois, pour "Trente cette mère - maintenant" (Editions des Carnets du Dessert de Lune), les textes de Marcella sont accompagnés des illustrations de Pépée. Ils racontent la mère maintenant, avec deux filles qui ont dix-huit ans d'écart.

(c) Les Carnets du Dessert de Lune.
"Cette mère..." dit le texte en trente petites touches, parfois en partie colorées, permettant à chaque lecteur de se retrouver dans ce kaléidoscope maternel, jouant parfois joyeusement sur les mots, ouvrant grand le champ de l'imaginaire au départ de considérations terre à terre, célébrant toutes les mères dans leur humanité. Un portrait poétique qui résonne doucement. Les phrases sont accompagnées de neuf idéogrammes chinois, autant de symboles de la maternité dont les sens nous sont partagés.

Marcella est écrivaine et sophrologue. Elle écrit le corps toujours en mouvement. Des poèmes, des slogans, des livres pour les enfants et pour les non-enfants. Pépée se partage entre ses activités d'illustratrice, de shiatsu-shi et de yogini, tout en les reliant dans son parcours artistique.

Pour lire un extrait de "Trente cette mère - maintenant", c'est ici


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)




lundi 1 février 2016

Le vingtième livre d'Eva Kavian

"Voici donc mon vingtième livre (oups), un roman jeunesse", m'écrit Eva Kavian en me faisant parvenir "Le frère de Simone" (Oskar éditeur, 177 pages). Vingt livres! Alors que la Namuroise d'origine a commencé en 2000 avec "Le voisin sur les rails" (Le Castor astral), un recueil de nouvelles, poursuivi l'année suivante avec son premier roman, le remarqué "Après vous" (Le Hêtre pourpre). Depuis, elle tâte de la poésie (Esperluète et Dessert de lune), publie des manuels d'écriture (De Boeck), écrit des romans jeunesse dont un très beau premier, "La dernière licorne" (Mijade, 2008). Et poursuit bien entendu dans la veine du roman pour adultes. "Autour de Rita", "Le rôle de Bart", "Le square des héros" (les trois au Castor Astral), "L'art de conjuguer des hommes mariés" (Dessert de lune) sont autant de titres qui ont marqué les lecteurs. Quelle force de travail! Sans oublier les ateliers d'écriture qu'elle anime dans divers réseaux.

"Le frère de Simone" est un roman jeunesse certes, mais plutôt pour grands ados (l'éditeur le place en collection "jeunes adultes"). Pas à cause du thème, une grossesse précoce, mais à cause de sa composition complexe. En marge de l'histoire principale de Simone, 18 ans, dont on comprend petit à petit, en de courts chapitres, les nombreux éléments laissés au départ dans le vague, s'intercalent des pages en caractères italiques: les rêves éveillés et les suppositions de Fred, petit bout de presque 4 ans.

Le livre s'ouvre sur l'arrivée de Simone dans un lycée chic. Elle a donc 18 ans, deux de plus que les autres élèves. Elle n'est fille de personne si ce n'est de parents morts. Elle l'annonce tout de suite et complète sa présentation du fait qu'elle vit avec son frère. Si on comprend vite dans le roman que le petit bout est son enfant à elle, le puzzle de l'itinéraire de Simone est savamment construit et ne se révèle que peu à peu.

Pourquoi ses parents sont-ils morts? Pourquoi s'occupe-t-elle seule de son enfant? Pourquoi veut-elle absolument retourner à l'école? Pourquoi ces deux années d'écart avec ses condisciples? Le lecteur apprend à la connaître et à l'apprécier, à frissonner aussi devant son itinéraire de vie, tout comme les élèves qui s'étonnent de cette fille différente, préoccupée par d'autres sujets qu'eux, empathique mais qui n'hésite pas à tricher pour réussir ses contrôles.

Eva Kavian.
C'est bien écrit comme toujours chez Eva Kavian, avec sensibilité mais sans en rajouter, et imagination. Où je me suis un peu perdue, c'est dans la multitude des personnages du roman, cousin, voisin, élèves et leurs familles, personnel du centre et du lycée... D'autant que passé et présent se mélangent souvent. Que de prénoms à retenir alors qu'ils ont tous leur rôle à jouer dans ce livre qui embrasse beaucoup de sujets de société annexes, maladie, séparation, amour, mutilation, travail, vieillesse, trahisons... Autant de solitudes qui finissent par se rencontrer dans ce beau texte discrètement situé à Namur! Les épreuves les ouvrent les uns aux autres et à eux-mêmes. Le personnage de Simone est très attachant par son tempérament, sa franchise, sa volonté et sa force de vie. Sa résilience aussi bien entendu. Peut-être faut-il lire le le roman une seconde fois pour s'y retrouver plus facilement et l'apprécier alors totalement?









dimanche 13 avril 2014

LAD gusté avec émotion les dernières chroniques de Pierre Autin-Grenier

Mauvaise quinzaine pour les écrivains, leurs amis et leurs lecteurs.
Régine Deforges nous a quittés le 3 avril, subitement, d'une crise cardiaque, à l'âge de 78 ans.

Pierre Autin-Grenier.
Ce samedi 12 avril, c'est  Pierre Autin-Grenier qui s'en est allé. L'écrivain et poète était né à Lyon le 4 avril 1947, le jour de la Saint-Isidore.
Même sans le connaître autrement que par ses livres, souvent des textes courts, mais aussi des poèmes en prose, des nouvelles et des récits, même s'il me dirait que je ne devrais pas, je suis triste tout de même.


Sans doute parce que m'était juste parvenu il y a quelques jours l'ouvrage les "Chroniques des faits" de Pierre Autin-Grenier (Les Carnets du Dessert de Lune, collection "Pleine lune", 50 pages). Son éditeur venait d'aller lui en porter un exemplaire chez lui, à Lyon.

Le recueil est une réédition complétée, car enrichie d'illustrations de Georges Rubel, d'un livre publié en 1992 aux Editions de l'Arbre. Elles sont au nombre de treize, les chroniques réunies ici, brèves et cinglantes, issues ou ancrées dans le quotidien. Si on se prend à sourire à leur lecture, on se rend vite compte que c'est nous qu'elles visent. Pour amateurs d'autodérision, donc, mais quel régal dans ce cas. Pour amateurs de littérature aussi, car chacun des mots est à sa place.

Un retour au pays après sept ans d'absence dans "Patience", des doutes voraces dans "Fragilité de vivre", l'irruption de charlatans dans "Fausses clés", une zizanie galopante dans "Fourberie du moine"... autant de textes courts, ciselés, qui disent des faits mais appellent, l'air de rien, à la révolte. Mots de poète, mots de témoin d'une époque qui n'en finit pas de se perdre, et en filigrane, une quête incessante de liberté.

"Chroniques des faits" porte formidablement ses vingt-deux ans d'âge.  Un recueil à savourer.

Précédemment, il y avait eu plein d'autres titres de l'auteur disparu, chez Gallimard, chez Finitude, que je n'ai pas lus mais qui me tentent fort.

Une exception à ces lacunes, le recueil
d' aphorismes de Pierre Autin-Grenier, "Le poète pisse dans son violon (version symphonique)" (Les Carnets du dessert de lune, Collection "Pousse-café", 24 pages)
C'est un petit carnet à spirales, tout court, comprenant  une cinquantaine d’aphorismes. Sur la vie, sur les livres, sur soi. Un brin misanthropes, un brin machos. Mais c’est pour rire. En tout cas, on sourit souvent. "On imagine toujours le pire, et puis c’est pire", écrit ainsi l’auteur qui propose aussi: "ne faire que des choses inutiles, mais bien les faire". Pour la dernière, on a vu...

Texte écrit, en hommage à Pierre Autin-Grenier, à l'heure de l'apéro. 

mardi 4 mars 2014

L100 va parler de poésie à Radio Panik

A Radio Panik pour "Poésie à l'écoute". (c) Mélanie Godin.

Mercredi 5 mars à 19 heures, vous pourrez m'écouter sur Radio Panik (105,4 FM à Bruxelles) dans l'émission "Poésie à l'écoute" ou me réécouter ensuite (http://www.radiopanik.org/emissions/poesie-a-l-ecoute/). Mélanie Godin m'y a invitée, ainsi que Natacha Wallez (IBBY).
J'y parlerai de littérature de jeunesse en général, un peu de la Foire du livre qui vient de s'achever, et surtout de la poésie destinée aux enfants.


La poésie pour les enfants, ce n'est pas comme Tintin, de 7 à 77 ans! Cela commence à la naissance avec les "Enfantines", ces formulettes traditionnelles qui, depuis des siècles, font les délices des tout-petits, et les  "Berceuses", premier patrimoine de l'enfance. Deux genres de textes cousins que Marie-Claire Bruley et Lya Tourn ont réunis dans deux superbes recueils grand format, remarquablement illustrés par Philippe Dumas (L’école des loisirs, 1988 et 1996).


Après ces panoramas patrimoniaux, je présente la création contemporaine de comptines, à travers la collection tout-carton "Les comptines en continu", d’Olivier Douzou et Frédérique Bertrand (Rouergue). Des histoires d'animaux, pleines d'humour et d'inattendu, jouant avec la langue et les images. Douze volumes sont prévus, six sont parus: "Poney", "Teckel", "Ours", "Minou", "Truite" et "Zignongnon". On attend les autres avec impatience!





D'autres excellentes créations contemporaines se nichent dans la collection "Pommes pirates papillons" des Editions Motus, forte déjà  de 24 titres imprimés sur papier recyclé coloré.

Dernier paru: "Un jardin sur le bout de la langue", de Constantin Kaïtéris et Joanna Boillat (Motus, 72 pages), une autre façon de consommer, par la poésie, la sacro-sainte ration des cinq fruits et légumes par jour! A raison de cinq doubles pages? D'autres façons en tout cas de considérer citrouilles, lentilles, navets en fleurs ou pas, plein d'autres légumes et de fruits, et même l'oignon! Avec fantaisie, imagination et une fameuse gourmandise pour les goûts et pour les mots.

Dans les titres anciens, je pointe "Poèmes sans queue ni tête", d'Edward Lear, adaptés par François David (2004), et "Le rap des rats", de Michel Besnier (2002), tous deux illustrés par Henri Galeron. Sans oublier, dans une autre collection, la dernière création de ce dernier, sur des textes de Philippe Annocque, "Dans mon oreille" (2013).




Aux amateurs de poésie classique, illuminée par des artistes contemporains, je conseille de s'orienter  vers la collection "Enfance en poésie" (Gallimard Jeunesse). Déjà riche de plus de trente titres, elle a été créée par Guy Goffette à qui l'on doit la phrase: "Il suffit de les nommer pour que les choses se mettent à exister, à danser, à chanter, à rire. La poésie, c'est un peu cela: faire exister ce qui n'existe pas."


Enfin, parmi toutes les parutions récentes en poésie destinée aux enfants, j'ai retenu la réédition des "Poèmes pour sourigoler" d'Alain Boudet, illustrés cette fois par Huguette Cormier (Les carnets du dessert de lune, collection "Lalunestlà"). Des poèmes pour grignoter la vie du bon côté.
Parce que la poésie sait aussi ne pas se prendre au sérieux, se faire légère, joyeuse et même s'amuser un coup, rejoignant ainsi dans ses délicieuses applications les plus sérieuses de ses définitions.

Un exemple parmi les 25 poèmes réunis dans le recueil.

Poème pour faire la sieste
Aujourd'hui
il fait soleil
il fait bleu
il fait sourire
il fait doux

Et moi je ne fais rien.


Et en illustration sonore, ceux, qui me connaissent sauront pourquoi, la "Ballade de Noël", de Noé Preszow, dédiée aux réfugiés afghans du Béguinage.


mercredi 8 janvier 2014

LC lèbre l'anniversaire de David Robert Jones


(c) Yves Budin/Dessert de lune.
 
David Robert Jones est né le 8 janvier 1947 à Brixton, un quartier populaire de Londres.
Ce nom ne vous dit rien ou pas grand-chose?

C'est pourtant le vrai nom de David Bowie qui fête ce jour ses 67 ans.

L'occasion de plonger dans la super chouette biographie illustrée, "(Sounds &) Visions of Bowie", que lui consacre Yves Budin (Les carnets du dessert de lune, 96 pages).

L'ouvrage commence par une préface du regretté Gilles Verlant (1957-2013), qui se dit "toujours ébloui" par Bowie et termine son texte par "Et maintenant, place au choc des images."


(c) Yves Budin/Dessert de Lune.
Choc il y a effectivement, devant la technique expressionniste d'Yves Budin. Devant son ton aussi, car le texte qui accompagne les dessins est souvent télégraphique, toujours chronologique, entamé à la première personne, poursuivi à la troisième.

Les pages fourmillent de renseignements sur les usages anglais d'hier, les personnes que la star a rencontrées, ce que David Bowie a chanté dès ses débuts, l'origine de son pseudo, les influences qu'il a subies, les événements de sa vie personnelle et  familiale...

Et bien sûr les chansons, les spectacles et les excès de l'homme-caméléon qui a marqué la musique de son nom depuis 1967. A l'indélébile.

Même si on le connaît, on suit avec appétit et intérêt l'itinéraire de l''homme aux yeux vairons, toujours soutenu par les expressifs dessins en noir, blanc et rouge (et une pointe de jaune). Quelques dates permettent de mieux se repérer mais sans gêner la lecture. Un impeccable portrait en forme de jeu de piste.


(c) Yves Budin/Dessert de Lune.