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lundi 1 février 2016

Le vingtième livre d'Eva Kavian

"Voici donc mon vingtième livre (oups), un roman jeunesse", m'écrit Eva Kavian en me faisant parvenir "Le frère de Simone" (Oskar éditeur, 177 pages). Vingt livres! Alors que la Namuroise d'origine a commencé en 2000 avec "Le voisin sur les rails" (Le Castor astral), un recueil de nouvelles, poursuivi l'année suivante avec son premier roman, le remarqué "Après vous" (Le Hêtre pourpre). Depuis, elle tâte de la poésie (Esperluète et Dessert de lune), publie des manuels d'écriture (De Boeck), écrit des romans jeunesse dont un très beau premier, "La dernière licorne" (Mijade, 2008). Et poursuit bien entendu dans la veine du roman pour adultes. "Autour de Rita", "Le rôle de Bart", "Le square des héros" (les trois au Castor Astral), "L'art de conjuguer des hommes mariés" (Dessert de lune) sont autant de titres qui ont marqué les lecteurs. Quelle force de travail! Sans oublier les ateliers d'écriture qu'elle anime dans divers réseaux.

"Le frère de Simone" est un roman jeunesse certes, mais plutôt pour grands ados (l'éditeur le place en collection "jeunes adultes"). Pas à cause du thème, une grossesse précoce, mais à cause de sa composition complexe. En marge de l'histoire principale de Simone, 18 ans, dont on comprend petit à petit, en de courts chapitres, les nombreux éléments laissés au départ dans le vague, s'intercalent des pages en caractères italiques: les rêves éveillés et les suppositions de Fred, petit bout de presque 4 ans.

Le livre s'ouvre sur l'arrivée de Simone dans un lycée chic. Elle a donc 18 ans, deux de plus que les autres élèves. Elle n'est fille de personne si ce n'est de parents morts. Elle l'annonce tout de suite et complète sa présentation du fait qu'elle vit avec son frère. Si on comprend vite dans le roman que le petit bout est son enfant à elle, le puzzle de l'itinéraire de Simone est savamment construit et ne se révèle que peu à peu.

Pourquoi ses parents sont-ils morts? Pourquoi s'occupe-t-elle seule de son enfant? Pourquoi veut-elle absolument retourner à l'école? Pourquoi ces deux années d'écart avec ses condisciples? Le lecteur apprend à la connaître et à l'apprécier, à frissonner aussi devant son itinéraire de vie, tout comme les élèves qui s'étonnent de cette fille différente, préoccupée par d'autres sujets qu'eux, empathique mais qui n'hésite pas à tricher pour réussir ses contrôles.

Eva Kavian.
C'est bien écrit comme toujours chez Eva Kavian, avec sensibilité mais sans en rajouter, et imagination. Où je me suis un peu perdue, c'est dans la multitude des personnages du roman, cousin, voisin, élèves et leurs familles, personnel du centre et du lycée... D'autant que passé et présent se mélangent souvent. Que de prénoms à retenir alors qu'ils ont tous leur rôle à jouer dans ce livre qui embrasse beaucoup de sujets de société annexes, maladie, séparation, amour, mutilation, travail, vieillesse, trahisons... Autant de solitudes qui finissent par se rencontrer dans ce beau texte discrètement situé à Namur! Les épreuves les ouvrent les uns aux autres et à eux-mêmes. Le personnage de Simone est très attachant par son tempérament, sa franchise, sa volonté et sa force de vie. Sa résilience aussi bien entendu. Peut-être faut-il lire le le roman une seconde fois pour s'y retrouver plus facilement et l'apprécier alors totalement?









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