Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Dargaud. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dargaud. Afficher tous les articles

lundi 2 mars 2026

La triste nouvelle du décès de Clément Oubrerie

Le début des "Royaumes du Nord". (c) Gallimard Jeunesse.

 
Clément Oubrerie. (c) Rita Scaglia/Dargaud.
Ce sont les éditions Dargaud qui annoncent "avec une profonde tristesse la disparition de Clément Oubrerie, le 1er mars 2026, à l'âge de 59 ans. Nos pensées vont vers sa femme Julie Birmant, son fils et ses belles-filles, et tous ceux qui l'aimaient. Sa palette, son sens du découpage, l'expressivité de ses personnages, la virtuosité de son dessin, sa générosité, son engagement pour la diversité et la transmission ont fait de lui un pilier de la bande dessinée, mais aussi de Dargaud chez qui il a publié, avec sa scénariste Julie Birmant, de nombreux albums."

Décédé des suites de la maladie de Charcot, Clément Oubrerie était né à Paris le 23 décembre 1966. Il œuvrait avec talent aussi bien en littérature de jeunesse qu'en bande dessinée ou en cinéma d'animation. Après ses études à l'École supérieure d'arts graphiques (ESAG), il partit deux ans aux États-Unis au début des années 1990, où il débute sa carrière en tant qu'illustrateur jeunesse.
 
A son retour en France, il publie les albums jeunesse qu'il illustre chez Mango et chez Hachette. Chez Nathan ensuite. Les années 2000 le voient être édité au Seuil Jeunesse, chez Albin Michel Jeunesse, chez Casterman Jeunesse. Il illustre aussi bien le documentaire "Les 1000 mots de l'info" d'Élisabeth Combres et Florence Thinard (Gallimard jeunesse, 2003) que "La Ballade de Cornebique", un roman jeunesse de Jean-Claude Mourlevat (Gallimard, 2003) quand il n'adapte pas "Zazie dans le métro" de Raymond Queneau (Gallimard, 2008).
 
C'est dans cette maison d'édition qu'il se fera remarquer en 2005, avec la bande dessinée "Aya de Yopougon", écrite par Marguerite Abouet, prix du meilleur premier album à Angoulême en 2006. Une série qui comporte huit épisodes aujourd'hui. 
 
 
 
 
  
 
 
 
C'est aussi Clément Oubrerie qui va illustrer en bande dessinée les trois premiers tomes de la magnifique série du Britannique Philip Pullman, "À la croisée des mondes", avec Stéphane Melchior au scénario, toujours chez Gallimard: "Les Royaumes du Nord" 1, 2 et 3 (2014 à 2016) - le premier volume recevra le Fauve jeunesse à Angoulême en 2015 (lire ici); les trois tomes suivants, "La Tour des anges" 1, 2 et 3 (2018 à 2021), seront illustrés par Thomas Gilbert d'après son univers graphique.

On lui doit encore la série "Pablo", avec Julie Birmant au scénario, en quatre tomes, qui raconte le quotidien de Picasso jeune homme, à Montmartre, entre 1900 et 1912 (Dargaud, 2012 à 2014).
 

Plus récemment, il avait illustré les deux tomes de la bande dessinée "À mains nues" (scénario de Leïla Slimani, Les Arènes,  2020 et 2021), racontant la vie de Suzanne Noël, une médecin, féministe, qui redonnait un visage aux gueules cassées de la Première Guerre mondiale (Les Arènes). 
 
 
 
 
 
 

Clément Oubrerie avait aussi cofondé, avec Joann Sfar et Antoine Delesvaux, un studio de cinéma d'animation.  

samedi 14 décembre 2024

Un piano vert olive tombé du ciel

Une première page prometteuse. (c) Dargaud.
 
 
Pour leur première bande dessinée, Céline Pieters et Celia Ducaju se sont librement inspirées d'une histoire vraie qui s'est déroulée pendant la Seconde Guerre mondiale. A savoir que les forces américaines envoyaient des pianos Steinway spécialement fabriqués pour cet usage à leurs troupes. Par les airs! En parachute. 2436 "Victory Verticals" seront délivrés de par le monde. La musique adoucit les mœurs et surtout remonte le moral quand on est coincé dans la neige à quelque distance des ennemis
 
"Interlude" (Dargaud, 104 pages) se déroule en Belgique, à La Roche en Ardenne précisément. Un groupe de soldats américains attend dans le froid. Les Allemands ne partent pas aussi vite qu'imaginé. Divine surprise pour eux quand l'instrument de musique arrive chez eux. De petite taille et de la couleur verte olive militaire réglementaire. Chacun y va de son essai sur le clavier ou pousse la chansonnette. C'est la joie toute la soirée et toute la nuit. Mais le lendemain, une offensive surprise des Allemands les contraint à sauter dans les jeeps et les camions et à partir illico. Pour le soldat John, pas question d'abandonner l'instrument. Il obtiendra du sergent Brown l'autorisation de s'en occuper à condition de rejoindre à pied la troupe endéans les 48 heures. Commence pour lui et deux de ses potes une dangereuse marche forcée pour transporter le piano à l'aide de cordes. L'occasion de rencontres dont celle de femmes qui se sont regroupées dans une maison secrète parce qu'elles avaient été violentées par des soldats US.
 
L'arrivée du "VV". (c) Dargaud.

La ligne claire du dessin donne de la douceur à cet épisode tragique inspiré d'une lettre véritable de GI. Des scène oniriques bousculent la ligne initiale. La documentation sur ces pianos est impeccable et les chansons de l'époque nombreuses. Malgré un début prometteur, on reste un peu sur sa faim avec cet album jouant sur les deux sens du mot "interlude" car, malgré leurs dialogues, les personnages ne gagnent pas de véritable consistance au fil des pages. Les viols dénoncés à raison ne s'intègrent pas vraiment dans le récit. 



mercredi 1 décembre 2021

Les Pépites 2021 ont été décernées

Hélène Vignal, lauréate de la Pépite d'or 2021.

Premier jour ce mercredi 1er décembre du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, toujours dit Salon de Montreuil à sa trente-septième édition, et proclamation des récompenses très attendues, les Pépites. Pour rappel, vingt titres répartis en quatre catégories sont sélectionnés (lire ici). Quatre jurys d'enfants et d'ados (36 au total) décernent la Pépite de chaque catégorie tandis qu'un jury adultes choisit la Pépite d'or sur l'ensemble des titres sélectionnés. En 2021, ce sont deux fictions ados qui sont donc récompensées. Un bref roman et un roman graphique.

La Pépite d'or 2021 est attribuée à Hélène Vignal pour son roman ado "Queen Kong" (Thierry Magnier Éditions, "L'ardente", 82 pages). Un roman demandé en service de presse qui ne m'est hélas pas parvenu. Un roman bref où une jeune fille explore sa sexualité, sans tabou mais en subissant un grave harcèlement sur les réseaux sociaux. Elle ne cédera toutefois pas, trouvant ainsi sa liberté.

Selon le jury, "un roman sensible, sensuel qui nous transporte, tout en tensions, à l'heure des premiers émois sexuels", "un récit nécessaire, juste, direct, audacieux qui donne à ressentir comment cette étape si fragile peut se trouver malmenée à l'heure des réseaux sociaux et des comportements de groupe qu’ils peuvent développer", "une histoire actuelle qui nous invite à "écouter ce qui bat" à l'intérieur des corps des filles et les combats qui sont à mener, aujourd'hui toujours, pour conquérir la liberté d’être différente et libre. Différente de la bande, différente du modèle familial, affranchie du patriarcat, des pressions familiales, de tout schéma", "une écriture claire, ciselée et contemporaine pour un temps précieux, un roman délicat."

Jury: Michel Abescat ("Télérama"), Ramona Bădescu, autrice et présidente du SLPJ-93, Raphaële Botte ("Lire Magazine littéraire, Dong !"), Laurence Houot (Franceinfo Culture), Joseph Jacquet (France Télévisions), Laurent Marsick (RTL), Cécile Ribault Caillol (France Info), Frédérique Roussel ("Libération") et Sylvie Vassallo, directrice du SLPJ-93.

Pour lire les deux premières pages de "Queen Kong", c'est ici.


Les Pépites

Catégorie Livre illustré


Esprit, es-tu là?
Dominique Ehrhard
Anne-Florence Lemasson
Les Grandes Personnes
22 pages animées

Une merveille d'album animé, tout en hauteur, où l'on découvre cinq statuettes protectrices chez les Indiens Pueblo. Là-bas, au Nouveau-Mexique et en Arizona, on les offre aux enfants, sculptées dans du bois, peintes et ornées de plumes. L'esprit du hibou, de la pluie, de l'aigle, du cerf, du soleil, cinq poupées kachinas, pour les protéger. Ici, on découvre les cinq sujets magnifiquement mis en volume en papier! Des merveilles de pop-up accompagnées de textes poétiques et rassurants.

Mongwu, le hibou. (c) Les Grandes Personnes.


Catégorie Fiction Junior


Les filles montent pas si haut d'habitude
Alice Butaud
François Ravard
Gallimard Jeunesse
176 pages

Un road-trip familial illustré, d'une fantaisie jubilatoire avec un duo de héros que tout oppose: Timoti, au nom de shampoing, assez introverti, qui vit seul avec son père, et Diane, une fille qui a surgi un jour à sa fenêtre, drôlement extravertie, elle. Le titre du roman vient d'une réflexion de Timoti quand il fait connaissance de la demoiselle, installée dans l'arbre près de chez lui: "Les filles montent pas si haut d’habitude." Petit à petit, Diane va pousser Timoti à s'affranchir, à se lancer dans la vie. Le duo est aussi drôle que sensible. Irrésistible par ce qui les lie et ce qui nous touche chez eux. Un roman à découvrir dès 9 ans, plein d'aventures, d'humour et d'émotions. La recette parfaite portée par une écriture juste.

Pour feuilleter en ligne les premières pages, c'est ici.


Catégorie Bande dessinée


Nowhere Girl
Magali Le Huche 
Dargaud
122 pages

Une BD autobiographique, sensible et drôle, en dépit de la gravité du sujet, la phobie scolaire. La première BD que Magali Le Huche écrit et dessine en solo. Magali a 11 ans. Elle aime les Beatles, elle les adore même. Pas comme l'école, surtout depuis qu'elle est au collège. Elle qui pensait être une élève comme les autres en éprouve soudainement une peur panique. Elle se réfugie alors dans l'univers parallèle des Beatles nourri de leur musique et de couleurs éclatantes.

Pour découvrir le début de l'album en ligne, c'est ici.


Catégorie Fiction Ado


Polly
Fabrice Melquiot
Isabelle Pralong
La Joie de lire
96 pages

Polly est né avec entre les jambes quelque chose qui n'est ni un zizi, ni une zézette, mais la rencontre des deux. Une "ziziette" en somme. Ni fille, ni garçon, non "conforme" pour la société, Polly est élevé comme un garçon dès sa naissance. A partir de ses sept ans, la médecine l'opère régulièrement, le "répare"... Si Polly est physiquement devenu un garçon, en est-il un dans sa tête pour autant? On suit son existence, ses questions, ses objections, ses expériences, ses révoltes et ses acceptations. Chapeau à ce Polly qui va au bout de son chemin, se prend des claques et finit par se trouver. Quel magnifique roman graphique qui ne recule devant aucune des difficultés de son sujet et témoigne tant par le texte, dru ici, dialogué là, que les illustrations allant des vignettes expressives aux grandes scènes sur pleines pages en passant par des tableaux aquarellés abstraits, de la difficulté d'être intersexe dans un monde où tout doit être rangé, paramétré, normal... On sort bouleversé et ému de cette magnifique lecture. Peut-être un peu plus attentif à ceux qui sont hors norme.




La superbe variété graphique des pages de "Polly". 
(c) La Joie de lire.






lundi 14 juin 2021

Absurde, zen et philosophe, tel était Mandryka

Mandryka. (c) Dargaud.

Le monde de la bande dessinée est bousculé par le décès ce 13 juin 2021, du dessinateur Mandryka, Nikita Mandryka de son vrai nom (1940-2021). Les hommages se multiplient.


Le communiqué des Editions Dargaud

C'est absurde: Nikita Mandryka est mort


Les mots ne manquent pas quand il s'agit d’envisager la disparition de Mandryka, ils n’ont pas de sens.

Par l'équipe Dargaud.

Le 14 juin 2021

Il est, avec ses grands amis Marcel Gotlib et Claire Bretécher, celui qui aura tout connu et tout fait en matière de bande dessinée, et qui aura permis à ce moyen d'expression d'atteindre des sommets artistiques et littéraires. Son dessin ultra-dynamique et capable de tout lui a permis d'explorer comme personne d'autre l'absurde, le non-sens, la philosophie, le zen - sa dernière grande découverte personnelle après la psychanalyse. Sa compagnie passionnante, sa curiosité sincère et insatiable, son intégrité intellectuelle, tout en lui le rendait attachant… Les mots ne manquent pas quand il s'agit d'envisager la disparition de Mandryka, ils n'ont pas de sens.

Nikita Mandryka, dit Mandryka, est un auteur de bande dessinée français, d'origine russe. Connu pour être le créateur du célèbre "Concombre masqué", il a également fondé avec Claire Bretécher et Marcel Gotlib "L'Écho des savanes" et il a été le rédacteur en chef des magazines "Charlie Mensuel" et "Pilote". Parmi les nombreuses récompenses qu'il a reçues, on lui a notamment décerné le Grand Prix du Festival d'Angoulême en 1994, rendant ainsi hommage à son œuvre. Origine russe pur jus pour ce dessinateur né un 20 octobre 1940 à Bizerte, en Tunisie, par un hasard de circonstances qui influença son génie créateur. Le grand-père maternel, commandant d'un torpilleur, chassé par la révolution bolchevique, part de Sébastopol en 1918, demande l'asile de la France, qui le dévie vers Bizerte. Il y échoue son navire totalement déglingué puis se retrouve gardien de citerne. Les parents de Nikita, étudiants en médecine à Lyon, retrouvent la diaspora slave sous le soleil maghrébin et y conçoivent leur fiston. Papa est devenu toubib.

"C'était un monde de folie entre immigrés russes", se souvient Mandryka. "Les hommes vaincus aspirant au retour, les femmes faisant des ménages … de doux dingues! J'ai repris certains mots russes qui me faisaient rire en les transcrivant plus tard de façon phonétique en BD. Je pense que c'est à partir de cet univers que j'ai inventé le mien, une façon de me sortir de la folie dans laquelle j'ai vécu mon enfance, de la maîtriser. Le "Concombre" est une BD thérapeutique, une analyse infinie."

Mandryka dessine dès l'âge de 7 ans après la découverte de "Spirou", véritable "explosion" dans son jeune cerveau. Il copie avec application les personnages. Ses balbutiements en BD accompagnent ses premiers émois de spectateur assidu de westerns, de "Zorro" et "Flash Gordon" sur grand écran. La situation se gâte en Tunisie et la famille émigre au Maroc avant d'atterrir à Lons-le-Saunier (Jura) où Nikita entame des études secondaires. Un choc climatique et environnemental qu'il devra surmonter. En 1968, Mandryka entre à l'IDHEC à Paris. Son cursus cinéma terminé, il a déjà commencé la BD pour "gagner sa croûte" et le dessin l'emporte:

"Un film n'est pas une mince affaire alors qu'avec un papier, un crayon et un pinceau, on fait soi-même son cinéma."

L'idée du "Concombre" lui vient à 14 ans quand il tombe sur une BD de Jean-Claude Forest, "Le Copyright", un lézard magique tirant d'une poche une panoplie d'outils. Aguerri au dessin, Nikita publie avec succès ses premières BD chez Vaillant et dans "Pif". Avec un humour aussi décalé que décoiffant, un sens aigu de la dérision et de l'absurde, un langage réinventé, un délire contrôlé et un graphisme percutant, le tout parsemé de quelques réflexions philosophiques, le monde de Mandryka ne ressemble à aucun autre. Le "Concombre" paraît dans "Pilote" en 1967 puis l'auteur fonde avec Bretécher et Gotlib "L’Écho des savanes" au début des seventies. Il quitte "L'Écho" en 1979, manquant de feeling pour gérer une entreprise, et réfractaire aux contraintes éditoriales. Il poursuit en parallèle ses publications dans "Pilote", soit six albums. En 1982, Mandryka devient rédacteur en chef de "Charlie Mensuel", puis de "Pilote" en 1983 avant d'en devenir conseiller à la rédaction et finalement de s'en aller pour de bon. Sa création l'intéresse bien plus que d'expliquer la BD aux autres. À cette période, il rédige le scénario d'"Alice" (1985) dessiné par Riverstone puis s'oriente vers la publicité avec "Pas de sida pour Miss Poireau" (scénario de Claude Moliterni) qui obtient le Prix Alfred de la communication à Angoulême en 1988. Après quatre publications du "Concombre" chez Dupuis, "La Dimension Poznave" (parts 1 et 2), "Le Concombre dépasse les bornes" et "Le Concombre fait avancer les choses", entre 1990 et 1992, Mandryka déménage à Genève où sa future épouse, Alicja Kuhn, crée une adaptation théâtrale des aventures de son héros. Grand Prix d’Angoulême en 1994, Nikita Mandryka est célébré l'année suivante dans un album collectif, "Tronche de Concombre", qui dépeint son "Concombre masqué" du point de vue de trente-quatre autres auteurs. Il relance son légume en 1995 avec un album, "Les Inédits", pour finalement abandonner la bande dessinée pour quelque temps. Mandryka revient en force dans les années 2000, en participant au scénario de deux tomes de la série "Les Gardiens du Maser" de Max Frezzato, avant de reprendre les rênes de son Concombre masqué pour l'album "Le Bain de minuit". Nikita Mandryka anime toujours le site du "Concombre masqué", en publiant chaque semaine une planche avec de nouvelles péripéties du légume, qu'il publie chez Alain-Beaulet.


Hommages


Christian Rosset

"Le dernier des "grands" vient de nous quitter. Nikita Mandryka (1940-2021). Je suis effondré. Mais en revoyant cette image, je suis en joie. Heureux de t'avoir connu, Nikita. j'espérais te retrouver bientôt, je pensais que tu deviendrais centenaire..."






Benoît Peeters

"Un triste nouvelle. Disparition de #Mandryka, l'auteur du "Concombre masqué"."



Jean-Christophe Menu

"Je suis très triste aujourd'hui, Nikita Mandryka nous a quittés hier."







Nathalie Chateau-Vigneron

"Bretzel liquide. Sigh!

Mandryka 1940 - 2021

— triste."





Laure Garcia

"Nikita Mandryka, 1940-2021, Bretzel liquide"








Eric Naulleau

"Le concombre masqué est orphelin. Reconnaissance éternelle à Mandryka pour avoir enchanté nos adolescences."







Olivier Heimana

"Bye bye le Concombre Masqué 😢 (et non pas ce genre de masque)".









Jeanne Puchol

"Adieu, Mandryka... 
(le concombre masqué est immortel, heureusement)."


dimanche 30 septembre 2018

Mort du dessinateur français René Pétillon

René Pétillon (c) Rita Scaglia/Dargaud.

Ce sont les éditions Dargaud qui annoncent la triste nouvelle, survenue ce 30 septembre 2018.
"C'est avec une immense peine que les éditions Dargaud doivent annoncer la disparition de René Pétillon, emporté par une longue maladie. La tristesse et la douleur de voir disparaître un ami cher ne nous fait pas oublier le talent hors du commun de ce dessinateur à l'humour irrésistible et à l’élégance rare. 
Nos pensées vont à Marie-Noëlle, Jean-Marc, Claire et son petit-fils Corentin, ainsi que sa famille et ses proches."
Né le 12 décembre 1945 à Lesneven, dans le Finistère, René Pétillon a été un autodidacte, passionné de dessin, amateur des Marx Brothers et du magazine américain "Mad". D'une gentillesse pour les lecteurs qu'il a croisés égale à la férocité de son trait. Ses premiers dessins paraissent en 1968, dans "Plexus", "L'Enragé" et "Planète". Quatre ans plus tard, ce sera "Pilote" avec un premier récit de six pages intitulé "Voir Naples et mourir".

Jack Palmer.
(c) Dargaud.
Jack Palmer, son personnage fétiche, né en 1974, se baladera de "Pilote" à "L'Echo des Savanes", en passant par "Télérama" et "VSD". C'est le détective au gros nez qui lui vaudra la reconnaissance du très grand public en 2000, avec "L'Enquête corse". Prix du Meilleur album à Angoulême, "L'Enquête corse" est aussi adaptée au cinéma en 2004 et lui vaut d'être citoyen d'honneur de la ville de Bastia. Il sera le héros de quinze albums (Dargaud).

René Pétillon est aussi le scénariste du "Baron Noir", dessiné par Yves Got (Glénat), de Rochette pour les albums "Panique à Londres", "Scandale à New York" et "Triomphe à Hollywood" (Albin Michel), de Florence Cestac pour "Super Catho" (Dargaud) et beaucoup d'histoires courtes, une forme où il excelle, en bon humoriste.

En 1989, Pétillon est Grand prix du festival d’Angoulême.

Dans le "Canard enchaîné".
En 1993, il entre au "Canard Enchaîné", où il devient rapidement très présent et important. Son humour acéré, impitoyable, légèrement décalé et néanmoins pas dénué de tendresse fait mouche à tous coups. Il est sans conteste un des tous grands portraitistes de la société française. Plus de 11.000 dessins plus tard, en 2017, il met fin à sa collaboration avec l'hebdomadaire. Plusieurs recueils de ses dessins d'actualité sont publiés, dont "J'y suis!", "Sarkorama", "Un certain climat" et "Rencontres" (Dargaud).

**
*

J'ai eu la chance de croiser René Pétillon deux fois, à Bastia chaque fois, aux Rencontres BD créées et pilotées alors par Dominique Mattei, dont la particularité était de mêler illustration jeunesse et bande dessinée.

La première fois, c'était en 2001, juste après la sortie de "L'enquête corse" et l'auteur se demandait avec un brin d'inquiétude quel sort allait lui être réservé sur place.

Voici ce que j'avais écrit le 23 avril 2001


Conviviales et passionnantes, les Huitièmes Rencontres BD viennent de se dérouler à Bastia, en Corse.


Un festival intelligent qui respire la bonne humeur.



Prenez une île, pas très grande, la Corse. Là, une petite ville, Bastia. Et là encore, une toute petite bonne femme, Dominique Mattei. Epaulée par un quatuor féminin, et soutenue par une solide équipe de bénévoles, elle organise - entre autres activités culturelles - les Rencontres BD de Bastia.

Les huitièmes du nom se sont déroulées début avril et ont vu se déplacer sur l'île de Beauté une belle brochette d'illustrateurs. Des ténors de la "vieille" génération BD, les Fred, Pétillon, Willem, Wolinski, etc., ceux de la "nouvelle", Blain, Boucq, Douzou, Gerner, Guibert, Rochette, Schuiten, Sfar, Stassen... sans oublier la jeune Marjane Satrapi. Rien que du beau monde qui encadrait Claude Ponti, un des meilleurs créateurs de livres pour enfants ("Adèle", "L'arbre sans fin", "Blaise" et autres poussins...).

Une telle affiche pouvait augurer d'un salon mondain, parlant haut, parlant bien. Eh bien, pas du tout. Si les conversations ont été sonores, c'est qu'elles étaient passionnées. Le vin corse n'explique pas seul la qualité des échanges. "Les Rencontres sont nées d'un travail de fond que nous avons fait sur le livre de jeunesse", explique Dominique Mattei. "Georges Lemoine s'est rendu à Bastia, Michel Gay, May Angeli, Michelle Daufresne... On a dû recevoir une bonne quinzaine d'auteurs ou illustrateurs jeunesse sur quatre-cinq ans, dans le cadre d'ateliers suivis d'expositions. Une année, on a invité des auteurs jeunesse et des dessinateurs de bande dessinée. C'était passionnant. On a aussi senti qu'il se passait des choses au niveau du public. On a poursuivi dans cette voie."

Comment se choisissent les invités? "Nous avons soit des hypothèses de travail, par exemple vérifier si des choses se mettent en place au niveau européen, soit des intuitions: les "Géographies imaginaires" nous trottaient en tête depuis deux ou trois ans. Ou bien nous avons envie de travailler sur la production de tel ou tel auteur parce que nous estimons que le public le rencontrera avec plaisir et avec bonheur."

Chaleur, simplicité, justesse, tel est le credo des souriantes rencontres bastiaises. L'attention et l'enthousiasme pour les créateurs de BD et d'images sont omniprésents. Entre rencontres informelles, débats percutants, séances de dédicaces bon enfant, on découvre les dix expositions montées pour l'occasion dans le curieux centre culturel Una Volta: posé sur la roche, il empile les étages et en réserve les surprises aux visiteurs.

En bas, les expos de Claude Ponti (150 magnifiques originaux retraçant sa bibliographie) et Jean-Marc Rochette, plus haut les planches donnant le "parti d'en rire" qu'ont pris Brétécher, Pétillon, Wuillemin, Willem, Wolinski et Batti, ou célébrant les 20 ans de Luc Leroi, héros de Jean-Claude Denis. Un petit détour par les exercices sur "Boîtes d'allumettes" qu'ont tentés huit artistes sous la houlette d'Olivier Douzou. Encore plus haut, d'autres grands de la BD livrent leurs carnets de voyage tandis que Yoann présente ses "petits animaux d'Australie". En majesté et en beauté, tout au sommet du bâtiment, une épatante scénographie de l'atelier Lucie Lom explore les "Géographies imaginaires": un géant au visage scarifié est couché sur une mer mouvante illustrée de symboles. Bercé par ce gisant muet, le regard se pose alors sur des planches d'ancêtres comme "Little Nemo" ou de leurs descendants, Pratt, Schuiten...

Cette abondance de victuailles culturelles est avidement gobée par des visiteurs enthousiastes et ravis (plus de 9.000 personnes en 2001). Ils circulent entre les cimaises, profitent des explications données par les hôtesses, guettent les illustrateurs et leurs généreuses dédicaces et regardent sans plus s'arrêter.

Cette échelle si humaine pour des rencontres culturelles de haute envergure laisse rêveur.

De bulles en bulles...


  • Les projets de Posy (Simmonds) . Bonne surprise de retrouver Posy Simmonds, empêchée de venir à la Foire du livre de Bruxelles. Dessinatrice de presse pour le "Guardian", auteur pour enfants ("Mariage en chocolat" notamment) et pour adultes (le superbe "Gemma"), la Britannique a plusieurs projets: pour les petits, "Lavande", le lapin le plus courageux du monde et, pour les grands, une histoire de rouge à lèvres!
  • 24 heures d'angoisse. Inquiétude pour les organisateurs: Schuiten avait envoyé ses originaux, ils n'arrivaient pas. Et pour cause! Si Bastia apparaissait sur l'enveloppe, nulle trace du mot Corsica. C'est donc à Bastia Italia que les précieuses planches ont été acheminées avant de revenir en France.
  • Le retour de Yoann. Yoann, Yoann, les enfants hèlent le créateur de "Toto l'ornithorynque", traduit dans huit pays (Allemagne, Italie, Portugal, Chine, Corée, Turquie... mais pas l'Australie). Serait-il si connu en Corse? Sans doute. Surtout, il y est venu en décembre pour des animations scolaires. Les enfants retrouvaient "leur" dessinateur. Cet ancien éleveur d'oiseaux, de hérissons, de serpents a été séduit par l'extraordinaire faune australienne. A tel point qu'un nouvel animal et une nouvelle légende apparaissent à chaque album de Toto. Mais on n'y a pas encore vu de kangourou.
  • Pétillon. Les 450 exemplaires de "L'enquête corse" de Pétillon se sont vendus comme des petits pains. Et ont été dédicacés par l'auteur, comme bien d'autres titres à lui... Dire que certains avaient craint que Pétillon ne soit snobé par les habitants, capables de dédaigner ceux qui se mêlent de leurs affaires!
  • Pétillon (bis). Il n'avait pas envie de quitter la Corse, l'ami Pétillon. Son retour avait donc été retardé. Mais, acte manqué?, il a failli louper le dernier vol pour le continent. Et c'est par une échelle posée sur la carlingue qu'il est entré, à la dernière minute, dans le dernier avion!


La seconde fois, c'est donc aussi à Bastia en 2006, comme je l'avais relaté ici.

Un dessin de Kroll pour les Rencontres BD de 2006.




mercredi 20 décembre 2017

La disparition d'Annie Goetzinger

Annie Goetzinger.

Triste nouvelle que l'annonce du décès, à 66 ans, d'Annie Goetzinger, pionnière de la bande dessinée féminine dans les années 1970. Ce sont les éditions Dargaud qui ont annoncé, ce 20 décembre sur Twitter, sa disparition: "C'est avec une profonde tristesse que nous apprenons la disparition d'une très grande dame de la bande dessinée, Annie Goetzinger. Toutes nos pensées vont à sa famille et à ses proches. Au revoir Annie..." Crabe de m.

Annie Goetzinger, j'avais eu le plaisir de la rencontrer lors d'un débat que j'avais animé à Saint-Etienne à l'automne 2013. A ses côtés sur le plateau se trouvait Régine Deforges, disparue en avril 2014. Bizarre impression pour moi aujourd'hui que ces deux dames, si présentes et si belles dans leurs paroles, ne soient si vite plus là.

Annie Goetzinger était présente à ce salon littéraire parce que venait de sortir son excellent roman graphique "Jeune fille en Dior" (Dargaud). Pour lire ce que j'avais écrit alors, c'est ici.

Je garde de cette rencontre fugace un excellent souvenir, celui d'une femme attentive et charmante, qui disait ce qu'elle pensait tout en douceur, et qui m'envoyait des sourires encourageants durant cette rencontre.



Via les Editions Dargaud,
l'hommage de son ami Pierre Christin
"Annie a été l'une des toutes premières femmes à entrer dans le milieu, jusqu'alors presque exclusivement masculin, de la BD. Elle l'a fait avec ce mélange de détermination et de légèreté qui était sa marque, et elle y a été immédiatement acceptée.
Annie a été l'une des toutes premières femmes – et d'ailleurs aussi des hommes - à rompre avec la narration et la mise en page classiques de la série, pour brosser des portraits de femmes construisant leur avenir comme elle construisait le sien, avec talent et exigence.
Elle a été l'une des toutes premières femmes à aborder le reportage en format roman graphique, dans son livre sur le tango sous la dictature des généraux en Argentine, où son espagnol parfait et son élégance non moins parfaite ont su forcer toutes les réticences.
Elle a été l'une des toutes premières à glisser dans ses histoires parisiennes de nombreux éléments autobiographiques, bien avant que l'on parle d’auto fiction et, comme toujours, elle l'a fait avec discrétion, tout en restant fidèle à ses origines et à ses convictions.
Tout cela suffirait largement à faire d'elle la "grande dame de la bande dessinée", ainsi qu'on l'a souvent qualifiée. Mais il y avait bien d'autres choses en elle. Et notamment une langue bien pendue capable de renvoyer les fâcheux à leur lourdeur congénitale d’un gnong dans les gencives pas du tout grande dame.
Il y avait aussi un courage physique et moral qui lui a permis d’affronter d'innombrables épreuves personnelles. Mais plus encore une capacité de compassion qui lui a permis d’aider beaucoup de gens, proches ou lointains, à affronter leurs propres épreuves. Le kitsch ne lui faisait pas peur. Mais la bonté non plus. A vrai dire, elle n'avait peur de rien.
J'ai eu l'immense chance de pouvoir exprimer grâce à elle toute une part féminine d'ordinaire quasi interdite aux garçons, surtout en BD. J'ai eu surtout l'immense plaisir de vivre en sa compagnie nos plus belles années de création.
Celles qui ont fait d'elle l'une des toutes premières justement. C'est-à-dire l'apanage d'un style à nul autre pareil. Avec seulement quelques centimètres carrés d'un dessin, même inconnu de lui, tout amateur dira "Ça, c'est du Annie Goetzinger".
Car c'était cela, Annie: le style. En tout."




jeudi 1 décembre 2016

Les 20 meilleurs livres 2016 selon "Lire"


En léger différé depuis Paris, 
le classement annuel du magazine "Lire"

Meilleur livre de l'année: "Le nouveau nom" d'Elena Ferrante (traduit de l'italien par Elsa Damien, Gallimard)
Meilleur roman français: "Repose toi sur moi" de Serge Joncour (Flammarion)
Meilleur roman étranger: "La route étroite vers le nord lointain" de Richard Flanagan (traduit de l'anglais (Australie) par France Camus-Pichon, Actes Sud)
Révélation française: "Règne animal" de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard)
Révélation étrangère: "Station Eleven" de Emily St John Mandel (traduit de l’anglais (Etat-Unis) par Gérard de Chergé, Rivages)
Meilleur premier roman français: "Désorientale" de Negar Djavadi (Liana Levi)
Meilleur premier roman étranger: "Les maraudeurs" de Tom Cooper (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Demarty, Albin Michel)
Meilleur livre d'enquête: "Laetitia ou la fin des hommes" de Ivan Jablonka (Seuil)
Meilleures mémoires: "Le tunnel aux pigeons, Histoires de ma vie" de John Le Carré (traduit de l'anglais par Isabelle Perrin, Seuil)
Meilleur essai: "Une colère noire, lettre à mon fils" de Ta-Nehisi Coates (Autrement)
Meilleur livre sur l'art: "Être ici est une splendeur" de Marie Darrieussecq (P.O.L., lire ici)
Meilleur polar: "Cartel" de Don Winslow (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Seuil)
Meilleure biographie: "Simon Leys: navigateur entre les mondes" de Philippe Paquet (Gallimard)
Meilleur livre d'histoire: "L'Europe en enfer" de Ian Kershaw (traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Seuil)
Meilleur livre de sciences: "Alexandre Grothendieck" de Philippe Douroux (Allary)
Meilleure BD: "Ce qu'il faut de terre à l'homme" de Martin Veyron (Dargaud)
Meilleur livre de science-fiction: "La maison dans laquelle" de Mariam Petrosyan (traduit du russe par Raphaëlle Pache, Monsieur Toussaint Louverture)
Meilleur livre jeunesse: "Génération K" de Marine Carteron (Rouergue)
Meilleur récit de voyage: "Boire et déboires en terre d'abstinence" de Lawrence Osborne (Hoëbeke)
Meilleur livre audio: "Vous n'aurez pas ma haine" d'Antoine Leiris, lu par André Dussolier (Audiolib) 



dimanche 1 février 2015

La fin du palmarès pour la fin d'Angoulême


Ce dimanche 1er février s'achève le 42e Festival d'Angoulême et se complète son palmarès.

Trois prix avaient en effet déjà été dévoilés le jeudi 29 janvier, à savoir


le Grand Prix de la Ville d'Angoulême décerné au Japonais Katsuhiro Otomo ("Akira", "Steamboy", Glénat, "Mother Sarah", Delcourt,..) pour l'ensemble de son œuvre, au deuxième tour de scrutin.






(c) FIBD Lewis Trondheim 2015.
 le Grand Prix spécial à Charlie Hebdo











le Fauve jeunesse pour "Les Royaumes du Nord", de Stéphane Melchior & Clément Oubrerie, d'après l’œuvre de Philip Pullman (Gallimard, 80 pages, 2014).

Pour lire le début du premier tome des "Royaumes du Nord", c'est ici.





Ce dimanche a été révélée la suite du palmarès


Fauve d'or, prix du meilleur album: "L'Arabe du futur", de Riad Sattouf (Allary Editions), présenté comme le tome 1...

Bonne nouvelle, quand j'avais rencontré Riad Sattouf, lire ici, ce n'était pas encore sûr. Aujourd'hui que 150.000 exemplaires ont déjà été écoulés...

Pour lire le début de "L'Arabe du futur", c'est ici.

Fauve d'Angoulême, prix spécial du jury: "Building Stories", de  Chris Ware (Delcourt).







Fauve d'Angoulême, prix de la série: "Lastman", tome VI, de Balak, Mickaël Sanlaville et Bastien Vivès (Casterman)








Fauve d'Angoulême, prix révélation: "Yékini, le roi des arènes", de Lisa Lugrin et Clément Xavier (Editions Flblb).






Fauve d'Angoulême, prix du patrimoine: "San Mao, le petit vagabond", de Zhang Leping (Fei)






Fauve d'Angoulême, prix du public: "Les Vieux fourneaux", tome I - Ceux qui restent, de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet (Dargaud).




Fauve polar SNCF: "Petites coupures à Shioguni", de Florent Chavouet (Philippe Picquier).








Fauve d'Angoulême, prix de la bande dessinée alternative: "Dérive urbaine", édité par l’association Une autre image (France)