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vendredi 5 septembre 2025

Les romans en lice pour le prix Vendredi 2025

La sélection 2025 du prix Vendredi.

 
Créé en 2016 par le groupe des éditeurs jeunesse du Syndicat national de l'édition (SNE) et désigné pour la première fois en 2017, le prix Vendredi (lire ici) récompense chaque année un ouvrage francophone destiné aux plus de 13 ans, et publié entre le 1er octobre de l'année précédente et le 30 septembre de l'édition en cours à compte d'éditeur. Il est choisi par un jury de professionnels. Nous voilà déjà à sa neuvième édition.
 
La Fondation d'entreprise La Poste, partenaire historique du Prix, dote le Prix Vendredi d'une enveloppe globale de 3.000 euros.
 
 
Les dix titres sélectionnés
(par ordre alphabétique des titres) 
  • "A croquer", Anne-Fleur Multon (Ed. Thierry Magnier)
  • "Célèbre à en mourir, Alain Gagnol (Syros)
  • "Dans le ventre de Fianna Sinn", Fanny Chartres (l'école des loisirs)
  • "Francœur", Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail (l'école des loisirs)
  • "La Part du vent", Nathalie Bernard (Ed. Thierry Magnier)
  • "Les Frontières écarlates", Solène Ayangma (Talents Hauts)
  • "Le Silence est à nous", Coline Pierré (Flammarion Jeunesse)
  • "Nina perd le Nord", Céline Gourjault (Seuil jeunesse)
  • "Sainte-Marie-des-Haines-Infinies", Louise Mey (La ville brûle)
  • "Véda s'en va", Sarah Maeght (Albin Michel)
 
 
Jury du prix Vendredi
  • Raphaële Botte, journaliste spécialisée en littérature jeunesse pour "Télérama"
  • Maureen Desmailles, autrice lauréate du Prix Vendredi 2024
  • ​Marie Desplechin, journaliste et autrice de livres jeunesse et adultes
  • Emmanuelle Kabala, responsable des romans au CNLJ.
  • Lucie Kosmala, journaliste et formatrice spécialisée en littérature jeunesse.
  • Tom Lévêque, auteur et spécialiste de la littérature adolescente
  • Cécile Ribault-Caillol, journaliste littéraire
  • Anne Ricou, rédactrice en chef adjointe du magazine "Je Bouquine"
  • Simon Roguet, libraire à la librairie M'Lire, Laval.​
 
Prix Vendredi des lecteurs du pass Culture (3e édition)
Une collaboration entre le Prix Vendredi et le pass Culture a été initiée en 2023 et donne lieu à la création du Prix Vendredi des lecteurs du pass Culture. Ce prix est remis par un jury composé de neuf jeunes lecteurs et lectrices (15 à 19 ans) issus de différentes régions et bénéficiaires du pass Culture.
 
La remise du Prix en présence des auteurs et éditeurs aura lieu le mardi 4 novembre à 11 heures à la médiathèque Françoise Sagan (8 rue Léon Schwartzenberg, 75010 Paris). Deux heures avant l'annonce du prix Goncourt chez Drouant!
 

Palmarès

2024 Maureen Desmailles pour "La chasse" (Ed. Thierry Magnier, lire ici) et Anne Loyer pour "Charbon bleu" illustré par Gérard DuBois (D'eux, lire ici)
2023 Claudine Desmarteau pour "Au nom de Chris" (Gallimard Jeunesse)
et Arnaud Cathrine, prix Vendredi - Jury des jeunes Pass Culture pour "Octave" (Robert Laffont)
2022 Claire Castillon pour "Les Longueurs" (Gallimard Jeunesse, lire ici)
2021 Sylvain Pattieu pour "Amour chrome" (l'école des loisirs, lire ici)
2020 Vincent Mondiot, pour "Les Derniers des Branleurs" (Actes Sud junior, lire ici)
2019 Flore Vesco, pour "L'Estrange Malaventure de Mirella" (l'école des loisirs, lire ici)
2018 Nicolas de Crécy, pour "Les amours d'un fantôme en temps de guerre " (Albin Michel, lire ici)
2017 Anne-Laure Bondoux, pour "L'Aube sera grandiose" (Gallimard, lire ici)
 
 
 

vendredi 7 mars 2025

Cinq créations françaises primées à Bologne

"Boucle d'or en chemin" (c) Hélium.
 
La 62ᵉ Foire du livre pour enfants de Bologne va se tenir dans un petit mois. Du 31 mars au 3 avril, les éditeurs jeunesse du monde entier se rencontreront en Italie. L'édition 2025 célèbre le 60ᵉ anniversaire des prix remis à la Foire aux meilleurs albums jeunesse, les BolognaRagazzi Awards (BRAW). Différentes catégories sont définies, les historiques "Fiction", "Non fiction" et "Opera prima" (première œuvre), les plus récentes "Comics" (BD), "New Horizons" et "Toddler" (tout-petits) auxquelles s'ajoute une catégorie annuelle, "Durabilité" cette fois.
 
Cette année, 3 858 livres provenant de 68 pays et régions ont été soumis aux différents jurys.
  • Jury Fiction, Toddler, Opera Prima: Stefano Cipolla (critique), Diletta Colombo (éditrice) et Pam Dix (IBBY Royaume-Uni). 
  • Jury Non-Fiction et Durabilité: Tobias Hickey (maître de conférences), Ayse Koca (auteure et enseignante) et Lisa Lyons Johnston (éditrice).
  • Jury Bande dessinée:  Karen Green (conservatrice), Luca Raffaelli (auteur) et Tanja Skale (éditrice).
Soit une augmentation de 15 % par rapport à 2024 et la première participation de livres provenant du Guatemala, de Mongolie, du Maroc, du Nigeria, du Qatar et du Vietnam. Cinq créations françaises dont un doublé pour Hélium apparaissent dans les vingt-trois prix et les mentions.

Palmarès
 

FICTION


Prix
"House of Wisdom" (Maison de la sagesse)
Bodour Al Qasimi
Majid Zakeri Younesi
Kalimat (Émirats arabes unis, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"Heatwave" (Vague de chaleur)
Lauren Redniss
Random House Studio (USA, 2024
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Ingen utom jag"
Sara Lundberg
Natur & Kultur (Suède, 2024)
 
"Personne d'autre que moi"
MeMo (France, mai 2025)
couverture à venir 

 
 
 
 
Mention spéciale

"Boucle d'or en chemin"
Caroline Gamon
hélium (France, 2024)
 
Une variation très réussie sur le thème de Boucle d'or et ses trois ours. La petite Boucle d'or part cueillir des fleurs, très joliment représentées. Toute dédiée à sa recherche, elle entre dans le bois interdit où elle se perd. Elle y trouvera une cabane où se réfugier, celle des trois ours célèbres. Les épisodes du conte traditionnel apparaissent ensuite jusqu'à le fuite de la fillette par la fenêtre et son retour à la maison maternelle, immense refuge où apparaît une Boucle d'or grandie par son aventure quand on déplie la page. Un premier album en solo très construit tant dans le scénario que les images aux découpes astucieuses et porté par un graphisme somptueux.
Commentaire du jury: "Avec une réécriture inattendue du conte de fées traditionnel, le livre combine la saveur rétro de certains langages graphiques avec une construction narrative profondément moderne et l'habileté avec laquelle il utilise et façonne de nombreuses caractéristiques stylistiques du genre du livre d'images. Certaines pages sont finement découpées, et le chevauchement crée des visions d'un grand impact symbolique, comme la main de la mère sur laquelle repose la maison qui renferme la minuscule forme de la fille. La forme de la découpe devient une métaphore de l'enfance capable d'indiquer de nouveaux chemins et l'aventure est à la fois voix et distance. D'autres pages n'ont pas besoin de texte écrit et les narrations silencieuses coulent soutenues par les figures pendant plusieurs instants. Si le bois est un lieu imaginaire riche d'échos artistiques et illustratifs de chefs-d'œuvre, l'interaction avec le design et l'art contemporain habite les espaces et les objets intérieurs. Parsemé de références littéraires et figuratives aux contes de fées, du Petit Chaperon Rouge au Petit Poucet, tant dans les images que dans le texte parfait, rythmé et concis, le livre fait preuve de courage éditorial et attire le lecteur dès la texture même de la couverture."
"Boucle d'or en chemin". (c) Hélium.

 

NON-FICTION
 

Prix
"Per mille camicette al giorno" (Pour un millier de chemisiers par jour)
Serena Ballista
Sonia Maria Luce Possentini
Orecchio Acerbo (Italie, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"London: a History"
Laura Carlin
Walker Books (Grande-Bretagne, 2024) 
 
 
 
 
 
 
 
 

DURABILITÉ


Prix
"Art Is a Voice"
Kripa
Art1st Enterprises (Inde, 2024) 
 
 
 
 
 
 
 

 
Mention spéciale
"Raíces del bosque" (Racines de la forêt)
Paulina Jara
da Marcos Guardiola
Editorial Amanuta (Chili, 2021)
 
 
 
 
 

 

 

OPERA PRIMA (Première œuvre)

Prix

"If You Want to Eat a Red Apple" (Si tu veux manger une pomme rouge)
Jin Joo
Ga Hee Lee
Finger Publishing (Corée du Sud, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Calcio di rigore" (Penalty)
Greta Amadeo
Lenina Barducci
Pulce (Italie, 2024)
 
 
 
 
Mention spéciale

"La colección Billy Besta" (La collection Billy Besta)
Jill Senft
Limonero (Argentine, 2024) 
 
 
 

 

 

 

 

 

TODDLER (tout-petits)

Prix

"Le coq polyglotte"
Marie Darme-Rizzo
Hélium (France, 2024)
 
Commentaire du jury: "Élégant, direct, brillant, ce livre ingénieux, sous forme cartonnée, utilise un format habituel pour emmener le lecteur dans un voyage linguistique original à la découverte du chant du coq, interprété différemment, comme on le sait, dans différentes langues. Le livre invite les lecteurs adultes et enfants à jouer avec les sons des langues, du japonais à l'italien, du swahili au kabyle, du grec au vietnamien, de l'islandais à l'ukrainien, tandis que la typographie sert à accompagner et à amplifier les sons. Un excellent travail éditorial, le graphisme et la palette chromatique ont été clairement étudiés dans les moindres détails, le livre est destiné à être lu de nombreuses fois. La carte du monde à la fin du livre invite le lecteur à jouer avec d'autres pays et d'autres langues, et exprime le large horizon de cette proposition culturelle.
 
Mention spéciale

"Nombres"
Cibrán Rico López et Suso Vázquez Gómez
Álvaro Valiño
Fabulatorio (Espagne, 2024) 
 
 

 

 

 

 

 

BANDE DESSINÉE - JEUNE LECTEUR

Prix

"Gutenachtgeschichten für Celeste - Ein sehr gruseliges Bilderbuch" (Des histoires pour Céleste avant de dormir – Un livre d'images très effrayant)
Nikolaus Heidelbach et Ole Könnecke
Carl Hanser Verlag (Allemagne, 2024) 
 
 
 
Mention spéciale

"La finestra indiscreta" (La fenêtre indiscrète)
Marina Sáez
MTM Editores (Espagne, 2023) 
 
 
 
 
 
 
 
 

COMICS - MEDIUM

Prix
"Dita Dor" (Dictateur)
António Jorge Gonçalves
Edições Assembleia da República (Portugal, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Kurt er vist ikke helt død" (Kurt n'est sans doute pas complètement mort)
Sabine Lemire
Rasmus Bregnhøi
Gads Børnebøger (Danemark, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Alyte"
Jérémie Moreau
Éditions 2042 (France, 2024)
 
Commentaire du jury: "Un livre sur les relations entre le monde humain et le reste de la nature, mettant en avant le récit écologique et environnemental avec les animaux comme principaux protagonistes. Le personnage principal est un crapaud qui apprendra à survivre aux dangers des deux mondes, tout en trouvant des amis et des mentors. Vu du point de vue du crapaud, de l'animal et de la forêt, le monde humain est destructeur, mais le lecteur fait également l'expérience du monde animal dans ses aspects les plus violents, comme "la nature, rouge de dents et de griffes". C'est aussi une histoire de croissance et de transformation. "Alyte" est comme un livre d'échantillons du fonctionnement des bandes dessinées, exposant le lecteur à l'utilisation de la couleur, à la mise en page et à la composition des cases, avec un énorme sens du dynamisme. L'ensemble du livre, de la couverture au papier en passant par l'art, est un hommage au pouvoir du langage visuel."

COMICS - YOUNG ADULT

Prix
"La Trahison d'Olympe Livre 1"
Jean Dalin
Sarbacane (France, 2024)
 
Commentaire du jury: "Marv était un jeune inventeur prometteur avant de tout perdre. Abandonnant ses rêves, il devient livreur. Mais un matin, il doit livrer une lettre pour "Olympe", la femme du puissant et terrible Carlus Traitruss. Commence alors un voyage aux confins du psychédélique, avec une aventure racontée en immenses pages et faite de splash-pages, d'architectures détaillées, de villes futuristes, de mondes infinis, d'images à explorer longuement au risque de se laisser piéger par leur tourbillon graphique et compositionnel. Les couleurs, tantôt sourdes, tantôt éclatantes, transportent le lecteur dans la profondeur de l'image. L'émerveillement de ces pages renvoie aux bandes dessinées de grands maîtres comme McCay, Moebius ou Schuiten. Mais au fil de la lecture, l'extraordinaire variété des lieux, la variété des choix et la capacité visionnaire de l'auteur se révèlent dans toute leur originalité. Tous ces éléments rendent d'autant plus impressionnant le fait qu'il s'agisse d'un premier livre."

Mention spéciale

"Nato in Iran" (Né en Iran)
Majid Bita
Canicola (Italie, 2023)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"L'été du vertige"
 Adlynn Fischer
La Ville Brûle (France, 2023)
 
Commentaire du jury: "L'histoire d'une adolescente en train de remettre en question son identité, qui se retrouve seule avec sa petite sœur dans la maison de leur père. C'est l'été et la sœur aînée invite ses amis; la situation évolue rapidement vers une fête, avec un invité mystérieux. Le livre explore la fragilité de l'adolescence et l'importance des limites. L'art est sombre mais précis, avec une palette de couleurs en constante évolution, et semble extrêmement mature pour un premier roman graphique. Cette histoire sombre maintient le lecteur captivé tout au long du livre avec des rebondissements. Elle capture assez efficacement le conflit intérieur de tant d'adolescents, sans proposer de solution ou de résolution."
 
Mention spéciale

"Fürchten lernen" (Apprendre à avoir peur)
Nando von Arb
Edition Moderne (Suisse, 2023) 
 
 

 

 

 

 

 

 

NEW HORIZONS

Prix
"Dalla finestra" (De la fenêtre)
Laura Cattabianchi
Patrizio Anastasi
Start Edizioni (Italie, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
 


"Boucle d'or en chemin". (c) Hélium.

 

jeudi 28 mars 2024

Les lauréats des prix Sorcières 2024

 
L'Association des Librairies Spécialisées Jeunesse (ALSJ) et l'Association des Bibliothèques de France (ABF), ont dévoilé le palmarès des prix Sorcières 2024.
 
Bravo aux albums lauréats! A noter qu'un a obtenu le prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album belge et qu'un autre figurait parmi les dix titres sélectionnés pour le prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album (lire ici).


 
 
 

CARRÉMENT BEAU MINI


"Chez Bergamote", de Junko Nakamura (MeMo, 2023, lire ici).
 
Les autres finalistes étaient
  • "À la faveur de l'été", de Koshiro Hata (traduction de Valentine Barge, Ed. Michi)
  • "Tourne, pense, regarde", de Beau Gardner (Les Grandes Personnes)
  • "Notre voyage", de Romain Bernard (La Partie)
  • "L'escapade", de Marine Schneider (Cambourakis)

 

CARRÉMENT BEAU MAXI

"Dans le jardin de Baba", de Jordan Scott et Sydney Smith (traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier jeunesse).

 
Les autres finalistes étaient
  • "La chambre de Warren", de Jérémie Moreau (Albin Michel)
  • "Frères", de Marie Le Cuziat & Hua Ling Xu (L'étagère du bas)
  • "Hazel la petite sorcière", de Phoebe Wahl (traduit de l'anglais par Ilona Meyer et Caroline Drouault, Les Éditions des Éléphants)
  • "Ah les voyages!", de Marie Caudry ​​​​​​(Thierry Magnier)

 


CARRÉMENT PASSIONNANT MINI

 
"Monstres", de Stéphane Servant et Nicolas Zouliamis (Éditions Thierry Magnier).

Les autres finalistes étaient
  • "La prophétie de Beatryce", de Kate DiCamillo (trad. Rosalind Elland-Goldsmith, Seuil Jeunesse)
  • "Petite et grandes ourses", de Bernadette Gervais (La Partie)
  • "Trois petites lumières", de Maria Ramos (L'école des loisirs)
  • "L’étoile du soir", de Siècle Vaëlban (Albin Michel)

 


CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI


"Nous traversons des orages", d'Anne-Laure Bondoux (Gallimard Jeunesse).
 
Les autres finalistes étaient
  • "Le souffle du puma", de Laurine Roux (L'école des loisirs)
  • "Mille pertuis, tome 1 - La sorcière sans nombril", de Julia Thévenot (Gallimard Jeunesse)
  • "De larmes et d'écume", de Stéphane Michaka (PKJ)
  • "Pony", de R.J. Palacio (Gallimard Jeunesse)


CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION


"Nuit de chance"
, de Sarah Cheveau (La Partie, lire ici).
 
Les autres finalistes étaient
  • "Les pins", de Lisa Adbage (Cambourakis)
  • "Les printemps", d'Adrien Parlange (La Partie)
  • "Le secret des sables", de Levi Pinfold (trad. Claire Billaud, Kaleidoscope)
  • "Ö", de Raul Nieto Guridi (Cotcotcot)


CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION



"L'imagier"
, d'Émilie Chazerand et Anna Wanda Gogusey (La ville brûle).

Les autres finalistes étaient
  • "Le grand livre de la main", de Magda Gargulakova et Vitezslav Mecner (Casterman)
  • "Animaux et humains", de Yoko Heiligers (Hélium)
  • "Balade en Fromagie", de Bernard Friot et Aurore Paillusson, illustré par Thomas Baas et Charlotte Fréreau (Milan)
  • "Africana", de Kim Chakanetsa, illustré par Alabi Mayowa (Milan) 

 

 


 


mercredi 17 mars 2021

Et si on transformait les contes classiques?

Le gros papa ours, la grosse maman ourse et leur tout petit ourson
s'éloignent de la maison. (c) l'école des loisirs.

Album lauréat du prix Libbylit 2021 album (palmarès en fin de texte), "Notre Boucle d'Or" d'Adrien Albert (l'école des loisirs, 36 pages, 2020) apparaît comme une révolution douce. On ne voit pas tout de suite le "Notre" du titre. On s'attend donc à une mouture du conte de Boucle d'Or. Pourquoi pas? Il y en a tellement, et d'excellentes. En réalité, l'auteur-illustrateur nous propose sa variation sur le conte. Le "notre" supplémentaire  annonce une autre version, sans l'imposer. Une délicatesse appréciable en ces temps d'injonctions.

Fidèle à sa technique des aplats (lire ici), Adrien Albert pousse ici à fond ses couleurs: une maison rose vif tranche agréablement sur le vert de l'herbe et le beige des troncs d'arbre. Il s'agit bien entendu de la maison de la famille ours, le gros papa ours, la grosse maman ourse et leur tout petit ourson. Pendant que le trio jardine à l'arrière, un visiteur s'approche de la porte. Un petit garçon, dit le texte, aux cheveux d'or, qui entre sans frapper. Après une chute de chaise haute et un bris de bol de chocolat chaud - le petit bol, les deux grands, de taille égale, sont intacts -, la narration se mue en une interpellation du personnage: "Ça va, tu ne t'es pas fait mal? Mais... qu'est-ce que tu fais? C'est dégoûtant!!!"

L'intrus est découvert.
(c) l'école des loisirs.
De fait, il y a des traces de chocolat partout, des empreintes de mains et de pieds. La famille ours arrive... Pas contente. La narration reprend avec un jeu de piste à travers la maison aux jolies couleurs. Il mène à la découverte du responsable de tout ce bazar. La grosse maman ourse le reconnaît: c'est le petit garçon de la ferme voisine. Quelques émotions et consolations plus tard, le jeune visiteur est reconduit près de chez lui par la famille ours au complet. Cest seulement à la dernière page, quand il retrouve ses parents, qu'on découvrira son prénom.

Si Adrien Albert a puisé dans les éléments du conte traditionnel, il les transforme fort joliment, donnant à maman ourse la même taille et la même importance que papa ours, changeant le sexe de Boucle d'Or, lui faisant vivre un épisode inattendu dont le dénouement met sur pied d'égalité les deux parents et les deux enfants. Un air de ne pas y toucher qui sait se faire son chemin dans l'esprit du lecteur et est porté par un graphisme de toute beauté, épuré dans le trait, flamboyant dans la couleur. Notamment cette magnifique scène sur double page du retour de Boucle d'Or chez lui, en rose, vert et bordeaux. Un album précieux, subtilement mis en pages avec l'alternance des illustrations cadrées de blanc et celles à fond perdu, le jeu sur la simple et la double page et l'amusante mosaïque du début lors de l'approche du bol de chocolat. Généreux, "Notre Boucle d'Or" est à regarder de près.

Le retour de Boucle d'Or chez lui. (c) l'école des loisirs.

**
*

Dans une veine identique de détournement finalisé d'un conte mais de façon nettement plus appuyée, "Roule, Ginette!", le premier album jeunesse d'Anne Dory et Mirion Malle (La ville brûle, 48 pages), s'inspire du conte traditionnel russe "Koloblok", voisin de notre "Roule, galette", pour en faire un conte écoféministe contemporain.

Dès le début, il y a des changements par rapport au conte classique. Le couple de vieux est bien là mais l'ambiance entre eux n'est pas à la paix. Le Vieux se repose, la Vieille bosse. Le Vieux ordonne, la Vieille obéit. Le Vieux râle et engueule, la Vieille encaisse sans réagir même si elle est en colère. Lors de la chute de la galette mise à refroidir sur l'appui de fenêtre, par extraordinaire, c'est la Vieille qui est transformée en galette et peut ainsi s'enfuir. Elle rencontrera les divers animaux de l'histoire, auxquels elle fera part de sa joie de ne plus être prisonnière de son mari tout en leur échappant. Cela se corsera avec le renard. Néanmoins, un nouveau miracle sauvera la Vieille transformée en galette. Elle reprend sa forme humaine et découvre tout près de là une communauté faisant penser aux babayagas de feu Thérèse Clerc à Montreuil où elle sera désormais accueillie. La Vieille y perd l'anonymat de sa fonction d'épouse ménagère et porte alors son prénom, Ginette.

Le propos de l'album est clair, dénoncer le machisme de la répartition des rôles et faire de la malheureuse Ginette une super-héroïne à cheveux blancs. Pourquoi pas? Mais pourquoi ne pas faire une autre histoire puisque la fin du conte original disparaît au profit d'une autre, parfaitement sympathique? Dommage aussi que le graphisme ne soit pas plus qualitatif aussi, certaines pages apparaissant vraiment pauvres. Mirion Malle semble avoir été plus inspirée dans les livres "Les règles... quelle aventure!" ou "C'est comme ça que je disparais" par exemple.

**
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Palmarès des prix Libbylit 2021

Albums

  • Prix Petite enfance: Marine Scheider pour "Grand ours, petit ours" (Cambourakis)
  • Prix Album belge: Bernadette Gervais pour "En 4 temps" (Albin Michel Jeunesse, lire ici)
  • Mention Album belge: Jacques & Lise pour "Victor" (Seuil Jeunesse)
  • Prix Album: Adrien Albert pour "Notre Boucle d'or" (l'école des loisirs); Mention Album: Gilles Baum et Régis Lejonc pour "Fechamos" (Editions des Eléphants)

Romans

  • Prix Roman belge: Aylin Manço pour "Ogresse" (Sarbacane) et Geneviève Damas pour "Molly" (Editions Lansman)
  • Prix Roman junior: Thomas Gerbaux et Pauline Kerleroux pour "L'incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace" (La Joie de lire)
  • Prix Roman ado: Marie Pavlenko pour "Et le désert disparaîtra" (Flammarion)

Pour visionner la remise complète des prix, avec les interventions de tous les lauréats, c'est ici.

L'affiche 2021, réalisée par Fanny Dreyer.





vendredi 15 mars 2019

Depuis 50 ans, un futur homme et une future femme dialoguent chez Agnès Rosenstiehl

Dans "La naissance". (c) La ville brûle.

Mai 68 a incontestablement apporté un coup de neuf à la littérature de jeunesse. Un vent frais qui a fait tomber quelques murs de la bien-pensance, a vivifié les esprits et a permis la création d'albums qui ne verraient sans doute plus le jour aujourd'hui, cinquante ans plus tard... Parmi ceux-ci, l'œuvre merveilleuse et abondante d'Agnès Rosenstiehl, née à Paris en 1941, qui révolutionne le genre par son fin trait noir, son graphisme épuré et ses textes minimalistes, par ses héroïnes espiègles et libres également. Ses livres ont peu à peu disparu des rayons des librairies au fil des non-réimpressions. Heureusement, Marianne Zuzula des Editions La ville brûle a eu la bonne idée de rééditer trois livres en noir et blanc de la créatrice de Mimi Cracra, ses trois premiers, "De la coiffure" (1967), "La naissance" (1973) et "Les filles" (1976). Génial, ils n'ont pas pris une ride.


Le deuxième, "La naissance" (La ville brûle, 52 pages), apparaît dans un format légèrement réduit par rapport à la version originale parue au Canada à La Presse en 1973 - en France au Centurion Jeunesse en 1977 -  mais dans la couverture de l'époque (la réédition chez Autrement Jeunesse en 2008 en avait banni la cadre). Le texte et certaines images ont été très légèrement modifiés pour suivre les évolutions de la société. "En effet, "La Naissance" a été écrit en 1972", explique Marianne Zuzula, "dans une France où une famille, cela ne pouvait être autre chose qu'un père, une mère et des enfants: la loi Veil n'avait pas été votée, les familles mariées étaient, plus encore qu'une norme, une évidence. L'homosexualité n'était pas dite, l'homoparentalité n'était pas envisagée, la PMA n'existait pas (Amandine, le premier bébé éprouvette français, est née en 1982). Agnès Rosenstiehl et moi avons donc retravaillé le texte, sans rien enlever de ses qualités et de sa force, mais en reformulant, en précisant les choses afin d'ouvrir le champ des possibles, des modèles de familles possibles, des amours possibles... Car comment parler d'amour et de sexualité sans parler de liberté?"

"La naissance" parle donc d'amour aux enfants. Sans tabou, avec justesse, avec art. Un petit garçon et une petite fille rentrent de l'école. Ils discutent. Lui annonce qu'il sera grand frère. Elle répond le peu qu'elle sait d'une grossesse. Ensuite, ils partagent leurs informations, souvent obtenues du papa ou de la maman. La rencontre des parents, l'amour, les baisers, le désir, la grossesse, la vie à deux, le corps masculin et le corps féminin, l'embryon et le fœtus, la naissance, pour en revenir à l'avenir des deux enfants qui sera avec enfants ou pas.

L'ouverture aux autres modes de vie. (c) La ville brûle.

Guère de différences entre les deux éditions. Le marié a disparu d'un dessin. La mise en pages tient parfois mieux compte du pli central pour mettre les illustrations en valeur. Le texte est parfois légèrement modifié pour être plus compréhensible ou s'ouvrir aux nouveaux modes de vie en famille, à l'allaitement par la maman ou aux biberons du papa... Mais l'album d'Agnès Rosenstiehl demeure un chef-d'œuvre qui répond clairement et franchement aux questions que se posent les enfants. L'auteure-illustratrice aborde autant la sexualité que l'amour dans ses diverses formes. Avec une telle légèreté qu'on admire la facilité qu'elle offre. Quant aux dessins, ils sont suffisamment réalistes pour être explicites et tellement simples et évidents qu'ils permettent toutes les identifications. Cet album est véritablement magnifique et indispensable par sa légèreté de ton dans un sujet essentiel.

Heureuse réédition qui remplace celle de 2008 par Autrement Jeunesse, maison d'édition qui a été fermée et pour laquelle Agnès Rosenstiehl avait beaucoup travaillé en tant qu'éditrice, y créant notamment une formidable collection de peinture pour les plus jeunes.

1977. (c) Le Centurion.
2018. (c) La ville brûle.















L'album "La naissance" pourrait-il encore être créé aujourd'hui? Pas sûr tellement l'époque où nous vivons est devenue pudibonde. Alors que les enfants ont toujours autant besoin qu'on leur explique avec naturel les choses de la vie.


Que dire alors de cette autre merveille qu'est le petit format carré "Les filles" (La ville brûle, 52 pages) où un petit garçon et une petite fille discutent... des filles. Agnès Rosenstiehl le publia en 1976 aux Editions des Femmes mais qui le sait? Et même, qui connaît ce livre? Il n'avait jamais été réédité!

"Moi, je suis une fille, tu connais?", commence l'héroïne. "Montre", lui répond un blondinet. Et les voilà partis pour se dénuder, se montrer l'un l'autre leur sexe, le toucher, se chatouiller, jouer au pipi le plus loin, se bagarrer pour de rire... Des intérêts universels, tellement bien mis en scène. Comment être choqué? Pas plus que quand la demoiselle à la sombre chevelure explique à son camarade qu'elle aura ses règles plus tard. La deuxième partie de l'album est délicieuse aussi quand elle explique ce qu'aiment faire les filles, bousculant tellement son comparse qu'elle en rate presque un goûter préparé par lui. C'est mal connaître ces enfants qui se jaugent et montent sur leurs grands chevaux pour mieux se réconcilier et s'aimer.

"Les filles". (c) La ville brûle.

Les images sont délicieuses encore une fois dans leur liberté et leur vérité, dans le plaisir qu'elles disent et dans celui qu'elles donnent. Le ton extra avec cette féministe en herbe qui joue à être dire. Et l'album s'achève sur l'idée de parler des garçons.


"Les filles". (c) La ville brûle.



 Avec son format tout en hauteur, "De la coiffure" est le premier album pour enfants qu'a publié Agnès Rosenstiehl. C'était aux Editions des Jumeaux en 1969. Il sera repris aux Editions des Femmes en 1977, puis à La ville brûle (48 pages) en 2018. Voilà un livre éminemment graphique qui n'est que plaisir. On y voit toutes les coiffures avec des cheveux longs et même ultra-longs dont rêve une petite fille aux cheveux courts. Aucun regret mais une jubilation infinie devant les merveilles que permet l'imagination. Les propositions se succèdent à bon rythme, de plus en plus extravagantes et on se prend à y croire tellement elles semblent évidentes dans cette autre merveille d'album. Que le noir et blanc est beau quand il est de cette qualité.

La premier et modeste proposition. (c) La ville brûle.

La réalité. (c) La ville brûle.