Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est L'Olivier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'Olivier. Afficher tous les articles

mercredi 25 mars 2026

Les 10 finalistes du Prix Prem1ère 2026

(c) RTBF.

C'est à 14 heures ce jeudi 26 mars, premier jour de la 55e Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé en direct, et remis, le prix Prem1ère 2026, le vingtième du nom. Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, les jurés étant choisis sur base des dossiers qu'ils envoient à la RTBF. Ils lisent les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires.


Les finalistes

Nassera Tamer
"Allô la Place"
Verdier
 
(c) Miliana Salomé Rahouadj.
 
La narratrice tente de renouer avec une langue-chimère, le darija, l'arabe vernaculaire du Maroc, et en particulier le darija de ses parents, qui mélange l'arabe, le chleuh, l'espagnol, le français et bien d'autres choses encore. Une culture familière et pourtant étrangère.


David Ducreux Sincey
"La loi du moins fort"
Gallimard
 
(c) Francesca Mantovani.

Le narrateur a passé une grande partie de sa vie dans le sillage de Romain Poisson, son ami d’enfance dont il est devenu l'homme à tout faire et le complice. 
 

Jean Ciantar
"La Ballade des garçons-poussière"
Les Avrils

(c) Chloé Vlommer-Lo.

Yacob vit avec sa chienne dans une maison. Une vie solitaire et taciturne, hantée par le suicide de David, dix ans plus tôt, deux semaines après leur rencontre.


Maïa Thiriet
"Sans Eden"
Emmanuelle Collas

(c) DR.

Un huis clos aux airs de thriller, dans lequel l'amour et la folie ne sont jamais très éloignés. 


Jeanne Rivière
"Lorraine brûle"
Gallimard

(c) Francesca Mantovani.

Approche sociale et féminisme se conjuguent dans un roman tour à tour trash et poétique, intime et politique.


Catherine Denne
"La Loi Denton"
Asmodée Edern

(c) RTBF.

Un roman dystopique ou science, écologie, mémoire et révolte s'entrelacent autour de figures féminines puissantes, confrontées à un monde en perte d'équilibre.


Ramsès Kefi
"Quatre jours sans ma mère"
Philippe Rey

(c) Philippe Matsas.

Un chant d’amour aux mères qui portent le poids de leur famille, sans bruit et sans reconnaissance, aux hommes fragiles, impétueux mais débordant de tendresse, à ceux qui ont le courage d'aller chercher dans le passé les remèdes aux maux du présent.


Céline Bagault
"Ici commence mon père"
L'Olivier

(c) Patrice Normand.

Une exploration de la période anxiogène pour une fille dont le père atteint de la maladie d'Alzheimer a disparu de son EHPAD et que l'on ne retrouve pas.
 

Camille Bordenet
"Sous leurs pas, les années"
Robert Laffont

(c) Philippe Matsas.

Constance doit rentrer en Isère à la mort de sa grand-mère. Elle appréhende d'y croiser Jess, cette presque sœur de l'adolescence qu'elle a quitté à 18 ans. 
 

Julien Fyot
"Décrochages"
Viviane Hamy

(c) Quentin Houdas.

 
Le mal-être en milieu scolaire, la satire mordante d’un système à bout de souffle, une réflexion profonde sur la paternité et une enquête policière haletante.

 
Comité de sélection des titres
Bénédicte Plovier, chargée de communication, Laurent Dehossay, journaliste, Christine Pinchart, journaliste, Emmanuelle Jowa, journaliste, Deborah Danblon, chroniqueuse littéraire et Régis Delcourt, libraire.
 
Jury 2026
Le jury est composé de 10 auditeurs de La Première: Alice Duponcheel, Lisa Bouguerra, Valérie Grimmiaux, Romane Bouillon, Nadège Duvivier, Diane Lecart, Pierre Deutsch, Olivier Deviviers, Olivier Melis et Thomas Bodart. 
 
 

vendredi 7 février 2025

Un alléchant Festival Passa Porta 2025

Diantre! Ce sera déjà la dixième édition du Passa Porta Festival - il est né en 2007.Tous les deux ans, il rassemble une belle brochette d'écrivain.e.s et d'artistes multilingues à Bruxelles. Cette fois, ce sera du 28 au 30 mars, et une centaine d'entre eux sont attendus. "Ghosts" est le thème retenu pour cette édition. Bigre! Une septantaine de rendez-vous, plus ou moins fantomatiques, proposeront lectures, conférences augmentées, entretiens, projections, performances poétiques en une vingtaine de lieux du centre de Bruxelles. Sont déjà annoncés, Jeanette Winterson, Erri De Luca, Eléonore de Duve, In Koli Jean Bofane, Merethe Lindstrøm, Eduardo Halfon, Bregje Hofstede, Abdellah Taïa, Jón Kalman Stefánsson et Solvej Balle (en résidence en mars à Passa porta). Du bien beau monde! La liste des autres écrivain·es et artistes du festival sera dévoilée en même temps que sa programmation complète, le 24 février.

On sait déjà que le festival s'ouvrira le vendredi soir (28 mars) avec des "Ghost Stories", soit une soirée littéraire et musicale à La Monnaie. Répondront à la question "Par qui ou par quoi vous sentez-vous hanté?" cinq écrivain·es: le Guatémaltèque Eduardo Halfon ("Tarentule", traduit par David Fauquemberg, prix Médicis étranger 2024 (lire ici), Éditions de la Table Ronde, 2024), la Néerlandaise Bregje Hofstede (non traduite en français), la Norvégienne Merethe Lindstrøm ("Quelques jours dans l'histoire du silence", traduit par Marina Heide, Cambourakis, 2023), la Belge Eléonore de Duve ("Donato", Éditions José Corti, 2023 (lire ici) et "Sophia" Éditions José Corti, 2025) et l'Islandais Jón Kalman Stefánsson ("Ton absence n'est que ténèbres", traduit par Eric Boury, Grasset, 2022, Prix Jean Monnet de Littérature Européenne). Ils liront aussi chacun un texte inédit sur scène, dans leur langue maternelle (sous-titres simultanés en français et en néerlandais).

Le samedi, la formidable Britannique Jeanette Winterson ("Pourquoi être heureux quand on peut être normal?", traduit par Céline Leroy, L'Olivier, 2012 et "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", traduit par Kim Tran et Hélène Cohen, L'Olivier, 2012) donnera une conférence sur les fantômes en littérature, le thème de son formidable dernier recueil de nouvelles, "Histoire de fantômes" (traduit par Céline Leroy, Buchet-Chastel, 2024). Inoubliable dans chacune de ses interventions, le grand écrivain italien Erri De Luca ("Montedidio" évidemment, traduit par Danièle Valin, Gallimard 2002, prix Femina étranger 2003, mais aussi "Les règles du Mikado",  traduit par Danièle Valin, Gallimard 2024) sera également présent le samedi pour un grand entretien en français.

Le dimanche, nous accueillerons entre autres le romancier congolais In Koli Jean Bofane pour "Nation Cannibale" (Denoël, 2025) ainsi qu'Abdellah Taïa ("Le bastion des larmes, Julliard, 2024, prix Décembre 2024, lire ici), écrivain et cinéaste marocain qui brise le silence de l'homosexualité au Maroc.


Infos pratiques et réservations ici.

 

 

lundi 25 mars 2024

Les dix finalistes du prix Prem1ère 2024


C'est à 14 heures le jeudi 4 avril, premier jour de la Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé en direct et remis le prix Prem1ère 2024. Lequel/laquelle des dix primo-romancier/ère.s finalistes sera-t-il/elle récompensé.e? L'émission spéciale de Laurent Dehossay, président du jury, vous l'apprendra. Cinq des livres sélectionnés datent de la rentrée littéraire d'août 2023, cinq de celle de janvier 2024.

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, les jurés étant choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF. Ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires.

Les finalistes

Selon la chronologie de leur passage dans le magazine Le Mug (La Première, ici).


Éléonore de Duve
"Donato"
José Corti, 2023

(c) Bruno de Duve.

L'histoire de Donato, ouvrier mineur originaire des Pouilles venu vivre et travailler au Pays noir, telle que l'imagine Clio, sa petite-fille, dans une très grande inventivité langagière.

Présentation du livre le 21 mars dans Le Mug.


Bruno Markov
"Le dernier étage du monde"
Anne Carrière, 2023

(c) Abigail Auperin.

Bruno Markov réinvente le mythe de la réussite individuelle à l'heure des nouvelles technologies. Captivant, émouvant et subversif, il s'empare des questions éthiques les plus brûlantes autour de l'intelligence artificielle et de l’économie de l’attention.

Présentation du livre le 22 mars dans Le Mug sur La Première.

Virginie Bouyx
"La Varangue"
Le Pommier, 2023

(c) Hannah Assouline.

Avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, dans une langue belle et émouvante, ce court roman aux allures de conte écologique nous parle de la disparition des êtres chers, de l'inexorable montée des eaux et de la place du rêve dans nos vies.

Présentation du livre le 25 mars dans Le Mug sur La Première.

Debora Levyh
"La Version"
Allia, 2023

(c) Ayoh Kré Duchâtelet.

Ce récit aux accents anthropologiques nous plonge avec inventivité dans l'observation d'un peuple imaginaire en mue perpétuelle, chez qui la notion d’identité n'a pas de valeur. L'occasion d'analyser finement la question du langage, et la difficulté à parler d'une culture dans une langue qui n'est pas la sienne.

Présentation du livre le 26 mars dans Le Mug sur La Première.

Pascal Lorent
"Retour à Anvie"
Weyrich, 2023

 
Solitaire, rigoureux et austère, un policier va devoir affronter son passé pour résoudre le meurtre qui lui est confié. Affronter un deuil qui se réveille quand il retourne à Anvie, innocente bourgade provinciale.

Présentation du livre le 27 mars dans Le Mug sur La Première.

Sébastien Bailly
"Parfois l'homme"
Le Tripode, 2024

(c) Le Tripode.

Ce roman de la condition masculine et de son agonie nous invite au rire en revisitant toutes les étapes de vies désormais pathétiques, hésitantes, égarées. De la naissance à la mort, des premières craintes aux ultimes lâchetés, des émois adolescents aux dernières rancœurs.

Présentation du livre le 28 mars dans Le Mug sur La Première.

Louis Vendel
"Solal ou la chute des corps"
Seuil, 2024

(c) Astrid di Crollalanza.

Dans ce livre, il n'y a ni personnages inventés, ni histoires imaginées, tout y est strictement vrai. Le rapport au monde de Solal, ami bipolaire du narrateur. Pourtant, on le lit comme un pur roman, au plus proche du réel. Une narration littéraire au service d’une éthique du récit.

Présentation du livre le 29 mars dans Le Mug sur La Première.

Cyril Anton
"Le nain de Whitechapel"
Les Éditions du Sonneur, 2024

A Londres, à la fin du XIXe siècle, la misère rôde. Prostitution, cirques de curiosités, corruption, mendicité, Jack l’Éventreur, Elephant Man, le gang Tabula Rasa... Un nain arrivera-t-il à offrir un refuge à tous les marginaux pourchassés avec son immense boule à neige magique?

Présentation du livre le 1er avril dans Le Mug sur La Première.

Paloma de Boismorel
"La fin du sommeil"
L'Olivier, 2024

(c) Patrice Normand.

Autour d'un architecte devenu malgré lui à la mode, une comédie absurde et pleine d'esprit qui se joue avec vivacité de la tyrannie du bien-être, des vanités et des faux-semblants.

Présentation du livre le 2 avril dans Le Mug sur La Première.

Marion Fayolle
"Du même bois"
Gallimard, 2024

(c) Francesca Mantovani.

Dans une ferme, l'histoire se reproduit de génération en génération: on s'occupe des bêtes, on vit avec, celles qui sont dans l’étable et celles qui ruminent dans les têtes. Les vies se dupliquent en dégradé face aux bêtes qui ont tout un paysage à pâturer.

Présentation du livre le 3 avril dans Le Mug sur La Première.





dimanche 26 mars 2023

Les dix finalistes du Prix Prem1ère 2023


C'est à 14 heures le jeudi 30 mars, premier jour de la Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé et remis le prix Prem1ère 2023. Lequel/laquelle des dix primo-romancier/ère.s finalistes sera-t-il/elle récompensé.e? Je le sais, mais je ne dirai rien. Cinq des livres datent de la rentrée littéraire d'août 2022, cinq de celle de janvier 2023. 

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF, et qu'ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires. 

Les finalistes par ordre alphabétique

Philippe Alauzet
"Dans les murmures de la forêt ravie"
Le Rouergue, 2023

(c) Laurent Parson.

Agnès n'a jamais quitté la ferme de Jean, son père. Sa mère a disparu quand elle était adolescente et elle a peu à peu pris sa place. Elle rejette les avances des hommes mais accepte les caresses de Pàl, l'ouvrier étranger qui travaille chez eux. Quand vient de la forêt une bête présumée disparue, décimant les troupeaux, Jean prend un fusil et, suivi de son chien Pentecôte, passe l'orée du bois, les limites du monde.

Un conte noir que l'histoire de la libération d'une enfant blessée, dans un monde clos sur ses silences et ses secrets, où les fantômes rendent l'amour impossible.


Isabelle Blochet
"Descendre vers la mer"
Christian Bourgois, 2023

(c) Gilles Lasselin.

A la lisière d'une forêt de l'Oise, dans les années 70, deux adolescentes et leur jeune sœur se délectent des chansons de Sheila, Claude François et Mike Brandt, le préféré de la benjamine. Le plus souvent, ce sont le "Requiem" de Mozart, "Le Vaisseau fantôme" de Wagner ou "La Tempête"  de Tchaïkovski qui résonnent dans la maison. Le père les écoute à longueur de journée, allongé sur le canapé. Il place la musique au-dessus de tout et refuse qu'une de ses filles abandonne les leçons de piano.

Ce sont les vacances. Le temps des plongeons et de la nage. Le temps du bateau offert par sa femme qui permet de retarder la défense des grands hommes, Mozart et Beethoven. Mais la mer s'agite à nouveau, le père creuse une vague qui s'abat sur sa famille, le ton monte. La plus jeune observe, et tente de cerner cet homme fantasque et colérique. D'où viennent cette tristesse et cette solitude qui l'éloignent irrémédiablement des siens?


Quentin Charrier
"La mémoire de nos rêves"
Grasset, 2023

(c) JF Paga.

Simon, la trentaine, prof en banlieue parisienne comme l'auteur, reçoit un appel de la morgue. Franck Aubert est mort, il faut identifier le corps. Vingt ans d'une amitié étrange défilent soudain: celle qui, depuis l'enfance, l'aura tenu lié à ce gamin frondeur, demi-gitan et orphelin de père devenu délinquant puis caïd. Franck, auquel tout l'opposait, lui, le fils de médecin à l'avenir serein. En même temps que remontent les souvenirs, reviennent les sentiments. Notamment ceux qu'il garde pour Clarisse, son premier amour et ultime pièce de cet impossible trio amical. Les funérailles de Franck lui permettent de la revoir. Ensemble, ils partent dans le centre de la France prévenir la fille et l'ex-compagne de leur ami. Un voyage au coeur de leur mémoire et des rêves qu'ils avaient.


Rémi David
"Mourir avant que d'apparaître"
Gallimard, 2022

(c) Francesca Mantovani.

Lorsque Jean Genet rencontre Abdallah, qui sera un jour la figure centrale de son magnifique texte "Le Funambule", le jeune homme a dix-huit ans à peine et vit à Paris. Genet, quarante-quatre ans, est déjà un écrivain consacré. Il est aussitôt ébloui par le charme de cet acrobate, qui a travaillé plusieurs années au cirque Pinder. Il entreprend le projet fou de le hisser jusqu'à la gloire: son agilité, son expérience du cirque devraient lui permettre de devenir un artiste hors pair. Mais comment, après la chute, demeurer le funambule qui danse dans la lumière, le prodige que le poète a forgé de ses mains? Une histoire d'amour et de fascination réciproques.


Anthony Passeron
"Les enfants endormis"
Globe, 2022

(c) Jessica Jager.

Quarante ans après la mort de son oncle Désiré, Anthony Passeron décide d'interroger le passé familial. Évoquant l'ascension de ses grands-parents devenus bouchers pendant les Trente Glorieuses, puis le fossé grandissant apparu entre eux et la génération de leurs enfants, il croise deux histoires: celle de l'apparition du sida dans une famille de l'arrière-pays niçois – la sienne – et celle de la lutte contre la maladie dans les hôpitaux français et américains. En mêlant enquête sociologique et histoire intime, le primo-romancier évoque la solitude des familles à une époque où la méconnaissance du virus était totale, le déni écrasant, et le malade considéré comme un paria.

 
Laura Poggioli
"Trois sœurs"
L'Iconoclaste, 2022

(c) Céline Nieszawer.

Les trois sœurs du titre sont assises côte à côte dans l'entrée d'un appartement moscovite. Elles ont dix-sept, dix-huit et dix-neuf ans. Elles attendent l'arrivée de la police, à quelques mètres du corps inerte de leur père, Mikhaïl Khatchatourian, qu'elles ont tué. Depuis des années, après avoir terrorisé leur mère, il s'en prenait à elles, les insultait, les frappait, nuit et jour. La presse s'empare de leur histoire.

Les visages insouciants des trois gamines, dissimulant les supplices endurés si longtemps, questionnent l'autrice. Elle se souvient de sa jeunesse moscovite où elle rencontra Marina, son amie la plus chère, et Mitia, son amour violent. Il lui donnait parfois des coups, mais elle pensait que c'était peut-être aussi de sa faute. Alors que Laura Poggioli reconstitue la vie de ces trois sœurs, son histoire personnelle ressurgit.


Polina Panassenko
"Tenir sa langue"
L'Olivier, 2022

(c) Patrice Normand.

"Ce que je veux, moi, c'est porter le prénom que j'ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur. " Elle est née Polina mais la France l'a appelée Pauline. Quelques lettres et tout change. À son arrivée enfant à Saint-Étienne, au lendemain de la chute de l'URSS, elle se dédouble: Polina à la maison, Pauline à l'école. Vingt ans plus tard, elle vit à Montreuil. Elle a rendez-vous au tribunal de Bobigny pour tenter de récupérer son prénom.

Ce premier roman est construit autour d'une vie entre deux langues et deux pays. D'un côté, la Russie de l'enfance, celle de la datcha, de l'appartement communautaire où les générations se mélangent, celle des grands-parents inoubliables et de Tiotia Nina. De l'autre, la France, celle de la materneltchik, des mots qu'il faut conquérir et des Minikeums.


Neïla Romeyssa
"Brûleurs"
JC Lattès/La Grenade, 2023

(c) Patrice Normand.

De sa fenêtre, Salim regarde la mer, le mouvement des vagues et, enfin, il se sent vivre. Ici, à Alger, le soleil brille mais le quotidien est gris. Pas de boulot. Pas de perspective ni d'espoir. Il n'y a que de mauvaises cigarettes, de mauvaises bières et de mauvaises nuits. C'est la désillusion, et Salim ne veut pas être un désillusionnaire de plus. Il va partir, prendre la mer et rejoindre l'Europe, pour y libérer son énergie et réaliser son envie d'avenir. Mais comment faire? 


Alexandre Valassidis
"Au moins nous aurons vu la nuit"
Gallimard/Scribes, 2022

(c) Francesca Mantovani.

"Toute cette époque, c'était des jours comme aujourd'hui. Des jours du ventre mou de l'été. Où le ciel s'affaisse. En se couvrant de longues traînées mauve et noir. De grandes fleurs tristes." Dans une ville où règnent la langueur et l'ennui, où des immeubles sombres barrent l'horizon, un jeune homme, Dylan, disparaît dans des circonstances propres à susciter toutes les interrogations. Fuite, fugue, meurtre? Pour combler cette absence, le narrateur retrace ce qu'il sait de Dylan, approfondit son mystère, raconte les heures passées à errer tous les deux au cœur de la nuit et qui ont scellé leur amitié. Ces nuits à ne rien se dire, à observer. Jusqu'au jour où les deux jeunes hommes se surprennent à faire un détour dans leur itinéraire…


Daphné Vanel
"Jusqu'à la mer"
Mialet-Barrault, 2023

(c) Maxime Reychman.

Un jeune homme déambule dans un monde semblable au nôtre et pourtant subtilement différent. D'où lui vient cet étrange détachement qui le fait affronter sans broncher les situations les plus imprévues et les personnages les plus inattendus? Chaque chapitre est une surprise, chaque rencontre un étonnement. Avec sa phrase toujours juste et terriblement efficace, Daphné Vanel nous offre un texte remarquable où chaque trouvaille est un enchantement.






samedi 1 octobre 2022

Les premières sélections des prix littéraires

Matilda, de Roald Dahl, dessinée par Quentin Blake. (c) Gallimard Jeunesse.

En cette fin septembre, les grands prix littéraires français ont révélé leurs premières sélections. Au total, 116 livres ont été repérés par les jurys des dix prix suivants, présentés selon la date de remise des prix, sachant que certains ne choisissent que des romans français, d'autres y joignent des romans étrangers ou des essais: Décembre, Académie française, Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Flore, Wepler, Interallié et Giono. Parmi ces 116 auteur(e)s, une seule Belge, Eva Kavian dont "L'engravement" (Editions La Contre Allée) est retenu au prix Wepler.

Parmi ces 116 auteur(e)s, treize arborent trois ou quatre ou cinq sélections. Bien sûr, cela va changer lors des tours suivants. Et cela ne dit rien des lauréats.
  • Actuellement, Claudie Hunzinger figure en tête avec "Un chien à ma table" (Grasset), présent dans cinq sélections: Académie française, Renaudot, Femina, Médicis et Giono.
  • Emma Becker, dans quatre avec "L'inconduite" (Albin Michel): Décembre, Renaudot, Flore et Interallié.
  • "Le cœur ne cède pas" (Flammarion), la brique de Grégoire Bouillier, est aussi présente quatre fois, mais ailleurs: Goncourt, Renaudot, Femina, Wepler.
  • Dix autres noms apparaissent chacun trois fois.
  • Anthony Passeron, "Les enfants endormis" (Globe): Décembre, Flore, Wepler.
  • Brigitte Giraud, "Vivre vite" (Flammarion): Décembre, Goncourt, Femina.
  • Giuliano da Empoli, "Le Mage du Kremlin" (Gallimard): Académie, Goncourt, Interallié.
  • Monica Sabolo, "La vie clandestine" (Gallimard): Goncourt, Renaudot, Médicis.
  • Nathan Devers, "Les Liens artificiels" (Albin Michel): Goncourt, Renaudot, Médicis.
  • Pascale Robert-Diard, "La Petite menteuse" (L'Iconoclaste): Académie, Goncourt, Interallié.
  • Polina Panassenko, "Tenir sa langue" (L'Olivier): Femina, Médicis, Wepler.
  • Sandrine Collette, "On était des loups" (JC Lattès): Renaudot, Femina, Giono.
  • Sybille Grimbert, "Le dernier des siens" (Anne Carrière): Académie, Renaudot, Femina.
  • Yves Ravey, "Taormine" (Minuit): Goncourt, Renaudot, Femina.
  •  

Pour ceux que cela intéresse, voici les premières sélections des dix prix in extenso. C'est un peu long et un peu fastidieux, je suis d'accord.

Prix littéraires 2022

Décembre (26 octobre)

Basile Panurgias, Le Doute (Robert-Laffont)
Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
Catherine Millet, Commencements (Flammarion)
Sélim Nassib, Le tumulte (L'Olivier)
Pacôme Thiellement, Paris des plongeurs (Seuil)
Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
Maria Larrea, Les gens de Bilbao naissent où ils veulent (Grasset)
Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
Emma Becker, L'inconduite (Albin Michel)
Corentin Durand, L'inclinaison (Gallimard)

Académie française (27 octobre)

Pierre Adrian, Que reviennent ceux qui sont loin (Gallimard)
Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
Pauline Dreyfus, Le Président se tait (Grasset)
Sibylle Grimbert,Le Dernier des siens (Anne Carrière)
Félicité Herzog, Une brève libération (Stock)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Yasmina Khadra, Les Vertueux (Mialet-Barraut)
Alain Mabanckou, Le Commerce des allongés (Seuil)
Jean Michelin, Ceux qui restent (Héloïse d'Ormesson)
Pascale Robert-Diard, La Petite Menteuse (L'Iconoclaste)
Emmanuel Ruben, Les Méditerranéennes (Stock)

Goncourt (3 novembre)

Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
Carole Fives, Quelque chose à te dire (Gallimard)
Sabyl Ghoussoub, Beyrouth-sur-Seine (Stock)
Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
Sarah Jollien-Fardel, Sa préférée (Sabine Wespieser)
Cloé Korman, Les Presque Sœurs (Seuil)
Makenzy Orcel, Une somme humaine (Rivages)
Yves Ravey, Taormine (Minuit)
Pascale Robert-Diard, La petite menteuse (L'Iconoclaste)
Emmanuel Ruben, Les Méditerranéennes (Stock)
Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)
Anne Serre, Notre si chère vieille dame auteur (Mercure de France)

Renaudot (3 novembre)

* Romans
Emma Becker, L'inconduite (Albin Michel)
Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Antoine Choplin, Partie italienne (Buchet-Chastel)
Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
Hubert Haddad, L'invention du diable (Zulma)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Sylvie Le Bihan, Les sacrifiés (Denoël)
Simon Liberati, Performance (Grasset)
Laurence Nobecourt, Opéra des oiseaux (Grasset)
Christophe Ono-Dit-Biot, Trouver refuge (Gallimard)
Michel Quint, La printanière (Serge Safran)
Yves Ravey, Taormine (Minuit)
Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)
* Essais
Anne Akrich, Le sexe des femmes (Gallimard)
Philippe Bordas, Le célibataire absolu (Gallimard)
Guillaume Durand, Déjeunons sur l'herbe (Bouquins)
Raphaël Gaillard, Un coup de hache dans la tête (Grasset)
Iegor Gran, Z comme zombie (P.O.L.)
Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
Jean-Paul Mari, Oublier la nuit (Buchet Chastel)
Minh Tran Huy, Un enfant sans histoire  (Actes Sud)
Benoît Peeters, Robbe-Grillet, l'invention du Nouveau Roman (Flammarion)
Jean-Claude Perrier, Le Photographe de Notre-Dame (Cerf)
Olivier Philipponat, Géographie des peuples fabuleux (Buchet Chastel)

Femina (7 novembre)

* Romans français
Miguel Bonnefoy, L'inventeur (Rivages)
Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Thierry Clermont, Long Island Baby (Stock)
Sandrine Collette, On était des loups (JC Lattès)
Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Oriane Jeancourt-Galignani, Quand l'arbre tombe (Grasset)
Marie Nimier, Petite sœur (Gallimard)
Christophe Ono-Dit-Biot, Trouver refuge (Gallimard)
Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
Yves Ravey, Taormine (Minuit)
Lucie Rico, GPS (P.O.L.)
Olivia Rosenthal, Un singe à ma fenêtre (Verticales)
Maud Simonnot, L'heure des oiseaux (l'Observatoire)
Anne-Sophie Subilia, L'épouse (Zoé)
* Romans étrangers
Viola Ardone, Le choix, traduit par Laura Brignon (Albin Michel)
Russell Banks, Oh, Canada, traduit par Pierre Furlan (Actes Sud)
Gabriel Byrne, Mes fantômes et moi, traduit par Diane Meur (Sabine Wespieser)
Mia Couto, Le cartographe des absences, traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues (Métailié)
Rachel Cusk, La dépendance, traduit par Blandine Longre (Gallimard)
Nathan Harris, La douceur de l'eau, traduit par Isabelle Chapman (Philippe Rey)
Angelika Klüssendorf, Le 34 septembre, traduit par Justine Coquel (Jacqueline Chambon)
Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit par Paul Lequesne (Liana Levi)
Jarred McGinnis, Le lâche, traduit par Marc Amfreville (Métailié)
Lutz Seiler, Stern 111, traduit par Philippe Giraudon (Verdier)
Alexander Starritt, Nous, les Allemands, traduit par Diane Meur (Belfond)
Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
Brandon Taylor, Real life, traduit par Héloïse Esquié (La Croisée)
Colm Toibin, Le magicien, traduit par Anna Gibson (Grasset)
Juan Gabriel Vasquez, Une rétrospective, traduit par Isabelle Gugnon (Seuil)
Hanya Yanagihara, Vers le paradis, traduit par Marc Amfreville (Grasset)

Médicis (8 novembre)

* Romans français
Claire Baglin, En Salle (Minuit)
Emmanuelle Bayamack-Tam, La Treizième Heure (P.O.L.)
Diaty Diallo, Deux secondes d'air qui brûle (Seuil)
Virginie Despentes, Cher connard (Grasset)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Victor Jestin, L'Homme qui danse (Flammarion)
Tristan Jordis, Le pays des ombres (Stock)
Cloé Korman, Les Presque Sœurs (Seuil)
Emma Marsantes, Une mère éphémère (Verdier)
Catherine Millet, Commencements (Flammarion)
Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
Olivia Rosenthal, Un singe à ma fenêtre (Verticales)
Monica Sabolo, La Vie clandestine (Gallimard)
Anne Serre, Notre si chère vieille dame (Mercure de France)
Anne-Sophie Subilia,  L'Epouse (Zoé)
* Romans étrangers
Allison Bechdel, Les secrets de la force surhumaine, traduit de l'américain par Lili Sztajn (Denoël Graphic)
Maria Sonia Cristoff, Mal d'époque, traduit de l'espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet (Le Sous-Sol)
Elin Cullhed, Euphorie, traduit du suédois par Anna Gibson (L'Observatoire)
Gyrdir Eliasson, Requiem, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson (La Peuplade)
Anna Hope, Le Rocher blanc, traduit de l'anglais par Elodie Leplat (Le Bruit du monde)
Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit du russe (Ukraine) par Paul Lequesne (Liana Levi)
Nicola Lagioia, La Ville des vivants, traduit de l'italien par Laura Brignon (Flammarion)
Leila Mottley, Arpenter la nuit, traduit de l'américain par Pauline Loquin (Albin Michel)
Alexander Starritt, Nous les Allemands, traduit de l'anglais par Diane Meur (Belfond)
Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
Colm Toibin, Le Magicien, traduit de l'anglais (Irlande) par Anna Gibson (Grasset)
Allen S.Weiss, L'Autobiographie de Teddy, traduit de l'américain par Jean-François Allain (Gallimard)

Interallié (9 novembre)

Pierre Adrian, Que reviennent ceux qui sont loin (Gallimard)
Emma Becker, L'Inconduite (Albin Michel)
Nathan Devers, Les Liens artificiels (Albin Michel)
Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
Fabrice Gaignault, La vie plus douce (Grasset)
Judith Housez, Chateaubriand à Saint-Tropez (Équateurs)
Philibert Humm, Roman fleuve (Équateurs)
Tristan Jordis, Le pays des ombres (Stock)
Émilienne Malfatto, Le colonel ne dort pas (Sous-sol)
Pascale Robert-Diard, La Petite menteuse (L'Iconoclaste)

Prix de Flore (10 novembre)

Emma Becker, L'Inconduite (Albin Michel)
Bertrand Blier, Fragile des bronche (Seghers)
Diaty Diallo, Deux secondes d'air qui brûle (Seuil)
Joffrine Donnadieu, Chienne et louve (Gallimard)
Clovis Goux, Les poupées (Stock)
Mirwais Ahmadzai, Les tout-puissants (Séguier)
Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
Basile Panurgias, Le doute (Robert Laffont)
Laura Poggioli, Trois sœurs (L'Iconoclaste)

Wepler (14 novembre)

Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Corinne Desarzens, Un Noël avec Winston (La Baconnière)
Eva Kavian, L'engravement (Éditions La Contre Allée)
Jean Baptiste Maudet, Tropicale tristesse (Le Passage)
Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
Guillaume Perilhou, Ils vont tuer vos fils (L'Observatoire)
Laurence Potte-Bonneville, Jean-Luc et Jean-Claude (Verdier)
Lucie Rico, GPS (P.O.L)
Jane Sautière, Corps flottants (Verticales)
Anne Savelli, Musée Marilyn (Inculte)
Kinga Wyrzykowska, Patte blanche (Seuil)

Giono (novembre)

Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil (Le Tripode)
Violaine Bérot, C'est plus beau là-bas (Buchet Chastel)
David Bosc, Le pas de la demi-lune (Verdier)
Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Xavier Le Clerc, Un homme sans titre (Gallimard)
Jean-Noël Pancrazi, Les années manquantes (Gallimard)
Simon Parcot, Le bord du monde est vertical (Le Mot et le Reste)
Maud Simonnot, L'heure des oiseaux (L'Observatoire)



jeudi 9 juin 2022

Il y avait les mots, puis il y eut les chiffres

LU & approuvé

Geneviève Brisac. (c) Jean-François Paga/L'Olivier.


"Un dos étroit, des cheveux fous", Geneviève Brisac nous propose un formidable nouveau roman où l'on retrouve Nouk, son double littéraire, son porte-voix. Le roman d'une vie au travail. Le roman de sa vie au travail. En vingt-trois chapitres titrés avec un panache parfois sarcastique, la romancière nous partage ses ruses de vie. "Pour survivre, il ne faut ni obéir, ni désobéir", écrit-elle. "Il faut ruser." Et ses citations préférées bien entendu. "Les enchanteurs" (Editions de L'Olivier, 192 pages) apparaît comme un texte de liberté après quelques années plus sombres. N'est-ce pas une phrase d'Anne Sylvestre qui l'introduit?

C'est la sixième fois que Geneviève Brisac, une vingtaine de livres -  principalement des romans  - en littérature adulte, une trentaine en jeunesse, appelle Nouk pour se dire (*). On la découvre aux études, arrivant dans son "carrosse", une 4L de couleur bronze, à Fontenay, découvrant sa chambre cellule. "Tout est toujours plus triste chez les filles que chez les garçons." On la voit écouter le Pop Club de José Arthur, se découvrir une conscience politique grâce aux Chiliens. Croire au pouvoir des mots. 

En quelques paragraphes, on retrouve tout l'art littéraire de Geneviève Brisac. Son attention aux petites choses pour faire comprendre les grandes sans devoir les dire. Sa plume légère, qui virevolte mais peut soudainement mordre. Son choix de parler en "je" ou en "elle" avec Nouk, alternance attrayante. Sa défiance devant la misogynie et, corollaire, son féminisme. Son ton faussement désinvolte qui cache une extrême sensibilité.

En suivant d'un bout à l'autre la carrière de Nouk, c'est l'évolution du monde du travail et celui de l'édition qu'elle connaît intimement en particulier que la romancière passe à son élégant et efficace scalpel. A dix-huit ans, l'idéaliste jeune femme pensait vivre, aimer, espérer, créer, vibrer. "La passion des mots et des livres ne me quittera plus jamais, j'en suis sûre." Elle va vivre, aimer, espérer, avoir deux enfants, créer, vibrer, et aussi morfler. Le métier change, même chez les plus vertueux. L'édition qui publiait des livres de mots auxquels les éditeurs croyaient glisse sur une pente où elle fabrique des livres dont les chiffres doivent clignoter en doré dans les bilans comptables.

Pourtant, Nouk avait cru en Olaf. Mais ce premier éditeur s'est rapidement séparé d'elle. Elle s'est relancée avec Werther, grand éditeur, excentrique et visionnaire. Cela finira mal aussi. Geneviève Brisac nous confie tout cela d'un air léger, faussement désinvolte, qui décrypte une brutalité feutrée et une misogynie généralisée. Un livre sur le travail lucide, romançant son histoire personnelle dans de rutilantes clés à décrypter. Un roman cinglant que ce soit à propos de la profession, du pouvoir dans l'entreprise, du sexe au travail ou de la place des femmes a fortiori quand elles sont mères.

Il y a de la désillusion, de la colère et de la mélancolie dans "Les enchanteurs" mais le roman est aussi et surtout une merveille d'écriture dont chaque phrase se savoure, composant une ode à la résistance et une célébration de la vie. De son ton piquant, Geneviève Brisac épingle les travers des uns, des unes et des autres. On ne peut s'empêcher de sourire et de rire. De s'insurger qu'une femme comme Nouk soit sacrifiée au nom de la "cause". Nombreuses seront les femmes qui se sentiront moins seules après avoir lu "Les enchanteurs". La lucidité donne une force intérieure sur laquelle aucun patron n'a de prise. Nouk le sait, Nouk le vit, Nouk nous l'offre.



(*) On a vu Nouk, alter ego littéraire ou porte-voix de la romancière dans 
  • "Les filles" (Gallimard, 1987)
  • "Petite" (L'Olivier, 1994)
  • "Week-end de chasse à la mère" (L'Olivier, prix Femina 1996)
  • "Voir les jardins de Babylone" (L'Olivier, 1999)
  • "52 ou la seconde vie" (L'Olivier, 2007)
D'autres notes sur Geneviève Brisac ici.



mardi 7 septembre 2021

Seize titres en lice pour le Goncourt 2021

L'Académie Goncourt.

Les membres de l'académie Goncourt ont révélé, ce mardi 7 septembre, leur première sélection. Celle qui servira au prix Goncourt des lycéens, celle qui sera resserrée pour le Goncourt les 5 et 26 octobre. Celle dont le lauréat/la lauréate sera connu/e le 3 novembre.
Elle se compose de seize titres (trois Grasset, deux Gallimard), dont sept ont été écrits par des femmes. Seize titres dont plusieurs étaient faciles à deviner. 

L'académie Goncourt
Didier Decoin (président), Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel et Pierre Assouline.

Première sélection
Christine Angot, "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Anne Berest, "La carte postale" (Grasset)
Sorj Chalandon, "Enfant de salaud" (Grasset)
Louis-Philippe Dalambert, "Milwaukee Blues" (Sabine Wespieser)
Agnès Desarthe, "L'éternel fiancé" (L'Olivier)
David Diop, "La porte du voyage sans retour" (Seuil)
Clara Dupont-Monod, "S'adapter" (Stock)
Elsa Fottorino, "Parle tout bas" (Mercure de France)
Patrice Franchesci, "S'il n'en reste qu'une" (Grasset)
Lilia Hassaine "Soleil amer" (Gallimard)
Philippe Jaenada, "Au printemps des monstres" (Mialet-Barrault)
François Noudelmann, "Les enfants de Cadillac" (Gallimard)
Maria Pourchet, "Feu" (Fayard)
Abel Quentin, "Le voyant d'Étampes" (L'Observatoire)
Mohamed Mbougar Sarr, "La plus secrète mémoire des hommes" (Philippe Rey)
Tanguy Viel, "La fille qu'on appelle" (Minuit)


jeudi 24 juin 2021

La philosophe belge Vinciane Despret parmi les 65 distinctions 2021 de l'Académie française

Vinciane Despret, honorée pour l'ensemble de son œuvre.

Si le terme "Académie française" laisse souvent présupposer mille choses, pas toujours à la gloire de l'assemblée qui se tient au Quai Conti, il est un événement pour lequel on ne peut que la louer. Il s'agit de la publication de son palmarès annuel. Ce jeudi 24 juin, jour de la Saint-Jean, l'Académie française a communiqué son palmarès pour l'année 2021. Un palmarès fort de 65 distinctions, sachant que le Grand Prix du Roman sera, comme de coutume, décerné à l'automne.

Un palmarès dans lequel on relève avec un immense plaisir les noms des écrivains  Frankétienne, Abdourahman Waberi, Patrick Deville,  Camille de Toledo, Diane Meur, Pierre Ducrozet. Mais aussi ceux du chanteur Etienne Daho et du cinéaste Albert Dupontel. Et bien entendu celui de la philosophe belge Vinciane Despret, dont le dernier ouvrage, "Autobiographie d'un poulpe. Et autres récits d'anticipation" (Actes Sud) fait énormément parler de lui.




PALMARÈS DE L'ANNÉE 2021


complété des maisons d'édition par nos soins. 

GRANDS PRIX

Grand Prix de la Francophonie
Frankétienne (Haïti)
Grande Médaille de la Francophonie
M. Abdourahman Waberi (Djibouti)
Grand Prix de Littérature
M. Patrick Deville, pour l'ensemble de son œuvre
Grand Prix de Littérature Henri Gal
Prix de l' Institut de France
M. Claude Arnaud, pour l'ensemble de son œuvre
Prix Jacques de Fouchier
M. Alain Schnapp, pour "Une histoire universelle des ruines. Des origines aux Lumières" (Seuil)
Grand Prix Michel Déon
M. François Cérésa
Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Michel Bernard, pour "Le Bon Sens" (La Table Ronde)
Grand Prix Hervé Deluen
M. Jordan Plevnes (Macédoine du Nord)
Grand Prix de Poésie
M. Claude Royet-Journoud, pour l'ensemble de son œuvre poétique
Grand Prix de Philosophie
M. Emmanuel Housset, pour l'ensemble de son œuvre
Grand Prix Moron
Mme Vinciane Despret, pour l'ensemble de son œuvre
Grand Prix Gobert
M. François Hartog, pour "Chronos. L'Occident aux prises avec le temps" (Gallimard)
Prix de la Biographie (littérature)
MM. Jean-Louis Cabanès et Pierre Dufief, pour "Les Frères Goncourt" (Fayard)
Prix de la Biographie (histoire)
Mme Pauline Dreyfus, pour "Paul Morand" (Gallimard)
Prix de la Critique
Mme Béatrice Didier, pour l'ensemble de ses travaux critiques
Prix de l'Essai
M. Jean-Claude Bonnet, pour "Les Connivences secrètes. Diderot, Mercier, Chateaubriand" (Rivages)
Prix de la Nouvelle
M. David Thomas, pour "Seul entouré de chiens qui mordent" (L'Olivier)
Prix d'Académie
M. François Azouvi, pour "Français, on ne vous a rien caché. La Résistance, Vichy, notre mémoire" (Gallimard)
M. Laurent Dandrieu, pour "La Confrérie des intranquilles" (L'homme nouveau)
M. Gérard Guégan, pour "Fraenkel, un éclair dans la nuit" (L'Olivier)
M. Pierre Joannon, pour "Michel Mohrt, réfractaire stendhalien" (La Thébaïde)
Prix du cardinal Grente
P. Philippe Capelle-Dumont, pour l'ensemble de son œuvre
Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Dieudonné Niangouna, pour l'ensemble de ses ouvrages dramatiques
Prix du Cinéma René Clair
M. Albert Dupontel, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique
Grande Médaille de la Chanson française
M. Étienne Daho, pour l'ensemble de ses chansons
Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises
Mme Emily Beeny, conservateur au J. Paul Getty Museum
M. Michel Foucher, géographe et auteur de l'"Atlas des mondes francophones" (Marie B)
Mme Helen Glanville, spécialiste des questions de conservation et de restauration des biens culturels
Mme Emmelie Prophète-Milcé, femme de lettres et directrice du Bureau haïtien du droit d'auteur
M. Jean-Noël Schifano, traducteur de l'italien et directeur de la collection "Continents noirs" (Gallimard)


PRIX DE POÉSIE

Prix Théophile Gautier
M. Pierre Dhainaut, pour "Une porte après l'autre après l'autre", suivi de "Quatre Éléments plus un" (Faï Fioc)
Prix Heredia
M. Joël Vernet, pour "L'oubli est une tache dans le ciel" (Fata Morgana)
Prix François Coppée
M. Louis-Philippe Dalembert, pour "Cantique du balbutiement" (Bruno Doucey)
Prix Paul Verlaine
M. Réginald Gaillard, pour "Hospitalité des gouffres" (Ad Solem)
Prix Henri Mondor
M. André Stanguennec, pour "Novalis-Mallarmé. Une confrontation" (Honoré Champion)
Prix Maïse Ploquin-Caunan
M. Emmanuel Laugier, pour "Chant tacite" (Nous)


PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

Prix Montyon
M. Jean Seidengart, pour "L'Univers infini dans le monde des Lumières" (Les Belles Lettres)
Prix La Bruyère
Mme Séverine Denieul, pour "Casanova. Le moraliste et ses masques" (Classiques Garnier)
Prix Jules Janin
Mme Marguerite Bordry, pour sa traduction de "Senso et autres nouvelles vénitiennes" de Camillo Boito (Presses Universite Paris-Sorbonne)
Prix Émile Faguet
M. Gérard Ferreyrolles, pour "De Pascal à Bossuet. La littérature entre théologie et anthropologie" (Honoré Champion)
Prix Louis Barthou
Mme Annick Louis, pour "L'Invention de Troie. Les vies rêvées d'Heinrich Schliemann" (EHESS)
Prix Anna de Noailles
Mme Tiphaine Samoyault, pour "Traduction et violence" (Seuil)
Prix François Mauriac
Mme Celia Levi, pour "La Tannerie" (Tristram)
Prix Georges Dumézil
M. Jean-Michel Robert, pour "Leibniz et les universaux du langage" (Honoré Champion)
Prix Roland de Jouvenel
Mme Alexandra Lapierre, pour "Belle Greene" (Flammarion)
Prix Biguet
M. Dominique Pradelle, pour "Intuitions et idéalités. Phénoménologie des objets mathématiques" (PUF)
Prix Pierre Benoit
M. Hervé Gaillet, pour "Pierre Benoit, autrement" (AlterPublishing)
Prix Jacques Lacroix
M. Loïc Bollache, pour "Comment pensent les animaux" (Humensciences)
Prix Sivet
M. Jean-Noël Blanc, pour "Des opéras de lumière. Ravier et Thiollier" (Le Realgar)


PRIX D'HISTOIRE

Prix Guizot
Mme Isabelle Dasque, pour "Les Diplomates de la République (1871-1914)" 
M. Clément Oury, pour "La Guerre de Succession d'Espagne. La fin tragique du Grand Siècle" (Presses Universite Paris-Sorbonne)
Prix Thiers
M. Nicolas Schapira, pour "Maîtres et Secrétaires (XVIe-XVIIIe siècle). L'exercice du pouvoir dans la France d'Ancien Régime" (Albin Michel)
Prix Eugène Colas
M. Étienne Peyrat, pour "Histoire du Caucase au XXe siècle" (Fayard)
Mme Patricia Sorel, pour "Napoléon et le livre. La censure sous le Consulat et l'Empire (1799-1815)" (PUR)
Prix Eugène Carrière
M. Alexandre Maral et Mme Valérie Carpentier-Vanhaverbeke, pour "Antoine Coysevox (1640-1720), le sculpteur du Grand Siècle" (Arthena)
Prix du maréchal Foch
M. Gaïdz Minassian, pour "Les Sentiers de la victoire. Peut-on encore gagner une guerre?" (Passés Composés)
Prix Louis Castex
Mme Armelle Faure, pour "Révolution et sorcellerie. Une ethnologue au Burkina Faso" (Elytis)
Prix Monseigneur Marcel
M. Brenton Hobart, pour "La Peste à la Renaissance. L'imaginaire d'un fléau dans la littérature au XVIe siècle" (Classiques Garnier)
M. Bruno Méniel, pour "Anatomie de la colère. Une passion à la Renaissance" (Classiques Garnier)
Prix Diane Potier-Boès
Mme Claude Denjean, pour "Les Juifs et les pouvoirs. Des minorités médiévales dans l'Occident méditerranéen (XIe-XVe siècle)" (Cerf)
Prix François Millepierres
M. Benoît Rossignol, pour "Marc Aurèle" (Perrin)
Prix Augustin Thierry
M. Pierre-Yves Le Pogam et Mme Sophie Jugie, pour "La Sculpture gothique (1140-1430)" (Hazan)


PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE

Prix Henri de Régnier
M. Camille de Toledo, après "Thésée, sa vie nouvelle" (Verdier)
Prix Amic
Mme Diane Meur, après "Sous le ciel des hommes" (Sabine Wespieser)
Prix Mottart
M. Pierre Ducrozet, après "Le Grand Vertige" (Actes Sud)