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mardi 26 novembre 2024

Un palmarès très très féminin aux Espiègles 2024

"1, 2, 3... sommeil!" de Bernadette Gervais. (c) Les Grandes Personnes.
 
Ne dites plus Grand prix triennal de littérature de jeunesse, appellation datant de 2006, dites Espiègle du couronnement de carrière en littérature de jeunesse.
 
Depuis l'an dernier, les prix littéraires en Belgique francophone ont changé d'identité et ont été renommés les Espiègles. En référence à "La légende d'Ulenspiegel", le roman de Charles De Coster paru en 1867, considéré comme l'acte fondateur de la littérature belge francophone. Sait-on que certains de ces prix ont été créés il y a 100 ans, en 1924, récompensant des auteurs en catégories roman, poésie, théâtre et essai. On a parlé ensuite des prix littéraires de la Communauté française, puis de la Fédération Wallonie-Bruxelles. D'autres catégories se sont ajoutées, la littérature de jeunesse en 2006, la bande dessinée en 2017. En 2023, ils ont été renommés Les Espiègles.

L'édition 2024 voit la proclamation de dix noms pour neuf prix, tous n'étant pas annuels. Nouveauté, un trophée est offert aux lauréat·e·s. Pour l'édition 2024, c'est l'autrice Laura Simonati, lauréate de l'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse en 2023, qui a été choisie  afin de réaliser une image imprimée inédite autour du mot "Espiègles".

Un palmarès quasiment entièrement féminin, huit lauréates et une association française très féminine, pour un lauréat!


L'Espiègle du couronnement de carrière en littérature de jeunesse (15.000 euros) donc est attribué cette année à l'excellente Bernadette Gervais. Joie immense de voir récompensé un si grand talent qui a mûri tout en restant accessible aux enfants. Créer des livres pour les enfants a toujours été son ambition. Elle en rêvait déjà à quinze ans comme elle nous le confiait dans une interview pour la revue 64_page (lire ici).
 
Depuis une dizaine d'années, la Bruxelloise publie en solo, une petite vingtaine de titres de tous les formats et pour tous les âges. Précédemment, durant un quart de siècle, elle avait imaginé et illustré une centaine d'albums en duo avec Francesco Pittau. Un solo où elle fait des flammes et remporte prix sur prix, à Paris, à Bologne, en Belgique. Pépite d'or 2020 du Salon de Montreuil pour "ABC de la nature" (Les Grandes Personnes, lire ici), mention spéciale Non-fiction 2022 de la Foire du livre jeunesse de Bologne pour son imagier très personnel "Des trucs comme-ci, des trucs comme ça" (Les Grandes Personnes, lire ici), prix IBBY Belgique francophone 2022 de l'album belge pour le magnifique "Petite et Grande Ourses" incitant à ne pas se résigner quand on est maltraité (La Partie, lire ici). Mais Bernadette Gervais peut aussi célébrer le quotidien, ouvrir à la beauté, faire rêver ou découvrir. Avec la particularité que rien n'est jamais gratuit chez elle, qu'elle s'adresse aux bébés ou aux enfants de maternelle ou de début d'école primaire. Avec l'autre particularité que chacun de ses albums est une prouesse technique si ce n'est un défi. On sait que le pochoir est sa manière favorite et qu'elle la maîtrise à la perfection mais elle est aussi une très bonne photographe et a l'art de composer ses pages en jouant admirablement du rapport texte-images.
"Mon public est celui des petits, un créneau que j'apprécie. Mon dessin s'adresse plutôt aux 1 à 6 ans. J'aime les bouquins qui ont du sens mais qui restent des livres pour enfants. Aujourd'hui, on trouve beaucoup de livres graphiques où les auteurs se sont surtout fait plaisir. Moi, en créant un livre, je pense toujours à l'enfant qui va le lire. Je veux que ce que je fais soit lisible par lui, qu'il y prenne du plaisir. Mais que le livre soit très graphique."
In 64_page #14
Beaucoup d'albums de Bernadette Gervais ont déjà été évoqués ici. Pour les retrouver, il suffit de cliquer ici et de les faire défiler.

Attardons-nous sur les deux titres qui ont paru cette année.


Dans "Où est passé le vent?" (La Partie, 56 pages), Bernadette Gervais invite les enfants de classes maternelles à regarder la nature. Que se passe-t-il quand le vent disparaît? Texte ritournelle en page de gauche et image en page de droite posent les questions à propos d'éléments du quotidien: "Petit Nuage,/ Sais-tu où est passé le vent?/ "Il a disparu./ Je ne peux plus atteindre/ la montagne!"" Le jeu de question-réponse se poursuivra onze fois. Sont interrogés Petit Bateau, Petit Oiseau, Petite Carillon, Petite Eolienne, etc. Leur inertie témoigne avec force de la raison d'être du vent. La réponse viendra finalement d'un petit garçon qui va décoincer ce sacré vent... et les onze immobilisés de se mouvoir à nouveau en autant de doubles pages, "Merci le vent!", que clôture une large illustration finale les rassemblant tous en un imagier coloré et muet.
 
"Sais-tu où est passé le vent?" (c) La Partie.

"Merci le vent!" (c) La Partie.
 
 
 
Dans "1, 2, 3... sommeil!" (Les Grandes personnes, 48 pages), Bernadette Gervais aborde le rituel du coucher. A sa façon, douce, poétique et inventive. Texte en page de gauche, image en page de droite encore une fois, on entre tout de suite dans le vif du sujet . "1, 2, 3.../ le soleil/ se couche/ couche/ couche" avec la particularité que les mots pâlissent de ligne en ligne, comme s'ils sombraient dans le sommeil, en face d'un flamboyant coucher de soleil. La nature est très présente dans cet album du soir, le soleil bien entendu, dont on sait qu'il se couche, mais aussi les nuages, les oiseaux, la lune, les papillons qui se cognent à la fenêtre quand la lumière est allumée. Vient ensuite le quotidien, les jouets à ranger, le pyjama à enfiler, les dents à brosser, le doudou à attraper, l'histoire à écouter, les baisers à compter tout comme les étoiles... "1, 2, 3.../ je m'endors/ dors/ dors". Un sommeil paisible, veillé par la lune, célébré par les somptueuses gammes chromatiques des images en pochoir, posées sur des fonds unis qui jouent avec elles.


"1, 2, 3... sommeil!" (c) Les Grandes Personnes.



L'an dernier sortait "Mes saisons" (Les Grandes personnes, 56 pages), où Bernadette Gervais nous emmène en balade au fil des saisons, à la découverte d'une faune et d'une flore changeante et foisonnante. Des pages superbement composées avec de si belles illustrations au pochoir colorées et de superbes photographies en noir et blanc. Des pages dont les assemblages incitent à regarder ce qui est à côté de nous.

"Mes saisons" (c) Les Grandes Personnes.

Quelques titres.



Suite du palmarès

L'Espiègle de la première œuvre de littérature en langue française
(ex Prix de la première œuvre en langue française)
depuis 1997, 5.000 euros
Éléonore de Duve pour "Donato" (José Corti, 2023) 
 
Un premier roman qui fait le portrait d'un grand-père venu des Pouilles travailler dans les mines belges, un aïeul peu bavard qui voit ici son histoire magnifiquement portée par la littérature.
Ce texte a fait l'objet d'une très belle performance de l'autrice, accompagnée de Zen My Nguyen (Radio Hito), à la Maison Poème.

L'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse
(ex  Prix de la première œuvre en littérature de jeunesse)
depuis 2019, 5.000 euros
Charlotte Pollet pour "Tout le monde a un teckel sauf moi" (Biscoto, 2023).
 
Des images toutes en rondeur et très épurées qui font sourire et rire, incitant l'enfant lecteur à les examiner de près pour découvrir le teckel présent à chaque page. Assa, l'héroïne, les voit, ces chiens saucisses, alors lui aussi! Un album qui fut un des dix finalistes du prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album drôle (lire ici et ici)

 
 
 
L'Espiègle de la bande dessinée ou prix Atomium – Fédération Wallonie-Bruxelles
remis dans le cadre du BD Comic Strip Festival (anciennement Fête de la BD), 10.000 euros
Léonie Bischoff, qui, depuis, a aussi reçu le Grand Prix de l'Académie Victor Rossel de bande dessinée (lire ici et ici).
 

L'Espiègle de la première œuvre en bande dessinée
(ex  Prix de la première œuvre en bande dessinée)
depuis 2019, 5.000 euros
Adlynn Fischer pour "L'été du vertige" (La ville brûle, 2023).


L'Espiègle (triennal) de théâtre en langue française
(ex Prix triennal de théâtre)
depuis 1926, tous les trois ans, 8.000 euros
Marie Darah pour "Depuis que tu n'as pas tiré" (MaelstrÖm reEvolution)
et
Céline Delbecq pour "À cheval sur le dos des oiseaux" (Éditions Lansman) 
 

L'Espiègle du rayonnement des littératures francophones à l’étranger
(Prix Léo Beeckman)
(ex Prix du rayonnement des lettres belges à l'étranger)
depuis 1998, désormais triennal, 4.000 euros
L'asbl "Les mal coiffés", créée à l'initiative de Nicole Maymat et Dominique Beaufils, organisatrice de la Biennale des illustrateurs de Moulins (France). La septième édition de ce magnifique festival biannuel aura lieu du 13 au 23 novembre 2025 (lire ici). Des rencontres auxquelles nous avons souvent participé (lire ici).


L'Espiègle de la première œuvre de littérature en langue régionale (œuvre non publiée)
(ex Prix de la première œuvre en langue régionale endogène)
depuis 2017, 1.000 euros
Jean Colot pour "Vîve li progrès!"

L'Espiègle (triennal) de théâtre en langue régionale
(ex Prix triennal de théâtre en langue régionale) 
depuis 2000, tous les trois ans, 8.000 euros
Nicole Goffart pour "Li vwès dès sondjes" 

 
Palmarès de l'ex Grand prix triennal en littérature de jeunesse

2021 Anne Herbauts (lire ici)
2018 Thomas Lavachery (lire ici)
2015 Anne Brouillard (lire ici)
2012 Benoît Jacques (lire ici)
2009 Rascal
2006 Kitty Crowther





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