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vendredi 7 décembre 2018

La douceur forte et enveloppante de Sara Donati

"Parler avec les arbres". (c) Rouergue.

Il y a ceux qui parlent avec les anges, ceux qui parlent avec les morts, ceux qui parlent avec les animaux. Et puis en littérature de jeunesse, il y a un petit bonhomme, créé  par l'Italienne Sara Donati ("Voici l'histoire", 2015, lire ici), qui parle avec les arbres. Avec les arbres, pas aux arbres. On suit sa réjouissante promenade dans le magnifique album à l'aquarelle "Parler avec les arbres" (traduit de l'italien par Mariefanny Fornasari, Rouergue, 40 pages), dans des tons de verts et de bruns relevés ici de blanc, là de jaune ou encore de rouge. Un livre enveloppant qui fait un bien fou par ces temps de grisaille.

L'album s'ouvre sur une mini-silhouette dans un décor forestier. Coiffé d'un grand bonnet, à la manière d'un lutin, le petit bonhomme va à la rencontre de l'arbre. Le narrateur le salue. La double page qui ponctue ce salut nous aspire déjà entre les arbres dont les écorces dessinent joliment les troncs. Qu'il fait bon être dans les illustrations de l'hyper-douée Sara Donati.

"Je suis tout contre son tronc". (c) Rouergue.

Toujours à la première personne du singulier, le héros poursuit sa conversation grâce à ses sens. Nous découvrons ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il sent, ce qu'il mesure, ce qu'il touche. Autant d'expériences partagées entre simplicité du quotidien et force poétique. On pose l'oreille sur l'écorce. On découvre l'odeur des mousses et du vent. On remarque le parallèle entre empreintes digitales et sinuosités ligneuses.

"J'ai des racines". (c) Rouergue.

La rencontre humain-arbre se poursuit. Puisque ce dernier ne répond pas en français, le petit personnage s'adresse à lui par des gestes. Il l'imite dans ses poses, s'imagine des branches et des racines, ce qui nous vaut des illustrations stylisées de toute beauté. Il voit les similitudes entre l'arbre et lui, un enfant qui aime rigoler. Qui aime courir. Qui aime jouer. A être par exemple différents animaux qu'on trouve près des arbres, une chenille, un ours, un écureuil. Le mini-héros entre dans l'arbre, sans même franchir une porte, et se fond en lui comme deux amis qui s'entendent et s'apprécient. Un nid délicieux, chaleureux, joyeux qu'il quittera à un moment, mais pas tout de suite, appelé par son propre nid familial, le soir tombant.

"Je suis entré dans l'arbre". (c) Rouergue.

Porté par un texte simple, épuré, et des images magnifiques, en simples ou doubles pages ou en vignettes, jouant sur les couleurs et leur luminosité, "Parler avec les arbres" est une merveille d'album dans lequel se glisser pour bénéficier de la force tranquille que représente l'arbre. Sara Donati a un splendide talent, un travail exigeant mais complètement perméable aux enfants. Ses dessins qui dépassent souvent le simple aspect figuratif, tendent parfois vers l'abstrait, établissent une superbe atmosphère et rythment avec justesse la lecture. A la fois, elles racontent, rassurent, éblouissent et ouvrent mille pistes. Pour tous à partir de 5 ans.

Les merveilleuses illustrations de Sara Donati. (c) Rouergue.

Pour feuilleter en ligne "Parler avec les arbres", c'est ici.

Pour rappel, d'autres notes en vert ici.


samedi 24 février 2018

Les petites histoires roses de Kitty Crowther

Maman Ours et Ourson. (c) l'école des loisirs, Pastel.

Merci à Sara Donati, auteure-illustratrice italienne hébergée une nuit par Kitty Crowther, qui a rêvé que sa logeuse faisait un livre rose, au titre écrit à la main , "Petites histoires de nuits". Oui, "nuits" avec "s". Merci à elle car ce rêve est devenu un délicieux livre de papier, en format plutôt petit tenant bien en main, quasi carré, rose mais pas que, avec le titre rêvé écrit à la main (l'école des loisirs, Pastel, 80 pages). Un livre qui a déjà été traduit en suédois par le regetté Ulf Stark (lire ici).

Retour à la maison. (c) l'école des loisirs, Pastel.

L'album commence sans texte. Dans une double page paysagère, entre arbres, sapins et autres petites plantes comme Kitty Crowther excelle à les représenter, dans le rose du soleil couchant, on voit Maman Ours et Ourson rentrer à la maison. La jupe maternelle à rayures bayadères brille dans le soir.

On retrouve Ourson dans son lit.

Marchandages de mise au lit. (c) l'école des loisirs, Pastel.

Trois "s'il te plaît" valent assurément trois histoires. Maman Ourson va les raconter à Ourson.
D'abord, celle de la gardienne de nuit qui sonne le gong chaque soir pour inviter les plus jeunes à se coucher. Ensuite, celle de Zhora, la petite fille à l'épée qui s'est perdue en cherchant la plus belle mûre, enfin, celle du monsieur au grand manteau qui a perdu son sommeil.

Kitty Crowther raconte successivement ces trois histoire, autant par un texte chantant propice au sommeil que par des dessins aux crayons de couleurs d'une incroyable luminosité et infiniment riches de détails. Les histoires nous mènent bien entendu bien plus loin que ne le laisse croire leur simple énoncé. Entre chacune, on revient dans la chambre d'Ourson où Maman Ours conteuse dialogue avec son petit à propos de l'histoire entendue. Mais elle ne sait pas ce qui se passe dans la chambre quand elle la quitte pour rejoindre son fauteuil près du feu et se plonger dans un livre aux personnages connus des lecteurs de l'album.

"Petites histoires de nuits" est un album tendre et doux sans mièvrerie qui ouvre mille univers et prépare au rêve. Tout en rose, mais d'un rose vivifiant qui fait plaisir à voir, il raconte plein de petites histoires dans ses trois histoires, invitant autant les humains que les animaux. On y retrouve avec plaisir le style graphique de l'auteure-illustratrice, tout en lignes parallèles de multiples couleurs, qu'on avait découvert dans son livre sur Jan Toorop (lire ici), et son goût pour les détails. Pour les enfants en âge d'école maternelle.

Avec la gardienne de nuit. (c) l'école des loisirs, Pastel.

Avec la petite fille à l’épée. (c) l'école des loisirs, Pastel.

Avec le monsieur insomniaque. (c) l'école des loisirs, Pastel.

Quand Maman Ours quitte la chambre. (c) l'école des loisirs, Pastel.


Kitty Crowther est à la Foire du livre de Bruxelles ce samedi 24 février.